‹ Les Acadiens après leur dispersion [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · AUX INVALIDES · texte numérisé non relu

AUX INVALIDES

Encore un vieux de la vieille qui vient de déposer son bilan. Ces jours-ci, le soldat Boutroy, né à Persan, (Seine-et-Oise), appelé sous les drapeaux en 1812, combattant de 1813, 1814, 1815, prisonnier de Waterloo, mourait aux Invalides à quatre vingt-treize ans, encore si vigoureux de tempéramment, si jeune de caractère, malgré les mar hes, les batailles, les bivouacs, que le brave homme quitta la terre avec un seul chagrin : celui de n'avoir pas eu le temps d’épouser une femme encore jeune et jolie.

De ces glorieux survivants des guerres de l'Empire, il était l’avantdernier dans l’hôtel de Louis XIV. Il n’en reste plus qu’un aujourd’hui, le caporal Decroix, né le 20 juillet 1795.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que plus d’un cœur en France bat à la lecture de ce simple fait divers. Nous soinmes ainsi faits dans notre pays qu’à la fois chauvins et sceptiques, nous rions volontiers des vieux troupiers tout en revenant avec plaisi: nousmêmes sur le temps où nous portions l'uniforme.

—Quand j'étais au régiment...

Combien de fois, cher lecteur, n’as-tu pas entendu prononcer ce début de phrase. Les plus modestes trouvent moyen de la placer; et il en est ainsi depuis que le monde est monde. Les marquis dans nos salons et les chiffonniers dans les carrefours, l’ont dans la bouche dix fois par jour, et quand ils se rencontrent après avoir été camarades de lit, le misérable et le gentilhomme revoient ie pañsé, se serrent la main et rabâchent les vieux souvenirs de la caserne.

—Quand j'étais au régiment...

On rencontre bien par ci par là des cordonniers qui, en trouvant tout naturel de fraterniser avec des vicomies, penseraient se rabaisser en serrant la main de leurs anciens frères d'armes qui ne travaillent que dans le vieux ; ce sont là des exceptions.

Si bien que depuis un temps immémorial, tout vieux soldas est traité de vieux rabâcheur.

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