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LES AGADIENS APRÈS LEUR DISPERSIONC
(Suite et fin.)
La fanatisme puritain qui s’'acharnait contre l'abbé Bailly et demandait son expulsion, s’appuyait sur la constitution de la Nouvelle- Ecosse, d’après laquelle la liberté de conscience était accordée à tout le monde, excepté aux papistes. Tout prêtre catholique devait être banni ; et quiconque lui donnait asile était condamné au pilori, devait payer une amende de cinquante livres sterling, et donner des garanties de sa conduite à venir.
Les lettres de M. Bailly font bien voir dans quelle triste condition étaient encore les Acadiens, près de vingt ans après leur expulsion. Elles montrent aussi quel degré de liberté religieuse leur était accordé : un seul missionnaire toléré pour une population éparpillée sur une étendue de pays de quatre ou cinq cent lieues de tour ; les mariages devant l’église non reconnus par les lois. Les Acadiens étaient-ils bien ingrats de ne pas goûter ##e Zenity and sweets, la mansuètude et les douceurs de ce régime ?
Qu'on !° remarque bien encore une fois, la faute était bien moins à Londres qu'à Halifax, de même qu'en 1755. .
M. de Tocqueville a d't quelque part; ‘ Si vous voulez bien connaître le faible d’un gouvernement, étudiez-le dans ses colonies. Là, les défauts apparaissent grossis comme si on les voyait à travers un microscope.” La Miouvelle-Ecosse est un exemple frappant de cette vérité. L'abbé Bailly l’exprimait en d’autres termes lorsqu'il disait que, dans un gouvernement d’amérique, ce sont les membres et non la tête qui commandent.
La réponse suivante de lévêque de Québec à M. Bailly de Messein achève de faire connaître cette situation. | “ Québec, 1; juin 177r.
‘Mon cher Monsieur,
“Ne <outez point de mon affection, les bons prêtres l'ont tout
entière.
(1) Du Paris-Canada.
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“ Je suis étonné que Son Excellenee, ‘otre gouverneur, puisse vous gêner, et que le parti presbytérien trouve à redire qu'il y ait un missionnaire dans l’; cadic. Vous savez vous-même qu'étant aussi gêné que je le suis en Canada pour les prêtres, je ne vous eusse pas envoyé en ces contrées, si l’on ne m'avait pressé et sollicité. Une de mes premières vues, en vous accordant, a été d'entrer dans les vues du gouvernement, à qui notre religion nous prescrit d’obéir dans toutes les choses qui ne la blessent point. Je ne vous ai pas donné mission qu'avec l'agrément du gouverneur du Canada, que j'ai con. sulté le vôtre et celui-ci, quant au bien général, doivent avoir le même bui, et ma conduite en cette occasion se conforme à leurs intentions. On vouiait retenir les Acadiens, le moyen était de leur envoyer un missionnaire, je l’ai fait ; vous êtes entré dans mes vues par vertu et malgré l'opposition de votre illustre et chère famille, et surtout de votre tendre mère.
“ Dès que vous avez l'approbation et la protection de Son Excellence le gouverneur, ne vous affligez pas de ce que disent les gazettes. Je ne trouverai pas mauvais qu’à l'exigence et àla volonté de M. le gou-
verneur, vous preniez l’habit séculier: Æabitus non facit monachum.
* 1 Je suis inquiets sur votre conscience, et si jaloux de votre salut et
tranquillité que je vous permets de tout mon cœur d'aller à Philadel-
phie, si cela vous es! plus commode.
TT. ‘“ Je vous prie d'assurer de mon profond respect Son Excellence, 4] Monsieur votre gouverneur, de le remercier de ma part des bontés À qu'il a pour vous, et de l'assurer que je ferai mention de lui au saint autel. Qu'il ne s’en scandalise point: saint Paul nous le prescrit ; nos
: | gouverneurs d’ici me l’ont demandé.
“ J'ai été deux ans à Londres ; je sais asrez que votre gouverneur ne sera pas réprimandé pour favoriser aux catholiques de la langue françäise, l'exercice de leur religion. Si vous êtes gêné, revenez au reste ; je vous recevrai dans mon sein avec toute l’effusion de mon cœur.” ».
M. Bailly revint en effet; il fut remplacé par un vétéran des missions dont le nora est encore dans toutes les mémoires, le vénérable père de La Brosse. On peut juger du bien que fit ce missionnaire par la grande réputation de sainteté qu’il a laissée après lui.
Cependant l'accroissement de la population lui ayant rendu hentôt { impossible la desserte de cette immense territoire, l’'Evêque de Québec { { se décida à écouter les instances que ne cessaient de lui faire les bons | Acadiens pour obtenir un prêtre, malgré les refus qu'ils avaient V
essuyés à Halifax. Leur joie fut d'autant plus vive que l’abbé Bourg qu'il leur envoyait était comme eux un enfant de l’Acadie, exilé comme eux; un homme de zèle, d'action et {d’un rare mérite, en un mot un véritable apôtre.
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daté Connaissant ses qualités et son origine, le prélat l'avait protégé des nils. dès sa jeunesse et choisi pour aller recueillir les restes épars de sa gèné nation. L'abbé Bourg revenait de France où il avait été se former à e pas la science et aux vertus ecclésiastiques. Uné Mgr Briand fut si satisfait des résultats de sa première année de vues ÿ mission (1773), qu'il lui conféra le titre et les pouvoirs de vicaire génédans | ral dans toute l’Acadie et ses dépendances. onñé *..| Dans la lettre qu’il lui remit à cette occasion, 5e trouve un passage RE
relatif aux Acadiens, qui confirme si parfaitement les témoignages de
RÉ M. Bailly, qu’il mérite d'être cité : | tions. - “ Le compte, dit-il, que vous avez rendu de votre conduite dans les | RE missions dont nous vous chargeâmes l’année dernière, et de la docilité tu et \ des peuples vers lesquels nous vous avions envoyé, nous ont donné votre une joie vraiment sensible que nous vous avons déjà témoignée d’une
Î manière toute particulière.
ence ‘ ‘“ Le zèle qui vous fit abandonrer l’Europe pour vous sacrifier au
Je salut de vos frères, plus chers à votre cœur par les sentiments de la religion que par ceux de la nature, ne trouve point d'obstacles insur-
ou- Is montables, dès qu'il s’agit de gagner des âmes .à Jésus-Christ. La diff- Lt et culté des chemins, la mauvaise humeur des peuples que nous ne vous
kdet: avons point laissé ignorer et qui ne vous a pas épouvanté, l'incertitude du succès, rien de tout cela ne ralentit votre zèle ; à toutes ces représentations que notre affection, autant que notre devoir, nous obligeait
Le de vous faire, vous ne nous avez donné que des réponses dignes d’un
ain vrai ministre de Jésus-Christ: ‘Je ne suis venu, avez-vous dit, que
ve pour les âmes abandonnées de secours.” De si beaux sentiments ne | pouvaient que nous plaire infiniment, ils ont en effet pénétré jusqu’au |
ar plus tendre et au plus intime de notre cœur. Et pour entrer dans |
igue toutes vos saintes et pieuses intentions, seconder votre piété et votre f}
ss esprit apostolique, nous vous avons revêtu et vous revêtons par les | 74
ur” présentes de tous nos pouvoirs.
trouverez pas dans les habitants de la rivière St-Jean la même obéissance, une semblable piété une aussi belle naïveté et candeur, autant d'atiachement à la religion, un aussi profond respect pour les prêtres
des | “ Nous croyons qu'il est nécessaire de vous avertir que vous ne
tôt fe l‘sus-Christ, que vous en avez trouvé dans ceux des côtes mariti- Es { «se Acadie. | | .
she { ‘6 { cnant aux habitants des autres missions, dont vous nous avez fait eut {| u\ .apoort si consolant, nous voulons que vous leur fassiez connaître urg Ÿ notre contentement et notre parfaite satisfaction. et que vous les engame giez de notre part à persévérer et à marcher constamment dans la vole ut | qu'ils ont prise, se rappelant sans cesse ce grand oracle du Saint-
Esprit: Qui perseveraverit usque in finem, hic salyus erit.
Peu après le départ de M. Bourg, arriva à Québec un prêtre français du diocèse de Tours, l'abbé Le Roux, ancien supérieur de maison ecclésiastique, homme de tact et d'expérience, venu à la demande de l'évèque de Québec, pour se vouer aux missions du Canada. Mgr Briand crut l’occasion favorable pour faire une tentative vers l'isthme de la Nouvelle-Ecosse, où plusieurs groupes d’Acadiens réclamaient un missionnaire. Il espérait qu’à force de prudence et de précautions, vu l'isolement des lieux, un prêtre pourrait se maintenir sans trop créer d'ombrage.
L'abbé Le Roux y réussit, évangélisa pendant plus de vingt ans toute cette région jusqu'aux îles de la Madeleine, et bâtit enfin une église à Memramcook, dont la paroisse, comme je l'ai dit ailleurs, ne compte aujourd’hui pas moins de six mille âmes, et est devenue le principal centre acadien des provinces maritimes.
Quels furent les travaux, les fatigues et les dangers de cet apostolat? M. Le Roux lui-même en donne une idée dans une de ses lettres :
‘ Depuis bientôt quinze ans, dit-il, j'ai fait les fonctions de missionnaire avec beaucoup de : ‘+ :'ations, de peines et de misères, surtout pendant la guerre. Le . À Bourg l’a éprouvé lui même. On m'a mis le pistolet sur la goig. j'ai été retiré n'ayant plus ni mouvement, ni connaissance, et cela en revenant de mes missions ; sans compter la faim, la soif, réduit à manger de la soupe de vache marine encore puante......
‘“ Après tant de peines, de fatigues, de travaux, on cherche à nous persécuter mal à propos, Dieu soit béni ! (1) ”
Cependant se préparait, dans les colonies anglaises, un grand événement qui devait influer sur les destinées de toute l'Amérique. et ramener pius de liberté et de calme, sous le toit des Acadiens. Dès que le premier coup de canon de la guerre de l'indépendance eut été tiré, ils s’'aperçurent qu’on avait pour eux des ménagements auxquels ils n'étaient pas accoutumés. On craignit en éffet les complications qu’aurait pu causer un soulèvement parmi eux, qui aurait infaillible-
(1) Archives de Parcheuéché de Québec. Lettre de M. Le Roux à M. le Grand Vicaire Gravé de la Rive ; =1 août 1788.
Au rapport de M. Le Roux, il y avait en 1785, seulement à Me:nramcook, au-delà de cent soixante familles, formant six cents personnes en âge de communier. L'abbé Le Roux avait, en outre, des missions acadiennes à Peticoutiac, Shédiac, Cocagne, et dans l'ile du Prince-Edouard.
D'après un recensement fait la même année par M. Bourg, il y avait au cap de de Sable et à la’ baie Sainte-Marie, cent cinquante familles ; au cap Breton, plus de cent quarante, et à l’île du Prince-Edouard, cinquante, toutes acadiennes. Le recensement officiel fait en 1774 indiquait au Cap Breton, cinq cent deux habitants d’origine française.