‹ Les Acadiens après leur dispersion [microforme]Chapitre 4 sur 10 · VE · texte numérisé non relu

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appeler à sa générosité. Ils en vinrent jusqu'à promettre de s'engager au service de l’Angleterre, si on l’exigeait absolument.

“ Nous, vos humbles suppliants, y disaient-ils, nous vous adressons ces quelques lignes, dans l'espérance qu’elles obtiendront l’heureux résultat que nous en désirons. Nous souhaitons, par-dessus toutes choses, que Votre Excellence ait pitié de nous qui sommes vos semblables, réduits à la détresse, et que vous nous accordiez l'humble demande que nous implorons instamment de vous. Qu'il plaise à Votre Excellence de nous prendre sous son gouvernement et de nous établir ici sur cette terre où nous vivons. Nous regarderons toujours comme une stricte obligation de vous aimer et honorer jusqu'à notre dernier soupir, et nous assurons Votre Excellence que nous sommes disposés de tout cœur à faire tout ce que vous exigerez de nous, autant qu'il nous sera possible. Si jamais aucun dommage est causé dans nos endroits par les sauvages, il devra nous être imputé. Nous sommes en tout environ quarante familles, formant à peu près cent cinquante âmes ; les sauvages qui vivent entre ici et Halifax ne dépassent pas le nombre de vingt, et ils sont disposés aussi à se joindre à nous. Enfin, si par malheur notre humble supplique n’était pas écoutée, nous nous soumettrons à ce que Votre Excellence jugera à propos dans sa bonté. Et si nous sommes condamnés à être bannis d'ici, nous obéirons à Votre Excellence et nous partirons, quoique ce départ nous soit aussi pénible que la mort.

Le gouverneur du Massachusetts fut ému de ce cri de détresse; il profita de la présence du général Amherst à Boston pour lui communiquer la requête des Acadiens.

Ambherst en fut touché et voulut s'intéresser à leur sort ; mais les pétitionnaires relevaient du gouverneur de la Nouvelle-Ecosse et il convenait de lui soumettre la requête. Pour toute réponse, Lawrence expédia sans délai un navire qui transporta les Acadiens du Cap de Sable en Angleterre, où ils furent retenus prisonniers.

Il se hâtait, en même temps, de faire occuper les plus belles terres des Acadiens restées désertes depuis leur enlèvement. La crainte des sauvages et des bandes réfugiées auprès d'eux en avait d’abord défendu l'accès, mais, après le triomphe final des armes anglaises, un mouvement de colonisation avait été organisé dans la Nouvelle-Angleterre avec des garanties de süreté et d’abondants secours matériels. Pas moins de vingt-deux navires chargés de colons, convoyés par un sloop armé de seize canons, abordèrent dans le Bassin des Mines, le 4 juin 1760, et prirent possession de la contrée. À leur descente au rivage, les premiers objets qui attirèrent leur attention furent soixante chariots à bœufs, encore munis de leurs jougs, abandonnés là par leurs infortunés propriétaires au jour de l’embarquement. Nur la lisière du bois, des monceaux d’ossements indiquaient les endroits où leurs milliers de bestiaux avaient véri de faim et de froid dans le cours de l'hiver. Quelques familles acadiennes en haillons, la figure hâve comme des spectres, poussées sans doute par l'excès de la misère, osèrent se montrer et s’entretenir avec les nouveaux venus. Elles n'avaient pas mangé de pain depuis cinq ans, et avaient vécu, cachées dans le voisinage, d’abord de la chair des animaux qui avaient survécu au premier hiver, ensuite de poissons et de légumes recueillis dans les clairières inaccessibles.

Le cabinet de Londres, qui n'avait pas trempé dans l'acte d'expulsion des Acadiens, qui même ne l'avait su qu'après coup, s'était vu forcé d'en subir les conséquences et de laisser Lawrence achever son œuvre de proseription. Le motif qu'il lui en donnait ren-

1 Archives de la Nouvelle-Ecosse, p. 306.

{ Nova Scotia

Public Archives of Nov HALIFAX, N. S.

ferme une qualification sévère de sa conduite : “Il n'y a pas, disait-il, de vengeance, quelque cruelle et désespérée qu'elle soit, qu'on ne doive attendre d’un peuple exaspéré comme celui-ci a sujet de l'être des traitements qu'il a subis.”

Lawrence dut se rappeler ces prévisions lorsqu'il apprit les représailles commises sur terre et sur mer par des bandes de proscrits que sa conduite inhumaine avait poussés au désespoir. Des attaques furent dirigées avec succès sur divers points de la péni:sule. Plusieurs petits vaisseaux furent armés qui coururent sus aux navires ennemis avec une persévérance-et une audace inouies. Avant la fin de la campagne de 1759, pas moins de seize ou dix-sept vaisseaux, quelques-uns d'une grande valeur, furent capturés et servirent de butin aux armateurs acadiens. *

Après la chute de Québec (1759), les Acadiens avaient cru qu'ils seraient traités comme les Canadiens, qu'ils auraient part aux conditions faites à ceux de ces derniers qui avaient accepté le nouveau régime. Ils y avaient d'autant plus de droit qu'ils avaient plus souffert. |

Au mois de novembre 1759, environ deux cents d’entre eux, accompagnés de laurs missionnaires les PP. Cocquart et Germain, descendirent des bois au fort Frédéric sur la rivière Saint-Jean. Ils présentèrent au commandant, le colonel Arbuthnot, une lettre attestant qu'ils avaient prêté serment d'allégeance, à Québec, devant le juge Cramahé, et un permis d'aller reprendre leurs terres, signé par Monckton. Ce dernier était le même qui commandait à Beauséjour en 1755, et qui avait déshonoré ses épaulettes d'officier en exécutant les ordres de bannissement des Acadiens. Etait-ce le souvenir des scènes navrantes qu'il avait provoquées, et le remords de sa conduite inhumaine, qui l'avaient fait consentir à cet acte de justice ? Essayait-il de réparer une partie des malheurs qu'il avait causés, et cet acte fut-il suivi d'autres semblables ? On aime à le supposer. Quoi qu'il en soit, sa conduite en cette circonstance contraste étrangement avec celle de Lawrence. À peine celui-ci eut-il reçu les informations d'Arbuthnot qu'il répondit par un refus insultant. Ne pouvant contester l'authenticité des lettres de Monckton et de Cramahé, il prétendit que les Acadiens n'avaient pu les obtenir que par fraude, et il décida avec son conseil, instrument toujours docile entre ses mains, qu'ils seraient regardés comme des prisonniers de guerre et transportés au plus tôt en Angleterre. Il eut le soin de tenir cette résolution secrète, afin de les garder autour du fort et de les avoir sous la main à l’arrivée des navires qui devaient les transporter. Cette précaution était presque s” erflue, car les Acadiens, ayant épuisé leurs dernières ressources, n'étaient plus en état de retourner dans les forêts, où ils seraient bientôt morts de faim.

Vers le même temps, un égal nombre de fugitifs des environs de Peticoudiac et de Memramcook, pressés aussi par la fainine, vinrent faire leur soumission au colonel Frye, commandant du fort Cufhnberland (Beauséjour). Ils furent suivis peu après de plus de

1 Archives de la Nouvelle-Ecosse, p. 304,

? These land ruffians, turned pirates, have had the hardiness to fit out shallops to cruise on our coast, and sixteen or seventeen vessels, some of them very valuable, have already fallen into their hands. Archives de la Nouvelle- Ecosse ; Lettre de Lawrence aux Lords du Commerce, p. 308.

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