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prisonniers), écrivait-il, n'eurent pas la permission de s'embarquer avec eux, mais furent expédiés sur d’autres navires.” !
Arrivés à Boston, ils attendirent en rade, sous les canons du fort William, la décision de la législature du Massachusetts qui se trouvait alors en session.
Malgré la forte pression exercée sur cette chambre, elle refusa péremptoirement de laisser débarquer les déportés, et fit signifier ses ordres au capitaine Brooks, chargé de convoyer les transports. Celui-ci ne vit alors d'autre parti à prendre que de les ramener à Halifax, où leur arrivée répandit la consternation, et fit éclater une explosion de colère contre le Massachusetts. Il suffit de raconter de tels faits pour les faire juger.
Belcher et son conseil portèrent leurs plaintes jusqu'en Angleterre, accablèrent de leurs accusations la législature de Boston, et demandèrent avec plus d'instances que jamais la déportation des Acadiens. “Ce renvoi des navires, disait-il, est d'autant plus regrettable que tant d'expulsions répétées et inutiles doivent naturellement exaspérer l'esprit de cette dangereuse population qui peut se porter par désespoir aux plus terribles méfaits, tant par elle-même que par ses instigations auprès des sauvages.”
Les Lords du Commerce répondirent par un refus formel de se prêter à ces interminables persécutions, disant “ qu'il n'était ni nécessaire, ni politique d'expulser les Acadiens, vu qu'en employant à leur égard des moyens convenables, ils pouvaient promouvoir les intérêts de la colonie, et devenir des membres utiles à la société, suivant ce qui paraissait être le sentiment du général Amherst.” ?
Croira-t-on qu'après cela la Nouvelle-Ecosse se soit obstinée à tenir les Acadiens en servage, qu'elle n'ait pas abandonné ses projets de déportation, et qu’elle ait continué d'en importuner l'Angleterre ? C’est dans ce but qu'elle ne voulut pas les établir sur des terres, qu'elle les fit éparpiller sur toute la péninsule, et les mit au service des colons dont plusieurs poussèrent l'inhumanité jusqu'à refuser de leur payer leurs gages, ‘
On frémit à l’idée du sort infligé à ces infortunés. Huit ans étaient révolus depuis qu'ils avaient été arrachés de leurs riches et paisibles demeures ; et après avoir enduré tant de souffrances et de fatigues pour y revenir, ils s'en étaient vus arrachés de nouveau, trainés de prison en prison, déportés une seconde fois, et enfin ramenés pour être réduits à l'état de parias parmi leurs oppresseurs.
On est ému à la lecture d’Evangéline ; mais quand on connait toute l’histoire des Acadiens, on est forcé d'avouer que la fiction de Longfellow est bien au-dessous de la vérité. Qu'était-ce en effet que le sort de la fiancée de Gabriel, comparé à celui de tant de jeunes filles fiancées comme elle et de plus captives ? Qu'étaient-ce que ses malheurs comparés à ceux de tant de mères de famille, dont les maris, dont les enfants étaient morts les uns après les autres, sur les chemins de l'exil, et qui n'avaient pas même la liberté d'aller y rejoindre leurs parents ?
La plupart des Acadiens avaient fini par prendre en horreur le séjour de l’Acadie. Eux qui avaient tant désiré d'y rentrer n’aspiraient plus maintenant qu'à en sortir. Lors-
1 “Their wives and children were not permitted with them, but were shipped on board other vessels.”
New York Mercury, August 30, 1762.
24,,., It was neither necessary nor politic to remove them, as they might, by a proper disposition, promote the interest of the colony, and be made useful members of society, agreeab!e to what appears to be the sentiments of general Ambherst.” Nova Scotia Archives.—Minutes of the Proceedings of the Lords of Trade, p. 337.
% Archives de la Nouvelle-Ecosse, p. 338.
Sec. i, 1887. 7.
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