‹ Les accidents cutanés et muqueux du BarbiturismeChapitre 13 sur 29 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

M" L..., âgée de 39 ans, eut en 1912 de gros ennuis à la suite desquels, ayant perdu tout sommeil, elle prit

SLT DR Tee

pendant trois semaines, tous les soirs, b0 centigrammes de véronal en cachet. Puis, pendant six mois, elle remplaça ce médicament par du chloral qu’elle ‘absorba quotidiennement à la dose de 2 grammes.

Dans les années qui suivirent, elle reprit de temps à autre du véronal, toujours à la même dose de 0 gr. 50.

En 1921, on l'opéra d’un kyste de l'ovaire ; on fit une ovariotomie double, à la suite de laquelle elle présenta divers troubles en rapport avec cette ménopause précoce.

En avril 1923, elle souffrit d’une urticaire légère et passagère ayant fait son apparition après l’absorption d’un « dépuratif », dont elle-ignore la composition.

En oclobre de la même année, elle eut une nouvelle poussée urticarienne qui fut intense et dura plus longtemps.

À la fin de janvier 1924, à la suite d'une vive émo-. tion, elle présenta de nouveau une éruption généralisée ressemblant aux précédentes. -

Jusqu'à cette époque, elle prenait de temps à autre des hypnotiques variés. Elle ne se souvient pas si elle absorbait encore du véronal. Mais, à partir de mars jusqu'à juillet 1924, souffrant toujours d’insomnies, elle ne prit, pour lutter contre celles-ci, que des préparations bromurées dans lesquelles n’entrait pas de véronal : elle est très affirmative sur ce point.

Le 4 juillet 1924, elle absorbe, à 21 heures, un cachet de 0 gr. 50 de véronal ; une demi-heure après environ, elle accuse une sensation de prurit à la face antérieure des bras et des avant-bras, aux yeux et autour de la bouche. Le lendemain matin, elle constate que, sur les bras surtout, mais aussi en d’autres régions du corps, dos, racines des membres inférieurs notamment, est apparue pendant la nuit une éruption qui devient bientôt très prurigineuse. Cette éruption, d’as-

des 1p Æ

pect érythémato-papuleux, dura huit jours et-n'épar- Sna aucune partie des téguments. Les muqueuses furent très alteintes : les lèvres étaient énormes, tendues, boursoufflées et couvertes d’épaisses croûtés sous lesquelles se trouvaient de multiples petites ulccrations ; sur les joues, le voile du palais, la langue, on constatail de larges surfaces ulcérées saignant facilement; les paupières étaient œdématiées, les conjonctives injectées. La langue resta saburralé pendant une semaine.

L'érythème disparu, la malade rémarqua, sur la face aniérieure du thorax et surtout sur la face antérieure des avant-bras, ‘de larges taches pigmentaires brun foncé. Elles ne pâlirent qu'au bout de plusieurs mois et ne disparurent jamais complètement.

Pendant les treize mois qui suivirent ces manifeslations, la malade prit fréquemunent de l’aspirine, des préparations bromurées, sans, jamais présenter de lésions cutanées d'aucune sorte. | pacte

Le 18-août 19£5, à 21 heures, elle prend vingt gouttes de somnifène. Un quart d'heure ne s’est pas écoulé qu'elle accuse une sensation de tension de la facé en quelques minutes, celle-ci est le siège d’un œdème énorme qui se développe surtout au niveau des lèvres et des paupières et déforme véritablement le visage. La malade passe une nuit très pénible, accuse quelques signes digestifs et surtout un prurit intense qui s'étend à toute la surface cutanée.

Le lendemain matin, elle constate une éruption de placards sur le tronc et les membres qu'elle dénommie «-urticaire » ; elle se plaint de malaisé général, et surtout d’une sensation de tension prurigineuse à la face qui s'explique aisément par l'œdème blanc et lisse qui a envahi toute la figure.

Nous la voyons le 19 août 1925, dans la matinée:

2Loner ®

Elle est méconnaissable, Les joues, les lèvres, les régions péri-orbitaires sont tuméfiées par un œdème blanc, douloureux au moindre contact et très prurigineux, Les conjonctives sont injectées, les yeux pleurent, La malade n’ouvre que très difficilement la bouche, gênée surtout par la distension œdémateuse labiale et péribuccale. Sur tout le corps, existe un érythème polymorphe typique, érythémato-papuleux : ce sont des taches congestives nummulaires ou lenticulaires dont le centre est plus coloré que la périphérie ; les unes sont planes, d’autres sont papuleuses, certaines sont déprimées à leur centre, d’autres sont discoïdes. Certains éléments ont un centre purpurique ; d’autres sont de teinte livide, avec une bordure vermillonnée. Quelques-uns forment des taches margi- PTHÉCRES

Les éléments, de nombre assez considérable, sont disséminés surtout au niveau de la face dorsale des mains, des poignets, des avant-bras, des coudes, à la nuque, au front, aux genoux et aux hanches, La malade accuse un prurit intolérable. Elie est courbaturée, se plaint de céphalée légère ; sa langue est saburrale:

Dès ce jour, la malade se met au lit. Elle prend cha-

que matin, pendant trois jours consécutifs, 10 grammes de sulfate de soude.

Dès le troisième jour, les signes généraux disparaissent, les Tésions cutanées s’effacent. En huit jours, celles-ci ont presque entièrement disparu, sans qu'il se produise de desquamation. Seules persistent en divers points des téguments (avant-bras, nuque, partie supérieure du dos), au niveau des éléments précédemment décrits d’érythème polymorphe, des taches pigmentaires qui s’estompent petit à petit.

Page 1