‹ Les Accidents Nerveux Du Part Chez La LapineChapitre 8 sur 14 · FRÉQUENCE · texte numérisé non relu

FRÉQUENCE

La fréquence des accidents nerveux du part chez la lapine a été signalée par LesBouyriEs et R. Moussu. Cette fréquence ne fait point de doute. Depuis quelques années, à l’époque des accouchements, des femelles malades sont amenées presque chaque jour à la clinique de l'Ecole d’Alfort. Les petits élevages pullulent dans la région d’Alfort : ils ont été établis parfois pour l’agrément de leurs propriétaires, plus souvent pour le profit que ces derniers pensent en retirer. D'après les renseignements que nous avons obtenus, et aussi, d’après nos propres constatations, nous pouvons dire que les pertes additionnées de ces petits élevages se chiffrent par plusieurs centaines chaque année.

Souvent, plusieurs femelles sont atteintes dans le même clapier : nous connaissons un propriétaire qui a perdu sept lapines sur les vingt qui composaient son effectif.

Si nous considérons que, la plupart du temps, la

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mort des petits suit celle de la mère, nous devons noter que les pertes causées dans les élevages de lapins par accidents nerveux du part représentent un capital assez important.

SYMPTOMATOLOGIE

Les accidents se déclarent le plus souvent dans la deuxième semaine qui suit l'accouchement ; mais, ils peuvent apparaître plus tard, jusqu’au sevrage. Dans un même clapier, plusieurs femelles peuvent être atteintes. Les mâles, les petits qui vivent avec leur mère ne sont jamais frappés, non plus que les autres femelles en dehors de la gestation.

Les accidents se manifestent sous deux formes : ou bien les lapines se trouvent au bout de quelques heures, dans un état d’anéantissement complet, sorte d'état comateux qui persiste jusqu’à la mort sans autres symptômes apparents, ou bien elles sont frappées rapidement d’une paralysie qui, du train postérieur, s'étend vers les régions antérieures du corps.

FORME COMATEUSE. — La maladie débute brusquement : une lapine, jusque-là en bonne santé, cesse de manger et se réfugie bientôt dans un coin de sa case. Là, elle se met en boule, indifférente à tout ce qui l’entoure ; ses petits ne semblent plus exister pour elle. Très souvent, elle n'essaie même pas de fuir quand on approche la main.

Le regard paraît voilé ; la peau, les oreilles et les extrémités sont froides.

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Ces symptômes s’accusent de plus en plus, et, au bout de quelques heures, la femelle se trouve dans un état d’anéantissement complet.

Les fonctions digestives sont arrêtées dès le début de la maladie. En général, l’inappétence est totale. Plus ou moins rapidement l'animal se ballonne : la distension de l’abdomen peut être énorme. La défécation est arrêtée ; il y a constipation opiniâtre.

Malgré l'énorme distension des réservoirs digestifs la respiration n'est pas accélérée.

Les mamelles se tarissent très vite ; la sécrétion lactée est parfois supprimée, l’animal n'’allaite plus ses petits.

Si l’on prend la température rectale, on constate une hypothermie précoce, jamais nous n'avons relevé de température supérieure à la normale. L’hypothermie s’accentue régulièrement du début de l’accident jusqu’à la mort. On note d’abord 38°5, 38°, puis 37°, 36°, 35°5. Ces dernières températures existent déjà 24 ou 48 heures avant la mort. A l’agonie, le thermomètre marque souvent 34°5, 34°.

La mort survient, en général, au bout de trois ou quatre jours, sans autres symptômes apparent, sans agitation, sans convulsion.

Parfois l’état de somnolence, d’indifférence n'apparaît pas aussi brusquement. L’appétit est d’abord diminué, la femelle cherche encore à manger quelques brindilles, elle se sauve quand on veut la saisir ; la température rectale se maintient autour de 38°5. Cela dure un ou deux jours. Puis, subitement, les symp-

tômes s’aggravent et nous retombons dans le cas général. Il est très rare de constater ce retard apporté à l'établissement définitif de la maladie.

Enfin, des formes frustes, se traduisant par des symptômes peu accusés et guérissant spontanément, sont vues exceptionnellement.

FORME PARAPLÉGIQUE. — Îci nous retrouvons la plupart des symptômes observés dans la forme comateuse : apparition brusque, inappétence, distension de l'abdomen, hypothermie. Mais, de plus, apparaît une paralysie du train de derrière : les malades se déplacent difficilement ; elles se traînent, la face antérieure des membres postérieurs frottant sur le sol. La paralysie gagne de plus en plus en avant et la mort arrive en trois ou quatre jours comme ci-dessus.

Cette forme de la maladie, très fréquente il y a quelques années, est, à l'heure actuelle, beaucoup plus rare, au moins dans la région parisienne.

Lésions

À l’autopsie, le foie, le rein, la rate, le cœur semblent normaux. L'utérus lui-même ne montre aucune lésion apparente. Seul, l'appareil digestif se présente sous une forme particulière que l’on retrouve constamment : l'estomac est bourré de matières alimentaires qui n'ont pas été attaquées par les sucs digestifs ; on a l'impression que la sécrétion gastrique s’est arrêtée brusquement. L'’intestin grêle, le cæcum, le

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côlon sont distendus par des gaz et contiennent une petite quantité d'aliments plus ou moins digérés. La partie postérieure du côlon est occupée par des excréments très secs, en boules.

Ce sont là les seules lésions qu'un examen macroscopique permet de déceler.

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Le diagnostic n'offre pas de difficulté. Le moment, la rapidité de l’apparition des accidents, les troubles de l'appareil digestif, l’hypothermie, l'abattement extrême des femelles, ou la paralysie du train postérieur sont des signes constants qui permettent de faire ce diagnostic.

De temps en temps, on voit chez les lapines récemment accouchées des infections utérines qui s’accompagnent aussi d’un grand abattement. Mais, les malades ont de la fièvre ; et, si on note de l’hypothermie, ce n’est que très peu de temps avant la mort. Parfois, il existe de l'écoulement vulvaire. D'ailleurs, ces infec-

tions sont rares.

PronosTic

Abandonnées à elles-mêmes, les malades succombent presque toujours. R. Moussu écrit : « Toutes les malades que j'ai pu suivre complètement ont succombé... » et G. Moussu constate de même la gravité de ces accidents : « L'expérience des faits démontre que

c'est une manifestation extrêmement grave, que les nourrices succombent dans la majorité des cas, et, bien entendu, les petits aussi dans la suite. »

Parmi toutes nos observations, nous avons relevé un seul cas de guérison spontanée, et encore les symptômes étaient si peu accusés que nous ne pouvons affirmer d'une façon absolue que nous nous trouvions bien en présence de ia maladie habituelle : dans un élevage, trois lapines issues de la même portée, recevant la même nourriture, saillies par le même mâle, et ayant accouché normalement, tombent malades toutes trois, un mois environ après leur accouchement : deux présentent les symptômes ordinairement observés ; chez la troisième, nous notons des signes peu caractéristiques : anorexie, tristesse, léger ballonnement de l’abdomen, et la guérison survient au bout de trois jours. Les conditions d'apparition de cette indisposition nous font penser qu'elle était de même nature que celle des deux autres femelles.

Le pronostic est singulièrement moins sombre, depuis qu'on fait de la calcithérapie. Mais, il faut que l'intervention soit hâtive. Si l’anéantissement est extrême, si l’hypothermie est grande, la mort survient malgré l’administration du Ca. Nous n’avons jamais œuéri de sujet dont la température rectale était inférieure à 36°5 au moment de l'application du traitement ; au contraire, chaque fois que ce dernier a été précoce, nous avons obtenu la guérison.

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