OBSERVATION
Un enfant de 6 ans entre le 3 décembre 1930 au service de chirurgie infantile avec une section presque complète de la cuisse droite par une roue de locomotive.
Le pouls est perceptible, la tension extrêmement basse : 8-5 1/2.
Le petit malade râle et la mort semble être très proche.
Le père qui se trouve présent est immédiatement groupé et se trouve du groupe IV. On fait une injection de 400 cc. La transfusion doit être arrêtée vu l’état du donneur. On fait une autre transfusion avec un autre groupe IV, transfusion de 600 cc. Le petit malade re-
LEGENDRE
prend connaissance, le pouls s’améliore et il peut supporter l’intervention chirurgicale et sort guéri.
L'enfant groupé était du groupe Il.
La transfusion s’est passée sans le moindre incident ni pendant ni après. Un enfant de 6 ans a donc pu recevoir 1.000 cc. de sang du groupe IV sans qu’il en résulte aucun effet nocif.
L'observation jointe à celles de TzANCK, semble bien éliminer l’action du sérum du donneur sur les globules du receveur.
C’est peut-être que les accidents surviendraient avec des sangs que l’on croyait jusque là compatibles, mais qui, depuis leur groupement, auraient changé.
Mile HERR, dans son importante thèse, conclut dans un sens favorable à cette hypothèse.
Examinons les observations qu’elle a prises comme témoin et dont plusieurs ont déjà été citées précédemment.
La première observation peut se résumer ainsi :
Un enfant de 9 ans recoit 200 cc. de sang d’un donneur IV de Saint-Antoine — Choc intense — anurie — mort. On groupe à nouveau le donneur, il était du III.
Or, Tzancxk nous explique qu’en 1931 et 1932, il y eut ainsi à Saint-Antoine, une véritable épidémie de changements de groupes, qui correspondaient à des sérums étalons défectueux. Depuis, des épreuves de contrôle sévères ont été instituées (Tzaxck, Problème thérapeutique et pratique de la Transfusion sanguine, Masson) et des faits semblables ne se sont jamais reproduits.
Notons encore que la mort eut pu être évitée, car dès les premiers centimètres cubes, on a noté des signes d’incompatibilité, qui ne purent être appréciés, car ils donnèrent confusion avec des signes d’indiscipline bien natureis chez un enfant de 9 ans.
Faut-il tirer une conciusion du fait que ce donneur avait donné plusieurs fois sans accidents. Ii suffit de rappeler la statistique de CRILE qui note 100 transfusions sans jamais avoir fait d’épreuve de compatibilité et qui note seulement quatre incidents. Des faits semblables sont possibles du fait qu’un donneur incompatible peut donner son sang à plusieurs reprises, sans déterminer d'accidents.
Prenons encore, une des observations citées à la Société d’'Hématologie en 1932, celle de CAIN et BAR- NAUD et que nous avons relatée par ailleurs, comme exemple d’hépato-néphrite. — Ulcère duodénal — transfusion avec un groupe IV précédemment groupé — choc — hépato-néphrite — mort. On groupe à nouveau le donneur : il était du groupe III.
Faut-il conclure à un changement de groupe ? Il semble que ce soit bien osé. Il s’agit manifestement d’une erreur de groupe.
BorDLEY, dans les Archives de Pathologie interne, tome 47, 1931, publie lui aussi deux observations où il suppose un changement de groupe. Nous avons relaté ces observations.
Dans la première, il s’agit nettement d’une erreur de groupe.
Ainsi, les agissements en faveur des changements
de groupes ne semblent pas échafaudés sur des bases solides et nous pouvons citer notre Maître LE RASLE, dont l’opinion sur ce point n’a pas varié. « Notre opinion pour les changements de groupes est formelle : ils n'existent pas. On peut les expliquer, ou par une erreur due à la pseudo-agglutination ou par des sérums mal sélectionnés. »
Le transfuseur peut donc être délivré de cette hantise : — Mon donneur n’a-t-il pas changé de groupe !
Si son groupement a été fait d’une façon correcte, il peut faire sa transfusion en ayant la certitude absolue qu’il n’y aura pas d’incompatibilité et, partant, qu’il n’observera pas d’accident fatal.
Dans la très importante statistique de LE RASLE, nous ne pouvons relever aucun accident grave après transfusion. Nous avons observé trois cas de néphrite bénignes que nous avons relatés.
Dans la statistique que TzANCK a bien voulu nous communiquer, les 16 cas de néphropathies observées sans erreur de groupements furent bénins. On y peut noter 5 cas d’hémoglobinurie avec douleurs rénales, mais sans complications rénales ultérieures.
Quatre fois l’hémoglobinurie survint sans douleurs rénales et fut simplement reconnue à l’examen des urines.
Deux fois, TzANCK put noter l’hématurie, mais une fois chez un malade atteint de purpura généralisé et qui avait fait auparavant une hématurie.
Deux fois, on a noté une albuminurie transitoire.
Une fois, une azotémie de 5 gr. avec une anurie