Jousset, France géographique illustrée, t. 1, p
= pas assez profondes pour permettre aux navires d'ac-
coster ; et même dans les ports profonds, celui de Marseille, par exemple, il servait, concurremment avec les chattes qui sont des planchers flottants, à constituer de chaque côté du bateau un véritable quai mobile au
moyen duquel on pouvait activer beaucoup les opéra-
tions de mise à bord ou à quai.
L'exiguité des ports était souvent telle que les navires ne pouvaient y mouiller qu’ « en pointe », c'est-àdire l'arrière à quai, ce qui rendait très difficile la manipulation de la cargaison. À Marseille, notaniment,
un rapport de la Chambre de commerce du 22 avril
1846 signale l'encombrement du Vieux-Port et du port du Frioul, ce dernier contenant plus de 60 navires qui attendaient leur tour de venir accoster Le continent. Un autre rapport de la Chambre de commerce, en date du .5 mars 1847, signale « l'insuffisance des chattes et « accons dont l'emploi est fréquemment rendu obliga- « toire dans les transbordeménts par suite du mauvais « conditionnement de beaucoup de cargaisons de blé « exotique, ou de leur état terreux, qui rend un eri- « blage indispensable avant leur réembarquement ». C'est ainsi que Les propriétaires d’accons furent amenés à offrir leurs services aux négociants et armateurs, et qu'ils devinrent professionnellement des chargeurs et déchargeurs de navire, des acconters au sens actuel du mot.
9. — À Marseille, l’histoire locale nous fournit des documents précieux sur l’évolution historique de la
profession (1). La société des portefaix, appelés alors « gagne-deniers » fut créée au moyen âge: elle est mentionnée pour la première fois dans un acte de 1393.
La corporation n'eut pas de constitution écrite avant 1704 ; elle ne comportait d’ailleurs ni jurande, ni mai-
trise. En 1789, la seule doléance des portefaix n’est pas
d'ordre politique : ils désiraient qu’on interdit aux
« robeirols », porteurs étrangers à la corporation, de
venir « se placer sur la palissade du port ». En fait ils
avaient alors le monopole à peu près complet de la
manutention qui n'était pas faite par les équipages. La
Révolution fit disparaitre la corporation en proclamant
la liberté du travail, mais elle fut reconstituée en 1814: c’est alors qu'on voit apparaitre les maîtres-portefaix,
véritables entrepreneurs de manutention, mais qui sont
astreints à prendre tous leurs employés dans la corpo-
ration. Vers 1850, la profession de portefaix est à son
apogée : ils ont un monopole de fait sur certains quais,
et le règlement corporatif, afin d'employer le plus de
monde possible, défend de se servir de charrettes et même de brouettes, à moins de permission spéciale
des syndics.
Ce fut leur excès de puissance quiles perdit. Dès 1817, les minotiers, pour échapper aux exigences des portefaix, avaient fait appel à des ouvriers libres ou « débarueurs ». Les portefaix, pour ne pas être confondus avec eux, leur interdirent l'usage des sacs de toile, ne
4. Cf Les Bouches-du-Rhône, encyclopédie publiée sous la direction de M. Paul Masson, t. IX, pp. 909 sq.
leur permettant que les sacs de sparterie. Puis, la navigation à vapeur ne put s’accommoder des lenteurs des
portefaix ; l'extension du port après 1850 rendit le
monopole intolérable : en 1860, on cite 100 maisons employant 1.000 ouvriers libres sur les quais. En
même temps, pour échapper à ce monopole sont créés
les « Docks » qui obtiennent le monopole du déchargement dans l'enceinte de leur concession. Vers 1865,
un conflit ayant éclaté entre Les Docks et les portefaix,
le Tribunal de Commerce donna raison aux Docks et provoqua dans la corporation une scission qui‘amena rapidement sa désagrégation. Le travail fut désormais libre sur les quais et les ouvriers libres par opposition aux portefaix prirent le nom de dockers. D'autre part, le développement de la navigation commençant à nécessiter un outillage dispendieux, c’est alors que se créent les grandes entreprises de manutention, dont la première fut en 1860 la Société des Embarcations de servitude. Dès lors, c'en est fait de la corporation des portefaix : elle est remplacée par les acconiers et les dockers. En 1880, la corporation comptait environ 490 membres ; aujourd’hui, elle est virtuellement disparue et le portefaix actuel, simple mandataire juridique du négociant, ne s'occupe plus des opérations matérielles de chargementet déchargement des navires.
10. — L'outillage subit lui aussi une évolution. Il y a cent ans, on ne connaissait guère que les chattes, les accons, et les gabares, cette dernière étant une embarcation à quille. Cest d’ailleurs la gabare, dont on se ser-
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vait rent entre Pauillac et Dodo qui à -
donné son nom aux acconiers de ce dernier port, appe-
lés aujourd'hui erfcore les gabariers. Puis, l’'augmenta-
tion du tonnage des navires, la construction de nou-
veaux ports moins abrités rendirent nécessaire l’usage
d'embarcations plus vastes et plus stables ; c'est alors que fut adoptée la mahonne, embarcation à quille, pontée et plus spacieuse. Le nom de mahonne lui vient de Mahon, petit port des Baléares, où elle était en usage. À son tour, d'ailleurs, comme la gabare et l’accon, elle a donné son nom aux acconiers de certains ports, notamment à ceux de Constantinople, qu'on appelle les mahonnadjis. C’est la Société d'Embarcations de servitude qui généralisa l'usage de la mahonne
dans le port de Marseille.
11. — Actuellement, l’outillage des acconiers s’est perfectionné suivant les progrès de l’industrie moderne. Les acconiers marseillais notamment disposent sur les quais et sur mahonnes de puissants appareils de levage : on compte une quarantaine de ces engins, dont 25 grues flottantes à vapeur de 1.800 à 6.000 kilogrammes de puissance, 9 grues électriques de À à 7 tonnes et une grue tournante de 7 à 12 tonnes. En fat de mahonnes, chattes, allèges et autres embarcations similaires, on compte 1.044 éngins divers appartenant à une cinquantaine d'entreprises différentes (dont 6 importantes) et occupant environ 80.000 mètres carrés de surface d’eau au total, Enfin, pour le débarquement des grains, les acconiers possèdent des élévateurs à godets, dits
12 ke , LES ACCONIERS …
- poulsons, appareils mobiles qui vont puiser les grains dans les caves et les déversent sur des courroies
transportant la marchandise soit au so}, on une
caisse pèse-grains (Î).