CHAPITRE PREMIER
Opérations faites par les Syndicats Agricoles
Bien avant 1884 la crise agricole qui sévissait en France nécessitait une transformation des conditions de l’exploitation rurale. L'agriculture, après avoir goûté une longue période de prospérilé, traversait vers 1870 des épreuves dont on ne pouvait prévoir le terme. La crise causée par le régime fiscal, par l’arrivée sur le marché français des produits de pays neufs plus favorisés que nous au point de vue des conditions de la production, imposait à l’industrie agricole une évolution profonde : Quelques esprits songèrent à demander à l'association un remède aux maux dont souffrait l’agriculture.
Depuis longtemps déjà les hommes, qui s’intéressaient au développement de cette branche de notre richesse nationale, avaient compris l'utilité de se grouper : et, sans remonter aux sociétés taisibles du Moyen Age, nombreux sont les essais
D PONE tentés en ce sens (1). C’est à la fin du dix-huitième siècle que furent fondées les premières sociétés d'agriculture destinées à étudier les améliorations à apporter aux modes d'exploitation des terres, à encourager les efforts accomplis dans cette voie ; le succès de ces groupements n'a cessé de s’affirmer et quelques-uns ont acquis aujourd'hui un développement considérable.
A côté des sociétés d'agriculture il faut placer les comices agricoles, leur création remonte à peu près à la même époque, disparus avec tant d’autres institutions pendant la Révolution, on les voit renaître vers 1830, une loi du 20 mars 1851 les réglementa. Mais, sociétés d'agriculture ou comices avaient un rôle fort restreint, les deux groupements se bornaient à distribuer des encouragements, organiser des concours, publier des journaux pour la diffusion des découvertes modernes relatives à l'exploitation du sol. On ne peut citer que pour mémoire les Chambres consultatives d'agriculture fondées en vue de donner aux agriculteurs une représentation analogue à celle qui existait déjà pour le commerce et l’industrie, grâce aux Chambres de commerce ; ces chambres n’ont jamais existé que de nom et ne se sont à peu près Jamais réunies. Quant aux associations syndicales établies par la loi du 21 juin 1865 et destinées à
(1) Gairal. Les droits et les devoirs des Syndicats agricoles, thèse, p. 10 et suiv.
EAU RE assurer l’exécution ou l'entretien de travaux, tels que: irrigation ou dessèchement de marais, leur but était très limité ; il faut en dire autant de certaines associations rurales fort utiles mais créées en vue de défendre des intérêts spéciaux : telles que les fruitières ou sociétés fromagères.
Grâce à l'initiative et aux efforts d'hommes désintéressés qui mettaient à profit la confiance qu’inspiraient leur instruction et la place qu'ils occupaient dans la société, ces groupements rendaient d’appréciables services. Mais pour faire sortir l’agriculture de la crise aigüe dont elle souffrait, il fallait lrouver autre chose. Il était nécessaire d'obtenir une production plus abondante, d'augmenter les ressources du paysan, de diminuer ses dépenses, 1l fallait s'organiser pour la lutte. Cette œuvre ne pouvait être celle des petits cercles d’agronomes et de grands proprié-. taires, parmi lesquels se recrutait le personnel des comices et des sociétés d'agriculture ; il fallait à la nouvelle forme d'association une base plus large, elle avait besoin de tous les concours et elle devait être accessible à tous, aux petits surtout. Aux petits, car ce sont eux qui en ont particulièrement besoin, ce sont les petits propriétaires qui, privés de ressources, peuvent le plus difficilement se défendre contre les maux qui les menacent. Il ne faut pas l'oublier aussi, c’est la petite propriété qui conserve à la famille un foyer, la petite pro-