‹ Les Achats et les Ventes: PratiquesChapitre 4 sur 31 · DER · texte numérisé non relu

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priété offre à la société des conditions de bonheur et de paix sociale qui méritent d’être défendues. La misère à la campagne, c’est dans le cœur du paysan le dégoût prochain du morceau de terre qui refuse de le nourrir succédant à l'amour jaloux pour le sol sur lequel il est né, c’est bientôt l’exode vers la ville et ses lamentables conséquences.

Il fallait donc grouper la masse des petits cultivateurs. La loi du 21 mars 1884 le permit et les services matériels rendus dès leur formation au monde rural par les associations professionnelles eurent raison d’un esprit de routine et d'individualisme qu’on eut cru insurmontable.

La loi du 21 mars 1884 avait été élaborée en faveur des groupements commerciaux, industriels et ouvriers, le projet présenté en 1880 avait surtout pour but de permettre aux ouvriers de se réunir pour la défense de leurs intérêts. II s'agissait, en somme, de donner une existence légale à des organismes déjà existants, tels par exemple que les diverses chambres syndicales ouvrières des centres industriels et de les perfectionner. Le monde rural, au contraire, ne possédait rien d'analogue, le cullivateur paraissait voué à un isolement perpétuel, il faut arriver à l’année 1881 pour rencontrer un ou deux essais d'association agricole. Rien d'étonnant alors que le législateur n'ait point songé à lui au cours de l'élaboration de la loi.

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C'est lors de la dernière délibération seulement que le texte de l’article 3 « Les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l'étude et la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux » fut, sur la proposition de M.

Oudet, sénateur du Doubs, complété par les mots «et agricoles ». Il ne faut d'ailleurs pas exagérer la portée de cette addition car, de l’avis même du rapporteur de la loi, M. Tolain, il n'était jamais entré dans l'esprit de la commission d’exclure l’agriculture du bénéfice de cette loi. L'agriculture est une industrie au sens économique du mot, étant la mise en œuvre de l’activité humaine dans un but producteur. Ce qui est incontestable, c'est que le législateur ne soupçonnait pas les bouleversements considérables et la transformation que la loi allait apporter dans les milieux agricoles.

La révélation au monde rural des ressources de l'association a eu pour le pays les plus heureuses conséquences économiques et sociales. Les services rendus par les Syndicats agricoles au point de vue matériel comme au point de vue moral sont immenses. Ils ont transformé les procédés de culture, mis à la portée des plus modestes paysans les découvertes fécondes de la science, ils ont accrû la production et l’ont rendue moins onéreuse, ils ont fourni aux producteurs des débouchés inconnus, la condition matérielle des classes rurales s’est améliorée ; ils ont montré aux yeux

RER étonnés des habitants des campagnes l'immense horizon ouvert à l'association et à la mutualité et ont été ainsi, en même temps que les sauveurs, les éducateurs du monde agricole.

Les syndicats arrivaient au bon moment et un heureux concours de circonstances allait permettre à ceux qui avaient compris l’immense parti que les cultivateurs pouvaient en tirer d’avoir raison de l’apathie et de la routine du paysan français. Pour arriver à lutter avantageusement contre l'envahissement de notre marché par les produits étrangers, 1l importait d'obtenir une production plus abondante et moins onéreuse : il fallait abandonner les procédés traditionnels de culture et substituer à l’empirisme d'autrefois les indications fournies par les découvertes de la science.

C'était l’époque où quelques savants (1) entreprenaient de vulgariser l'emploi des engrais chimiques substitués à celui du fumier de ferme. Ils avaient démontré la puissance des sels minéraux, mais habitués depuis des siècles à employer le seul fumier de ferme comme matière fertilisante, le cultivateur hésitait à se servir des engrais chimiques. Le commerce n'ayant que des débouchés très restreints était obligé de vendre à des prix exagérés et beaucoup de fournisseurs n'’hésitaient

(1) Parmi les propagateurs de la chimie agricole, il faut citer : Georges Ville, Boussingault, Joulie, etc.

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