‹ Les Achats et les Ventes: PratiquesChapitre 5 sur 31 · REC RES · texte numérisé non relu

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pas à profiter de l'ignorance des acheteurs pour falsifier la marchandise.

C'est à l'initiative privée que sont dus les premiers efforts tentés pour remédier à cette déplorable situation et par là même assurer le salut de l’agriculture. Ne pouvant s'attaquer directement et immédiatement aux causes premières de la crise qu'elles déploraient quelques bonnes volontés individuelles cherchèrent à atténuer les effets du mal. Les pouvoirs publics ne paraissaient pas encore préoccupés de la situation et la loi relative à la création des syndicats professionnels n'était même pas en voie d'élaboration lorsque, le 14 août 1881, un professeur départemental d'agriculture du Lotet-Garonne, M. de l’Ecluse, fondait à Villeneuvesur-Lot un syndicat ; quelques temps après, dans une conférence dans laquelle il indiquait le but de ce syndicat et les services qu’il était appelé à rendre, il plaçait en première ligne les fournitures d'engrais, les achats et les ventes de matières utiles à l'exercice de la profession agricole.

En 1882, c’est le comice de l’arrondissement de Rouen qui, sur l’initiative de son président, M. Fortier, sortant du rôle purement académique tracé par la loi, s'occupe de prémunir les cultivateurs contre les fraudes auxquelles ils sont exposés de la part de négociants peu scrupuleux. Il cherche aussi à faciliter à ses membres l’acquisition u’engrais et d'instruments agricoles aux meilleures

En em conditions possibles en groupant leurs commandes et en obtenant, de la part des commerçants, des réductions sur leurs tarifs ordinaires.

En 1883, un autre professeur départemental d'agriculture crée l'association des cultivateurs du Loir-et-Cher « ayant pour but, disent les statuts, « d'acheter les engrais en commun afin de les « obtenir à meilleur marché et de réprimer la « fraude dans les livraisons ». Le comice agricole de Trévoux avait fait un pas de plus dans la voie des achats en commun, 1l groupait les commandes de ses membres relatives non seulement aux engrais mais aussi aux semences dont ils pouvaient avoir besoin ; celui de Sarrebourg faisait également des achats en commun de bétail.

La loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels ayant été votée, ces divers groupements songèrent immédiatement à en réclamer le bénéfice. Ce sont ces mêmes opérations accomplies par des associations fondées illégalement que les Syndicats agricoles poursuivirent à l'abri de la loi nouvelle ; et, parmi les causes qui assurèrent le succès de ces syndicats, il faut certainement placer en première ligne les services matériels qu'ils rendirent et qu'ils continuent à rendre à leurs adhérents. « Sans ce but intéressé, la loi « de 1884 aurait été lettre morte pour l’agricul-

ERTNE « ture. » (4) Il faut au paysan des actes précis qui lui permettent d'évaluer immédiatement et pour ainsi dire d'une façon palpable les avantages qu'il peut retirer de son affiliation au Syndicat, il faut que cette affiliation lui donne un résultat immédiatement appréciable en argent. « C’est par « les services d’ordre matériel rendus à l'exploi- « tation du sol que s’est manifestée tout d'abord « l’activité du Syndicat agricole ; c’est par eux « qu'il à affirmé sa puissance ; qu'il a conquis et « qu'il maintient la fidélité de ses adhérents. » (2)

Répandre la connaissance des sels minéraux comme engrais, grouper les commandes pour obtenir des prix plus avantageux et surveiller la qualité des marchandises : Telle fut la première tâche que s’imposèrent les syndicats, le premier but qu'ils assignèrent à leurs efforts. Ce qu'ils avaient fait pour les engrais, ils le firent aussi pour les autres matières utiles à l’agriculture. Aux achats de sulfates et de phosphates s'ajoutèrent bientôt ceux de semences, de plants, de machines parfois même de marchandises ne pouvant avoir qu'une utilité contestable pour l'exercice de la profession agricole. Dès 1885, six syndicats réalisaient déjà à eux seuls des achats d'engrais dépas-

(1) Rieu, administrateur du Syndicat agricole vauclusien. Rapport présenté au Congrès national des Syndicats agricoles de Lyon en 1894.

(2) Rapport de M. Rieu au Congrès de Lyon.

sant 4 millions de kilogr. Un Syndicat central créé à Paris en 1886 faisait trois ans plus tard un chiffre d’affaires de 4 millions. On évalue actuellement le montant des achats annuellement faits par l'ensemble des Syndicats agricoles à plus de 200 millions de francs. Et ces achats portent sur toutes sortes de marchandises, l’agriculteur trouve au magasin syndical tout ce dont il a besoin à des prix plus avantageux que dans le commerce et le plus souvent de qualité supérieure.

On ne saurait cesser de le répéter : sans ces avantages immédiatement appréciables pour eux, les cultivateurs eussent été beaucoup plus difficiles à convaincre des bienfaits du groupement et de l'association. Ce sont les achats en commun qui ont contribué d'abord à attirer les populations des campagnes dans les syndicats. Il ne faut pas que les services d’un ordre plus élevé rendus plus tard au monde rural par les Syndicats agricoles en contribuant à répandre les bienfaits de l’instruction, à propager l'esprit de prévoyance, à unir les paysans par les liens de la mutualité et de la solidarité, fassent méconnaître la très réelle importance des intérêts plus immédiats qu'ils ont défendus.

C'est par les achats collectifs de marchandises d'utilité professionnelle qu'ils ont commencé à fonctionner, mais il n’est pas suffisant de produire aux meilleures conditions possibles, il faut encore

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