INTRODUCTION
Dans la vie de rhumanité, les peuples succèdent aux peuples^ comme les individus succèdent aux individus, et il s'établit ainsi une filiation dont une observation attentive nous permet de suivre les développements. A un moment donné, une nation, privilégiée peut-être, impose son influence aux destinées du monde. Cette influence dure un certain temps, puis elle s'évanouit; il n'en reste que la trace plus ou moins éphémère et un nom qui disparaît à son tour, jusqu'à ce que des générations nouvelles évoquent ces souvenirs et rendent aux principes qui font vivre et grandir les peuples la consécration de leur éternelle identité.
Plusieurs civilisations se sont éteintes successivement sur les rives de l'Euphrate et du Tigre avant la naissance de la civilisation grecque et romaine. L'empire d'Assyrie, qui succédait lui-même à un empire dont on commence à soup-
çonner l'existence^ s'est écroulé, après quinze siècles de grandeur^ sous les armes des Perses, et la domination des Perses s*est elle-même écroulée sous les armes d'Alexandre.
Il y a un demi-siècle on ignorait les principaux événements de la civilisation assyrienne, et on ne connaissait rhistoirc de la Perse que par les poètes orientaux, ou par les historiens grecs.
Les traditions orientales, les traditions mêmes de la Perse, présentaient tant d'incohérence qu'il fallait rejeter la plupart des événements dont les chroniqueurs avaient gardé le souvenir dans cette période de l'histoire fabuleuse où le mythe se confond avec la réalité.
Le Livre des Rois, cette magnifique épopée dans laquelle Firdousi devait raconter, d'après les légendes qu'il avait recueillies, l'histoire des dynasties qui avaient occupé^ depuis le commencement du monde, le trône de la Perse^ n^a pas un chant pour les princes de la race des Achéménides.
Cyrus, Darius^ Xerxès, n'y sont pas nommés. Il est impossible d'établir un rapport quelconque entre les rois mentionnés dans le poëme de Firdousi et les rois perses dont les Grecs nous ont fait connaître les noms. Tous les efforts de l'historien Malcolm (i) n'ont pu aboutir qu'à une confusion déplorable, dont on ne serait pas sorti sans les découvertes modernes.
Les Grecs nous avaient cependant transmis des données sérieuses, mais elles furent abandonnées par les savants du dernier siècle pour se rattacher à celles des auteurs orientaux. Ces derniers, disait-on, devaient mieux connaître l'histoire de leur pays que des étrangers. C'était une erreur : il y a des peuples qui oublient vite leur gloire et leurs revers. Il fallait, pour en revenir aux Grecs, que les monu-
( I ) History of Persia from the most earîy period to the présent time, 2 vol. in-4<*, fîg. London, Murray, i8i5.
ments les plus authentiques vinssent confirmer leurs récits. Ce qu'ils présentaient d'incomplet était sans doute regrettable; mais les historiens de la Grèce naissante n'avaient pas, après tout, la mission de raconter les exploits des Achéménides, et nous devons leur savoir gré des renseignements qu'ils nous ont fournis et que Tlran moderne ignorait complètement.
La Perse, telle que nous la connaissons aujourd'hui, s'étend depuis les bords du golfe Persique jusqu'aux rives de la mer Caspienne, entre le Tigre et TEuphrate à l'ouest, l'Oxus et le Gange à l'est. De longues chaînes de montagnes nues et arides, quelques-unes couvertes de neiges éternelles, sillonnent le pays. Entre ces montagnes les vallées sont fertiles^ mais Teau y manque quelquefois, et pour entretenir cette fertilité il faut constamment arroser la terre par des moyens factices, sans quoi les chaleurs de l'été changeraient en déserts brûlants les vastes plaines que l'eau couvre pendant l'hiver.
Quels furent les premiers habitants de ces contrées? quels furent les principes autochthones qui présidèrent à leurs premiers essais de civilisation? Il serait assez difficile de sonder ces origines, et de pénétrer jusqu'à la dernière les différentes couches sociales dont le fiux et le reflux des conquêtes ont couvert ces parages. Nous ne pouvons que remonter le cours des âges jusqu'à ce que les renseignements nous abandonnent et que les jalons nous fassent défaut.
Deux sources d'informations se présentent d'abord à nous : d'une part, les traditions orientales; d'autre part^ les traditions grecques. Nous résumerons aussi succinctement que possible les données qui nous sont fournies par l'antiquité avant d'examiner les documents que la science moderne nous permet de consulter.