‹ Les Achéménides et les Inscriptions de la PerseChapitre 3 sur 32 · TRADITIONS ORIENTALES · texte numérisé non relu

TRADITIONS ORIENTALES

Suivant le Schah-Nameh , deux dynasties seulement ont régné sur la Perse, depuis l'origine du monde jusqu'au moment où Tempire de Darius s'est écroulé sous les armes d'Alexandre.

La première dynastie, qui porte le nom de Pischdadiens {Pischdad, donneur de lois justes), a commencé avec le premier homme, naturellement le premier roi de cette terre, c'est Caïomors; il a régné 56o ans. Ses descendants fournissent une succession de douze rois qui ont occupé le trône pendant Tespace de 3,269 ^^^* ^^ plupart de ces rois nous présentent des règnes dont la durée excède les limites de la vie humaine. Tous les peuples de l'Orient nous montrent du reste, à l'origine de leur histoire, des règnes séculaires qui font soupçonner des dynasties plutôt que des règnes isolés. Il est évident que plusieurs individus du même no{ii sont quelquefois réunis sous un seul type. — Quelques-uns de ces souverains ont laissé sur la terre des souvenirs chers à leur patrie. Housching, petit-fils et successeur de Caïomors, a établi dès ces temps reculés le culte du Feu dans Tlran. Thahamouras, son fils, apprit à tondre la laine des brebis, à la filer et à en faire des vêtements. Djemschid, le fils de Thahamouras, régiui 700 ans, et signala sa puissance par des bienfaits dont les habitants de Tlran conservent encore le souvenir. II amollit le fer, nous dit le Schah- Nameh. Par sa puissance royale^ il lui donna la forme des casques, des lances, des cuirasses, des cottes de mailles; il fit des vêtements avec le lin et la soie; les étoffes de luxe^ le brocart, apparurent à cette époque. Djemschid a fixé la

durée de l'année, il la divisée en périodes et il a marqué le commencement de chacune d'elles par une fête spéciale : le No^roui^ la féte>de la nouvelle année, qui se célèbre encore aujourd'hui. Enfin, suivant le Schah-Nameh, Djemschid a jeté.les fondements d'une ville qui fut pendant longtemps la capitale de la Perse, et qui serait celle que les Grecs nous ont fait connaître sous le nom de Persépolis. . Les hommes ont été longtemps heureux sous Djemschid. Cependant, dans les dernières années de sa vie, ils négligèrent le culte du vrai Dieu, et après sa mort un roi cruely Zohak, s'empara du trône.

Ce règne, de lugubre mémoire, a duré i,ooo ans. Pendant ce temps là, la moralité fut méprisée^ la magie devint en honneur, et le culte établi par Djemschid fut abandonné. Il paraît que l'impur Zohak portait sur ses épaules deux serpents nés des baisers d'un monstre affreux, et qu'il fallait repaître ces créatures hideuses avec des cervelles humaines ! Enfin un descendant de la famille des Pischdadiens, Féridoun, combattit ce roi perfide et lui arracha des main^ le sceptre de ses ancêtres.

Féridoun ranima le culte du Feu, il institua des fêtes nouvelles, il combattit la magie, et pendant 5oo ans les habi* tantsde.riran retrouvèrent sous ce prince le bonheur des premiers âges. Il eut pour successeurs quelques rois pleins de bonté y dont le nom seul est resté dans l'histoire^ et la dy« na$tie des Pischdadiens s'éteignit avec eux.

La seconde dynastie, celle des Kéans ou Kaïans (rois géants), rois forts et guerriers, habiles à tirer de l'arc, com« prend une succession de neuf rois qui ont occupé le trône pendant 782 ans selon quelques historiens, et pendant 938/ selon d'autres^ pour arriver à Iskander le Roumi : c'est ainsi qu'Alexandre est désigné dans le poëme de Ferdousù

Quelques-uns des rois de cette période se présentent encore avec des règnes séculaires, ce qui indique que nous

sommes toujours dans les temps héroïques et que la légende remplace encore pour nous les documents précis.

C'est d'abord Kaï-Kobad, Kaï*le-Grand , qui donna son nom à la nouvelle dynastie. Il gouverna l'empire pendant 100 ans; il fit le tour du monde en rendant la justice et en fondant des villes.

Son fils, Kaï-Kaous, régna i5o ans. Sa témérité compromit un instant Tempire de son père, mais il sut bientôt s'afferpir et continuer avec prudence son long règne. C'est à cette époque que Firdousi place les aventures de Rustam^ dont le nom est un des plus populaires parmi ceux des héros légendaires de la Perse.

Après lui, Kaï-Kosrou régna 60 ans; puis Lohrasp 120 ans, et enfin Gustasp, qui n occupa le trône que pendant 60 ans. Si nous suivons les données qui nous sont fournies parle Schah-Nameh sur la durée des règnes postérieurs^ nous arrivons à fixer le règne de Gustasp à une époque qui paraît coïncider avec celui de Darius, c'est-à-dire vers le milieu du VI' siècle avant J.-C. — Cette date, à laquelle on s*était rallié pendant quelque temps^ est aujourd'hui complètement abandonnée, et le règne de Gustasp doit être reporté à une date de beaucoup antérieure, mais qu'il est encore assez dif* ficile de préciser. Quoi qu'il en soit, il y avait déjà 20 ans que Gustasp était sur le trône lorsque parut Zoroastre. A cette époque une grande révolution s'accomplit. — Le culte de Djemschid était relâché,* les méchants commençaient à prendre de Taudace, les bons tremblaient, mais les fervents étaient pleins d'espérance. Le moment était venu oti le Dieu de l'Iran allait envoyer aux habitants de la terre le prophète qui devait les consoler!

Un saint personnage, Poroshasp^ « riche en chevaux », s'humilie devant le Seigneur et lui demande un fils pour apporter la parole de Dieu parmi les hommes : sa prière fut écoutée. Dieu accorda à Poroschasp un fils^ Zarathustra,

que nous nommons Zoroastre, qui devait rallumer les saintes croyances et délier les captifs.

La naissance du prophète fut accompagnée de signes non équivoques. Urmi, sa ville natale, se livra tout entière à la joie, et il y eut ce jour-là un grand deuil parmi les méchants ; mais bientôt le sombre bataillon se ravisa et se prépara à disputer à Tenvoyé de Dieu les conquêtes qu'il devait faire parmi les hommes. C'est au milieu de périls de toute nature, d'embûches de tout genre, que Zoroastre passa ses premières années. Avant de commencer sa sainte mission, il se retira dans la solitude pour méditer sur les grandes vérités qu'il devait apporter au monde. Lorsqu'il sortit de sa retraite, il se présenta tout à coup à la cour du roi et lui annonça la réforme qu'il venait accomplir au nom du Dieu de l'Iran.

Il fallut lutter encore contre les mauvais esprits, mais Zoroastre ne tarda pas à vaincre toutes les hésitations en appuyant sa parole par des miracles. La cour de Gustasp fut bientôt ralliée à sa doctrine, qui s'établit d'abord par la persuasion jusque dans Tlnde. Mais bientôt de gros bataillons se rangèrent autour du prophète, les armes achevèrent ce que la persuasion n'avait pu accomplir auprès des plus incrédules, et toute la terre fut soumise à la nouvelle loi.

Cette propagande n'était pas sans périls. La religion d'Ormuzd avait un ennemi qui s'avançait du côté du nord. Les Touraniens résistaient, malgré de nombreuses défaites^ à la parole de Zoroastre; leur résistance fut un jour couronnée de succès, et ils exercèrent de cruelles représailles. Balk était ea ce moment la résidence du prophète. Tandis que Gustasp et ses généraux imposaient la sainte doctrine du côté de l'orient et de l'occident, la garde de cette ville n'était plus confiée qu'aux prêtres et aux vieillards. Les Touraniens, qui préparaient leur vengeance, apprirent que la capitale de l'Iran était privée de ses défenseurs. Aussitôt le roi du

Touran envoya son fils pour s'en emparer et la détruire. Un vieux général de Gustasp, voyant le péril, se mit à la tête des Iraniens et s'avança contre l'ennemi; mais, hélas! la résistance fut inutile, elle ne servit qu'à accroître la fureur des vainqueurs. Balk succomba sous le nombre, et les Touràniens assouvirent leur rage sur les vieillards, les femmes et les enfants. Zoroastre seul, au milieu du désordre qui l'entourait, priait Ormuzd auprès du Feu sacré, qu'il protégeait de son corps, dernier et faible rempart qui fut bientôt franchi; les Livres sacrés furent livrés aux flammes, et c'est avec le sang du prophète qu'on éteignit le Feu sacré d'Ormuzd.

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