‹ Les Achéménides et les Inscriptions de la PerseChapitre 4 sur 32 · LE ZEND-AVESTA · texte numérisé non relu

LE ZEND-AVESTA

Les principes religieux que Zoroastre avait établis dans ces temps reculés sont renfermés dans des Livres qui portent le nom de Zend'Avesta, Ces Livres, au temps de Zoroastre, étaient au nombre de 21. Chacun d'eux portait le nom de Nosk ou Naçka. La sagesse divine les distribuait sur la terre par l'entremise de ses prophètes à mesure que les besoins, toujours croissants, des peuples de l'Iran, réclamaient des vérités nouvelles. Cette publication céleste, comme toutes les publications analogues, du reste, porte avec elle le sentiment de l'incomplet; elle devait se composer un jour de 24 Nosks. Zoroastre a donné le 21^; il doit avoir trois fils posthumes, et chacun d'eux, à des jours différents, apportera un Nosk nouveau et complétera ainsi la collection des Livres de Dieu. Lé dernier des fils de Zoroastre, Sosiosh, ne doit apparaître que pour annoncer aux nations inquiètes le dénoûment du grand drame du monde. Suivant les croyances des Perses, il leur présentera le 24* Nosk, et alors toute la terre embrassera, avant de finir, la religion d'Ormuzd.

Il paraît certain que les 21 Nosks deTAvesta existaient encore dans leur entier au moment de la conquête d'Alexandre. Une grande partie a péri sans doute, mais il est facile aujourd'hui d'en apprécier l'ensemble et de ne concevoir aucun doute sur les détails les plus importants.

On sait que les premiers fragments des livres de Zoroastre. ont été apportés en Europe il y a environ 25o ans. Ces li-, vres, incompris d'abord et complétés par les courageuses recherches d'Anquetil du Perron, ont été depuis un demisiècle l'objet des études les plus sérieuses. Voici de qupi ils se composent. C'est d'abord le Vendidad-Sadé, qui se divise en trois parties: Ylieschné, le Vispered etie Vendidad proprement dit. — Le mot Iieschné désigne une prière dans laquelle on relève la grandeur de celui à qui on s'adresse.. L'ouvrage qui porte ce titre.se compose de 92 Has ou prières, divisées en deux parties. La première contient 27 Has, qui ont pour objet Ormuzd et les créature? ; la seconde parle de l'homme et de plusieurs génies chargés de le protéger. On présume que l'Izeschné faisait partie du premier et du second Nosk du Zend-Avesta. — Le Vispered, qui mentionne tous les chefs des êtres, est divisé en 27 Cardés ou portions, et faisait probablement partie du i5' Nosk. Ul^eschnétt le Vispered sont mêlés ensemble dans les traductions, comme ils le sont dans les originaux ; c'est l'ordre qui leur est encore assigné de nos jours dans la liturgie. ; — Le Vendidad est un recueil de prières contre lès Dejps, les mauvais génieSf ou pour éloigner les Den^s, Ce mot, qui désigne encore quelquefois tous les Nosks, est plus spécialement réservé au dixième. Les sections ou divisions du Vendidad se npmment Fargards; il en contient 22. Le Vendidad, réuni à l'Izeschné et au Vispered j forme le Vendidad-Sadé, dont les Mobeds (les prêtres) sont obligés de lire tous les jours une partie.

Les lescht'Sadés, qui forment un recueil de prières, contiennent d'abord 18 lescht traduits du Zend. Ulescht, que

l'on nomme quelquefois c la première prière », est une espèce d^éloge qui présente les principaux attributs des esprits célestes, leur rapport avec Ormuzd et avec ses productions. Les autres lescht sont traduits du pehlvi et même du pars! : tels sont les Néaechs, les Pâtés, les A/ergans, les Nékahs, les Éloges des cinq gahs du jour, les Nérengs et les Ta* vids.

Le Sirou:[é est un composé de prières récitées en Thonneur des esprits célestes qui président aux trente jours du mois.

Parmi les livres sacrés des Perses je dois comprendre le Boundehesch. Cet ouvrage, écrit en pehlvi, passe pour la traduction d'un livre de Zoroastre, ou composé sur la traduction de plusieurs morceaux du Zend-Avesta à une époque qu'il est difficile de préciser; il traite de l'origine des êtres et de la distribution de cet univers.

Les disciples de Zoroastre se nomment aujourd'hui des Guèbres, des Parsis^ des Adorateurs du Feu. Ils sont encore assez nombreux dans quelques cantons de la Perse, et particulièrement dans rinde , à Surate et à Bombay, oU ils se sont réfugiés à la suite des persécutions dont ils ont été l'objet. Suivant les livres de leur religion, ils se nomment des Ma^déie:[nans» En zend, ma:[dqyaçn6 signifie littéralement celui qui fait un sacrifice à Ma\da. Mas[da, qui est aussi appelé Ahurd'Mas[dd, est le bien suprême. C'est de la réunion de ces deux mots, qu'on sépare rarement, que l'on est arrivé , après des transformations inévitables, au nom de Onnus^d.

On oppose souvent à Ormuzd le génie du mal, Arthra- Mainyus, que l'on appelle Ahriman, et par suite de cette opposition on a fait du dualisme le caractère le plus saillant, et quelques-uns le caractère essentiel de la religion de Zoroastre. Cependant, en examinant attentivement les textes antiques, on ne tarde pas à reconnaître dans le mazdéisme

un monothéisme primitif, plus ou moins altéré par des pratiques mal comprises, qui ont donné lieu à une confusion contre laquelle nous nous sommes toujours élevé.

Les livres Zends nous laissent peu de trace du travail de la pensée réfléchie. Tandis que Tlnde, dès la plus haute antiquité, nous montre, à côté de la religion pure, une philosophie déjà fort avancée, la Perse ne soupçonne pas même Pessor de l'argumentation. Le raisonnement, qui se présente dans rinde antique sous la forme du syllogisme , avec toutes les nuances que la dialectique ultérieure a pu constater, est inconnu dans la Perse. Les arguments de Zoroastre* sont des hymnes ; ses raisonnements sont des prières renfermées dans des formules dont il était défendu de s'écarter, et c'est peut-être à ces prescriptions rigoureuses que nous devons leur conservation et leur admirable vitalité. Mais c'est peut-être aussi à cette observance aveugle que nous devons la confusion que nous cherchons à dissiper.

Les traités particuliers qui nous parlent de l'existence de Dieu et de ses rapports avec la création sont assez succincts et d*unc date de beaucoup postérieure à la rédaction des livres Zends, mais ils reflètent évidemment les principes primitifs. Voici en résumé comment cette doctrine peut être comprise :

Au-dessus de Ahurd^Ma^ddy les livres Zends reconnaissent un principe suprême : c'est Zervane-Akérène^ le Temps sans bornes, principe unique, créateur et incréé, qui existe par lui-même de toute éternité. Pour peu qu'on ait d'intelligence, disent les commentateurs, on ne demandera pas d'où le Temps est venu. Le Temps crée, par la puissance de VHônorer (c'est son verbe, la parole qu'il prononce sans cesse), des principes secondaires auxquels il abandonne le soin de peupler l'univers. C'est d'abord iiAwr^-Aftfjfd^, Ormuzd, qui apparaît dans un monde resplendissant de lumière, à la tête de sept génies chargés de l'aider dans l'œu-

vrede la crdation ; puis des génies inférieurs, puis Thomme, puis enfin le monde. Cependant, par une loi dont on ne s'explique ni la cause ni la raison d'être^ au moment oti Ormuzd brillait dans la lumière première, un sombre génie prenait possession des ténèbres et créait de son côté un noir bataillon de mauvais esprits des Darvands^ des DaroudiSy etc., etc.,^ qui devaient disputer à Ormuzd les destinées de l'homme.

La création est spirituelle et matérielle : ce ne sont pas seulement de purs esprits que crée Ormuzd, ce sont vérita*^ blement des êtres doués d'un corps et d'une âme. Les prin« cipes secondaires qui veillent à la conservation des êtres sont TEau et le Feu, — TEau bienfaisante, la pure fille d'Ormuzd ; — le Feu bienfaisant, Timage d'Ormuzd; puis I4 Terre, les Astres, les Etoiles qui vivent d'une céleste vie, et qui étendent leur protection sur l'homme.

. Toutes les créatures ont un type sur lequel elles sont formées. Ce type c*est le Ferouër^ dont la destinée est liée à celle des êtres qu'il représente. L'homme, d'abord créé pur pour suivre la loi d'Ormuzd, est sollicité par .Ahriman et ses sombres génies qui s'efforcent de l'attirer vers lui. S'il résiste, après sa mort il reçoit la récompense de sa fidélité \ une belle figure, son Ferouër, qu'il a embelli pendant sa vie, apparaît pour recevoir son âme et la conduire au séjour du bonheur. S'il succombe, il reçoit le châtiment de ses crimes et une hideuse figure l'entraîne dans le séjour des méchants ; il y souffre selon ses fautes^ mais la punition ne doit pas être éternelle.

Après une période de douze mille ans^ le règne d'Ormuzd sera accompli^ l'univers sera détruit dans un immense incendie, les hommes ressusciteront, et les justes et les 'méchants passeront dans l'univers embrasé ; les justes n'éprouveront aucune douleur, mais les méchants souffriront pendant trois jours en corps et en âme la peine de leurs fautes, et ils seront purifiés. Ahriman lui-même et son noir bataillon

passeront dans la fournaise et seront transformés. Après cette dernière épreuve il ne restera plus sur les ruines du monde qu'une assemblée d'élus, le mal aura disparu de la terre.. Le Dieu unique apparaîtra dans toute sa gloire et Ormuzd entonnera un cantique de louange, auquel répondra Ahriman converti, et l'univers entier continuera ce concert éternel.

Tel est en résumé le principe fondamental de la religion de Zoroastre ; les livres sacrés que les masdéiesnans lisent encore nous conservent ces traditions et les prières qui font Tessence du culte de Tlran; mais ce serait trop nous écarter de notre but que d'en relever ici tous les détails, et il nous faut maintenant énumérer la succession des rois postérieurs à Gustasp.

Après lui, Bahman régna 112 ans. Ce prince, plus connu sous le nom d'Ardeschir-Dirazdest ou Ardeschir-Longue- Main^ se trouva, suivant quelques historiens, en rapport avec les Juifs; il les traita avec douceur et s'empara deBabylone. Il appela au trône^ au détriment de son frère, sa fille et sa veuve la princesse Houmaï; elle régna 32 ans.

A peine en possession du pouvoir, Houmaï eut un fils doué d'une merveilleuse beauté, mais les astrologues prédirent pour lui les plus grands maux et pour la Perse les plus grandes calamités. Ils engagèrent Houmaï à le faire périr. La princesse, pour éviter à la Perse les malheurs dont elle était menacée si son fils devenait roi , le plaça dans une caisse de bois avec des pierres précieuses et l'exposa sur TEuphrate. Un pauvre meunier recueillit l'enfant abandonné et réleva sous le nom de Darab, Devenu homme, Darab prit du service dans l'armée et se fit remarquer par sa bravoure. On le présenta à la princesse qui conçut pour lui une grande affection, puis, s'étant informée de sa naissance, elle découvrit que c'était son fils. Peu après Houmaï abdiqua en sa faveur et se retira dans la solitude.

Darab I'' occupa le trône dtxans; il fut obligé de soutenir une guerre contre Philippe de Macédoine. Cette guerre fut funeste à la Perse au début; mais Darab, ayant pris lui-même le commandement des armées, obtint de grands avantages et obligea Philippe à lui payer un tribut.

Son successeur, Darab 11^ qui était laid et plein de vices, fut détesté de ses sujets. Philippe refusa le tribut, et la guerre éclata entre Alexandre et Darab. Alexandre marcha contre la Perse, et Darab, successivement battu en Syrie, puis sur les bords de TEuphrate et enfin près d'Istakar, fut obligé de fuir avec une suite peu nombreuse. Deux de ses ministres le poignardèrent et vinrent trouver le vainqueur pour solliciter une récompense. Alexandre se fit conduire près de Darab, qui respirait encore; le mourant lui demanda de le venger de ses meurtriers. Alexandre les fit mettre en croix et porta le corps du roi de Perse à Istakar, oti on lui fit des funérailles splendides.

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