‹ Les Achéménides et les Inscriptions de la PerseChapitre 5 sur 32 · TRADITIONS DES GRECS · texte numérisé non relu

TRADITIONS DES GRECS

Suivons maintenant les traditions qui nous sont fournies par les Grecs. Hérodote, Ctésias, Xénophon, nous offrent tour à tour des données entre lesquelles nous pourrions hésiter si ce n'est que les découvertes modernes nous ont appris que c*est à l'historien d*Halicarnasse que nous devons donner la préférence.

Hérodote nous enseigne que le vaste pays compris entre rindus et TEuphrate, depuis le golfe Persique jusqu'à la mer Caspienne, fut peuplé dans des temps reculés par un certain nombre, de tribus dont il nous a conservé les noms. C'étaient d*abord des tribus guerrières : les Maspiens , les M arufiens, les Pasargades, dont les Achéménides faisaient partie, et qui

avaient le privilège de donner des rois à la Perse. Venaient ensuite des tribus nomades : les Mardes, les Dropiques, les Sagartiens et les Daces , pasteurs errant sur les bords de POxus jusqu'aux bouches du Tanaïs; enfin des tribus de laboureurs: les Panthialiens, les Dérusiens, les Germaniens^ peuplades sédentaires attachées au sol qu'elles cultivaient. Toutes ces tribus, au surplus, étaient prêtes à quitter, au premier signal, le soc ou leurs troupeaux pour se ranger sous la bannière qui les protégeait et les conduisait au combat. D'après Xénophon, la Perse était divisée en douze tribus, et elle pouvait à peine mettre 120,000 hommes sous les armes au moment oîi elle allait conquérir son indépendance.

Cependant autour d'elle vivaient des nations puissantes et civilisées A l'orient^ l'Inde et ses traditions séculaires, une race d'hommes avec des besoins et des goûts qui les séparaient profondément des habitants de l'Iran. A Touest le vaste empire d'Assyrie dans toute sa splendeur brillait par le luxe traditionnel de ses rois et par son collège de prêtres , chaldéens ou mages , profondément versés dans les sciences et dans les arts. Il tenait sous sa puissance Sidon , Tyr, les Lydiens, les Syriens, les Paphlagoniens, tous ces petits États qui s'étendaient à l'occident, plus ou moins loin sur les bords de la Méditerranée. En6n au nord une civilisation dent on ne connaît encore que le trop-plein qui a reflué à cette époque sur les royaumes de la haute Asie.

Ces vastes plaines qui s'étendent depuis le Danube au nord du Pont-Euxin et du Caucase^ le long de la mer Caspienne, jusqu'aux rives de l'Oxus, étaient alors occupées par une seule nation, divisée en un nombre considérable de peuplades ou de tribus chez lesquelles il y avait certainement un centre de civilisation qui échappe encore aux investigations de la science. Nous voyons, en effet, au moment oîi l'Assyrie était dans toute sa splendeur, ces populations entre-

prendre de grandes guerres qui ne purent être conçues et dirigées que par des gouvernements fortement constitués. L'Europe est soulevée contre l'Asie, les Cimmériens contre les Scythes. La victoire reste à ces derniers, qui poursuivent et refoulent les Cimmériens au delà de la mer Caspienne sur les bords du Don. Mais voilà que ces guerriers vainqueurs^ rentrant dans leur patrie, s'égarent dans les déBlés du Caucase. Chemin faisant ils rencontrent une armée qui assiégé une ville, ils détruisent l'armée et s'emparent de la ville. C'était l'armée de Cyaxarèsqui assiégeait Ninive (625). Ils s'emparent de la Médie et dominent bientôt l'Assyrie tout entière ; ils ravagent la Judée dans la quatorzième année de Josias et s'avancent vers le sud, menaçant l'Egypte^ qui ne parvient à conjurer leur fureur qu'à force de présents. Pendant vingt-huit ans (625-597) ces farouches envahisseurs exercèrent leur terrible domination sur les royaumes de la haute Asie. La Perse fit avec eux l'essai de ses forces, et entrevit peut-être l'aurore d'une nationalité future au moment de leur retraite.

Aussi, dès que ces belles contrées furent délivrées de Tinvasion des peuples du nord , la Perse dut promptement grandir. Vers le milieu du VII® siècle, sa prospérité naissante commença à inspirer de l'inquiétude à ses voisins. Crésus, roi de Lydie, malgré le désespoir que lui cause la mort son fils (56o), héritier présomptif de son trône, comprend qu'il est temps que la douleur dû père s'efface devant les préoccupations du roi. « Il faut, dit-il , se hâter d'arrêter la puissance des Perses avant qu'elle ne devienne plus formidable, car elle prend de jour en jour de nouveaux accroissements. » Conseil inutile. Les Perses, tributaires de la Médie, constituée depuis longtemps en royaume, s'affranchissent d'abord de cet impôt. Un prince jeune, audacieux, Cyrus, fils de Cambyse , les pousse à la révolte , les convie à la liberté, les conduit à la victoire (559) La Médie devient

bientôt le partage de ce }eune conquérant; avec lui commence la grandeur de la Perse. Il fonde Pasargade et l'une des plus puissantes dynasties de l'Orient.

A partir de cette époque, les renseignements sur l'histoire de la Perse prennent un caractère précis qui nous permet de suivre dans toutes ses phases le développement de la puissance iranienne. Les récits des auteurs grecs ne diffèrent que sur des points dont il est facile de se rendre compte, et leur silence même peut être souvent complété par les renseignements qui nous viennent de l'histoire des peuples avec lesquels la vie de la Perse s'est trouvée mêlée. Ainsi nous savons par les Grecs comment Cyrus s'empara de Babylone y et nous apprenons par la Bible ce qu'il fit en faveur des Juifs captifs dans cette cité depuis soixante-dix ans.

Son édit daté de la première année de son règne à Babylone mérite d'être recherché (536); il porte le cachet d'une rédaction tellement authentique qu'il ne serait peut-être pas impossible de retrouver un jour un des nombreux exemplaires qui furent envoyés à cette époque dans les différentes provinces de l'empire.

C'est dans la plaine de Mourgab que s'élevait jadis Pasargade, la première capitale de la Perse; c'est là que Cyrus vainquit Astyage et obtint à la suite de cette victoire la domination de l'Asie. Cyrus y éleva plusieurs palais dont on voit encore les débris. Ces palais étaient assis sur une plate-forme appuyée contre la colline qui domine la plaine de Mourgab, Cette plate-forme avait 80 mètres de profondeur sur une façade de plus de 60 mètres, et elle était formée d'assises en marbre blanc, ornées de bossages de refend fort régulièrement exécutés.

Il existe encore dans la plaine un autre groupe de piliers placé également sur une plate-forme. Ces vestiges sont ceux d'un second palais qui devait être moins considérable ; mais ils ne suffisent pas pour le restituer. Les gros murs, qui étaient

ea brique, ont disparu ; il ne reste que cinq piliers, sur l'un desquels on voit un bas-relief qui représente Cyrus.

Le héros est drapé dans un costume perse, semblable à

Cyru..

celui dont Hérodote nous a conservé la description. Sa main est dans l'attitude de l'invocation ou du commandement; il porte sur la tête un casque surmonté d'un ornement mysté-

rîeux; son corps est enveloppé de quatre ailes, symbole traditionnel de la puissance des rois à cette époque^ et dont la signification nous est donnée par Cyrus lui-même. En effet, suivant un récit d'Hérodote (I, g ccix), c'est entouré de ces attributs que Cyrus vit dans un songe le fils d'Hystaspe et qu'il comprit qu'il devait régner un jour.

Au-dessus du bas-relief on lit le nom du héros écrit dans l'écriture antique de la Perse et de l'Assyrie et dans les trois langues dont les princes achéménides se servaient alors pour transmettre leur pensée à leurs sujets perses, assyriens et mèdes. Cette inscription est ainsi conçue (i) :

« Je suis Kurus, roi, Achéménide. »

Enfin ^ au dessus du roi plane la figure d'Ormuzd, telle que nous la retrouverons plus tard sur tous les monuments de la Perse.

Cet édifice est le plus ancien de l'époque achéménide; son antériorité se fait sentir dans le caractère artistique du monu -

(i) Conf. Morier, A Journay through Persia, etc, t. I, pi. xxx, n° 5, et pi. xxix; — Ouseley, Traveîs in varions countries ofthe East.y t. IV, pl.xLix, f. i5; — Rich, Babylon and Persepolis^ pi. xii; — Ker. Porter, Travel in Georgia^ Persia, Babylonia, etc», vol. I, p. 58o; — Coste et Flandin, Voyage en Perse, pi. cxcxix; — Sur le texte perse : Burnouf, Mémoire sur deux inscriptions, etc, etc., p. 169 (il donne les essais de Grotefend et de Saint-Martin sur la lecture des inscriptions en caractères cunéiformes); — Lassen, Memoir, etc, dans le Zeitschrift fur die Kunde des morgenlandes, vol. VI, n° i, p. i52; — Rawlinson, dans le Journal ofthe Royal Asiatic Society^vol. X, part. III, p. 270. London, 1847; — Oppert, les Inscriptions des Achéménides^ p. 210. Paris, i852 (exlr. du Journal asiatique)', — Spiegel, Die Altpersichen Keilinschriften, Leipzik, 1862, p. 2 et 76; — Sur le texte médo-scythique : Westergaard, dans les Mémoires de la So^ ciété des antiquaires du Nord, 1844, p. 422 ; — De Saulcy, Recherches analytiques sur les inscriptions du système médique (ext. du Journal asiatique), 1849, P* '*^î — Norris, Memoir on the Behistun inscription, dans le Journal of the R. A» S. London, i853, vol. XV, pi. I, p. 148 ; — Sur le texte assyrien : De Saulcy, Recherches sur récriture cunéiforme assyrienne, 27 novembre 1849, P* ^'

ment y de même que dans les détails épigraphiques que la philologie a pu constater. Il forme la transition entre l'art assyro-chaldéen et Part nouveau qui allait donner les merveilles de Persépolis, de même que ces dernières allaient nous conduire à l'art grec et nous faire connaître les sources auxquelles les artistes de Toccident avaient peut-être puisé.

Cette ruine n'est point, ainsi qu'on Tavait cru naguère, le tombeau de Gyrus. Ce prince, il est vrai, a été enseveli à Pasargade, mais c'est évidemment dans un autre monument, situé à peu de distance et connu parmi les musulmans sous le nom de « Tombeau de la mère de Salomon », que les cendres du plus grand souverain de la Perse ont dû reposer.

Ce tombeau, qui répond du reste à la description du tombeau de Cyrus, telle qu'elle nous a été donnée par les Grecs, a été profané au moment de la conquête. Il fut cependant restauré par Alexandre, qui fit traduire en grec et graver à côté de l'inscription originale celle dont Arien nous a conservé le sens et qui porte avec elle un caractère de vérité irrécusable (i).

Cyrus a régné vingt-neuf ans (2). Cambyse lui succéda le 23 janvier 529, d'après le comput de Ptolémée. 11 porta dès les premières années de son règne la guerre en Egypte, et parvint à y établir sa domination. Son nom, qui Bgure à côté du nom des Pharaons dans les cartouches égyptiens, nous en donne la preuve.

Un événement dont les détails ont été diversement racontés par les auteurs grecs s'accomplit sous ce règne. Hérodote et Ctésias, sans être d'accord sur tous les points, se réunissent pour nous en garantir l'authenticité.

Cambyse avait un frère nommé Smerdis qu'il fît périr

(i) Conf. Arien, Exp, (T Alexandre y liv. V, ch. xxix; — Strabon, iiv. V; — Plutarque, Vie d* Alexandre, 1. lxix.

(2) 29 ans, d'après Hérodote; 3o ans, d'après Ctésias; 3o ans, d'après Diodore; 3i ans, d'après le Synccll.

pour s'assurer la libre possession du trône. Mais^ pendant son séjour en Egypte, un Mage se fit proclamer roi sous le nom de Smerdis et pendant sept mois gouverna la Perse (522).

Quelque temps après avoir reçu la nouvelle de cette révolte, Cambyse mourut à la suite d'une blessure qu'il se fit en montant précipitamment à cheval. Il avait régné pendant sept ans et cinq mois.

Darius, le fils d'Hystaspe, qui n'avait pas vingt ans lorsqu'il apparut à Cyrus environné des symboles de la puissance, avait alors vingt-neuf ans (5 21). Il se forma une conspiration contre le faux Smerdis, dans laquelle Darius prit la part la plus active^ et qui amena le renversement du Mage usurpateur.

Nous n'insisterons pas sur les différences que l'on peut rencontrer dans les deux versions qui nous ont transmis le souvenir de cette grande révolution. Nous donnerons plus tard le récit que Darius lui-même en a fait, et nous pourrons alors apprécier celle qui nous paraîtra la plus fidèle. Il nous suffit, quant à présent, de signaler le caractère de la religion, dont les Grecs nous ont fait connaître les cérémonies au moment du règne si court de l'imposteur. Il paraît évident que le Mage voulait imposer une religion étrangère à la Perse, tandis que Darius rétablit la religion de ses ancêtres. Aucune autre réforme n'apparaît à cette époque. Hérodote, si précis sur les cérémonies du culte des Perses, n'aurait pas omis de signaler le personnage qui aurait établi un culte nouveau auquel les sujets de Darius auraient eu foi, si un envoyé de Dieu eût apparu pour l'annoncer sous son règne.

Le premier soin de Darius, lorsqu'il fut assis sur le trône, fut de rétablir l'ordre dans ses États. Avant lui, rien n'avait été réglé sur les redevances que chaque province payait au souverain. Pour se rendre compte du revenu de son royaume, Darius divisa le pays en vingt satrapies et il fixa pour cha-

cune d'elles la redevance à payer suivant la richesse de la province tributaire.

Plusieurs insurrections vinrent agiter les États de Darius. Hérodote signale d'abord la révolte de Babylone, qu'il place au commencement de la cinquième année du règne de Darius (549) et qui se termine, grâce au dévouement de Zopyre, par la prise de Babylone après un siège de dix-huit mois (5 14) et le supplice de trois mille des plus puissants citoyens de Babylone.

Hérodote nous parle ensuite de l'expédition de Darius contre les Scythes et de la stèle qu'il éleva sur le Bosphore pour y inscrire, suivant la coutume des rois de la haute Asie, les noms des provinces de son empire. L'historien grec nous parle également de la conquête de l'Inde, qui eut lieu dans la treizième année du règne de Darius (5o8). Plus tard (504), les Ioniens s'étant révoltés, le roi des Perses songea à tirer vengeance de l'appui que les Athéniens leur avaient accordé, et il résolut alors d'entreprendre une expédition contre la Grèce (494).

On sait comment cette expédition a été funeste à Darius, et les souvenirs de la bataille de Marathon nous sont trop familiers pour que nous ayons à nous étendre sur ce sujet.

Tandis que le roi des Perses préparait une nouvelle expédition contre la Grèce, une insurrection éclata en Egypte (484]; mais Darius mourut l'année suivante, sans avoir pu venger ses défaites, ni faire rentrer l'Egypte sous son obéissance (485). Il était alors âgé de soixante-cinq ans et il avait régné trente-six ans.

Xerxès^ son iils, qu'il désigna pour successeur^ s'empressa de réprimer la révolte de l'Fgypte et il en vint à bout dans la seconde année qui suivit la mort de Darius (48 j). Après avoir soumis l'Egypte, Xerxès songea à reprendre l'expédition préparée par son père contre la Grèce.

Hérodote nous a fait le récit des préparatifs de cette

gigantesque entreprise. Xerxès perce le mont Athos, il jette un pont sur la mer qu'il veut punir de résister à sa volonté et s'avance contre la Grèce, à la tête d'une armée de plus de deux millions et demi de combattants* Chacun connaît les désastres de la Perse ; ces événements se lient de la manière la plus étroite à l'histoire de la Grèce et ils sont rapportés avec des détails qui méritent toute confiance.

Les Perses apprirent auxThermopyles (480) la puissance de l'ennemi auquel ils avaient affaire. Ce jour même, leur flotte éprouvait un rude échec dans le combat d'Artémisium. Quoi qu'il en soit, Xerxès, ayant franchi le défilé, partagea son armée en deux corps : l'un marcha sur Delphes, brûlant sur son passage les villes et les temples; l'autre, le plus considérable, s'avança vers Athènes, oîi il devait rencontrer une résistance héroïque; Xerxès ne parvint à se rendre maître de la ville qu'au prix des plus grands sacrifices. Les Perses, en entrant dans la capitale de la Grèce, massacrent les habitants, pillent le temple de Minerve et mettent le feu à la citadelle, semant ainsi au milieu des ruines des haines vivaces et le germe des représailles dont le dernier des Darius devait sentir le poids un jour.

Cependant l'armée navale essuyait de nouvelles défaites; une déroute complète l'attendait à Salamine (20 boédromion, 3o septembre 480). C'est là qu'une partie de la flotte de Xerxès fut prise et coulée bas par les Athéniens et les Éginètes, tandis que le plus petit nombre gagnait en toute hâte le port de Phalère.

Xerxès comprit alors la gravité de sa situation. Les Grecs pouvaient couper les ponts et lui fermer la retraite. Toute sa politique consista à cacher ses craintes; il se rendit à Sardes, laissant à Mardonius le soin de son armée. Mais 'les revers attirent les revers, et les batailles de Micale et de Platée délivrèrent pour toujours la Grèce de l'invasion des

Perses (2 boédromîon de la 2» année de la LXXV* olympiade, 22 septembre 479).

Xerxès, informé de ces défaites^ quitta Sardes pour se rendre à Suse, comme il avait quitté Athènes après la bataille de Salamine, brûlant les villes sur son passage, pillant les temples pour remplir son trésor épuisé.

C'est à cette époque que se place un événement dont il est possible aujourd'hui de préciser la date. En effet, Xerxès n'est autre que TAssuérus de la Bible, et c'est sous son règne que dut se passer l'événement consigné dans le livre d'Esther et dont les recherches modernes ont établi l'exactitude jusque dans ses moindres détails. Le massacre des Juifs se trouve ainsi fixé au 1 3 adar de U 1 2* année de Xerxès , correspondant au i3 mars de l'année 473 avant J.-C.

Ici s'arrêtent les renseignements détaillés qui nous sont fournis sur l'histoire des Perses, et nous n'avons plus guère à consulter, sur les événements ultérieurs, que la vie d'Artaxerxès, telle qu'elle nous est transmise par Plutarque.

Xerxès régna 20 ans. Il mourut assassiné parArtaban^ un garde du palais, qui mit sur le trône Artaxerxès, troisième fils de Xerxès. Les Grecs lui donnèrent le nom de Longue- Main (i). Le trône revenait légitimement à Darius, le fils aîné; mais Artaban, qui voulait gouverner sous le nom du prince, crut trouver dans Artaxerxès un monarque facile et fit assassiner ses deux frères. Plus tard, Artaban, s'apercevant qu'il avait manqué son but, conspira contre le roi, qui fut obligé de le faire disparaître pour conserver son trône.

Son règne n'a pas été sans bonheur pour ses sujets : à défaut de gloire^ il leur donna la paix. Mais si le roi de Perse porte encore le titre de roi des rois, il n'assure la tranquillité de ses États qu'à des conditions humiliantes pour sa gloire (430). La Grèce commence déjà à prendre vis-à-vis

(i) Plutarque, Vie d* Artaxerxès, ch. i.

de TAsîe une attitude menaçante; aussî les Grecs obligent bientôt les Perses à demander une paix qu'ils auraient imposée jadis, et les citoyens de Cos bravent impunément la colère du monarque offensé (43o).

Il mourut après avoir régné 40 ans (i).

Artaxerxès laissa sur le trône un fils légitime, Xerxès II, qui, après 45 jours de règne, mourut assassiné pendant son sommeil par son frère illégitime, Sogdien, complice d'un eunuque du palais (425).

Sogdien ne jouit pas longtemps de son forfait; il mourut quelque temps après (6 mois et 1 5 jours), expiant dans un supplice atroce le crime qui Tavait élevé à l'empire (2).

Cependant Ochus, un autre fils illégitime d'Artaxerxès, et que les Grecs ont surnommé Nothus « le Bâtard », s'assit sur le trône sous le nom de Darius. Il parvint à comprimer les révoltes de ses rivaux, qui lui disputaient l'empire, et il régna ainsi pendant 19 ans.

Arsace, son fils aîné, qui lui succéda, prit le nom d'Artaxerxès, auquel les Grecs ont ajouté Tépithète de Mnémon, à cause de sa prodigieuse mémoire. Ce prince, âgé alors de 5i ans, était né avant l'avènement de son père, et il fut, à cause de son origine, en butte aux intrigues de ses frères, qui lui disputaient la couronne; mais la volonté du roi, qui l'avait désigné pour lui succéder, fut respectée, et il régna pendant 45 ans. Ce long règne, le plus long que les princes Achéménides aient pu accomplir, n'a été qu'une suite continuelle d'affaissement moral et politique. Les dissensions qui éclatèrent, à la fin de la vie du vieillard, entre ses fils, qui se disputaient de son vivant une succession trop longtemps attendue, abrégèrent cependant ses derniers jours. Il

(i) Diod, de Sic,^ liv. XI, ch. vi, p. 9.

(2) Le supplice de la çendrç, Diod, de Sic,, liv. XII; ch. lxxi.

mourut de chagrin, à l'âge de 94 ans, laissant Tempire à celui de ses fils qui le méritait le moins, au cruel Ochus, qui s*était débarrassé de ses frères en faisant périr l'un par le fer, tandis que l'autre s'empoisonnait pour éviter un supplice imaginaire.

Ochus, à son avènement, prit le nom d'Artaxerxès. Cependant les Grecs lui ont conservé le nom d'Ochus. Son règne fut une succession de sacrilèges et de cruautés. La trahison lui permit de maîtriser des révoltes qui éclatèrent dans l'île de Chypre et en Phénicie ; il marcha lui-même contre TÉgypte soulevée, qu'il parvint à apaiser. Mais, après ces succès, Ochus négligea le soin de son royaume et s'abandonna aux plaisirs, laissant aux mains de Bagoas, un eunuque égyptien, le soin de son empire. L'eunuque n'avait pu arrêter la main sacrilège d'Ochus qui avait tué Apis, et un jour, pour venger son dieu, Bagoas empoisonna son maître; il mourut après avoir régné 2 3 ans.

Bagoas mit sur le trône Arsès, le plus jeune des fils d'Ochus, après avoir fait périr ses frères; mais il soupçonna bientôt qu'Arsès avait découvert son plan , et il le fit assassiner (326) pour mettre à sa place Codoman, un de ses favoris, qui prit le nom de Darius.

On a prétendu que ce prince n'était pas de sang royal, parce qu'il n'était pas fils de roi ; mais il est certain qu'il descendait de Darius Nothus. Il avait échappé au massacre des princes de sa famille, ordonné par la cruauté d'Ochus, et il attendait, dans un rang inférieur, le moment où les événements devaient le porter au trône. Bagoas espérait trouver en lui un prince reconnaissant et docile, mais il s'aperçut bientôt qu'il ne pouvait régner sous son nom, et il voulut le faire périr. Darius, averti du complot qui se tramait contre lui, força Bagoas à boire le poison qu'il avait préparé, et se délivra ainsi de son redoutable bienfaiteur.

Nous pouvons désormais abandonner les auteurs grecs et les traditions orientales ; nous allons bientôt rencontrer les documents les plus certains sur Thistoire des Achéménides.

Page 1