PERSÉPOLIS
En l'an 33o avant J.-C, la civilisation aryenne, qui s'était étendue, deux siècles auparavant, sur toute la haute Asie, l'Asie Mineure, TÉgypte et les îles de Tlonie, était menacée par la civilisation grecque, qui prenait à son tour une extension considérable
Les Perses, qui étaient entrés jadis en vainqueurs dans Athènes (i), brûlant les temples, pillant les villes, semant partout des ruines sur leur passage, allaient subir la revanche des vaincus des Thermopyles : Alexandre s'avançait de victoire en victoire à la conquête de l'Orient.
Déjà il avait passé le Granique, et le dernier des Darius, malgré son courage, ne pouvait plus arrêter sa marche. C'est en vain que^ sur le champ de bataille d'Arbelles, les Perses font à leur roi un rempart de leurs cadavres entassés ; il est contraint d'abandonner précipitamment son char et de fuir
(i) Hérodote, liv. VIII, §53.
sur une jument pour se soustraire à la fureur de ses ennemis ([).
Cette victoire, qui coûta cher aux Macédoniens, assura aux Grecs Tempire de l'Asie. Alexandre, poursuivant le cours de ses succès^ s'empara bientôt de Babylone et des richesses immenses que les Perses eux-mêmes avaient déjà ravies aux Assyriens. Plutarque nous a transmis les détails de cette marche triomphale, dans laquelle les Grecs connurent peut-être pour la première fois les effets de l'huile de naphte, liqueur subtile dont le sol de la Babylonie est imprégné (2). Cette liqueur, dit Plutarque, s'allume sans toucher à la flamme, et, avant de les atteindre, elle enveloppe les objets qu'elle éclaire dans une atmosphère de feu. Un jour, on enflamma subitement toute une rue de Babylone^ sur laquelle on avait répandu de l'huile de naphte, pour illuminer le palais du vainqueur. On croyait que cette huile dégageait une flamme innocente; mais on sut bientôt qu'elle consume et qu'elle brûle, car on en fit la triste expérience sur un malheureux esclave qu'on avait enduit de cette liqueur, à laquelle on mit le feu.
Alexandre quitta Babylone et se dirigea vers Suse. Il s'en rendit maître et s'empara des trésors que cette ville renfermait, puis il s'avança vers Persépolis pour y prendre ses quartiers d'hiver. En entrant dans la capitale de la Perse, la foule qui entourait le conquérant renversa devant lui une statue colossale de Xerxès (3). Alexandre s'arrêta auprès de la statue, et, lui adressant la parole comme si elle eût été animée : « Dois-je passer outre, lui dit-il, et te laisser à terre^ pour te punir de la guerre que tu as faite aux GrecSj ou te relever pour rendre hommage à ta grandeur
(i) Plutarque, Vie cT Alexandre, ch. xxxiii.
(2) Id.j ibid., ch. XXXV.
(3) /i., ibid., ch. xxxvii.
d'âme et à tes autres qualités ? » Après être resté longtemps pensif et silencieux^ Alexandre passa outre.
Pendant son séjour à Persépolis, Alexandre, environné de ses nombreux officiers, s'abandonnait souvent avec eux aux enivrements de la victoire. Au milieu des pompeux palais construits par les Achéménides, il put s'asseoir sur le trône de Darius et tirer des larmes d'attendrissement des Grecs^ qui savouraient leurs victoires.
Un jour, à la suite d'une orgie, une courtisane d'Athènes, Thaïs^ qui avait suivi le camp d'Alexandre et qui présidait au banquet, conçut un projet terrible qu'elle voulut réaliser (i).
«Je suis bien payée, s'écria-t-elle au nom de la Grèce, des maux que j'ai soufferts en entrant dans l'Asie , puisque je puis aujourd'hui insulter à l'orgueil des rois de Perse; mais ma joie serait bien plus grande si je pouvais, dans cette fête, brûler le palais de Xerxès comme il brûla jadis la ville d'Athènes, et y mettre moi-même le feu en présence du roi. Alors on dirait que les femmes qui étaient dans le camp d'Alexandre ont mieux vengé la Grèce des maux qu'elle avait essuyés de la part des Perses que tous les généraux qui ont combattu pour elle et sur terre et sur mer. »
Ces paroles trouvent de l'écho parmi les convives avinés; les cris, les applaudissements redoublent; le roi luimême se lève de table, et, la tête couronnée de fleurs, une torche à la main, il donne le signal de l'incendie. Le palais de Xerxès devient bientôt la proie des flammes.
Y avait-il autant d'imprévu dans cet événement que ce récit pourrait le faire supposer? Plutarque lui-même nous laisse entrevoir la réalisation d'un projet prémédité; et la rapidité avec laquelle le feu se propagea dans les boiseries
(i) Plutarque, Vie d^ Alexandre ^ ch. xxxviii.
de cèdre qui formaient la charpente du palais (i) nous permet de soupçonner que la courtisane n'avait peut-être pas oublié les terribles propriétés de Thuile de naphte.
Depuis cette époque, Persépolis n'a plus présenté qu'un monceau de ruines; et c'est maintenant, après plus de deux mille ans d'oubli, que nous recherchons^ au milieu des débris des palais incendiés , les renseignements que les Perses nous ont légués sur leur histoire.
La Perse, en mourant, avait laissé des traces de sa grandeur sur le marbre de ses palais^ sur les stèles que ses rois avaient élevées sur les frontières, et de fervents disciples de Zoroastre conservaient dans leur cœur le culte de la religion dont on célébrait les cérémonies dans les temples détruits. Mais la civilisation de l'Occident put se passer longtemps de ces traditions pour grandir. Que lui importait la vie du vieil Orient? C'est à peine si les arts de la Grèce, avec toute leur splendeur, pouvaient attirer ses regards. Les lois romaines^ les coutumes locales, s'imposaient à la société nouvelle avec des principes en rapport avec ses besoins, et l'Occident avait embrassé un culte qui lui défendait de regarder en arrière. Qui songeait, d'ailleurs, à ces pays lointains dont chaque jour on se séparait de plus en plus par les besoins, par la pensée, par la vie tout entière? Le moyen âge avait jeté un voile épais sur le berceau de l'humanité; il fallait attendre que notre société fût déjà mûre pour songer à ces origines : l'Orient était oublié.
Les premiers voyageurs qui pénétrèrent en Perse furent des missionnaires français, des marchands anglais et hollandais, puis des moines portugais et italiens qui s'établirent à Ispahan, sous le règne des Sophis; mais, à la suite des conquêtes de Mahmoud-Afgan^ ils quittèrent un pays oti les schismes mahométans faisaient seuls des progrès. Cependant
(i) Quinte-Curce, liv. V, ch. vu, g 5.
quelques pèlerins revenaient de temps à autre en Europe et racontaient ce qu'ils avaient vu. Ils parlaient de ruines superbes; celles de Persépolis avaient surtout attiré leur attention. D'après leurs récits, l'architecte bolonais Sébastien Serlio s'était cru assez bien renseigné, vers la fin du XVI' siècle, pour rêver et pour donner non-seulement le plan, mais encore l'élévation de ces ruines (i). Il donnait, il est vrai, ce plan et cette élévation pour prouver que les Grecs étaient les premiers inventeurs de la bonne architecture; mais son imagination, venant à l'appui de son système, n'avait pu concevoir autre chose qu'un groupe de cent colonnes disposées sur dix de front, ornées de chapiteaux corinthiens et surmontées d'un fronton qui rappelait les plus mauvais monuments de l'architecture grecque ou romaine.
Ruines de Persfpotis d'après Serlio.
Quoi qu'il en soit, on parlait déjà des ruines de Persépo-
(t) H ter^o Ubro di Sebastiana Serlio, Bolognese, nel quai sifigurano e desciivano le antiquità di Roma, e le altre que sono in Itatia e fuori d'Italia. Impresso in Venetia MDXXXX. — De le Antiquità, libio terzo, p. icix.
lis, et les récits d'un moine espagnol, le frère Antoine de Gouëa, avaient vivement intéressé dom Garcia de Sylva Figueroa, alors ambassadeur de Philippe III à Goa Aussi, il joignit à la mission diplomatique dont il était chargé l'étude des antiquités orientales. Il n'eut garde d'oublier ce qu'il avait entendu des merveilles de l'antique capitale de la Perse, et il en signala l'importance dans ses récits (i). Il signala surtout les inscriptions qui couvraient les ruines. Quelques-unes étaient, en effet, remarquables par la bizarrerie des caractères, qui se composaient, dit-il, de petites figures pyramidales diversement combinées.
Pietro délia Valle, dans une lettre datée^ à Schiraz, du 21 octobre 1621^ a le premier envoyé en Europe un spécimen de ces caractères (2).
Premier spécimen des caractères cunéiformes parvenu
en Europe.
Depuis cette époque, Persépolis a été Tobjet des visites les plus empressées des voyageurs qui parcouraient la Perse, et, les renseignements acquis s'ajoutant aux renseignements nouveaux, on put se former une idée exacte de l'importance de ces documents , malgré la légèreté de quelques observateurs et les fables qu'on recueillait au milieu des ruines.
(i) V Ambassade de Dom Garcia de Sylva Figueroa en Perse. Traduit de l'espagnol par Wicfort. Paris, 1667, in-4®, p. 765.
(2) Viagi di Pietro délia Valle il pelegrino descritti da lui medesimo in littere familiari al erudito suo amico Mario Schipano. La Persia, part. IL Roma, MDCLVIII, in-4% p. 286.
Les légendes populaires n'attendaient pas ^ en efFet, les découvertes de la science pour donner un sens à ces inscriptions ; et déjà Chardin avait entendu les assertions des savants du pays^ qui attribuaient à ces caractères des pouvoirs magiques d'autant plus étendus qu*ils étaient plus difficiles à pénétrer. C'étaient, suivant les naïfs enfants du désert qui ne comprenaient pas plus que les voyageurs de rOccident la langue de leurs aïeux, c'étaient les décrets de Djemschid, le fondateur de la dynastie des Pischdadiens, qui , plus de dix-sept siècles avant notre ère, avait ordonné la construction de ces palais. — Ou bien encore c'étaient des talismans, des mots magiques, des énigmes, qui devaient révéler à ceux qui seraient capables de les comprendre l'existence de trésors inépuisables. Mais pour se rendre maître de ces trésors il fallait rompre le charme ; et ces étranges caractères causaient plus d'effroi que les monstres immobiles sous les portiques^ qui semblaient aussi veiller en silence sur des trésors inconnus.
Aujourd'hui 3 toutes ces inscriptions ont été étudiées et comprises, elles peuvent passer du domaine de la philologie pure dans le domaine de Thistoire. Nous avons dit par suite de quels travaux on était arrivé à ces résultats; il nous suffit de renvoyer à. notre exposé (i), tout en rappelant sommairement quelques détails essentiels pour l'intelligence de nos citations.
On sait que ces inscriptions, écrites en caractères auxquels on a donné le nom de cunéiformes à cause de l'aspect de l'élément qui les compose , se présentent en Perse par groupes qui comportent ordinairement trois traductions de la même version. On a constaté dans chaque groupe deux systèmes graphiques différents. — L'un est un système purement
(i) Les écritures cunéiformes, exposé des travaux qui ont préparé la lecture et V interprétation des inscriptions de la Perse et de VAs--^ Syrie, Paris, 1860 et 1864.
alphabétique, qui ne diffère des autres alphabets que par la forme, et qui sert à écrire la version perse. L'autre est un système complètement différent, à la fois phonétique et idéographique ; il sert à écrire les deux autres versions, avec une légère différence dans la disposition des éléments qui composent les caractères. Ces deux versions représentent la langue des Médo-Scythes et la langue des Assyriens.
Le texte perse occupe toujours la première place; vient ensuite le texte médo-scythique, puis l'assyrien. Cet ordre est constant, et cette disposition est propre aux Achéménides. On trouve, il est vrai, d'autres inscriptions isolées en caractères cunéiformes ; mais elles appartiennent à l'Assyrie^ à la Babylonie, à la Susiane, à l'Arménie, et diffèrent totalement des inscriptions achéménides. Les inscriptions de Persépolis sont assez nombreuses ; mais, en raison de la répétition du même texte non-seulement en trois langues, mais encore en raison de la répétition du même groupe sur des points différents, les renseignements qui nous sont fournis par ces données ne sont pas aussi nombreux qu'on aurait pu le supposer au premier abord.
Ces quelques détails suffisent pour que nous puissions maintenant aborder les ruines.
A douze lieues de Schiraz, sur un rocher qui domine perpendiculairement la plaine de Merdacht^ s'élève le village d'Istakar. C'est au pied de ces rochers que s'étendent les vestiges de l'ancienne capitale de la Perse, que les Grecs nous ont fait connaître sous le nom de Persépolis.
Ces ruines occupent une grande étendue, et forment plusieurs groupes qui portent une désignation particulière. Les Persans leur donnent différentes appellations, tirées soit de ia disposition des lieux ^ Tchelminarj a les quarante ou les cent colonnes t> , soit des noms des anciens rois de ce pays, dont ils rattachent le souvenir aux groupes dont elles se composent : on dit alors Takhi-i-Djernschid,
« le trône de Djemschid >; Kaneî-Dara, « la maison de Darius ».
Le groupe le plus important est situé à 5 kilomètres au sud d'Istakar. C'était la cité royale, c'était là que les rois de Perse avaient groupé leurs somptueuses demeures.
Plan général des r
i de Persépolis.
Tous les voyageurs qui ont visité ce qui reste de ces palais nous racontent l'impression profonde que Ton éprouve à leur aspect. Si Ton y arrive après avoir parcouru un chemin souvent interrompu par les canaux et les marécages de la plaine , au moment oti le soleil couchant éclaire de ses derniers rayons les chapiteaux des colonnes encore debout^ il n'est besoin d'aucune mise en scène pour rêver à la grandeur des temps passés, dans cette solitude peuplée par plus de douze cents figures de pierre dont l'aspect sévère et grave vous reporte subitement au milieu d'une autre civilisation. Aussi les plus prosaïques voyageurs éprouvent bientôt une émotion secrète que la solitude, le silence et l'ombre qui va bientôt les envahir conspirent à augmenter. « C'est alors, comme dit l'un d'eux, qu'on sent errer dans ces ruines quelque chose de la grandeur des anciens Perses. »
Les récits les plus récents, ceux de M. Texier, de même que ceux de M. Flandin, ne font, du reste, que confirmer les récits des voyageurs qui les ont précédés.
Morier, Ker- Porter, Niebuhr, Chardin, Corneille Lebruyn, ne diffèrent que par des détails qui nous servent quelquefois à reconnaître les ravages du temps.
Nous consulterons souvent dans cette étude les indications qui nous sont fournies par MM. Coste et Flandin; leur récit est le plus circonstancié^ et leurs plans sont faits avec un soin qui permet d'y accorder une confiance entière (i).
Ce sont ces plans que nous suivrons; la plupart de nos dessins ont été calqués sur les planches qui accompagnent cette magnifique publication.
La montagne au pied de laquelle sont situées les ruines forme comme une espèce d'hémicycle ; la base s'élargit en
(i) Voyage en Perse ^ de MM. Eugène Flandin, peintre, et Pascal Coste, architecte, attachés à l'ambassade de Perse pendant les années 1 840-1 841. Paris, 6 vol. in-fol.
suivant une pente douce et se termine par une vaste plateforme, en partie taillée dans le rocher de marbre gris qui forme la montagne^ en partie construite avec de gros blocs de pierre rapportés pour établir le niveau du sol et scellés avec une grande précision.
Cette immense terrasse, qui rappelle les constructions cyclopéennes, a dix mètres de hauteur; elle s'étend sur une longueur de quatre cent soixante-treize mètres du nord au sud, sur deux cent quatre-vingt-six mètres de large de l'est à Touest; elle supporte les débris de plusieurs palais qui s*élevaient sur trois terrasses disposées en amphithéâtre jusqu'au pied de la montagne.
Ce soubassement ne présente aucun ornement; seulement, vers le milieu de la grande muraille, dans la partie sud-ouest, on aperçoit un groupe d'inscriptions sur lequel nous reviendrons plus tard. 11 s'ouvre et s'incline dans la partie occidentale, pour faire place à un gigantesque escalier de sept mètres de large , qui conduit à la terrasse. A droite et à gauche se déroulent deux rampes divergentes qui ont cinquante huit degrés; en haut de ces deux premiers escaliers sont deux paliers sur lesquels s'ouvrent et montent, en sens inverse des deux premières, deux autres rampes de même largeur, ayant quarante-huit marches chacune. Les degrés ont seulement dix centimètres de hauteur, et la pente est si douce qu'on peut la monter et la descendre à cheval.
Le premier monument qui s'offre à la vue, en arrivant sur la terrasse , est un portique composé de deux énormes piliers sur lesquels se présentent de face deux taureaux mutilés de dimension colossale : ils ont cinq mètres cinquantecinq centimètres de hauteur sur une longueur de six mètres, et ils reposent sur un socle de un mètre cinquante centimètres d'élévation. La partie antérieure du corps de l'animal est traitée en ronde-bosse; la partie postérieure, qui
se prolonge sur la face interne de chaque pilier; n'a plus qu'un relief proportionnel.
Portique n^ i du plan général.
Entre ces deux colosses s'ouvre un passage de 3™ 82 de largeur, dont le sol est formé par de grandes dalles et qui conduit à un espace limité par quatre colonnes dont deux sont encore debout.
Un peu plus loin on retrouve deux autres piliers analogues aux premiers, seulement les monstres qui en font l'ornement sont différents : ils ont sur leur corps de taureau une tête d*homme coifiFée'd'une tiare, et sur le dos des ailes d'oiseau.
Ces formes étranges nous deviennent de jour en jour plus familières. Nous ne rappellerons pas les suppositions, les appréciations erronées dont elles ont été l'objet ; nous savons aujourd'hui à quoi nous en tenir. Les artistes de Persépolis continuaient dans la Perse les traditions de l'art assyrien. Nous en retrouverons de nouveaux exemples. Il suffit, pour le moment, de jeter les yeux sur les colosses qui ornaient les portiques des palais assyriens à Khorsabad, à Nimroud ou à Ninive, pour reconnaître immédiatement les antiques modèles dont les Achéménides se sont inspirés.
Il est permis de croire que ces colosses sont des portraits,
de même que les sphinx égyptiens. Un examen attentifj
aujourd'hui que ces études sont rendues faciles, saura bientôt
Premier taureau.
découvrir dans ces austères tigures, entourées des attributs de la force et de l'intelligence, les traits du souverain que l'artiste a voulu représenter.
Les colonnes sont d'ua marbre blanc étranger à la Perse; on ignore d'ob il est tiré. D'après les traditions du Fars-
Deuxième taureau.
Nameh, elles ne pouvaient jamais être renversées, et un fragment du marbre réduit en poudre arrêtait le sang des blessures [i).
Ces colonnes, d'une hauteur totale de lâ'SS, étaient d'une grande délicatesse : elles étaient cannelées et reposaient sur une base également ornée de cannelures; elles étaient terminées par un chapiteau tràs-élevé, composé de plusieurs pièces d'une forme très-caractéristique.
Taureau de Khorsabad.
Chacun des monstres est surmonté de trois tablettes d'inscriptions qui forment ainsi quatre eiemplaires de la même version, répétée dans les trois langues des Achéménides. Nous savons, par ces inscriptions, que ce portique se nommait Vi^adahium dans la langue des anciens Perses, et
qu'il avait été construit par Xenèa. En voici du reste la traduction (i) :
Inscription D.
« C'est un grand Dieu qu'Ormuzd; il a créé cette tprre, il « créé ce ciel, il a créé l'homme, il a donné à rhomme le
(i) Voyei, sur le teite perse : Rawlinson, Jouruat oftkeR. A. S , vol. X, pan. m, p. 339; — Benfey, Die Persisen. Keil., p. 65; — Oppert, Inscript, des Âchem.. p. 54. — Suc le texte mfdo-scyihique : Westergaard , dans les Mémoires de la Société des Antiquaires du Nord, 1844, p. 35i; — De Saulcy, Recherches analytiques, p. a3o; — Norris, Journa; oftIteR.A. S,, t. XV, part, i, p. i55; — Sur le texte assyrien : De Saulcy, Mémoire autog. de novembre 18^9, p. 7; — Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. II, p. 154.
bonheur, il a faît Xerxès roi, seul roi sur des milliers d'hondr mes , seul maître de milliers d'hommes.
« Je suis Xerxès le grand roi, le roi des rois, le roi de^ pays bien peuplés, le roi de cette vaste terre (qui commande) au loin et auprès. Je suis fils de Darius roi , Achéménide.
(( Xerxès, le grand roi, déclare : Ce portique (nommé Viqadahyu) d'oti Ton découvre tous les pays, je Tai construit, ainsi que beaucoup d'autres monuments que j'ai construits dans QttX&Parqa; je les ai construits comme mon père les a construits, et cette œuvre magnifique et toutes les constructions splendides, nous les avons élevées par la grâce d*Ormuzd.
« Xerxès, le roi, déclare : Qu'Ormuzd me protège, moi et mon empire, et mon œuvre, et les œuvres de mon père, qu'Ormuzd les protège ! »
Après avoir franchi ce portique, on tourne au sud pour arriver aux palais groupés à droite du plateau, en passant auprès d'une citerne creusée dans le roc. En face de soi, au milieu des débris d'un grand nombre d'autres, se dressent encore treize colonnes. L^édifice auquel elles appartenaient, et qui porte particulièrement le nom de « Tchelminar », était assis sur une seconde terrasse de deux mètres de hauteur environ. On y arrive par quatre escaliers à rampe inverse, formés de trente et une marches. Leurs murs sculptés représentent autant de figures armées de lances, d'arcs et de carquois , et, posées sur chaque degré, elles semblent ainsi protéger les abords du palais.
Dans un cadre de forme triangulaire, compris entre le sol et la ligne d'inclinaison des escaliers, on voit un taureau qui se cabre et se défend énergiquement contre un lion qui Ta saisi avec ses griffes puissantes et qui lui dévore la croupe.
La portion du mur comprise entre les cadres triangu-
laires des escaliers et des rampes est ornée de sculptures, et la série des personnages n'est interrompue que par trois tablettes préparées pour recevoir des inscriptions. La tablette
^ El B
Palais n* 2 du plan général.
consacrée au texte perse est seule remplie, les deux autres n'ont pas été gravées. En voici la traduction (i):
Inscription A,
■ C'est un grand Dieu qu'Ormuzd, il a créé cette terre, il a créé le ciel, il a créé l'homme, il a donné à l'homme le bonheur, il a fait Xerxés roi, seul roi, sur des milliers d'hommes, seul arbitre de milliers d'hommes.
« Je suis Xerxës, le grand roi, le roi des rois, roi des pays bien peuplés, roi de cette vaste terre, qui commande au loin et auprès, fils de Darius roi , Achéménide.
a Xerxés le grand roi déclare : Ce que j'ai fait ici et ce que j'ai fait ailleurs, je l'ai accompli par la grâce d'Ormuzd. Qu'Ormuzd me protège ainsi que les autres Dieux, moi et mon empire. »
Sur le perron principal, quatre figures de grande di-
(i)Voyeï Rawlinson, Jourtt. ofthe R. A. S., p. 3î8. — Oppert, Lea Achéménides, p. ij3. — Spiegel, Die ait. Pers, Keitint., p. 58.
mension, disposées des deux côtés de la tablette centrale, •emblent représenter des gardes.
Adroite et à gauche, le mur s'étendait sur une longueur de seize mètres jusqu'aux rampes. 11 était divisé sur la hauteur en trois champs , dans lesquels étaient rangés des personnages et des animaux marchant processionnelletnent vers le centre. La différence est très-sensible entre les sujets
du mur de droite et ceux du mur de gauche. Ici, des gens du roi, des officiers du palais, des courtisans ; de l'autre côté,
des artisans, des gens de la campagne, des individus qui appartiennent évidemment aux diverses nations dont se composait la Perse.
On y remarque au moins quinze ou seize variétés de personnages différents par leur costume, par les attributs dont ils sont accompagnés, par le rôle qu'ils semblent jouer dans la cérémonie.
Au point de vue de l'art, ces sculptures ne sont pas moins
remarquables qu'au point de vue archéologique. Ce qui les distingue particulièrement, c'est une grande rectitude de dessin et une pureté de contours qui va quelquefois jusqu'à la sécheresse^ mais qui n'exclut ni la majesté ni la pompe.
Après avoir franchi un vaste perron, on arrive à la plateforme sur laquelle s'élève la colonnade, dont les débris gisent au pied des treize colonnes restées debout. L'ensemble , d'après les bases retrouvées sur place, se composait de
Bases des colonnes.
quatre séries de colonnes. La série principale en comptait trente-six ; les trois autres , placées à distance en arrière et sur les ailes , en comptaient chacune douze. Ces colonnes étaient semblables à celles du portique n^ i ; elles se composent d'un fût orné de cannelures. Ce fût, large de i"40 à son diamètre supérieur, s*élève à lo mètres de hauteur sur une base de l'^So de haut et de 2^40 de diamètre à la partie inférieure. La hauteur totale des colonnes, y compris le chapiteau, était de i9'^42. — Les colonnes de la série principale diffèrent de celles des séries latérales par les bases, qui sont formées d'un socle et d'une plinthe au lieu de feuilles renversées. — Celles du milieu n'ont pas le chapiteau compliqué que nous connaissons déjà ; elles supportent directement deux bustes de taureaux adossés.
Colonne du Palais n" a du plan général.
Le troisième édifice que l'on rencontre en appuyant toujours vers la droite, après avoir franchi l'enceinte du monument dont nous venons de parler, est un palais qui a dû servir à l'habitation.
PalaÎB n* 3 du plan général.
Ce monument est assis sur un soubassement de trois mètres au-dessus du sol, et construit en larges assises Quelques portes , dont les linteaux n'ont pas bougé, sont encore debout. Ce palais avait deux façades , sur lesquelles régnaient deux perrons â rampe double, l'un du côté du nord, l'autre du côté de l'occident. Leurs murs de soutènement étaient ornés.;de sculptures, représentant des individus porteurs de présents. Aux extrémités des rampes on voit encore le groupe du Lion terrassant le Taureau , et sur le mur du plus grand perron, trois tablettes d'inscriptions , une au centre et les deux autres aux extrémités. Entre les inscriptions, une série de neuf personnages représentant des guerriers armés de lances convergent vers la tablette du milieu. Cette scène est encadrée d'une bordure. Au-dessus de la
table centrale on aperçoit encore la partie inférieure du symbole divin. Nous aurons bientôt occasion de revenir sur cette intéressante figure qui plane sur tous les monuments de l'antique Orient comme sur les monuments des Achéménides.
Les trois tablettes, malgré la distance qui les sépare, forment un même groupe et reproduisent le même texte dans les trois langues des Achéménides (i). En voici la traduction :
Inscription C.
<K C'est un grand Dieu qu'Ormuzd, il a créé cette terre, il a créé le ciel, il a créé Thomme, il a donné à Thomme le bonheur, il a fait Xerxès roi, seul roi sur des milliers d'hommes, seul arbitre de milliers d'hommes.
« Je suis Xerxès, le grand roi, le roi des rois, roi des pays bien peuplés, roi de cette vaste terre, (qui commande) au loin et auprès, fils de Darius roi, Achéménide.
« Xerxès, le grand roi , déclare : Par la volonté d'Ormuzd, Darius mon père a construit cette demeure.
« Qu'Ormuzd me protège avec les autres Dieux ; qu'Ormuzd avec les autres Dieux protègent mon œuvre et l'œuvre de mon père, le roi Darius. »
(i) Voyez, sur le texte perse : Lassen, Zeitschrifts^ etc., p. i3o; — Rawlinson, Journal ofthe R, A, 5., vol. X, p. m, p. SSy; — Benfey, Die Persischen Keiîens, p. 64; — Oppert, Inscript, des Achéménides, p, 275; — Spiegel, ait Persisch. Keilens. p. 58-6o. — Sur le texte médo-scythique : Westergaard, Mém. de la Société desant. du Nord y 1844, p. 248; — De Saulcy, Recherches analytiques^ p. 246; - Norris, Journal oftheR,A, 5., vol. XV, p. i, p. 157. — Sur le texte assyrien: De Saulcy, Mém, autog, novembre 1849, p. 26.
Nous savons ainsi que ce palais a été construit par Darius, qui n'a pu y mettre la dernière main; mais Xerxès, son fils, Ta terminé et il a fait graver les tables qui nous en conservent le souvenir.
La dernière marche des deux rampes s'appuie sur un pilier qui formait un des angles du portique. Celui de gauche a con* serve ses dimensions, et sur la face interne de cette ante on voit trois tablettes d'inscriptions superposées. Dans ce groupe^ la version perse est la plus élevée, les deux autres versions viennent ensuite.
Ces inscriptions répètent le même texte que celui qui est gravé sur le soubassement, elles ne diffèrent que par les dispositions des lignes.
Si l'on pénètre maintenant à Tintérieur de ce palais, on découvre, sous le portique du sud, à droite et à gauche, une série de portes, de niches et de fenêtres formées de gros blocs de basalte très-dur, que le temps et la main'^des hommes n*ont pu entamer. Leurs surfaces externes ont conservé un très-beau poli, et leurs arêtes sont encore fraîches et vives.
Au milieu du monument on voit une salle plus grande que les autres, autour de laquelle sont distribués plusieurs appartements, oti l'on avait accès par cette salle. Des fouilles ont fait découvrir les assises d'arrasement de seize colonnes qui supportaient la toiture.
Sur l'une des portes, on remarque des inscriptions en caractères pehlvis et coufiques ; mais il est bien évident que
Palais no 3.
ces inscriptions sont gravées postérieurement à la construction du palais, et leur aspect contraste avec celles qui ornent systématiquement toutes les portes et les fausses fenêtres; leurs chambranles sont garnis de trois lignes d'inscriptions disposées de panière à encadrer ces ouvertures, et qui, suivant le système des grandes tablettes, représentent encore les trois genres d'écriture. Au sommet, le perse; puis.
Porte du Palais n" 3.
en descendant à gauche, le médique; et à droite, l'assyrien. Cène disposition, qui a contribué pendant quelque temps à égarer les conjectures que l'on pouvait faire sur ce système graphique, alors que les spécimens en étaient rares, n'était pas, du reste, la seule difficulté que l'on devait rencontrer dans leur interprétation. Ces courtes inscriptions, répétées dix-huit fois autour du monument, renferment un détail arcbitectonique difficile à comprendre. Si nous nous conten-
tons de le transcrire dans la forme originelle, nous ferons disparaître la première difficulté; mais il y en avait une seconde qui provenait de l'état peu avancé des études au moment où ces inscriptions, qui avaient attiré la préférence des interprètes par leur brièveté même, furent soumises à l'examen. On y lisait le nom de « Darius ». Mais auquel des Darius devait-on s'arrêter? Aujourd'hui qu'il est bien constant que le palais est construit par Darius, fils d'Hystaspe, et que ces inscriptions datent de l'origine du monument, nous n'hésitons pas à les rapporter à ce prince et nous les lisons ainsi (,) :
Fenêtre du Palais n" .
Inscription L.
■ Édifice {Ardaqtâna âthangina) construit dans le palais du roi Darius. >
Toutes les portes sont ornées de sculptures sur les faces internes de leurs embrasures. Celles des deux portes latérales sous le portique du sud, ainsi que celles de la porte du perron de l'ouest, représentent des Doriphores.
(i) Voyez, sur le leïte perse, Rawlinson, dans le Journal oftke R. A. S., vol.X, p. m, p. 373; — Oppert, Inserip. des Achim., p. 390;— Spiegel, Die Alt Persisch. Keilens, p. 64. — Sur le teite médo-scylhique, Wesiergaard, dans les Mém. de la Société des anl. du Nord, 1844, p. 363; — De Saulcy, Recherches, p. 221 ; — Norris. dans le Journal ofthe R. A. S., t. XV, p. 1, p. i53. — Sur le texie assyrien. De Saulcy, Mém. autogr, du 47 novembre 1847, p. 84; — Oppert, E. M., t. H, p. aSo.
La grande porte qui du portique du sud donne accès dans la salle principale est ornée d'un bas-relief représentant le roi. Il tient son sceptre d'une main , et de l'autre une fleur de lotus. Deux serviteurs, de taille plus petite, étendent sur sa tête le parasol et agitent le chasse-mouches. Les scènes de cette nature sont symétriquement disposées, de manière à représenter le même sujet , mais en sens inverse.
Au-dessus de ce bas-relief, on lit trois courtes inscriptions, placées dans trois cadres les uns â côté des autres. Au fond de la salle, deux autres portes présentent le même sujet et les mêmes inscriptions. Ce sont ces inscriptions qui ont servi aux premières recherches de Grotefend. Voici ce qu'elles nous font connaître (i).
Darius — Palais r
Inscription B.
« Darius, le grand roi, le roi des rois, le roi des provinces, fîls d'Hystaspe, Achéménîde, a construit ce palais. >
Nous sommes évidemment en présence de l'image de Darius. Cette figure, aujourd'hui parfaitement connue, du reste.
(i) Vojez, sur le texte perse, Lassen, p. 9. — Sur le texte médotcythique ; Westergaard, dans les Mémoires de la Société des antiq. du Nord, 1844, p. 36ï; — De Saulcy, Recherches analytiques ; — Norris, dans le Journal of the R. A. S., t. XV, p. i, p. 148. — Sur le texte aiiyrien : Oppert, E. M., t. II, p. i63.
peut être étudia non-seulement A PersépoUs, mais encore à Nach-i-Roustam, à Bisîtoun et sur des cachets de pierre dure qui nous la transmettent avec une fidélité que le talent de l'artiste ne peut nous faire suspecter.
Sur les autres piliers on remarque des scènes d'une autre
nature.C'estengénéral le combat d'un personnage contre un animal vigoureux; mais la variété des types mérite une attention particulière pour ne pas les confondre. Nous signalerons d'abord la lutte de ce personnage contre un lion. Le
héros a saisi l'animal d'une main et, tandis qu'il se dresse devant lui, il lui plonge un poignard dans le flanc. Ce héros peut être un roi ou un dieu; il porte un vêtement très-simple, consistant en une tunique qui forme des plis nombreux par la manière dont elle est drapée ; elle est relevée par devant et ses extrémités, rejetées sur les épaules, pendent par derrière en couvrant les reins; sa barbe et sa chevelure sont frisées avec soin ; il porte sur le front un étroit bandeau; ses pieds sont enfermés dans des espèces de cothurnes; son attitude est calme et sévère, dépourvue du mouvement que semblerait exiger la lutte qu'il soutient et dont l'issue ne paraît jamais incertaine. — L'animal emprunte des fprmes différentes qui donnent lieu à plusieurs types. On en distingue trois dans ce palais — C'est d'abord un lion, puis un taureau, compris et exécuté dans le genre de ceux qui ornent le premier portique que nous avons décrit; puis un monstre qui a une tête horrible avec de grandes oreilles et une corne sur le front; ses pattes de devant sont semblables à celles du lion, tandis que celles de derrière se rapprochent des serres de l'aigle; son corps emplumé se termine par une queue de scorpion.
Ces scènes ont longtemps excité la curiosité des savants et exercé leur sagacité. 11 est évident qu'il existe pour quelquesunes un sens mythique qui nous échappe encore. Quelques érudits ont voulu rattacher ces sujets au culte de Zoroastre, et ils ont vu dans la lutte de ces deux personnages le combat et la victoire du génie du bien contre le génie du mal ; mais il nous paraît qu'il serait téméraire de se hâter dans ces conjectures. Si on ne trouvait ces types que sur des monuments perses, l'hypothèse pourrait être admise ou au moins discutée; mais l'Orient nous est à peine connu, et déjà nous retrouvons la même scène, la même lutte, le même type, sur les monuments les plus divers, particulièrement sur des monuments assyriens, qui ne peuvent se prêter aux
mêmes conjectures en présence d'une religion qui s'annonce avec un principe complètement opposé au culte de Zoroastre. La scène du personnage terrassant le lion n'a, du reste, rien de mythique : c'est une scène de chasse purement et simplement, sur laquelle les doutes ne sont plus permis. 11 suffit de rapprocher le bas-relief de Persépolis de Tempreinte d'un coin en calcédoine blanche qui a été trouvé dans les ruines de ce même palais. Nous n'hésitons pas à reconnaître dans ce monument le cachet d'un Darius, bien qu'il ne porte pas d'inscription. Le même sujet est reproduit encore sur plusieurs autres monuments du musée du Louvre qui peuvent être attribués à Darius ou à Xerxès (i^.
Un monument du musée britanni- cachet d»un^i perse. que est plus explicite. C'est un cylindre en cristal de roche d'un très-beau travail. Il représente un roi sur son char guidé par l'aurige. Le monarque lance une flèche sur un lion déjà blessé qui se dresse devant lui; un autre lion est étendu, mortellement atteint, sous les roues de son char. Dans un registre on lit, dans les trois langues des inscriptions des Achéménides (2) :
Inscription N.
« Darius le grand roi. »
(i) Voyez, dans le Catalogue de M. A. de Longpérier, les monuments inscrits sous les numéros 558, 559 et suiv., 3" édit., 1854.
(2) Conf. : Grotefend, New Beitrage :{ur erlanterung der Bahylonischen Keilschrift. Hanover, 1840; — Lajard, Recherches sur le culte de Mithra; — Rawlinson, Journal of the R, A, 5., vol. X, p. m, p. 3i3; — Oppert, Inscriptions des Achém,, p. 295; — Spiegel, Die
— 6i - La chasse aux lions était un plaisir royal et traditionnel en Perse, qui s'est conservé jusqu'aux temps modernes. Un bas-relief, sculpté sur un rocher près Téhéran, nous montre Fez-Ali-Scha , à cheval , poursuivant un lion qu'il va transpercer avec sa lance (i). Les rois de Perse eux-mêmes
Cachet de Darius.
avaient encore suivi sous ce rapport les traditions des rois assyriens. Le musée de Londres est plein des scènes de chasse provenant des palais de Koyondjik. Un bas-relief du Louvre nous montre un sujet analogue , sur lequel on lit (2) ;
« Moi, Sardanapale, roi du monde, roi d'Assyrie, pendant mes loisirs je me suis approché d'un lion, je l'ai pris par les oreilles en invoquant le Dieu Assur, et la déesse Istar, la souveraine des combats, et j'ai percé ses entrailles avec ma lance (voilà l'œuvre de ma main). »
AU Persiscken Keilens sckrift, p. 64 — Sur le leiie médo-Bcyihique, De Saulcy, Recherches analytiques, p. 22a; — Norris, dans \e Journal o/the R. A. S., t. XV, p. I, p, i53.
(i) Coste et Flandin, Perse moderne, vol. VI, pi. xxi.
(2) Conf. Oppen, E. M., t. Il, p. 357.
Toute interprétation mythologique doit donc disparaître; il y a ta un épisode de la vie royale, et rien de plus.
Il n'en est pas ainsi peut-ëlre quand le monstre emprunte des formes fantastiques. Les monuments de ce genre sont nombreux et variés; cette scène se trouve sur les cylindres babyloniens, de même que sur les marbres de Nimroud; et, dès lors, nous devons nous mettre en garde contre des
hypothèses dont l'étude desinscriptions viendrait,un|ourou l'autre, nous démontrer la fragilité.
Le perron de l'ouest est disposé d'une manière analogue à celui de la face sud, mais avec un développement beaucoup moins important. 11 a également deux rampes, chacune d'elles est composée de vingt et une marches que gravissent de petites figures semblables & celles du perron sud. On y voit répété le groupe du lion et du taureau, dans deux cadres entre lesquels se trouve une tablette d'inscription flanquée de deux bas-reliefs; cette tablette est seule, elle est écrite en perse, elle contient trente-cinq lignes d'écriture et n'a pas son correspondant dans le style médo-scythique et assyrien. Le même texte est répété dans le palais suivant, et ne diffère que par la disposition des lignes qui, plus Ion-
gués, ont permis de le comprendre dans vingt-quatre lignes seulement. Voici ce qu'il nous fait connaître (i) :
Insc iption p.
a C'est un grand dieu qu'Ormuzd : il a créé cette terre, il a créé l'homme, il a donné à l'homme sa supériorité; il a fait Artaxerxès roi, seul roi sur des milliers d'hommes^ seul arbitre sur des milliers d'hommes.
«c Artaxerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des nations, le roi de cette vaste terre, déclare : Je suis Artaxerxès, fils du roi Artaxerxès; Artaxerxès était fils du roi Darius; Darius était fils du roi Artaxerxès; Artaxerxès était fils du roi Xerxès; Xerxès était fils du roi Darius; Darius était fils du nommé Hystaspe; Hystaspe était fils du nommé Arsamès, Achéménide.
a Artaxerxès, le roi, déclare : J*ai construit cette galerie [Athanganam?) dans mon palais.
« Artaxerxès, le roi, déclare : Q.u'Ormuzd et le Dieu Mithra me protègent, moi, et ce pays et mon œuvre. »
Cette inscription émane d'Artaxerxès Ochus; elle relate toute la généalogie des Achéménides. C'est la plus récente des inscriptions perses. Elle est rédigée avec une grande négligence et décèle une décadence de Tidiome qui permet de supposer que la langue des Achéménides allait disparaître pour faire place à un idiome nouveau.
Sa présence dans le palais de Darius serait inexplicable si le texte même ne nous faisait savoir que cette partie de Té-
(i) Lassen, Zeitschrifts^ etc., p. iSg. — Rawlinson, Journal ofthe R. A, 5., t. VI, p. III, p. 34.5. — Benfey, Die Persisch. KeilenSy p. 67. — Oppert, Inscript, des Achém,^ p. 295. — Spiegel, Die Alt Per^ sisch,, p. 66.
difice avait été rapportée à une époque postérieure à sa construction, par suite de changements opérés sur le plan primitif. Un examen attentif du palais suivant n'a fait que confirmer les conjectures à cet égard.
Palais n** 4 du plan général.
A 75 mètres du monument que nous venons de décrire, le grand mur de soutènement du plateau principal qui fait face à la plaine s'abaisse tout à coup, et son alignement recule en formant successivement plusieurs angles rentrants.
A Tun de ces angles on distingue^ mais imparfaitement, les traces d'un édifice dont il ne reste plus que quelques assises d'arrasement de colonnes, des pans de mur, et une portion du perron faisant face au palais précédent.
Au milieu des décombres, on découvre à chaque extrémité le groupe du lion et du taureau, puis une rangée de gardes au milieu desquels on lit une inscription. C*est la répétition de celle d'Artaxerxès, dont nous venons de donner la traduction, A droite, un petit bas-relief représente
des personnages qui portent différents objets, les uns des dents d'élépbant, les autres des peaux de lion, présents ou tributs des peuples de l'Egypte et de l'Ethiopie dont Hérodote nous a conservé la mention (i). Le bas-relief se termine
par une tablette brisée contenant quelques lignes tronquées d'une inscription en caractères cunéiformes.
Cette inscription est écrite en caractéits assyriens; nous en possédons un moulage, que nous devons à l'obligeance de M. Lottin de Laval. Elle a, du reste, été publiée déjà plusieurs foiSj et elle a été l'objet d'un examen sérieux. M. de Sauky en a donné la première traduction avec un es-
(iJHërod., livr. IIl, § xcv». Ces deux peuples (les Éthiopiens et les Égyptiens) portaient tous les trois ans au roi deux cheniers d'or an, avec deux cents troncs d'ébène et vingt grandes dents d'flépliaiit.
sai de restauration qui témoigne de la haute sagacité de celui qui a inauguré les études assyriennes en France (i).
Le commencement des lignes est seul conservé. En examinant sur le plan de M. Flandin la place de la tablette, on voit que l'inscription pouvait s'étendre, à droite, sur une longueur indéterminée sans doute, mais facile à restreindre
dans les limites qui nous sont indiquées par les autres inscriptions. Il manque un certain nombre de lignes dans la partie supérieure, qui comprenait l'invocation ordinaire des inscriptions achéménides. Le texte commence au second paragraphe de la formule. En voici la traduction^ nous mettrons entre des crochets la partie restaurée d'après les indications de M. de Saulcy :
(i) De Saulcy, Mém. autogi; de novembre 1849, p, 44.
Inscription B.
B Le seul [parmi des rois nombreux,] moi [Artaxerxès,] roi grand, roi des rois, roi des peuples [qui parient toutes les langues], roi de cet univers vaste, fils de Xerxës [roi, fils de Darius,] Achém[énide].
Arlazerxès [le roi, déclare :| par la volonté |d'Ormuzd] cette demeure que mon père (a construite,] j'ai fait terminer Iqu'Ormuzd me] protège [moi et ce que j'ai fait] ainsi que mon empire [et mes œuvres. »]
Il est certain que l'auteur de cette inscription est un Artaxerxès ; la place que le nom de Xerxès occupe dans Tins-
cription nous force d'y voir Artaxerxès I" : dès lors nous sommes obligé de conclure que ce palais, commencé sur le plan de Darius, a été continué par Artaxerxès 1"' et terminé par Artaxerxès 111.
L'aspect des sculptures incomplètes, le peu de liaison qui
° 9 du plan générsl.
existe entre elles,a frappé tous les observateurs. M. Flandin s'est demandé s'il ne se pourrait pas que le monument élevé sur cette partie au plateau fût d'une autre époque et plus moderne que les portions de bas-reliefs retrouvées dans cet endroit et qui auraient été emprantées à des monuments dé-
truits précédemment? La traduction des inscriptions milite en faveur de cette hypothèse. Il est même probable que ces constructions n'étaient pas encore achevées au moment où elles ont été détruites par Alexandre.
 l'est de ce palais, et en gagnant les montagnes, sur un plateau un peu plus élevé et terminé par Tescarpement du mur de soutènement en retour, faisant face au sud^ s'élève un des monuments les plus importants du plateau. On trouve, du reste, des éléments suffisants pour en reconstruire le plan et en apprécier Tensemble.
11 se présente sur deux faces principales dont la disposition est analogue à celle des autres palais que nous avons déjà signalés. Il existe sur chacune d'elles un perron par lequel on arrive à une plate-forme, qui s'étend de Tun à Tautre, et sur laquelle ouvrait l'entrée de ce palais.
Le perron de la face orientale du monument se compose, comme celui qui conduit de la plaine aux ruines, de quatre rampes dont deux partent du sol inférieur en divergeant et arrivent à deux petits paliers placés à moitié de la hauteur; puis deux autres rampes^ partant de ces paliers, se rapprochent et atteignent la plate- forme supérieure. Les deux premières rampes, à droite et à gauche, sont soutenues par un mur dont une portion est triangulaire; l'autre, correspondant au palier, est rectangulaire. Sur celle-ci on lit une tablette d'inscription en caractères assyriens, dont nous nous occuperons bientôt. Dans la portion triangulaire se trouve répété le groupe du lion dévorant le taureau.
Le mur qui soutient le palier supérieur et les secondes rampes qui y mènent de chaque côté présentent les mêmes sujets. Dans un cadre de rosaces, on trouve, au centre^ une inscription flanquée de deux doriphores. Les bandes comprises entre les tablettes sont garnies de sculptures. Malgré l'état de ruine de cette partie, il est évident que la décoration était en rapport avec celle que nous connaissons déjà. Au-
dessus du cadre dans lequel se trouvent l'inscription et les gardes qui l'accompagnent planait encore la figure d'Ormuzd.
lias-relief du palaiï n°
Ce groupe d'inscriptions est répété à l'escalier de la seconde façade avec la même disposition. Il a été Tacile de compléter ces textes l'un par l'autre; ils sont ainsi conçus :
Inscription E.
<■ C'est un grand roi qu'Ormuzd, il a créé cette terre, il a créé le ciel, il a créé l'homme, il a donné à l'homme le bonheur, il a fait Xerxès roi, seul roi sur des milliers d'hommes, seul arbitre de milliers d'hommes.
«Je suis Xerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des pays bien peuplés, le roi de cette vaste terre, qui commande au loin et auprès, fils de Darius roi, Acbéménide.
« Xerxès, le grand roi, déclare : Par la grâce d'Ormuzd j'ai construit ce palais. Qu'Ormuzd ainsi que les autres
Dieux me protègent, moi^ mon empire et mon œuvre (i). » Ce palais est donc l'œuvre de Xerxès; il rappelle pour la disposition le palais n® 3, seulement il occupe une superficie beaucoup plus grande. En arrivant sur la terrasse, on voit encore à l'entrée du portique deux antes d'une hauteur de sept mètres, à la partie supérieure desquelles sont trois inscriptions superposées. C'est la répétition des inscriptions des deux escaliers; elles ne dififèrentque par l'agencement des lignes, et se présentent dans un état de parfaite conservation.
Au fond du portique, deux portes et cinq fenêtres ouvraient sur une grande salle occupant une superficie carrée de 2 5 mètres de côté. Cette grande salle était ornée de 36 colonnes en quinconce. Le mur du sud était percé d'une porte de chaque côté de laquelle il y avait trois fenêtres. A droite et à gauche on trouvait des appartements symétriques, sans issues, du reste, sur l'extérieur.
Les bas -reliefs qui décorent l'intérieur de cet édifice sont analogues à ceux du palais n^ 3. Sur les embrasures des portes principales on voit le roi suivi de ses deux officiers, portant le parasol et le chasse-mouches, et au-dessus trois petites inscriptions de quatre lignes. C'est en rapprochant ces courtes inscriptions de celles que nous avons déjà citées que Grotefend a établi les premières lectures des textes cunéiformes. Elles sont ainsi conçues (2) :
(i) Sur le texte perse, Lassen, Zeilschrift^ etc., p. i3o; — Rawlinson, Journal ofthe R, A, 5., vol. X, part, m, p. BSy; — Benfey, Die persischen Keilens^ p. 64; — Oppert, Inscript, des Achém., p. 275; — Sp'itgt\, Die Altpersisch, KeiîenSy p. 58 et 60. — Sur le texte médoscythique, Westergaard, Mém» de la Société des ant. du Nord 1844, p. 348, — De Saulcy, Recherches analytiques, etc., p. 246; — Norris, Journ. ofthe R, A.S,^ vol, XV, p. i, p. 157. - Sur le texte assyrien. De Saulcy, Mém. autog,, novembre 1849, p. 26.
(2) Sur le texte perse, Lassen, Zeilschrift, etc., vol. VI, p. 144; — Rawlinson, Journ, ofthe R, A, 5., vol. X, part, m, p.. 323; — Ben-
Inscription G.
" Je suis Xerxès le grand roi, le roi des rois, fils de Darius, Achéménide. »
Cette inscription se répète jusque sur la robe du roi, elle se répète également dans les portiques et les Tausses fenêtres, en affectant la disposition que nous avons déjà signalée dans le palais de Darius,
Il serait difficile, dans l*état actuel , de distinguer les deux figures de Darius et de Xenès, mais ici, Xerxès a eu soin de
fey, Die Permch. Keilens, p, 56. — Sur le teite médo-scythique, Westergaard, dans les Mém, de la Société des ant. du Nord, p. 340; — Norris, dans le Journal 0/ the . R. A. S., t. XV, part. 1, p. 154.— Sur le texte ass}nnen, De Sauky, Mém. autog., novembre 1849, P* ^-
mettre son nom sur les plis de sa robe. Sa taille nous paraît plus élancée que celle de son père; toutefois on ne pourra établir une différence rigoureuse qu'en se reportant aux monuments originaux qui, étudiés désormais avec les indications qui nous sont fournies par les inscriptions, ne manqueront pas de nous révéler les traits caractéristiques de ces royales fig:ures.
Le sixième palais, situé sur une des parties basses du plateau, à l'est du précédent, reproduit la disposition que nous connaissons déjà, mais sur de plus petites dimensions. La salle principale n'est accompagnée d'aucune annexe qui aurait pu rendre cet édifice propre à l'habitation. 11 se compose de la partie centrale des deux autres palais, moins les salles latérales.
On y remarque encore le roi accompagné de ses officiers portant le chasse-mouches et le parasol; mais aucune inscription ne vient désigner le personnage que l'artiste a voulu représenter. On y voit également le combat du roi contre le lion et contre ce monstre moitié oiseau, moitié quadrupède, que nous avons déjà signalé dans un palais précédent.
Presque au centre du plateau sur lequel s'élèvent toutes ces ruines se trouve un groupe de cinq blocs de pierre ayant une hauteur moyenne de 6^ 5o. Ces blocs, qui sont tous sculptés, paraissent avoir été les pieds-droits des portes d*un édifice dont il ne reste plus assez d'éléments pour que Ton puisse en reconstruire le plan. Sur Tun de ces piliers on voit le roi , accompagné de ses deux officiers portant le chasse-mouches et le parasol; au-dessus, Ormuzd. Sur un autre pilier le roi est assis sur un trône supporté par trois rangées de figures les bras en l'air et offrant chacune un type différent; derrière lui un officier se tient respectueusement
Palais n" 6 du plan général.
debout, il est habillé er coiffé comme le roi. Le trône est abrité par un dais orné de deux bandes de rosaces entre lesquelles plane le symbole d'Ormuzd. Une frange ariistement tressée, terminée par des pompons, complète l'ornement; enfin au-dessus du trône on voit dans son entier la figure d'Ormuzd.
Nous nous contenterons de signaler ici ce bas-relief, nous aurons bientôt l'occasion de revenir sur quelques détails; il nous suffit de dire que ce roi, c'est Darius, bien qu'aucune inscription ne vienne directement nous renseigner à cet égard.
Le dernier palais dont il nous reste à parler occupe à peu près le centre du plateaU; il est d'une étendue considérable : il mesure 91 mètres du nord au sud, et 75 de l'est à l'ouest. La disposition des ruines, semblable à celle du palais n° 6, mais d'une superficie plus considérable , ne laisse
soupçonner qu'un portique composé de seize colonnes sur deux rangs. Il précède une grande salle, au milieu de laquelle s'élevaient cent colonnes disposées sur dix rangées de dix chacune. Ce monument était, sans contredit, le plus beau desédifices qui composaient la résidence des rois de Perse-
Afin de donner plus de grandeur au portique^ on avait sculpté, aux deux antes, des taureaux analogues à ceux qui ornaient le premier portique, mais plus grands ; on avait adopté pour les colonnes qui en soutenaient la toiture le type de celles de la colonnade n® 2, dont les chapiteaux sont for*
Palais n^ 8 du plan général.
mes par des corps de taureaux adossés. Sur les murs, dans les embrasures de portes, on retrouve le griffon, le taureau et le combat de ce monstre sans nom vaincu par ce personnage austère que nous avons vu déjà dans les autres monu-
ments. L'un d'eux présente un type nouveau. Le monstre a une tête d^oiseau armée d'un bec formidable, et le reste du corps moitié aigle et moitié lion. Le roi y est représenté aussi, mais non plus à pied ; il est sur un trône analogue à celui que nous avons décrit dans les ruines du palais précédent.
Un autre bas-relief nous le montre avec plus d'éclat encore, et, pour rendre son effigie plus imposante, on l'a environnée d'un plus nombreux personnel.
Aucune inscription ne vient nous renseigner sur le fondateur de cette construction, ni sur le nom des figures royales qui y sont représentées; mais, si nous nous repr^rtons aux
inscriptions qui ornent la partie sud de la grande plateforme, et dont nous avons ajourné jusqu'ici la lecture, tout va s'éclaircir , et les détails mêmes du trône ne nous paraîtront pas inutiles à consulter.
Ces inscriptionsdérogent aux habitudes des Achéménides. Elles présentent d'abord quatre tablettes au lieu de trois: deux sont consacrées au texte perse, les deux autresaux textes assyrien et médo-scyihique. Les deux tablettes perses ne renferment pas le même texte, et les autres tablettes n'en sont pas la traduction, ni les traductions l'une de l'autre; elles présentent des différences telles qu'il est utile de don-
ner séparément la traduction de chacune d'elles. Voici d'abord ce que nous lisons dans la première tablette du texte perse, qui contient vingt-quatre lignes; elle est désignée sous la lettre H par les traducteurs (i).
Inscription H.
« C'est un grand dieu qu'Ormuzd, il est le plus grand des dieux. Il a fait roi Darius , il lui a conféré l'empire. Par la volonté d'Ormuzd , Darius est roi.
« Darius le roi déclare : Cette province de Perse que m'a donnée Ormuzd, belle, riche en chevaux, richement peuplée, ne redoute aucun ennemi, par la volonté d'Ormuzd et par la mienne.
« Darius le roi déclare : Qu'Ormuzd, avec les dieux du pays, m'accorde son secours et qu'Ormuzd protège ce pays de la guerre, de l'infortune et de l'imposture. Que nul ennemi n'envahisse ce pays^ ni la guerre, ni l'infortune, ni l'imposture. Voilà la grâce que je demande à Ormuzd^ aux dieux du pays. Qu'Ormuzd et les dieux du pays veuillent bien me l'accorder. »
Voici maintenant la traduction de la seconde tablette cotée I (2) :
(i) Voyez Lassen, Zeitschri/t, p. i5", — Rawiinson, dans le Journal ofthe R. A. S. y vol. X, part, m, p. 278; — Benfey, Die Persisch. Keilens, p. 52; — Oppert, Inscript, des Achéménides,f). 226; — Spiegel, Die Persisch. Keilens, p. 44.
(2) Conf. Lassen., Zeitschrifty p. 48; — Rawlinson, dans le Journal oftheR. A. S. y vol. X, part, m, p. 279; — Benfey, Die Persisch. Keilens, p. 5o; — Oppert, Inscriptions des Achéménides, p. 224; — Spiegel, Die Persisch. Keilens j p. 46.
Inscription I.
« Je suis Darius le grand roi^ le roi des rois, le roi de ces nombreux pays , fils de Hystaspe, Achéménide.
« Darius le roi déclare : Par la volonté d'Ormuzd, voici les pays que j'ai gouvernés avec Tarmée de Perse; ils me redoutaient, ils m'apportaient leurs tributs : la Cessie, la Médie, Babylone, TArabie, l'Assyrie, l'Egypte, l'Arménie, la Cappadoce, la Lydie, les Yoniens du continent et ceux de la mer; enfin, les pays orientaux, la Sagartie, la Parthie, la Sarangie , TAriane, la Bactriane, la Sogdiane , la Chorasmie, la Saltagydie, l'Arachosie, l'Inde, la Gandarie, la Scythie, la Macie.
Qc Darius le roi déclare : Si tu règnes comme moi, ne crains rien de Tennemi. Protège cet État de Perse. Tant que l'Etat de Perse sera protégé, son bonheur sera inviolable pour longtemps. O toi, Ormuzd, sois propice à ce pays! »
La version scythique est ainsi conçue (r) :
Inscription HI*«'f-
(( Je suis Darius, le grand roi, le roi des rois, le roi des provinces, le roi de cette vaste terre, fils de Hystaspe, Achéménide.
tt Darius le roi déclare: Ces vastes palais ont été bâtis sur cette place, sur laquelle aucun palais n'avait été bâti avant moi. J'ai construit ces palais par la grâce d'Ormuzd,et
(i) Conf. Norris, dans le Journal ofthe R, A. 5., p. 148; — Westergaard, dans les Mémoires de la Société des Antiq. du Nord, 1844, p. 408; — De Saulcy, Recherches analytiques^ autog., p. 127.
Ormuzd, avec tous les dieux, a vu avec faveur ces palais que fai bâtis. Je les ai construits pour témoigner de sa faveur envers moi.
« Darius le roi déclare : Ormuzd me protège avec tous les dieux. Il protège aussi ces palais, avec ce qu'ils renferment; aussi sois assuré que les méchants seront toujours punis. »
La version assyrienne se rapproche du texte de la seconde table perse; elle est ainsi conçue (i] :
Inscription H.
« Ormuzd est le plus grand des dieux ; il a créé le ciel et la terre^ il a créé les hommes, il a donné la puissance aux hommes sur toutes les autres créatures. Il a créé Darius roi, il a donné à Darius Tempire sur cette vaste terre. Voici les nombreuses provinces qui lui étaient soumises : les Perses, les Mèdes et les provinces qui parlent une autre langue, et qui sont au delà des montagnes et des vallées; au delà et en deçà de la mer, au delà et en deçà du désert.
« Darius ,1e roi déclare : Par la protection d'Ormuzd^ voilà les provinces qui formaient mes États, voilà celles que j'ai réunies (sous mon commandement) : la Perse, la Médie, et ces provinces qui parlent une autre langue, qui sont au delà des vallées et des mers, qui sont au delà et en deçà des déserts. C*est ainsi que je les gouvernais.
« Tout ce que j'ai fait, je Tai fait par la volonté d'Ormuzd. Qu'Ormuzd me protège, moi et tout ce que j ai fait. »
Ces inscriptions, les plus explicites de toutes celles qu on peut lire sur les murs de Persépolis, ne laissent aucun doute sur la part immense qui revient à Darius dans la construction
(i) Conf. de Saulcy, Mém, autogr.du 24 novembre 1849, p. 3i.— Oppert, Expéd. en Mésop.^ t. II, p. 252.
de ces palais. Avant lui, rien n'existait, il a tout créé et nul monument ne porte en effet, au milieu de ces ruines, une empreinte antérieure. Les rois ses successeurs ont continué son œuvre; quand ils ont ajouté quelque chose, ils l'ont dit.
Xerxès a pris la peine de nous déclarer que l'un de ces palais avait été construit par son père ; il nous apprend ce qu'il a fait par lui-même, mais quand il y sculpteson image, pour ne pas la confondre il y met son nom et 11 le répète jusque
sur:es plis de son manteau II est facile de conclure que toutes les figures royales qui ne portent point de nom, toutes les constructions anonymes sont l'œuvre de Darius. Aussi nous n'hésitons pas à dire que c'est lui, et non pas Xerxés, qu'on voit assis sur son trâne dans ce splendide palais qui ne renferme pas d'inscriptions, et qui occupe le centre de la plate-forme sur laquelle les autres monuments sont venus se grouper.
Cariatides du trône t'e Darius.
Nous voudrions voir, sans doute, dans ces palais un produit autochtone de l'art des Aebéménides; mais la Perse, dont le développement de la puissance militaire avait été si rapide, n'avait pu improviser un art national, et elle a été obligée de suivre, jusque dans ses moindres détails, les données de l'art des Assyriens qu'elle avait vaincus. Ces palais sont construits sur le même plan, avec la même idée; c'est un livre sur lequel le prince voulait consigner ses
exploits. Si nous comparons les images de deux souverains d origine différente, nous ne serons plus étonnés de retrouver une certaine ressemblance qui provient des données traditionnelles que l'artiste était obligé de suivre. Le trône de Darius rappelle celui de Sennachérib. Partout nous pouvons saisir, en suivant les détails de la construction, de l'ornementation des palais assyriens et des palais de Persépolis, les traditions d'un art que la Grèce a peut-être appris des mêmes maîtres.
Pour établir cette filiation il suffit de rapprocher les figures qui représentent les doriphores perses ou les soldats assyriens sculptés sur les palais de Ninive^ de ce bas-relief découvert à Marathon et qui porte, avec le nom d' Aristoclès, le cachet d'une haute antiquité. C*est ainsi que tout s'enchaîne dans l'art et dans Thistoire, et que les traditions de l'humanité se sont continuées en s'imposant aux vainqueurs des Assyriens , comme elles se sont imposées plus tard aux vainqueurs des Perses.
Nous avons retrouvé dans toutes ces inscriptions une formule invariable qui place le roi et ses œuvres squs la protection d'Ormuzd. Cette formule établit d'une manière péremptoire que le culte de Zoroastre était dans toute sa splendeur sous les Achéménides, et en reporte Torigine à une époque beaucoup.plusjeculée; aussi nous, éprouvons quelque difficulté à nous prononcer quand nous voulons étudier les symboles du culte et mettre en harmonie les traditions -de l'Avesta avec les traditions des artistes chargés de repré- .senter la figure du dieu de l'Iran. La grande image d'Ormuzd planait sans doute sur le frontispice de tous les palais, et elle a disparu avec la partie supérieure des édifices. Mais -on la retrouve encore dans les parties inférieures et sur -d'autres monuments de l'époque achéménide.
; La forme complète représente une figure d'homme, la tête coiffée de la tiare ^ le corps passé dans un anneau, et
Le soldat de Marathon.
terminf par des plumes d'oiseau. Des deux côtés du disque s'étendent des ailes déployées. C'est ainsi que nous voyons ce symbole & Persépolis, à Eiùtoun et sur le cachet de Darius.
Quelquefois la forme est simplifiée : dans les frises des palais et sur le dais qui abrite l'image de Darius le buste humain a disparu, il ne .reste plus que le disque orné des appendices ornithomorpbes.
Ces figures, dans lesquelles on croyait jadis découvrir le Férouer du roi , sont aujourd'hui parfaitement comprises : c'est l'image, c'est le symbole du Dieu suprême, Com-
ment ces images se rattachent-elles au culte de l'Iran? C'est ce qu'il est assez difficile de déterminer. Les représentations de cette nature sont fréquentes dans le monde an-
tique, et déjà on peut affirmer' qu'elles n'appartiennent pas spécialement au culte d'Ormuzd. Les monuments assyriens nous offrent la même image avec une signification analogue ; seulement^ au lieu d'Ormuzd, c'est Assur, le Dieu suprême de l'Assyrie.
D'un autre côté, les monuments égyptiens nous présentent encore le même symbole^ et alors c'est le Dieu suprême de l'Egypte. Voilà des faits acquis. Mais comment
pourrons-nous savoir sous l'influence de quelle pensée les artistes se sont rencontrés pour s'arrêter aux mêmes formes, aux mêmes symboles, malgré les exigences des religions les plus différentes? Nous ne pouvons que poser ici cette question, sans chercher à la discuter^ ni surtout à la résoudre.
Malgré la longueur de cet exposé, nous n'avons pas encore fini la description des ruines. Si nous tournons les yeux vers la montagne, nous apercevons des tombes préparées pour recevoir la dépouille mortelle des hôtes de ces palais. Ces tombes sont creusées dans la colline, c'est le rocher luimême qui a été taillé, et sur lequel on a sculpté les détails de l'ornementation. Ces caveaux, au nombre de trois, reproduisent,- du reste, les mêmes détails et la même disposition.
Ils sont inaccessibles, d'une manière permanente du moins, et leur façade, qui rappelle l'architecture du palais, est située à plusieurs mètres du sol. Elle se compose d'un portique simulé par quatre colonnes engagées, leurs chapiteaux sont formés de deux corps de taureaux adossés, dont les fronts cornus supportent une corniche à denticules. Au-dessus, règne une frise dans laquelle sont sculptés dix-huit lions, neuf de chaque côté, rangés en ordre inverse, et séparés par une âeur de lotus qui occupe le centre. Au-dessous de cet encadrement la façade se rétrécit, et, sur une place comprise entre deux parties saillantes du rocher, se trouve un grand bas-relief. A la partie supérieure du cadre plane la figure d'Ormuzd telle que nous la connaissons maintenant. Le dieu préside à une cérémonie religieusc,accomplieparunpersonnagedanslequel on peut reconnaître un roi. Il est debout, monté sur une estrade élevée de trois degrés , et tourné vers un autel sur lequel brûle le Feu sacré; une de ses mains est appuyée sur un arc et l'autre dans la pose de l'invocation. Cette première partie du bas-relief est placée sur une
espèce de table ornée d'une rangée d'oves et terminée par les parties antérieures du corps de ce monstre qui participe de la nature du lion et de l'aigle. Quatorze figures, sur deux rangs, de physionomies et de costumes différents, semblent supporter cette espèce d'estrade ; d'autres figures sont placées de chaque côté ; parmi elles, il y en a dont le
geste et l'attitude semblent indiquer qu'elles versent des larmes.
L'intérieur du tombeau est d'une grande simplicité. On y pénétrait par une porte placée entre les colonnes. La chambre souterraine se divise en deux compartiments qui n'en constituent pas moins un seul caveau, au centre duquel on voit un sarcophage taillé et creusé dans le roc.
Tous ces tombeaux sont vides. Quel prince de la dynastie des Achéménides est venu s'y reposer?— Nous ne pourrions le dire ; nous savons seulement que ce n'est pas Darius. Nous trouverons sa tombe à quelque distance de celles-ci, en suivant la vallée, à Nach-i-Roustam. C'est là que ce roi avait fait construire sa dernière demeure.
M. Flandin raconte^ à propos de ces tombeaux, une scène que nous croyons devoir rapporter ici.
« J'aperçus^ dit-il, gravissant le sentier qui y conduisait, deux individus dont le costume me parut de loin différer de celui des Persans. C'étaient deux vieillards de petite taille, mais robustes et à l'œil vif. Au lieu d'un bonnet de peau d'agneau pointu, ils avaient la tête couverte d'un large turban à bout pendant sUr l'épaule. Leur barbe, au lieu d'être soigneusement teinte d'un beau noir, selon l'usage des Persans^ était telle que les années l'avaient rendue, c'est-à-dire tout à fait blanche. Ils échangèrent entre eux quelques mots dans une langue que je n'avais pas encore entendue dans ces contrées, puis ils m'adressèrent la parole en persan. Aux questions que je leur fis, ils répondirent qu'ils étaient des marchands d'Yezd, où ils se rendaient après avoir accompli un long voyage dans le nord de la Perse. Ils ajoutèrent que , comme presque tous les habitants d'Yezd , ils étaient de religion guèbre, qu'ignicoles , comme Djemschid, le grand roi, qui avait élevé les palais de Persépolis, ils n'avaient pas voulu passer auprès de ces ruines sans venir y faire une pieuse visite. A peine avaient-
ils achevé qu'ils se mirent à ramasser du menu bois et des herbes sèches; ils en formèrent une espèce de petit bûcher sur le bord de l'escarpement du rocher oti nous nous trouvions^ et l'allumèrent en murmurant des prières dans la même langue que je leur avais entendu parler à leur arrivée. Ce devait être du zend, la langue de Zoroastre et du Zend-Avesta, celle dont les caractères étaient gravés sur les murs de Persépolis (?)•
< Pendant que ces deux guèbres priaient devant leur feu, je levai les yeux sur le bas-relief supérieur de la façade du caveau funéraire devant lequel nous étions, la scène qu'il représentait était exactement semblable (i). »
La position des palais de Darius était admirable. Du haut de la troisième plate-forme on découvre la plaine de Merdacht dans toute son étendue, depuis les montagnes du Loristan et les pics élevés du Fars jusqu'aux défilés des monts Bactiaris. On a souvent remarqué que peu de monuments, excepté TAcropole d'Athènes, ont été mieux disposés pour produire un effet d'architecture; et aujourd'hui que ces ruines s'élèvent sur cette plate-forme, au milieu d'une plaine immense, elles présentent encore un tableau des plus saisissants.
Bizarre caprice des choses de ce monde ! Après la ruine de Ninive^ la ville a disparu, et il a fallu longtemps chercher sa place, tandis que son nom était resté dans l'histoire; après l'incendie de Persépolis, les débris des palais ont subsisté et le nom de la ville s'est perdu dans la mémoire des hommes, Nulle tentative n'a été faite pour essayer de restaurer ces ruines; peu à peu, quelques habitations se sont élevées sur la colline qui domine la plaine, un village s'est formé, puis une ville, et un nom nouveau, Istakar, a succédé au nom ancien sans que la tradition brisée ait pu nous transmettre
(i) Coste et Flandin, Voyage en Perse^ U !•', p. aSo.
le nom que Darius avait imposé sans doute à la capitale de son empire (i).
Qn s'est demandé d'où vient le nom d'Istakar? Hyde et Kampfer, qui ne sauraient faire autorité, prétendent qu^il signifie c un palais de roi (?) ». Si on se reporte à l'orthographe perse, Istakar signifie lac, étang, réservoir, et ce nom aurait passé à la ville à cause d'une grande citerne construite en ces lieux. Il est possible que cette citerne ait donné son nom au rocher fortifié; mais la cité était-elle ainsi nommée au temps d'Alexandre? C'est ce qui n'est nullement établi. Il paraît évident que les Grecs ont trouvé un nom plus ou moins en harmonie avec les exigences de leur idiome, et qu'ils l'ont hellénisé, ou qu'ils lui ont donné un équivalent dans leur propre langue. Plus tard les deux noms d'Istakar et de Persépolis ont été confondus comme synonymes et le nom primitif a disparu.
Cependant la ville nouvelle a grandi à son tour. Qjaand Ardéschir-Babécan leva l'étendard de la révolte contre les Parthes, Istakar était alors une résidence royale. La prise de cette ville le rendit maître de tout le Fars, et il gagna ainsi le Kirman et Ispahan. A la suite d'une grande bataille, il envoya à Istakar les têtes des chefs de ses ennemis vaincus pour les placer sur le temple du Feu.
Au I V^ siècle, douze mille familles ont été enlevées en partie à Ispahan, en partie à Istakar, par Shaphoor II, pour repeupler la ville de Nisibin, qu'il venait de détruire.
lesdedjerd, le dernier des rois Sassanides^ résidait encore à Istakar quand il fut appelé au trône, en 632.
(i) Il se pourrait que le nom de Persépolis fût simplement Parça et qu'il 8é trouvât sous cette forme dans l'inscription D, que nous avons rapportée plus haut. C'est une opinion qui a été émise d'abord par sir H.Rawlinson,et combattue par M Oppert; mais nous ne croyons pas qu'elle doive être définitivement abandonnée. — Conf. Oppert, les Inscript, des AchéménideSf p. 270; Expéd. en Mésop,^ t. II, p. i58.
En 644, Istakar capitula devant les forces mahométanes; mais, quatre ans plus tard, le peuple se révolta et tua le gouverneur arabe. A l'occasion de cette insurrection, le kalife Othman envoya ses troupes à Istakar, et une grande partie des habitants furent massacrés. C'est alors que Schiraz fut fondée et devint bientôt la capitale du Faristan. Les écrivains mahométans parlent souvent du château d' Istakar, qui paraît avoir été employé comme prison d'Etat jusqu'en i5oi. Enfin, la ville qui entoure le château, après un long déclin, a été détruite par les Arabes, et aujourd'hui il ne reste plus de ces deux capitales que les ruines dont nous venons de donner une esquisse.