‹ Les Achéménides et les Inscriptions de la PerseChapitre 7 sur 32 · NACH-I-ROUSTAM · texte numérisé non relu

NACH-I-ROUSTAM

A une heure de marche au nord du village d'Istakar, on trouve, sur le versant d'une montagne formée de roches en marbre blanc , une longue et massive muraille naturelle sur laquelle sont sculptés plusieurs bas-reliefs surmontés de caveaux funéraires.

Les bas-reliefs situés dans la partie inférieure des rochers appartiennent à l'époque des Sassanides, nous n'avons pas à nous en occuper ici. Les tombeaux, au contraire, rappellent par leur disposition et par leur ornementation ceux qui sont creusés à Persépalis, dans la colline qui domine les ruines. Ils sont au nombre de quatre.

. Le soubassement, le rez-de-chaussée et Tétage de ces quatre monuments ont une apparence cruciforme. Le soubassement avec Tétage forme le bras vertical de la croix, et le rez-de-chaussée la ligne transversale.

Le rez-de-chaussée se compose de quatre colonnes engagées, à fût lisse et sans cannelures, surmontées d'un chapiteau

formé de deux taureaux adossés, les jambes de devant repliées sous le corps.

Au-dessus s'élève l'architrave^ couronnée d*une rangée de denticules. Le second étage est formé par deux rangées de figures cariatides, qui composent ainsi une sorte de catafalque reposant sur quatre supports ornés^ mais dont on n'aperçoit que les deux antérieurs. Sur cette plate-forme on voit, à gauche, le roi debout sur une estrade formée de trois marches; il est appuyé sur sa main gauche, qui tient un arc; sa main droite est à moitié élevée. Plus haut, entre lui et Tau tel, plane le symbole d'Ormuzd tel que nous le connaissons déjà.

Ces caveaux étaient réservés aux rois de Perse; l'un d'eux était destiné à Darius. C'est là que Hystaspe a trouvé la mort, en venant visiter le monument funèbre que son fils se faisait construire.

Ctésias rapporte, en effet (i), que Darius avait fait faire son tombeau sur le mont à deux cimes. Ses parents voulurent le visiter; mais il leur en coûta la vie. Les prêtres qui les guidaient du haut de la montagne^ ayant aperçu des serpents , furent effrayés et lâchèrent les cordes qui retenaient l'échafaudage; le prince et la princesse périrent dans leur chute. Cet accident causa une vive douleur au roi, et il fit décapiter les quarante personnes qui étaient chargées de diriger l'opération. On peut placer l'époque de cette catastrophe vers l'an 495 ou 490 avant J.-C. Darius avait alors environ cinquante<inq ans, et son père soixantequinze.

Les quatre tombes devaient être ornées d'inscriptions, cependant il paraît qu'il n'en existe que sur une seule, ou du moins on n'en a pas remarqué sur les autres.

Ces inscriptions sont assez mal conservées; elles sont,

(1) Hisu, ch. XV.

comme toutes les inscriptions achéménides, écrites en trois langues, et La comparaison des trois textes apermis d'à

Tombeau de Darius;

à restituer le sens complet du documenta C'est, pour ainsi dire, le testament de Darius.

Le texte perse a le plus souffert ; ce n'est guère qu'en suivant le texte assyrien qu'on a pu le compléter.

Le texte médo-scytbique contient quarante-huit lignes. UaétécopiéparM. Westergaard, qui en a donné la première interprétation. 11 avait également relevé le texte assyrien, et il en a communiqué une copie à M. Oppert. Plus tard, M. Tasker, voyageur anglais, en a adressé une copie à sir Henry Rawlinson, qui l'a fait imprimer,; mais elle n'a pas été publiée, c'est grâce à la bienveillance de M. Norris que j'ai pu m'en procurer un exemplaire. Voici ce que ces inscriptions nous font connaître (i).

Inscription NR, a.

« Ormuzd est un grand dieu (2), il a créé la terre (3), il a créé le ciel, il a donné à l'homme le bonheur, il a fait roi Darius, seul roi sur des milliers d'hommes , seul arbitre sur des milliers d'hommes.

<c Je suis Darius, le grand roi, le roi des rois, le roi des pays

(i) Voyez, sur le texte perse : Lassen, Zeitschrift, etc., p. 81 ; — Sir H. Rawlinson, dans le Journal o/the R, A. 5., vol. X, pi. m, p. 291 et 3i2; — Benfey, Die Persch. KeilinSy p. 55 et 61 ; — Oppert, les Inscriptions des Achéménides^ p. 245 et 265; — Spiegel, Die ait. Persisch, Keilins^ p. 48 et 52. — Sur le texte médo-scythique : Westefgaard , dans les Mémoires de la Société des Antiquaires du Nordf année 1844, P* ^64; — Norris, dans le Journal o/the R, A. 5., t XV, pi. I, p. i5o; — De Saulcy, Recherches analytiques^ p. i5o, — Sur le texte assyrieik.: De Saulcy, Mémoir. autog,^ 27 novembre 1849, P* 4^1 — Oppert, Expédition scient, en Mésopotamie , i. II, p. 164.

(2) L'assyrien dit : a le plus grand des di«ux. 9

(3) L^assyrien met toujours le ciel avant la .terre.

bien peuplés , le roi de cette vaste terre (qui commande) au loin et auprès, fils d'Hystaspe, Perse, fils de Perse, Arien, rejeton d'Arien (i).

a Le roi Darius déclare : Par la grâce d'Ormuzd, voici les contrées que j'ai gouvernées, j'ai régné sur elles; excepté la Perse, elles m'ont payé tribut (2) ; mes ordres y ont été exécutés, mes lois y ont été suivies :

« La Médie, — la Susiane, — la Parthîe , — l'Arie , — la Bactriane, — la Sogdiane, — laChorasmie, — la Zarangie, l'Arachosie, — la Sattagydie, — la Gandarie, — l'Inde, — les Saces (3) Amurgiens [les Scythes qui mangent la feuille du Hom (?)], — les Saces Tigrakhaudes (les Scythes aux Bonnets pointus) (4),— la Babylonie, — l'Assyrie, — l'Arabie, — l'Egypte, — l'Arménie, — la Cappadoce, — la Phrygie, — rionie, — les Scythes Maritimes,— Skudra (la Thrace), — les Ioniens aux cheveux tressés, — les Puths, — les Chus (les Éthiopiens], — Maciya (les Maxyes), Karkâ (?).

c Le roi Darius déclare : Lorsque Ormuzd vit que toutes les provinces étaient adonnées à la superstition et suivaient des doctrines opposées, il me les a données, il les a soumises à mon pouvoir.

a Moi, le roi, par la grâce d'Ormuzd, je les ai remises dans leur ancien état, et ma parole y fut obéie comme il plut à ma volonté, et si tu parlais ainsi : « Quelles étaient a donc ces provinces si nombreuses que Darius tenait en « son pouvoir? v — regarde les images de ceux qui portent mon trône (5) et tu les connaîtras; alors tu sauras que la

(i) Ces derniers mots sont omis sur le texte perse.

(2) La Perse ne payait pas tribut. (Hérod., III.)

(3) Tous les peuples que les Perses nomment « Saces » ou « Scythes M sont désignés en assyrien par a Cimmériens », Gimirri,

(4) La version assyrienne dit: Gimirri sa Karhalti suni râpa. Comparez Hérod., VII, g lxiv.

(5) Voyez ci-dessus les Cariatides du trône de Darius à Persépolis, p. 83.

lance du soldat perse avait été loin , alors tu sauras que le soldat perse avait porté la guerre loin de sa patrie.

« Darius le roi déclare; Toutes ces choses, je les ai accomplies par la protection d'Ormuzd. Ormuzd m'a accordé son secours pour accomplir toutes ces choses. Qu'Ormuzd me protège de tout mal, moi, et cette demeure, et ce pays. Voilà ce que je demande à Ormuzd; qu'Ormuzd daigne me l'accorder.

« O homme, la doctrine d'Ormuzd t'a été enseignée, — ne la méprise pas; ne quitte pas la voie juste, ne pèche pas, ne tue pas. >

Inscription NR,

A côté de cette inscription on lit plusieurs mentions succinctes, d'abord pour désigner deux personnages qui se tiennent auprès du tombeau dans l'attitude de la douleur.

« Celui-ci , c'est Gaubrias de Patischoris, Doryphore de Darius roi. >

« Celui ci, c'est Aspathine (i), le porte-carquois de Darius roi. B

Enfin, un peu plus loin, pour bien faire connaître des figures que le ciseau de l'artiste n'avait pas sans doute suffisamment caractérisées :

> Ceux-ci sont les Maxyes (s). »

(i) Hfrodote comprend un personnage de ce nom parmi Ua conjurés qui ont accompagne Darius lors du meurtre du Mage. [Cb. m, g 70.)

(2) C'était un peuple lointain et jusqu'alors inconnu des Perses. D'après Hérodote, les Maxyes, tribu de Libyens, laboureurs, laissaient croître leurs cheveux sur le cSté droit de la tête et se rasaient le e6\6 gauche, ils se peignaient le corps avec du vermillon. (Ch. IV,

Au-dessous de la première inscription il y en avait une seconde, en soixante lignes, qui malheureusement est tellement mutilée que M. Westergaard n*a pu la copier. A part la formule sacramentelle du premier paragraphe^ elle ne laisse deviner que des mots incomplets qui ne se prêtent à

aucune restauration possible.

BISITOUN

Sur la route qui a été de tout temps suivie par les armées qui sortaient de la Perse pour marcher à la conquête de la Mésopotamie, à une lieue au nord de Kirmancha, se dresse, noir et sauvage, un rocher escarpé, en forme de pyramide; c'est le mont Bisitoun, l'un des plus hauts sommets de la chaîne qui de ce point se prolonge jusque vers les monts Zagros. Aujourd'hui cet endroit est désert, et les pèlerins qui se rendent à la Mecque ne songent pas même à s'y reposer.

Le sol est jonché de ruines. Des bas-reliefis , des inscriptions assez bien conservées sont sculptés sur les flancs du rocher. Le monument qu'on voit au bas de la montagne appartient à une époque récente; il a été mutilé. Un autre, placé à un angle rentrant des rochers, est situé à une hauteur qui Ta mis à l'abri des injures des hommes ; il est, pour ainsi dire, inaccessible. Mais, du pied de la montagne, il est très-visible, et, lorsqu'il est éclairé par les rayons obliques

du soleil, les personnages et même les caractères des inscriptions apparaissent avec une grande netteté.

Le bas-relief représente une scène dans laquelle on reconnaît bientôt le principal personnage : c'est Darius. Il a la

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tête haute, le front ceint de la couronne royale, la main gauche appuyée sur un arc. Debout, auprès de lui, on voit deux officiers de son palais, armés de l'arc et de la lance. Le roi foule à ses pieds le corps d'un ennemi vaincu qui semble implorer sa grâce; et, la main droite levée^ il désigne neuf personnages qui se présentent devant lui les mains attachées derrière le dos et enchaînés par le cou à l'aide d'une corde qui les relie Tun à Tautre. Il est facile de reconnaître, à la diversité des types et des costumes, les différents vaincus auxquels Darius a fait sentir sa puissance. Du reste, chacun de ces personnages porte sur sa tête, sous ses pieds, quelquefois sur sa robe, une légende qui nous fait connaître son nom et son crime. Enfin, au-dessus de cette scène plane la grande figure d'Ormuzd, telle que nous la connaissons déjà. Autour du bas-relief on voit de longues inscriptions écrites dans les trois langues propres aux inscriptions achéménides. L'eau, en glissant sur les rochers, en a rongé çà et là des parties importantes, particulièrement dans la version assyrienne; mais le sens se complète par la comparaison des textes. Ces longues inscriptions n'ont souffert que des injures du temps ; on aperçoit même dans quelques endroits la trace d'un vernis qui a dû jadis recouvrir les caractères.

Sir H. Rawlinson a copié toutes ces inscriptions pendant son séjour à Kirmancha; elles ont été successivement publiées et interprétées dans le journal de la Société asiatique de Londres et dans d'autres publications importantes.

Le texte perse comprend quatre colonnes de 9 5 lignes chacune et une cinquième colonne de 36 lignes, en tout 416 lignes. Les traductions médo-scythique et assyrienne occupent moins de place, tout en reproduisant à peu près identiquement le même sens. Voici, du reste, ce qu'elles nous font connaître (i)«

(i) Voyez, sur le texte perse : Rawlinson, dans It Journal 0/ the

INSCRIPTION DE BISITOUN.

I. « Je suis Darius, le grand roi, le roi des rois, roi de Perse, roi des provinces, fils d'Hystaspe, petit-fils d*Arsamès,Achéménide, Perse, roi de Perse (i).

II. « Darius le roi (2) déclare : Mon père était Hystaspe; le père d'Hystaspe, Arsamès; le père d'Arsamès, Ariaramnès; le père d'Ariaramnès, Téispès; le père de Téispès, Achéménès (3).

1 1 1 • c Darius le roi déclare : Voilà pourquoi on nous appelle Achéménides. Depuis longtemps nous sommes puissants; depuis longtemps notre famille est une famille de rois.

IV. c Darius le roi déclare: Huit de ma race ont été rois avant moi, je suis le neuvième. Depuis longtemps nous sommes rois.

R,A,S., vol. X,pl. 1,11,111;— Oppert, les Inscriptions des Achéménides, i85i, p. 8; — Benfey, Die Persischen Keilenschriften, p. 3; — Spiegel, Die ait Persischen Keilinschriften^ p. 2, et la remarquable notice du parsis Khursedji Rustamdji Kama Zartoçti Abhjdra, Bombay , 1867. — Sur le texte médo-scythique : Norris, dans le Journal of the R. A. 5., vol. XV, pi. I, i853; — Lenormant, Lettre assyriologique à M, de Sauicy, — Sur le texte assyrien : Rawlinson , dans le Journal ofthe R, A, 5., vol. XIV, pi. i, i85i, et The cuneiform Inscript, of Western Asia^ t. III, p. 30-42 ; — De Sauicy, Traduction assyrienne de V inscript, de Behistun^ ï854j ^ Oppert, Expédition scient, en Mésop.y t. II, p. 198.

(i) Ces derniers mots ont été ajoutés sur le texte assyrien.

(2) Le texte assyrien dit partout : a Darius le grand roi, etc. »

(3) Hér., VII, § XI.

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V. « Darius le roi déclare : Par la protection d'Ormuzd, je suis roi, Qrmuzd m'a conféré Tempire.

VI. € Darius le roi déclare : Voici les provinces qui me sont soumises, par la protection d*Ormuzd. J'en suis roi . — La Perse, — la Susiane, — Babylone, — l'Assyrie, — l'Arabie, — l'Egypte, — les (Ioniens) maritimes, — Çaparda, — les Ioniens (du continent), — la Médie, — l'Arménie, — la, Cappadoce, — la Parthie, — la Drangiane, — l'Ariane, — la Chorasmie, — la Bactriane, — la Sogdiane, — la Gandarie (i), — les Cimmériens, — la Sàttagédie, — l'Arachosie, — la Macie, en tout vingt-trois provinces.

VII. « Darius le roi déclare: Voilà les provinces qui me sont échues, par la protection d'Ormuzd; elles m'étaient soumises ^ elles m'apportaient leurs tributs (2), mes ordres y étaient exécutés la nuit et le jour.

VIII. « Darius le roi déclare: J'ai protégé dans ces pays l'homme qui m'était soumis; mais l'homme qui m'était hostile , je l'ai sévèrement puni quaiid il a fallu le juger. — Par la protection d'Ormuzd, ces provinces furent assujetties à ma loi, mes ordres y étaient exécutés sur-le-champ,

IX. a Darius le roi déclare : Ormuzd m'a conféré l'empire^ Ormuzd m'a prêté son secours pour me faire obtenir l'empire , c'est par la protection d'Ormuzd que je gouverne ce pays.

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