VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCXXIX
détails, surtout en ce qui regarde le magicien Bar-Jésus. — χα, 46-48. La façon. dont est conduite l’évangélisation, présentée d’abord aux Juifs, puis aux gentils est systématique; plusieurs fois, Paul s'est adressé à ceux-ci avant d’avoir été repoussé par les Juifs. — xnir, 16-41. Le discours de Paul aux Juifs d'Antioche de Pisidie est l’œuvre du rédacteur. — xrv, 8-11. La guérison de l’impotent de Lystres rappelle celle de l’impotent de la Porte Belle du Temple, πι, 2-8. — xirt-x1V, Îl n’y ἃ pas eu probablement de mission en Crète, en Pisidie et en. Lycaonie par Paul et Barnabé ensemble. — xv. Nous étudierons à part la relation sur la conférence de Jérusalem et le décret apostolique, xv, 28 5. — xvr,. 3. Paul n'a pas dû circoncire Timothée. — xvr, 24-34. La délivrance miraculeuse de Paul et de Silas, est similaire de celle de Pierre, xn, 6-10; la relation en est. assez incohérente. — xvir, 13. Le départ de Bérée n'a pas été causé par uneexcitation des Juifs. — xvir, 22-31, Le discours de Paul à Athènes est tissu d'idées et de formules grecques; il est l’œuvre du rédacteur. — xvanr. 1-17. La relation des actes de Paul à Corinthe est contradictoire en quelques parties ;
l'épisode de Gallion est un morceau d’apologétique. — xvur, 24-28. Ce qui est. raconté d'Apollos à Ephèse est de tradition récente. — x1x, 11-20. Il en est demême des miracles accomplis par Paul, des récits sur les exorcistes juifs et. sur la destruction des livres magiques. — x1x, 21 5. Il n’est pas fait mention
dans les Actes de ce qui a motivé le voyage de Paul à Jérusalem : la collecte:
pour les pauvres de cette ville. — x1x, 23-40, L'émeute d'Éphèse était dirigée-
contre les Juifs et Paul y est mêlé à tort. — xx, 9-12. Le récit de la résurrection d'Eutychès rappelle des miracles de l'A. T. — xx, 16. Paul n’a pas dû tenir beaucoup à être à Jérusalem pour la Pentecôte. — xx, 18-36. Le discours de Paul. aux presbytres d'Éphèse est l'œuvre du rédacteur, de même que le discours devant Agrippa, xxvi, 2-29. — xx, 26. Tout ce qui concerne l'exécution du vœu de Paul est assez incompréhensible. — Le récit, xxr, 37-xxtr, 24 est incohérent et présente diverses difficultés; quelques détails sont incompréhensibles. — La. comparution de Paul devant le Sanhédrin, xxr1, 30-xx111, 10 est invraisemblable. Un magistrat romain n’a pas dû livrer un citoyen romain à un tribunal juif. — xx11, 17. Le rêve de Paul dans le Temple, est une fiction. — xxr11, 12-33. Lepassage où il est raconté comment un complot des Juifs a obligé le tribun Lysias à envoyer Paul à Césarée est formé d'éléments disparates. Paul en ayant appelé à César devait être renvoyé devant le procurateur. — xxr, 17-30. La chronologie du séjour de Paul à Jérusalem, et celle de la comparution de Paul et de ses. accusateurs devant Félix, xxix, 1 et 11, ne sont pas en accord. — Cette comparution de Paul, xxrv, 1 ss., n’a pas dù avoir lieu, puisque son affaire est traitée: par Festus, xxv, 1, comme s’il n'y en avait pas encore été question. — xxiv, 26 s. Les motifs pour lesquels Félix garde Paul en prison, sont contradictoires. — xxv, 9. Le procurateur Festus n’a pas dû proposer à Paul d’être jugé à Jérusalem par le Sanhédrin. — xxv, 23-32. Le récit de la comparution de Paul devant Agrippa xxv, 23-32, est élaboré en vue d’une apologie de la conduite de Paul. — xxvrrr, 17-28. Le récit des relations de Paul avec les Juifs de Rome, est une fiction du rédacteur pour montrer l'attitude du judaïsme envers Paul.
Harnack (1) a aussi examiné les divers passages des Actes qui peuvent donner
(1) Die Apostelgeschichte, UnterSuchungen, p. 159-198.
ἐδ ΕΘ Ἐς ον UT RO PET 2
CCXXX INTRODUCTION.
matière à des observations et il a relevé un bon nombre de particularités. ΠῚ ἃ signalé, entre autres faits, des inexactitudes, des interpolations, des divergences, des incohérences, des changements de sujet dans le cours d’une phrase, des pléonasmes, des anacoluthes, de mauvaises constructions de la phrase, des pas-
sages du style indirect au style direct et inversement, des introductions de nou-
veaux personnages comme s’il y en avait été déjà parlé, des exemples de prolepse, de tautologie, etc., et il conclut : Tout en étant, en général, excellent comme historien, Luc est négligent pour les détails et manque de précision, dans son récit; on peut de ce fait lui reprocher de nombreuses inexactitudes de plus ou moins d'importance. Ses erreurs cependant ne sont jamais telles qu'on ne puisse continuer à letenir pour un compagnon de Paul. C’est l'emploi de sources diverses, orales ou écrites, qui a été la cause des inexactitudes et des incohérences; le besoin ou l'habitude d'abréger le récit a produit de l'obscurité dans l'exposé. Cependant ces erreurs, pour la plupart sans importance, mais quelquesunes, de grosses bévues, ne peuvent altérer notre jugement concernant la valeur historique du récit et la personnalité de l'historien. Nous ne pouvons que déplorer qu'il n'ait pas eu à sa disposition de meilleures sources pour la première partie de son travail et que son plan ait exclu la relation de divers faits que nous aurions été heureux de connaître. Nous laissons à Harnack la responsabilité de ces observations.
‘2. Prouvons maintenant l’accord des Actes avec les documents profanes, écrits ou monumentaux, À. Examinons d’abord les rapports entre Luc et Josèphe. Plusieurs critiques ont essayé de prouver que Luc s'était servi pour son récit
des livres de Josèphe l'historien juif. Dans le travail assez récent de Crawford Burkitt (1), nous trouvons encore cette thèse, donnée comme démontrée. D’après Salomon Reinach (2), « notre Luc atteste la connaissance des Antiquités de .Josèphe, publiées en 93, ou, du moins, d'une source de cet ouvrage ». Nous devons étudier rapidement cette question; de cet examen il résultera, tout au moins, que les Actes sont véridiques dans les points où ils sont en accord avec Josèphe, bien qu'ils ne dépendent pas de celui-ci (8).
Remarquons d’abord que Zeller (4) avait attaqué la valeur historique des Actes sous prétexte que ce livre était en désaccord avec Josèphe. Mais la majorité des critiques prend la position contraire. Keim (5), Il. Holtzmann (6) et principalement Krenkel (7), qui a rassemblé tous les éléments de l'hypothèse, supposent que l’auteur des Actes a connu les écrits de Josèphe, en particulier les Antiquités judaïques écrites en 93-94, la Guerre juive, en 79 et le livre contre Apion, après 9% et qu'illes ἃ utilisés pour son récit. Clemen, Schmiedel ont adopté
(1) Gospel History and ils transmission, p. 105-110, Edinburgh, 1906.
(2) Orpheus, Paris, 1914, p. 325.
(3) La question a été particulièrement étudiée par H. Wexpr, Die Apostelgeschichte, p.43-45 ; W. ScnMIepeL, Acts of Apostles, Encycl. bibl, I, col. 37; van MANEN, Paulus, I, Ὁ. 133-139, Morrarr, Introduction, p. 29-31; K. Lake, The Acts of the Apostles, Dict. of the apost. Church, 1, p.20. Gocuez, Le Livre des Actes, p. 117-129.
(4) Die Apostelgeschichtie, Stuttgart, 1854.
(5) Geschichte Jesu, III Bd. Zürich, 1872. Aus dem Urchristenthum, Zürich, 1878.
(6) Zeitschr. für die wiss. Theol., Leipzig, 1873, p. 85; 1877, p. 595; 1880, p. 121.
(7) Josephus und Lulias, Leipzig, 1894. |
cette hypothèse. C’est à ces livres que Luc devrait, d'après Hausrath (1), la connaissance de ses principaux personnages, le grand prêtre Ananias, Claudius Félix et sa femme Drusilla, sœur d'Hérode, Agrippa II et Bérénice, le procurateur Festus, Gamaliel, les grands-prêtres Hannan, Caïphe, et c'est d'eux qu'il aurait tiré les traits les plus caractéristiques de leur personnalité. R. Steck (2) soutient qu’en plus de quarante passages de son évangile ou des Actes, Luc s’est inspiré des œuvres de Josèphe. Voici quelques-uns des passages que Rovers (3) signale : Act. v, 33,37; x11, 21-23; χπι, 21; χχι, 28. D'après Krenkel, la sédition d'Éphèse, x1x, 23-41, a pour prototype selle d'Alexandrie, racontée par Josèphe. Déjà au xvin° siècle, J. B. Ott (4) et J. T. Krebbs (5) avaient signalé les rapports qui existaient entre Josèphe et les Actes. Des critiques de valeur, Reuss, Nôsgen, Gloël, Belser, Bousset, Blass, Feine, Salmon, Sanday, Plummer, Knowling, Jülicher, Zahn, Stanton, Wellhausen, ont nié cette dépendance des Actes à l'égard de Josèphe. « [1 n’y a aucune donnée historique de Luc, dit Zahn (6), fondée, erronée ou douteuse qu’on puisse expliquer en supposant que Luc aurait lu Josèphe. Au contraire, Luc témoigne souvent d’une connaissance des événements contemporains et des personnages étrangers au christianisme qui est tout à fait indépendante de Josèphe. » Schürer (7) propose ce dilemme : Ou Luc n’a rien emprunté à Josèphe, ou il a oublié dans la suite tout ce qu'il avait lu. La première alternative doit être préférée comme la plus simple.
Harnack (8) trouve que Schürer marque exactement l’état des choses. L'hypothèse, dit-il, que Luc dépend de Josèphe est fondée sur la supposition de la critique ordinaire que l’auteur ne dérive aucun de ses renseignements de ses propres connaissances ou de tradition orale, mais qu'il a tout recueilli dans des sources
littéraires, surtout dans celles que nous connaissons. Si cette supposition tombe.
à plat et si on permet à l’auteur d’avoir obtenu par ailleurs ses renseignements, cette question de savoir si Luc a lu Josèphe ne mérite pas d'être étudiée, car leurs points de contact sont fort peu nombreux, #n historicis, tandis que leurs divergences sont nombreuses et en plusieurs récits Luc est le plus véridique. Krenkel s'est tout simplement perdu dans une théorie sans base en essayant de faire de l’auteur des Actes pour le style et pour le vocabulaire un plagiaire de Josèphe.
Wendt qui, tout d’abord, avait reconnu que les rapports entre Luc et Josèphe étaient trop vagues pour qu'il y ait eu dépendance littéraire, croit maintenant qu'étant donné que, sur un point, Act. v, 36 et Antiqg. jud. xx, 8, 9, la dépen= dance est'‘prouvée, il en résulte que la dépendance existe, même quand les rapports sont vagues. Le raisonnement est assez fallacieux; en tout cas, 1] manque de base, car la majeure n’est nullement prouvée, ainsi que nous le verrons plus loin. Wendt fait remarquer encore que nous avons dans les Actes
(1) Neutestamentliche Zeilgesch., Heidelberg, 1873.
(2) Der Galaterbrief nach seiner Echtheil untersucht, Berlin, 1888, p. 291, en note. (3) Nieuw. Testament Lellterkunde, s’Bosch., 1888, p. 163, 204.
(4) Spicilegium seu excerpta ex F1. Josepho ad N.T. illustrationem, Ludg. Bat. 1741. (5) Observationes in N. T. 6 Fl. Josepho, Lips. 1755.
(6) Einleilung iu das N. 1΄., 11, p.399.
(7) Zeitsch. f. wis. Theol., Leipzig, 1876.
(8) Neue Untersuchungen zur Apostelgeschichte, p.80, n. 1.