‹ Les Actes des ApôtresChapitre 118 sur 358 · VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCXXXTII · texte numérisé non relu

VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCXXXTII

| aurait été réprimée avec vigueur par le procurateur Fadus, c'est-à-dire vers l'an 45. Les insurgés étaient au nombre de 400 d'après les Actes; pour Josèphe, Theudas entraîna une grande multitude. Pour les Actes, la révolte de Judas le Galiléen eut lieu après celle de Theudas, tandis que, d'après Josèphe, elle eut Heu avant; ils s’accordent sur l’occasion et l’époque, à savoir le recensement de Quirinius en l'an 6 ou 7. Si Luc a lu Josèphe, il l’a bien mal compris. La ques- ‘tion se réduit à savoir si le Theudas de Luc est le même que celai de Josèphe, | ce qui n’est pas prouvé, car on relève plusieurs divergences entre les deux ; s’il est le même, à savoir lequel des deux historiens s’est trompé sur la date de la révolte.

« Sans doute, dit Pirot (1 h les deux récits ont des mots communs : « λέγων ἅναί τινα ἑαυτόν » (Luc), « προφήτης γὰρ ἔλεγεν εἶναι » (Josèphe); — « ἐπείθοντο » (Liuc), « πείθει» (Josèphe); — « ἀπέστησεν» (Luc), « ἀποστήσαντος » (Josèphe); mais ces mots s’imposaient et nous n'y trouvons pas de termes caractéristiques, à proprement parler. »

Luc a en sa faveur qu'il est toujours exact dans ses indications historiques et géographiques, tandis que Josèphe se trompe quelquefois (2). Zahn fait remarquer que pour cet épisode de Theudas, Josèphe n'est pas un témoin dont on ne puisse discuter la véracité; ses récits sur cette époque sont tout à fait maigres -et mal ordonnés (3).

Luc aurait, dit-on, emprunté à Josèphe les menues erreurs qui se sont glissées dans le discours d’Étienne : 450 ans attribués à la période des Juges. Seuls, Luc et Josèphe savent que Saül a régné quarante ans. En fait, Josèphe n'a pas inventé ces chiffres, ils devaient être traditionnels; pourquoi Etienne ne les aurait-il pas connus lui aussi ?

Sur divers points historiques d’ailleurs, Luc n’est pas en accord avec Josèphe, ainsi que le fait remarquer Harnack. Qu'on lise par exemple le récit de la mort d'Hérode Aggripa I* dans Actes, x1r, 19-23 et dans Josèphe, Ant. jud. xix, v, 2, et l’on constatera des détails identiques et des divergences de présentation et de faits. Cf. le commentaire, in loco.

Étudiant la valeur historique des écrits de Josèphe, von Dobschütz (4) observe que la méthode d’après laquelle l'historien juif a mélangé ses matériaux dans ia texture de son récit occasionne des doutes fréquents. En chronologie, il se montre un guide très peu sûr. Il a mélangé des événements d'époque différente. Dans ces conditions nous ne voyons pas pourquoi nous préférerions le témoignage de Josèphe à celui de Luc. Von Dobschütz conclut que les deux écrivains sont en fait complètement indépendants l’un de l’autre. Ils racontent des événements que tous les deux n'ont pas rapportés. La comparaison de leurs récits quand ils racontent les mêmes événements, par exemple la mort d'Agrippa I* et 16 naufrage de Paul et celui de Josèphe est tout en faveur de Luc.

ὁ. La dépendance littéraire de Luc à Josèphe est-elle mieux établie que ladépendance historique? Il ne semble pas. Le prologue du troisième évangile et celui

(1) Les Actes des apôtres et la commission biblique, Ὁ. 120.

(2) Bezser, Theol. Quar talschrift, Tübingen, 1896, p. 64.

(3) Cf. R. Laqueur, Der jüdische Historiker Flavius Josephus, Giessen, 1920.

(4) Josephus dans Dictionary of the apostolical Church, Edinburgh, 1915, T. I, p. 651,

Page 1