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VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCXLI

instigateurs de l’émeute contre Paul, prêchant la vanité du culte des fausses divi= nités. D'après les Actes, il n’en est rien et même les organisateurs du culte impérial, les Asiarques, sont plutôt favorables à Paul. C'est un orfèvre, Démétrius, qui excite les ouvriers, ses compagnons. Étant donné l'esprit du temps, c'est bien ainsi que les choses devaient se passer. Le fanatisme et l'intolérance religieuse des Juifs nous font trop souvent croire que les questions de religion étaient capitales pour les esprits de cette époque. En réalité, toute religion nouvelle, en dehors des prosélytes qu'elle faisait, était accueillie par les autres avec tolérance. Qu'importait à celui qui adorait trois ou quatre dieux que son voisin en adorât moins ou davantage? Chacun, particulier, ville ou famille, avait son dieu dont il célébrait exactement le culte, et le dieu des autres, dont il admettait très bien l'existence, lui était indifférent. Ce ne fut qu'assez tard et par l’introduction des divinités orientales, égyptiennes et syriennes, qu'on vit naître le

. prosélytisme et l’universalisme des dieux. En fait, à cette époque, les prêtres des

différents cultes étaient habitués à vivre côte à côte. Mais, dans le cas présent, il s'agissait d'une religion qui détruisait une industrie; il était naturel que la révolte vint de ceux qui vivaient de cette industrie. Ce fut donc une sédition ouvrière, populaire, désapprouvée et par les prêtrès et par les magistrats (1).

Le cri que poussait la populace était le titre que l’on donnait à la déesse, ainsi que 16 prouvent les inscriptions. Il ne faut pas lire comme le codex B et presque

tous les autres manuscrits : Μεγάλη % Ἄρτεμις ’Evesluv, grande est la Diane des

Éphésiens, mais comme le codex de Bèze et la Vulgate : Μεγάλη Ἄρτεμις (2)! Grande Diane! qui devient une invocation. Le nt s’employait pour le vocatif en Asie mineure et plus tard en Grèce.

Les Actes xrx, 13 racontent qu'à Éphèse des exorcistes juifs essayaient de chasser les esprits mauvais par une conjuration au nom de Jésus. Or, nous lisons sur un papyrus, cité par Wessely dans sa brochure, £phesia grammata, Ὁ. 26, 1888, cet exorcisme : Ὁρχίζω σε ar τοῦ θεοῦ τῶν ‘épatov Ἰησοῦ ex60, tan, αδραωῦ ax θωθελε «kw, et d’autres mots qui n’ont point de sens.

Dans un récent ouvrage sur l'apport des découvertes récentes à la crédibilité du N. T. Ramsay (3) fait ressortir la valeur historique des écrits néotestamentaires et surtout des Actes des apôtres. Voici quelques-unes de ses constatations.

Ramsay rappelle le jugement que portaient les critiques rationalistes du siècle dernier sur ce livre. Le but de celui-ci n’était pas, soutenait-on, de retracer fidèlement les événements et de présenter un tableau exact de la situation historique et géographique telle qu’elle était aux environs de l'an 50, mais d'exercer, au profit de certaines idées, une influence sur les chrétiens contemporains de l’auteur, vers 160-180, par une description imaginaire de la vie de l'Église primitive. Ramsay, qui avait accepté tout d'abord ce jugement, voulut le mettre à l'épreuve des faits et voir si vraiment l’auteur des Actes n'avait pas reproduit exactement l’état des choses vers l’an 50.

ΤΙ fut attiré tout d'abord par ce passage des Actes, xrv, 4, 5 : « Mais le peuple

(1) RaMsAY, op. cil., p. 129.

(2) Idem, p. 135.

(3) The Bearing of recent discovery on the Truthworthiness of the New Testament, London, ACTES DES APOTRES. Ρ

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CEXLII INTRODUCTION.

de la ville [Iconium] fut divisé; les uns étaient pour les Juifs et les autres pour les apôtres. Et comme-il se fit une émeute des païens et des Juifs, avec leurs magistrats, pour les outrager et les lapider, ceux-ci, l'ayant appris, s’enfuirent vers les villes de la Lycaonie, Lystres et Derbe et le pays d’alentour, χατέφυγον εἰς

᾿ τὰς πόλεις Λυχαονίας, Λύστραν καὶ Δέρθην χαὶ τὴν περίχωρον. » Il suit de ce texte qu’Ico-

nium n'était pas une ville de la Lycaonie, mais de la Phrygie, d’où venaient les apôtres. Or, c'était une opinion attestée par les traités modernes de géographie de l'Asie mineure qu'Iconium était une ville de la Lycaonie. Xénophon, il est vrai, dans son Anabase, dit très clairement qu'après avoir quitté Iconium, ils traversèrent la frontière pour entrer en Lycaonie. Mais ce qui était vrai en l’an 400 l’était-il encore en l'an 47? Il semble que non. Cicéron déclare qu'Iconium

était en Lycaonie; il a dû se placer au point de vue administratif et non géogra-

phique. Iconium était en réalité phrygienne. Un des esclaves, Hierax, qui fut jugé à Rome, avec Justin martyr, en l’an 163, déclare qu’il a été pris à Iconium

‘de Phrygie. Pline mentionne Conium (Iconium) comme une des plus anciennes

et des plus remarquables cités de Phrygie. Les écrivains du temps ne sont pas très nets dans leur attribution d’Iconium à la Lycaonie.

Pour trancher la question il faudrait déterminer quelle était la langue parlée par le peuple à Iconium. Les hautes classes parlaient surtout le grec, et ceci

nous explique que les inscriptions trouvées dans cette ville étaient toutes

grecques. C’est en 1910 seulement que Ramsay découvrit à Konieh deux inscriptions en langue phrygienne. La plus longue de celles-ci a été publiée par le professeur Calder (1) et est reproduite par Ramsay. Elle est écrite dans un mélange de patois phrygien et de grec vulgaire. Dans un autre de ses ouvrages Ramsay a montré que la mythologie locale à Iconium était phrygienne. Ses héros étaient Nannakos, le vieux roi phrygien et Persée, signe de l'influence grecque en Asie mineure. Les déesses du pays étaient une forme de la Grande Mère

phrygienne, Μόν Zizimmene, variété dialectale de Dindymene. {conium est donc réellement, ainsi que l’atteste Luc, une ville phrygienne. Ramsay conclut que l’auteur des Actes connaissait bien la géographie de l'Asie mineure et que

sur ce point il a représenté exactement l’état des choses.

De cette exactitude il tire une présomption générale en faveur de la valeur historique des Actes. Dans le cours de son œuvre de missionnaire, Paul a été en rapport avec des personnes de tout rang et de toute condition : rois, gouverneurs romains, Asiarques, les membres du conseil de l’Aréopage à Athènes, les prêtres des dieux locaux à Lystres, des citoyens romains tels que Titius Justus à Corinthe, des femmes de haut rang, les unes adversaires, les autres favorables, des marchands, des magiciens, des sorciers, des diseurs de bonne aventure, des exorcistes et toujours ce qui est raconté dans les Actes sur ces personnages est conforme à ce que nous savons sur eux par les documents de l’époque. « Vous pouvez, dit Ramsay, scruter les paroles de Luc plus qu'on ne le fait, même pour tout historien, et vous constaterez qu’elles soutiennent l'examen le plus strict et le plus dur traitement sans être trouvées en faute pourvu que les critiques connaissent bien l'état des choses et n'aillent pas au delà des limites de la science et de la justice » (op. cit., p. 89).

(1) Corpus Inscriptionum Neophrygiarum, dans The Journal of hellenic Sludies, 1911, Ὁ. 188 8.

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