VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCXLIII
Ramsay vérifie ce jugement par l'examen des circonstances qui se sont dérou-
lées dans les divers procès qu’à eu à subir l’apôtre Paul. Il examine d'abord ce
qui s'est passé à Jérusalem lors de la confrontation de Paul avec ceux de sa nation. Act. xxu1, 2 ss. Le centurion romain convoque les grands prêtres et tout le Sanhédrin pour connaître ce que les Juifs reprochent à Paul. Celui-ci déclare que c’est en toute bonne conscience qu'il s’est conduit devant Dieu. Le grand prêtre ordonne alors de le frapper sur la bouche. Paul le traite alors de muraille blanchie et sur l'observation qu’on lui fait qu'il injurie le grand prêtre, il répond qu'il ne savait pas qu'il fût grand prêtre.
Cette réponse de l'Apôtre ἃ beaucoup exercé la sagacité des critiques. Les vêtements du grand prêtre et la place qu’il occupait dans le conseil devaient faire connaître son rang à Paul. Ramsay fait observer qu'il ne s’agit pas là d’une séance ordinaire du Sanhédrin; les membres y sont convoqués à titre individuel
et ce n’est pas le grand prêtre qui préside, mais l'officier romain. C’est à lui que
l’'Apôtre s'adresse plutôt qu'aux Juifs, lorsqu'il déclare : J'ai vécu la vie d’un citoyen, πεπολίτευμαι, expression non hébraïque, mais hellénique. Paul est placé en face de ses adversaires et rien ne lui indiquait que l’un d’eux était le grand prêtre. Dans le cours de ia séance, la position des assistants changea; les Pharisiens qui approuvaient les déclarations de l’Apôtre se rangèrent derrière lui, comme c'était l'usage, et 1] se trouva au milieu des deux partis du conseil, les Pharisiens et les Sadducéens, ce qu’indique le texte. Le centurion, craignant que Paul ne fut mis en pièces par eux, ordonna à la troupe de descendre pour l'enlever du milieu d'eux, ἐκ μέσου αὐτῶν.
Le procès devant le conseil de l'Aréopage est d’un tout autre ton. En Palestine, le style de Luc est de type hébraïque; à Athènes, il a une saveur attique. La description de ce qui s’y passa répond bien à l'ambiance du lieu. Comme un autre Socrate, Paul discute des questions philosophiques sur la place du marché avec tout venant; des auditeurs le désignent par un terme de l’argot attique, σπερμολόγος. Et l’on remarquera qu'ici la procédure romaine n’est pas observée, parce qu'Athènes était une cité libre qui se gouvernait selon ses propres lois. L'Apôtre fut donc traduit devant l’Aréopage, la cour de justice de l’ancienne Athènes, Les choses y étaient conduites d’une façon plus large que devant les. tribunaux romains, et cela nous explique la manière dont se déroula le procès, lequel a une tournure de discussion philosophique plutôt que de procédure régulière. C'est, en effet, d’après Ramsay, devant le conseil de l'Aréopage que fut conduit l'Apôtre et non sur la colline appelée ἴλρειος πάγος, comme le pensent quelques exégètes. Ce terme désignait, en effet, le conseil de l'Aréopage d'après
les documents de l’époque (1). S'il est nommé seulement « l’Aréopage », c’est
par abréviation; « le conseil de l’Aréopage » était un terme trop long pour les Athéniens. Aux témoignages cités on peut ajouter ce texte de Sénèque (2). Parlant d'Athènes, il la qualilie ainsi : /n qua civitate erat Areos pagos, religiostssimum iudicium.
Les autres procès de Paul sont conduits d’après les formes de la procédure romaine; les accusations sont différentes dans chaque cas, mais elles sont tou-
(1) Cawapras, fouilles d'Epidauros, I, p.68, n° 206, CICÉRON, Aéf., I, XIV, 5. (2) De tranquillilate animi, Υ.
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