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VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CEXLV

nature; c'était les savants de l’époque; d’autres étaient en possession de ces con=naissances traditionnelles en Orient, et avaient certains pouvoirs que, de nos

jours, on désigne sous le nom d'influence psychique, lecture des pensées, hypnotisme, magnétisme. C’est un de ceux-là qu'était Elymas Barjésus, et l’on com. prend l'influence qu’il exerçait sur l'esprit de Sergius Paullus, qui, probablement,. s’intéressait aux recherches psychiques. :

Nous rencontrons encore d’autres magiciens dans les Actes, en Samarie, ἃ ἢ Philippes, à Éphèse et chaque fois ils sont présentés sots un aspect différent. Les circonstances dans lesquelles ils se montrent sont variées, parce qu’elles sont. conformes à la vie; c’est là ce qui ressort de Fexposé de Ramsay. 4:

Parmi ces magiciens, Simon, de là ville de Gitta, en Samarie, est un des plus typiques. « Il exerçaït, disent les Actes, vu, 9, 11, la magie et frappait d’éton- τ nement le peuple de Samarie, se donnant pour quelqu'un de grand. Tous s’atta- C4

chaient à lui, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, et ils disaient : Celui-ci à est la puissance de Dieu, appeléela grande. Ils s’attachaient donc à lui parce que, depuis assez longtemps, ἢ les avait charmés par ses actes de magie. » Simon était pour le peuple de Samarie une sorte d’épiphanie de la suprême puissance 4 et on lui donnait le titre de ἣ δύναμις τοῦ Θεοῦ À καλουμένη μεγάλη, titre que l'on trouve attribué au dieu des cieux dans une inscription lydienne (1) : Il est dieu dans les -cieux, grand Mên le céleste, la grande puissance du dieu toujours vivant, μεγάλη δύναμις τοῦ ἀθανάτου Θεοῦ. Le terme δύναμις était un mot technique dans la langue : de la religion, de la superstition et de la magie et l’un des termes les plus com-. muns et les plus caractéristiques dans le langage de la dévotion païenne. Les prodiges qu'exécutait Simon étaient une manifestation de puissance et, dans. l'opinion des Samaritains, il était la manifestation de la puissance suprême de- Dieu.

Simon, à son tour, fut frappé d’étonnement à la vue des signes et des grands. »miracles qu'opérait Philippe. Afin de posséder les mêmes pouvoirs que le diacrechrétien, il se fit baptiser, et lorsque Pierre et Jean eurent imposé les mains aux. nouveaux baptisés et fait descendre sur ceux-ci le Saint-Esprit, il voulut obtenir des apôtres, à prix d'argent, qu’ils lui donnassent le pouvoir de communiquer le Saint-Esprit à ceux sur lesquels il imposeraït les mains. Il croyait que Pierre et. Jean étaient des magiciens comme lui, possédant un pouvoir supérieur au sien, 6 pouvoir qui produisait ses effets par l'imposition des mains, et il veut acheter ce pouvoir, ἐξουσία. Ce terme est souvent employé dans les documents magiques et: Simon l’emploie comme un magicien l’aurait fait et l'entend au sens magique. IE ne comprit pas la réponse des apôtres, mais il eut peur de l’effet de leurs paroles et il leur demanda de prier le Seigneur pour lui, pensant que leurs prières. étaient de même nature et de même effet que ses propres incantations, qu'il nepouvait employer pour apaiser le dieu des apôtres; c’est pourquoi il demandait à Pierre et à Jean de faire eux-mêmes les prières pour lui. Tout se tient bien, on. le voit, dans ce récit et répond à la réalité des événements, tels qu'ils ont dû se passer.

Paul eut aussi souvent affaire aux magiciens et, dans sa première rencontre: avec eux, à Paphos, où il eut à lutter contre Elymas Barjesus, il établit victorieu--

(1) Kerz et PREMERSTEIN, II, Reise in Lydien, p.110.

CCXLVI INTRODUCTION.

sement la supériorité de son pouvoir spirituel sur les artifices magiques de son compétiteur. [1 le dompta en fixant les yeux sur lui, ἀτενίσας εἰς αὐτόν. Le Saint- Esprit dont il était plein, se traduisait par la puissance de ses yeux, Act. xutr, 9. À diverses reprises, Luc fait allusion à ce phénomène, dont le souvenir, dit Ramsay, s’est perpétué en Asie mineure.

À Philippes, l'apôtre délivra une jeune esclave d’un esprit de Python, c'est-àdire de divination, et celle-ci suivait Paul et ses compagnons en criant : Ces hommes sont des sereiteurs du Dieu très-haut qui vous annoncent une voie de salut, ὁδὸν σωτηρίας. On peut se demander par quelle inspiration elle prononçait ces paroles. Nous n’en saurons jamais rien. Ramsay fait remarquer que l’on croit ordinairement que les maîtres de cette jeune esclave étaient un homme et sa femme. Cette interprétation n’est pas en accord avec le contexte. Ces exploiteurs traduisent Paul et Silas devant les préteurs et les accusent d'enseigner des coutumes qu’il ne leur est pas permis à eux Romains, Ῥωμαίοις οὖσι, de recevoir et de

suivre. Cette action devant les tribunaux ne pouvait être exercée par une femme :

et il est à supposer que nous avons affaire ici à une petite association qui avait - mis de l'argent en commun pour exploiter le don de la jeune esclave.

Ramsay (1) nous parle encore du proconsul de Chypre, Sergius Paullus, dont

le nom, assure-t-il, doit être ainsi orthographié, comme il ressort d’une inscription qu'il a découverte en 1912, à Salir, un des faubourgs d’Antioche de Pisidie. Elle mentionne un fils de Sergius Paullus, le proconsul de Chypre : L. Sergio, L [uci] F lilio] Paullo Filio, quattuorvir [0] v [iarum] ὁ [urandarum] tri [buno] mil [itum] leg fionis] vi Ferr [atae] quaest [ori]. Ce fils de Sergius Paullus devait

avoir occupé une charge officielle à Antioche. Dessau cité par Ramsay, recon-

naît que le personnage mentionné ici est bien le fils du proconsul de Chypre, mais il affirme qu'aucun membre de la famille des Paullus n’a été chrétien, ce qui paraît infirmer ce passage des Actes, xx, 12 : τότε ἰδὼν ὁ ἀνθύπατος τὸ

γεγονὸς ἐπίστευσεν, ἐχπλησσόμενος ἐπὶ τῇ διδαχῇ τοῦ Κυρίου. Est-il possible que Sergius

Paullus soit devenu chrétien sans qu'aucun de ses enfants ou de sa parenté l'ait été, et que sa conversion n’ait laissé aucune trace dans l’histoire? Ramsay fait remarquer dus le fils de Sergius Paullus n’était pas avec lui à Chypre et par conséquent n’a pu être influencé par la conversion de son père; en second lieu, un noble romain pouvait être chrétien, sans que les membres de sa famille le fussent: nous avons de cela des faits bien connus. Enfin, à Rome, à cette époque, on était très tolérant sur les croyances religieuses ou philosophiques; on 5᾽1η- . quiétait peu de ce que pouvait penser chacun en son particulier. Ce n'est que vers la fin du 1% siècle que la qualité de chrétien devint suspecte. Sergius Paullus a donc pu adhérer aux croyances chrétiennes sans que personne de son monde s’en fût préoccupé. Il reste à savoir si les Actes affirment qu'il est devenu chrétien.

Pour résoudre cette question, il faut déterminer le sens exact du verbe croire, πιστεύω, dans les Actes. Il s'y trouve plusieurs fois et de son emploi il semble résulter que Luc regarde la croyance comme une première phase; la seconde était le baptême, ἐπίστευον καὶ ἐδαπτίζοντο, xvurt, 8; la troisième était constituée par la vie chrétienne du croyant baptisé, xxr, 25; ΧΙΧ, 18, etc. Les croyants de

(1) The Bearing of recent discovery of the Truthworthiness of the N. T., p. 151ss.

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