‹ Les Actes des ApôtresChapitre 139 sur 358 · CCLXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CCLXII INTRODUCTION

qu'ils n'ont été reproduits qu'en substance. De plus, ce ne serait pas dans les habitudes de Luc, qui a dù traiter ces discours comme il avait traité ceux du Seigneur dans son évangile. Or, tout en gardant la substance du discours, il en modifiait quelquefois la forme. Nous pouvons nous rendre compte de sa méthode en étudiant les passages qu’il a en commun avec Matthieu et Marc. Quelquefois, il écrit à nouveau et développe l'argument : Le. xr, 21, 22 — M£. xnx, 25; Me. 1x, 27; ou bien il ajoute un mot explicatif ou complétif : Le. var, δ, 6, 8 — Mt. xuu, 3,5; Mc. iv, 3, 5; Le. v, 36. Assez souvent il modifie la forme littéraire de la source. Toutefois, il conserve toujours la substance des idées. Il est donc probable qu’en reproduisant les discours des Actes, que lui avait transmis la tradition, orale ou écrite, il leur a fait subir divers changements de forme, ce qui explique la tenue littéraire uniforme de ces discours. Nous verrons plus tard que Luc, tout en y mettant sa marque, a conservé cependant les idées et même les expressions familières aux orateurs. D'ailleurs, ces discours, à l’exception de ceux de Paul moins un, ont tous été prononcés en araméen; la traduction grecque les a nécessairement uniformisés, quoiqu’on y découvre aisément des traces d’aramaïsmes surtout dans 16 discours d'Étienne.

Mais comment ces discours ont-ils été reproduits et conservés? Pour quelquesuns d’entre eux, les discours aux presbytres d'Éphèse, aux Juifs de Jérusalem, celui de Tertullus devant Félix, xxrv, 2-9, ils ont pu l'être par Luc qui peutêtre, suivant l'usage des étudiants en médecine, aura pris des notes; en tout cas, il a pu s’en souvenir. On remarquera, en effet, que pour le discours de Tertullus l’éxorde est développé longuement, en une suite de phrases s’enchaïnant

bien, puis le corps du discours est écourté et composé de phrases brèves, hachées, qui ressemblent à des notes. Pour la plupart des autres discours, les -idées exprimées sont presque toujours les mêmes; le fond de l'argument est que Jésus, crucifié par les Juifs et ressuscité par Dieu, est le Messie prédit par les prophètes. De quelque façon que l’auteur présente son argument, il en vient toujours à cette conclusion : Jésus est le Messie. De plus, la plupart des discours, ceux d’Étienne, vu, 2 ss., de Pierre à Cornélius, x, 28 ss., de Pierre et de Jacques à la conférence de Jérusalem, xv, 7 et 14, et indirectement les trois apologies de Paul, xxrr, 1 ss.; xxiv, 10 ss.; xxvi, 1 ss. et celle aux Juifs de Rome, xxvir, 17, ont tous le même thème, la prédication de l'Évangile par la volonté de Dieu passe des Juifs aux Gentils. Cette uniformité d'idées est pour nous une preuve d'authenticité. Nous avons ici le type de la prédication apostolique. Nous ne devons pas oublier que les apôtres n'étaient pas des lettrés, habitués à manier la parole; ils ont répété ce qu'ils avaient vu et entendu ct l'ont redit toujours dans les mêmes termes. On s'explique très bien que ces discours ont été fixés rapidement dans une forme presque identique. À cette époque, l’enseignement étant oral, les auditeurs s’efforcaient de retenir de mémoire les paroles du Maïtre. Pourquoi d’ailleurs n’aurait-on pas essayé de les conserver par écrit? Leur forme abrégée s’expliquerait encore par ce fait. On a gardé seulement la substance du discours ou ce dont on se souvenait. Luc ἃ emprunté plusieurs de ses discours à des documents et d’autres à des témoins auriculaires, qu'il ἃ connus à Jérusalem, vers 57-59, lors de la captivité de Paul. Comme pour les récits, il a pu les apprendre de plusieurs rapporteurs, ce qui explique la dilférence de certains détails, lesquels n'ont pas été suffisamment

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