VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXIIT
amalgamés. Parmi ces témoins, les plus importants furent le diacre évangéliste Philippe et ses filles. C’est de celui-ci qu'il tenait probablement les discours de Pierre et il les a peu remaniés, tenant ce témoin pour très véridique. Ces discours n’ont pas l'empreinte ordinaire du style de Luc et surtout les phrases y sont quelquefois assez mal construites. Il semble bien qu’on ait là les notes d’un auditeur, qui a reproduit les phrases de l’orateur à peu près telles qu’elles ont été prononcées. Il y a des mots qui ne se rapportent à aucun verbe. Prenons, par exemple, le discours de Pierre au centurion Cornélius, x, 34-43. C’est une suite d'idées détachées, qui viennent les unes après les autres sans être reliées d’après les règles de la syntaxe. Citons seulement cette phrase : Ὑμεῖς οἴδατε τὸ γενόμενον δῆμα χαθ᾽ ὅλης τῆς Ιουδαίας, ἀρξάμενος ἀπὸ τῆς Γαλιλαίας μετὰ τὸ βάπτισμα ὃ ἐκήρυξεν ᾿Ιωάννης, Ἰησοῦν τὸν ἀπὸ Ναζαρέθ, ὡς ἔχρισεν αὐτὸν ὁ Θεὸς Πνεύματι ἁγίῳ καὶ δυνάμει, ὃς διῆλθεν εὐεργετῶν καὶ ἰώμενος πάντας τοὺς καταδυναστευομένους ὅπὸ τοῦ διαδόλου, ὅτι ὃ Θεὸς ἦν μετ᾽ αὐτοῦ.
Les orateurs ont employé les mêmes textes de l'Ancien Testament pour établir leurs affirmations, d’abord, parce que ces textes étaient probants, et surtout parce qu'ils les trouvaient dans ce recueil de textes messianiques, dont nous avons déjà constaté l’existence. Il est possible d'expliquer pourquoi Pierre et Paul ont basé tous les deux leur argumentation, τι, 27; xur, 35, sur une déformation du texte due aux Septante. Pour Paul on comprend le fait, puisqu'il citait les Septante. Pierre citait d’après la traduction araméenne de la Bible. Est-il impossible de supposer que, dans celle-ci, le terme hébreu, shahath, fosse, a été traduit par « corruption », comme dans les Septante, car il a aussi ce sens de destruction, ruine, corruption? Quelques armaïsants en doutent, mais d’autres acceptent Ce sens du shahath : Fr. Decrrzscn, Prolegomena zu einem neuen hebräisch=aramäischen Wôrterbuch, 1886, p. 120; E. Κῦνια Hebräisches and aramäischen Wôrterbuch, Leipzig, 1910, au mot Shahath. Pour l'explication de ce passage, τι, 27, cf. le commentaire, ἐπὶ loco. C’est, en effet, par le terme shihayoutha qui, d’après la Polyglotte de Walton, a le sens de « corruption », que les Targums ont traduit l'hébreu shahath.
Nous reconnaissons qu'il existe entre les discours de Pierre et quelques-uns de Paul des ressemblances, qui proviennent surtout de l'emploi des mêmes arguments et du même but poursuivi, la démonstration de la messianité de Jésus, mais il diffèrent assez pour trahir l'empreinte d’orateurs différents. Pierre se tient, à un certain degré, dans le cercle des espérances messianiques juives, tout en les élargissant, tandis que Paul développe l’idée dans le sens où il l’exposera dans ses épîtres ; Pierre expose les faits, tandis que Paul en dégage déjà la théologie. Enfin, cette uniformité partielle entre les discours est plutôt une preuve de leur authenticité, car, si Luc les avait composés lui-même, il en aurait certainement varié davantage le contenu. Il était un trop habile écrivain pour ne pas savoir composer des discours totalement différents les uns des autres. Enfin, que l’on examine le discours de Paul devant Festus et Agrippa, xxvr, 2-23, et l’on constatera qu’au point de vue de la langue et du style il diffère profondément des parties des Actes qui appartiennent en propre à Luc, le journal de voyage, par exemple.
3° PREUVES POSITIVES DE L'AUTHENTICITÉ DES DISCOURS DES Actes. — 1. Discours