CCLXVI INTRODUCTION
il eût été conçu tout autrement s’il avait été écrit à loisir par celui-ci. IL aurait d’abord évité ces menues divergences avec le texte officiel de l'Ancien Testament qu'on a traitées, bien à tort, de contradictioiis: puis, il aurait présenté une défense plus directe d'Étienne. « Le sujet du discours n’est pas dans la mentalité de Luc qui ἃ un grand respect pour la religio antiqua des Juifs », Harnacx. Ce discours aurait été construit suivant les principes de la rhétorique grecque et non d'après les règles rabbiniques. Le style et la phraséologie sont du type hellénistique, formé d’après les Septante, et répondant au grec alexandrin, dont nous avons d’autres exemples dans le Pseudo-Barnabé, l’épitre aux Hébreux et les Clémentines. La fréquence du cas oblique avec αὐτός, de χαί unissant les propositions, de ἐγένετο avec l’infinitif, l'absence des particules en usage dans le grec classique, le laisser aller de la phrase, tout cela trahit un 1 orateur ee la langue hellénistique.
En fait, il n’est pas répondu directement, dans ce discours, aux accusations portées contre Étienne. Nous avons là une narration historique, où la preuve ressort non d’un raisonnement, mais de l'exposition des faits; procédé tout à fait conforme à la manière habituelle de discuter entre docteurs juifs. L’orateur chrétien se préoccupe surtout, dans son discours, de montrer que la mort de Jésus-Christ n'est qu'un chaînon de plus dans la longue série d'actes de révolte,
. dont les Juifs se sont rendus coupables envers Dieu, depuis le Sinaï jusqu’à cette heure. Remarquons enfin que Paul a entendu ce discours, qui a été peut-être le premier germe de sa conversion, et qu'il l’a certainement médité souvent, car nous en retrouvons le souvenir dans ses discours et dans ses épiîtres, ce qui permettrait de conclure que c’est de lui que Luc l’aurait reçu. Comparez son discours dans : Act. x, 16-42 avec celui d’ Étienne, et Act. vri, 48 avec xvir, 24; Act. vu, 5-8 avec Rom. 1v, 10-19; vu, 51, avec Rom. τι, 17-29; vur, 53 avec Gal.
- ut, 19 : νι, 60 avec I Tim. 1v, 16, etc.
3. Les quelques mots placés dans la bouche de Jacques peuvent fournir certains points de comparaison avec son épitre. Il existe une parenté indéniable entre celle-ci et les paroles de Jacques que nous ont conservées les Actes xv, 13- 21. Nous retrouvons dans l’épître les mots qu’il a employés dans les Actes.
Jeqg. τι, 7 : Τὸ καλὸν ὅνομα τὸ ἐπιχληθὲν! Αοἰ. xv, 17 : ἐφ᾽ οὖς ἐπιχεχληται τὸ ἐφ᾽ ὑμᾶς. ὄνομά μου ἐπ᾽ αὐτούς.
LA 3 11, D : ἀκούσατε, ἀδελφοί μου. XV, 13 : ἄνδρες ἀδελφοὶ, ἀκούσατέ μου.
Remarquons l'emploi répété du mot τὸ ὄνομα en parlant du Christ :
V, 10 : ἐλάλησαν ἐν τῷ ὀνόματι Κυρίου. XV, 14 : λαθεῖν ἐξ ἐθνῶν λαὸυ τῷ ὀνόματι αὐτοῦ.
Cf. encore : ἐπισχέπτεσθαι, 04. 1, 27 = Act. χν, 14; ἐπιστρέφειν, Jeg. v, 19-20 --Ξ Act. xv, 19.
Les idées qui sont exposées dans son discours répondent bien au caractère connu de cet Apôtre et aux pensées développées dans son épître. Remarquons que, seul des écrivains du N. T., Jacques salue ses lecteurs, 1, 1, par l’expression χαίρειν, comme dans la lettre de la conférence de Jérusalem qui doit lui être
PORTE ES Ἔν. à rie ESS LA Ἢ LAS : ᾿ 3 ἘΣ ΕΛ ΣΝ ΤΥ HAE ᾧ VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXVII
attribuée, Act. xv, 23. En outre, ici seulement, de la bouche de Jacques, Pierre est appelé de son nom hébreu, Syméon, Act. xv. 14; dans le reste des Actes, il est appelé de son nom grec, Pierre.
4. Les discours de Paul dans les Actes offrent, en revanche, de nombreux points de comparaison avec les épîtres de Paul. Nous avons dans les Actes quatre longs discours de Paul : un aux Juifs d’Antioche de Pisidie, xur, 16-41; - un aux païens de Lystres, xrv, 15-17; un aux Athéniens, xvir, 22-31; un aux chrétiens de Milet, xx, 18-35, et trois apologies de Paul : une aux Juifs de Jérusalem, xxu, 3-21; une au procurateur Félix, xxiv, 10-21; une devant le roi
Agrippa, xxvi, 2-23. Un seul de ces discours, l'apologie aux Juifs, a été prononcé en
araméen ; les autres l'ont été en grec. Nous pouvons donc croire que nous avons assez approximativement le texte original, du moins dans une forme abrégée. Nous reconnaîtrons cependant qu'il y a entre-le style et la langue de Luc et ceux des discours mis dans la bouche de Paul, sauf quelques exceptions, des ressemblances indéniables. Par contre, on a quelque peine à retrouver dans ceux-ci le style de l’Apôtre. Ce n’est plus la phrase si caractéristique des grandes lettres, avec ses longs développements, ses grands mouvements d’éloquence, mais aussi ses heurts, ses tournures inachevées; bref, ce qui constitue l’originalité du style de Paul. Ces différences et ces ressemblances peuvent très bien s'expliquer. Remarquons d’abord que le style de Paul, dans ses lettres, est loin d'être uniforme; il change presque du tout au tout, suivant que l'écrivain traite une question dogmatique ou qu'il prescrit des préceptes de morale. Autant le style est embarrassé dans le premier cas, autant ordinairement il devient facile dans le second. En outre, on comprend très bien que Paul n’a pas pu parler dans un discours, comme il le fait dans l’épître aux Romains; ses auditeurs ne l’auraient pas compris. Que l’on compare d’ailleurs les discours de Lystres et d'Athènes et surtout celui de Milet avec les deux épîtres aux Thessaloniciens, et l’on se convaincra que les raisonnements et la marche du style ne diffèrent guère. Quant aux ressemblances du style de ces discours avec celui de Luc, elles s'expliquent suffisamment par ce fait que Luc, disciple de Paul, a adopté plus ou moins la langue de son maître; ce que nous avons déjà établi. Nous ne soutenons pas d’ailleurs que ces discours des Actes reproduisent textuellement les paroles de Paul; ici encore il est probable que nous n’avons qu'un résumé, une espèce de canevas. Mais le fond du discours est de l’Apôtre. Nous allons voir qu’on y retrouve les expressions familières à Paul, ainsi que ses doctrines, dans une assez large mesure pour qu'on puisse raisonnablement déclarer que ces discours sont authentiques. On remarquera aussi que la façon de citer les textes de l'Ancien Testament et de les utiliser est identique dans les discours de Paul et dans ses épitres. Paul cite de suite plusieurs textes, unis par une même expression caractéristique, qu'il fait ressortir, en modifiant plus ou moins la citation. Cf. Gal. 11, 10, 13 — Act. χπι, 34, 35.
Nous sommes bien outillés pour établir à quel degré ces discours sont authentiques : nous connaissons le style et les doctrines principales de Paul, le style et la facon de procéder de Luc et enfin, puisque Luc est un historien, bien au courant des méthodes des historiens grecs, nous pouvons nous référer aux procédés de ceux-ci. Rappelons de nouveau que le style de l’Apôtre n'est pas uniforme dans toutes ses épîtres ; s’il présente une uniformité générale, il y a