CCLXVIII | INTRODUCTION
aussi des différences très nettes entre certaines épîtres, par exemple entre les épitres aux Romains, aux Corinthiens, et les épîtres aux Éphésiens, aux Colos-
siens, à Timothée. Nous devrons tenir compte de cette observation en comparant
les discours de Paul dans les Actes et ses diverses épîtres. Il ne faut pas nous
attendre à trouver dans un de ses discours apologétiques, populaires par néces-
sité, la phraséologie des épitres aux Galates ou aux Colossiens.
Luc était un bon écrivain, et tout en étant capable d'écrire dans un grec littéraire, quand il racontait ce dont il avait été témoin, il savait parfaitement adapter son exposé et son style aux circonstances ambiantes et aux personnes en cause. Il était fidèle dans sa reproduction des paroles ou des discours qu'il rapportait. Ceci peut être prouvé par la facon dont il a rapporté les paroles du Seigneur. Il a reproduit dans son évangile de nombreuses sentences et des discours que l’on trouve également dans les évangiles de Matthieu et de Mare, et de la comparaison il résulte que Luc a très fidèlement reproduit ses sources. Les changements portent sur le style ou sur la grammaire. Nous sommes en
droit de conclure qu’il a agi de même pour les discours de Paul, qu'il ἃ rapportés dans les Actes.
En ce qui concerne les facons de procéder des historiens grecs, nous savons q ç qu'ils avaient l'habitude de placer dans la bouche de personnages en vue des
discours qui exposaient la situation, discutaient le pour et le contre d'une question, expliquaient les événements qui étaient racontés. C’est ainsi qu'ont procédé Hérodote, Thucydide, Salluste, Tacite. Admettrons-nous que Luc a imité
ces historiens? La réponse dépendra de l'examen que nous allons faire des discours des Actes.
Observons cependant tout d’abord que ces discours répondent chacun à une situation différente, qu'ils semblent chargés de faire ressortir. Le discours à
Antioche de Pisidie est un spécimen de la façon dont Paul présentait aux Juifs
Jésus Messie. À Athènes, il s'adresse aux Grecs païens. ἃ Milet, on voit comment il fortifiait et encourageait ses disciples. Le discours de Jérusalem nous montre comment Paul se défendait devant ses compatriotes et dans son discours à Félix, devant un tribunal romain. Son discours devant le roi Agrippa expose les arguments qu'il présente devant un Juif instruit. Nous avons donc dans ces six discours un spécimen de discours répondant à toutes les situations dans lesquelles s’est trouvé l’Apôtre. Cela ne prouve pas du tout qu'ils soient artificiels et composés tout entiers par Luc, mais simplement que l'historien les a choisis comme des types et comme des résumés de l'argumentation ordinaire de Paul. Il n’est pas impossible d’ailleurs qu’il ait condensé dans chacun d’eux ce que l’Apôtre avait exprimé dans des situations semblables.
Tout en soutenant que les discours de Paul à Antioche de Pisidie et à Athènes | sont des compositions libres de Luc, Gardner (1) ne veut pas en diminuer la valeur historique. « Nous devons nous rappeler que Luc, pendant des mois ou des années, compagnon et confident de Paul, connaissait à fond l'esprit et la façon de penser de son maître. Quoiqu'il n'ait pas entendu Paul parler à Antioche, il doit avoir souvent écouté ses discussions avec ses compatriotes non convertis. Bien qu'il n’ait pas entendu son discours à l'Aréopage, il savait à quel point
(1) The Cambridge bibl. Essays : The Speeches of St. Paul in Acts, p. 396, London, 1909.