‹ Les Actes des ApôtresChapitre 145 sur 358 · VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXIX · texte numérisé non relu

VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXIX

- Paul s’avançcait pour rencontrer ces hommes accoutumés aux méthodes de la philosophie, de l'art et de la science hellénistiques. Son fin sentiment dramatique le rendait apte à exprimer la manière usuelle de procéder de Paul. On peut présumer que nous avons dans ces discours un reflet de l'esprit dans lequel il parlait ordinairement. »

À. Le premier discours de Paul que nous ont conservé les Actes est celui que l'Apôtre adressa aux Juifs dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, xrr1, 16-41. Luc ne l’a pas entendu; il n'était pas encore, au moment où il a été prononcé, le compagnon de mission de Paul. Mais il a pu entendre souvent des discours analogues, quand Paul discutait avec ses compatriotes dans les synagogues. Il est bien d’ailleurs dans la situation. L’orateur fait un rapide résumé de l'histoire d'Israël pour montrer qu’elle aboutit à ce Jésus, issu de David, dont il retrace la vie en traits succincts ; il rappelle enfin sa mort et sa résurrection par Dieu, et conclut qu’il était donc le Sauveur que Dieu avait promis à Israël par ses prophètes. Un avertissement solennel exhorte les auditeurs à reconnaître que c'est par Jésus qu’ils sont justiliés, par la foi en lui et non par les œuvres. Les idées et la manière de les présenter sont bien de Paul; les passages de l'Ancien Testament sont introduits et employés comme le faisait l’'Apôtre. On comprend même que Paul ait fait appel au témoignage de Jean- Baptiste quand on sait qu'il y avait des disciples de Jean répandus dans le monde hellénique, Act. xvurr, 25; x1x, 3. Nous allons citer les termes, les expressions et les constructions de phrases particuliers à Paul que l’on retrouve dans ce discours, signalons d’abord les termes employés tout à la fois par Paul et

par Luc; ὃ Θεὸς τοῦ λαοῦ, μαρτυρεῖν τινι, τὸ σπέρμα, εἴσοδος, ἐξαποστέλλω, ἐγείρειν ἐκ νεκρῶν,

μάρτυς αὐτοῦ, εὐαγγελίζομαι τινά τι, etc.

Ce premier discours, χαπι, 16-41, est donc une espèce de discours programme, que

Paul a dû répéter bien des fois aux Juifs; c’est l'exposé historique de l’économie

de la rédemption du genre humain. Ainsi que Paul le dit dans sa première épitre aux Corinthiens, sa prédication traitait surtout de la mort et de la résurrection du Christ, comme l'avaient annoncé les Écritures, et dont les apôtres rendaient témoignage. Ce discours est conçu suivant la méthode juive, mais il a de nombreux points de contact avec les épîtres pauliniennes ; il enseigne, xinr, 38, 39, les doctrines fondamentales de l’Apôtre : la rémission des péchés par Jésus-Christ, la justification par la foi et l'impuissance de la Loi mosaïque à procurer à l’homme la justice, Rom. nr, 24, 28; vur, 3; x, 4; Gal. τι, 16, On y trouvera aussi des expressions que, seul, Paul ἃ employées : πληροῦν τὸν δρόμον, ὃ λόγος τῆς σωτηρίας, ἀγνοεῖν, δικαιοῦσθαι ἐν νόμῳ, etc. Le Père Prat (1) a établi

qu’ « une foule de traits et d'expressions nous font souvenir des épîtres :

l'harmonie des deux Testaments dont l’un est la continuation de l’autre, le germe de David qui réalise les promesses, la mort de Jésus qui vérifie les prophéties, la mention spéciale de la sépulture, passée sous silence par les autres apôtres, mais d’une grande importance doctrinale aux yeux de Paul à raison de l’ensevelissement mystique et sacramentel qui la symbolise. Relevons les rapprochements suivants : xurr, 23 : Τούτου (Axveld) ἀπὸ τοῦ σπέρματος, Jésus « de la race de David »,

(1) La Théologie de saint Paul, 1° partie, p. 85, Paris, 1908.

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CCLXX INTRODUCTION

expression chère à Paul, Rom. τ, 3; IL Τί. τι, 8. — ὁ 23 : χατ᾽ ἐπαγγελίαν, et plus bas, ÿ 32 : ὑμᾶς εὐαγγελιζόμεθα τὴν πρὸς τοὺς πατέρας ἐπαγγελίαν γενομένην. Le mot” ἐπαγγελία est bien paulinien, δὲ plus encore l’idée qu'il exprime. En dehors de Paul qui l’'emploie 27 fois et de l’épître aux Hébreux, 14 fois, ἐπαγγελία ne se trouve guère que dans saint Luc, qui, chose curieuse, le met quatre fois dans la bouche de Paul, Act. xnr, 23, 32: xxnr, 21; xxvi, 6. — ὃ 38 : διὰ τούτου ὑμῖν ἄφεσις ἁμαρτιῶν χαταγγέλλεται χαὶ ἀπὸ πάντων ὧν οὐκ ἠδυνήθητε ἐν νόμῳ Moücéuxs δικαιωθῆναι, ἐν τούτῳ πᾶς ὃ πιστεύων δικαιοῦται, Dans cette phrase singulière, où tout rappelle Paul, il faut surtout remarquer : la rémission des péchés attribuée non pas au baptême, mais directement à la médiation du Christ comme dans Æph. 1, 7; Col. τ, 14; l'impuissance de la Loi mosaïque à produire la justification, Rom. vi, 3; la locution caractéristique πᾶς ὁ πιστεύων, Rom. 1, 16, 22; 1v, 11; x, 4, 11, etc.; © l'expression non moins caractéristique δικαιοῦσθαι ἐν Χριστῷ, Gal. τι, 17; la construction rare de διχαιοῦσθαι avec ἀπό, Rom. vi, 7; le terme technique διχαιοῦσθαι lui-même. — ÿ 46 : δμῖν ἦν ἀναγκαῖον πρῶτον λαληθῆναι τὸν λόγον τοῦ Θεοῦ. Le πρῶτον est

ον justifié par tout l’enseignement de Paul, Rom. 1, 16; 11, 9, 10; 11, 29 : La men-

tion de la sépulture du Christ, entre la mort et la résurrection, paraïîtrait tout à fait oiseuse, abstraction faite de la doctrine de Paul, I Cor. xv, 4; Rom. vi, 4. »

« Certainement, dit Gardner (1), le fond du discours est éminemment paulinien et la façon de s’exprimer, à l'exception du pur choix des mots, est aussi paulinienne. Les passages de l'A. T. sont introduits d’après la méthode paulinienne. Nous pouvons alors considérer le discours à Antioche comme un abrégé: de la manière de parler, employée par Paul envers ses compatriotes. Il se con-

= cilie d'abord leur attention en parlant comme un Juif à des Juifs sur leur histoire nationale; alors il dresse une échelle pour monter de l’X. T. au Sauveur promis; ensuite il jette un coup d'œil sur la mort de Jésus, puis il parle de son élévation au ciel, et finit avec quelques mots de solennel avertissement. Si les doctrines spéciales de Paul ne sont pas exposées, cela est tout à fait naturel dans un

. discours à des hommes non convertis. En fait, elles sont également absentes de quelques-unes des épîtres, telles que celles aux Thessaloniciens. Paul savait quand il fallait parler sur des sujets difficiles et quand il fallait garder le silence. »

B. Le discours de Paul aux païens de Lystres, xiv, 15-17, est bien dans la situation. Émerveillé de la guérison d’un impotent qu’avaient opérée Paul et Barnabé, le peuple s’écrie que les dieux, Zeus et Hermès, sont descendus chez eux sous une forme humaine. Le prêtre de Zeus amène des taureaux pour offrir un sacrifice aux apôtres. Paul et Barnabé protestent et déclarent qu'ils sont des hommes de même nature qu'eux, et leur annoncent le Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre et qui s’est rendu témoignage en comblant les hommes de ses bienfaits.

Il n’y a dans ce discours aucun enseignement spécifiquement chrétien. Les apôtres, pour détromper la foule, enseignent ce qu'est le vrai Dieu, quelles ont été ses œuvres.

Nous ne pouvons nous attendre à trouver dans ce court discours beaucoup d'expressions particulières à Paul : relevons cependant τὰ μάταια, ἐπιστρέφειν ἐπὶ Θεὸν ζῶντα, πάντα τὰ ἔθνη, et comme employés par Paul et Luc : ὃ οὐρανὸς καὶ À γῆ, γενεαί, πορεύεσθαι ταῖς ὁδοῖς, etc. On remarquera les rapports qui existent entre ce

(1) The Cambridge bibl. Essays, p. 398.

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