VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXXI
discours et celui de Paul à Athènes; c’est le même enseignement sur Dieu et son action dans la nature, ὁ 15 — xvir, 24 — ÿ 16 — xvur, 30 — ὁ 17 — χνιι, 27. Enfin, on pourra y trouver des rapprochements avec Rom. τ, 19, 20.
C. L’authenticité du discours de Paul aux Athéniens, xvir, 21-31, a été niée par plusieurs critiques du siècle dernier, Baur, Zeller, Overbeck, Hausrath, Weizsäcker; de nos jours elle a été encore l’objet de jugements contradictoires. L'historien Curtius (1) en a fait ressortir la vraisemblance, l'à-propos, la couleur locale ; Harnack (2) déclare que c’est le morceau le plus remarquable des Actes et qu’il est, au vrai sens du mot, conforme à la vérité historique. Au contraire, d’après von Wilamowitz-Môllendortf (3) le compilateur des Actes ἃ retravaillé le récit de voyage d’après les règles de l’art de l’histoire, et, en particulier, il invente les grands discours de ses héros, Étienne, Pierre, Paul, comme l'ont fait Tacite et Josèphe, mais il n'oblige pas les ἜΤ à les tenir pour authentiques. D'après H. Charles (4), la diction de ce discours est particulière; elle n’est pas lucanienne, puisqu'on n’y trouve qu'un mot, καθότι, particulier à Luc; elle n'est pas non plus paulinienne, quoiqu’elle ait quelques éléments pauliniens, σέδασμα, εὐκαιρῷῶ et ἀνθρώπινος. En fait, ce discours traite de deux questions dont Paul devait naturellement s'occuper devant des auditeurs païens : la honte de l’idolâtrie et l’espérance eschatologique des chrétiens.
Norden (5) partage l'opinion de Wilamowitz-Müllendorf, mais il l'explique d’une façon toute particulière.
Le discours que les Actes mettent dans la bouche de Paul aurait été, d'après lui, composé par un écrivain du n° siècle, qui s’est inspiré des termes généraux de la prédication apostolique, et a particularisé son discours en y mêlant des idées stoïciennes. Le discours de l’Aréopage n'aurait rien d’original; il reproduirait un type de discours commun en ce temps-là sur le thème stoïcien, περὶ τοῦ θείου, conception étrangère à Paul. Norden retrouve ce type de discours dans les écrits similaires de l’époque, le Poimandrès, la xxxrr1° Ode de Salomon, le Kerygma Petri, la prétendue Prédication de Barnabas dans les Clémentines, dont il donne des passages parallèles. — En fait, les rapprochements avec le Poimandrès et l’Ode de Salomon sont très vagues, même difficiles à apercevoir; ils sont plus discernables avec les deux autres écrits, mais se réduisent à la reproduction d’un thème général : un appel du prédicateur chrétien aux païens, des exhortations à se repentir et une allusion à la résurrection du Christ; il n’y a aucune dépendance littéraire entre les Actes et ceux-ci. Or, ce thème de prédication a bien pu être emprunté à la tradition chrétienne, et rien ne prouve que les écrits cités, surtout le Kerygma Petri et la Prédication de Barnabas, n’ont pas été influencés par les Actes, qui leur étaient antérieurs.
Norden essaye ensuite de démontrer que le discours d'Athènes reproduit des pensées que nous connaissions déjà par d'autres passages des Actes. En voici quelques-unes : ÿ 24 : «16 Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont
(1) Gesammelle Abhandlungen, 1, p.543; Paulus in Athen.
(2) Mission und Ausbreilung des Christentums in den erslen drei Jahrhunderten, 1 Bd, p. 321, n. 1, 2° Aufñl. Leipzig, 1906.
(3) Griechische Literatur, dans die Kultur der Gegenwar!t, 1, 8, p. 191, Leipzig, 1907.
(4) The Cambridge bibl. Essays : The Speeches of St. Pen in Acls, Ὁ. 418.
(5) Agnostos Theos, Untersuchungen zur Formen-Geschichte religiüser Rede, Leipzig.
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| CCLXXII | ; INTRODUCTION.
— citation presque littérale de Exode, xx, 11 — lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre » est un enseignement qui se trouve déjà presque dans les mêmes termes, ch. 1v, 24, dans la prière des fidèles après la délivrance des apôtres et χιν, 15, dans les discours de Barnabé et de Paul aux habitants de Lystres, qui les croyaient des dieux. Et encore, ÿ 24 : « Le Seigneur n’habite pas dans des maisons faites de mains d'hommes » est un souvenir du discours du diacre Étienne, νη, 48; — ÿ 26, l'extension sur toute la terre de la race humaine, issue d'un seul ne est une paraphrase de Deutéronome, xxxu, 8. L'appel de Paul à la repentance, εἰς μετάνοιαν, rappelle un semblable appel de Pierre aux Juifs,
ἅπ|, 49, et tous deux font allusion à l'ignorance de leurs interlocuteurs, nr, 47, et
xvir, 30. Pierre, τι, 32, ainsi que Paul, xvur, 31, appuient leur raisonnement sur la résurrection de Jésus-Christ. Nous reconnaissons l'existence de ces ressemblances, mais que prouvent-elles sinon que les apôtres reproduisaient des idées qui étaient le thème ordinaire de la première catéchèse chrétienne? Ces idées générales n'étaient la propriété de personne. Le fond du discours de l’Aréopage serait donc, d'après Norden, une imitation de la polémique juive et chrétienne contre l’idolâtrie païenne avec une forte addition d'idées stoïciennes, qui le particularisait et l’adaptait aux auditeurs que Paul aurait eus en vue. Voici quelques-unes de celles que cite Norden: καὶ 25 : « Ni il n’est servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quelque chose » est une idée qui se retrouve dans Euripide, Æercule, 5, 1346; Antiphon,
3 dans son ᾿Αλήθεια, 98; Platon, Timée, 33 D, 34 B; Chrysippe, dans Plutarque,
De Stoic. rep., 39. On pourrait citer aussi ce passage de Lucrèce, De rerum natura, 11, 650 : Divom natura.…. nihil indiga nostri. — ὁ 27 : « Afin que les hommes cherchent Dieu si, en quelque sorte, ils peuvent le trouver en tâtonnant » rappelle dans la première partie un passage du prophète Amos, v, 6 et surtout cette parole d'Isaïe, zv, 6 : « Cherchez Yahveh pendant qu’il se trouve; invoquezle, tandis qu'il est près »; dans son ensemble l’idée rappelle l’enseignement des stoïciens, en particulier celui de Manilius paraphrasant des idées de Poseidonios, Épilogue de son IV livre. —ÿ 27° : « Quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous » trouve un parallèle dans un discours de Dion Chrysostome, Or. 12 (64. Dindorf, 1,221). — Ÿ 28 : « Car en lui nous vivons et nous nous mouvons et nous sommes » reproduit un dogme de la philosophie stoïcienne, dont on trouve déjà des traces dans Platon, Timée, ch. 37, et que Lucain formule ainsi par la bouche de Caton :
luppiter est quodcumque vides, quodcumque moveris. (Pharsale, IX, 580.)
Enfin, on sait que le vers du ÿ 28 : « car nous sommes aussi de sa race » provient du poète Aratus, 11° siècle avant J.-C., Phaenom. 5 et se trouve aussi chez Cléanthe, 264 avant J.-C., dans son Hymne à Jupiter, 5. Il eût été possible de trouver encore quelques passages parallèles à ce discours de l’Aréopage dans les écrits des philosophes stoïciens : ceux-là suffisent, d'après Norden, pour établir que ce discours est fortement empreint de stoïcisme. Nous n'en sommes pas convaincu, car il y a tout un abime entre les idées de Paul sur Dieu et sur les rapports de l'homme avec Dieu, idées qui lui viennent de l'Ancien Testament, et le panthéisme naturiste des philosophes stoiciens.
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Norden examine ensuite la dédicace « ἃ un Dieu inconnu », ἀγνώστῳ θεῷ », xvi, 23, que Paul dit avoir trouvée sur un autel d’ Athènes, et essaye d’ tab que nous avons là un procédé de rhétorique dont se servaient les orateurs de l’époque. Ils commencçaient leurs discours en se référant à un trait caractéristique, religieux ou non, qu’ils avaient remarqué dans la ville où ils parlaient. Ainsi avait fait Apollonius de Tyane. Dans un discours à Athènes sur les sacrifices,
περὶ θυσιῶν, il aurait parlé des dieux inconnus. C’est du moins ce que conclut
Norden d’un passage de Philostrate, biographe d’Apollonius, rapportant cette parole de celui-ci à un jeune Égyptien nommé Timasion, de Naucrates. Il avait quitté sa patrie, parce que sa belle-mère, dont il avait repoussé les avances cri-
minelles, l'avait accusé auprès de son père d’être un efféminé, ennemi des femmes.
Aussitôt le souvenir de Phèdre et d'Hippolyte se présente à Apollonius. Il demande à Timasion s’il sacrifie à Aphrodite et, sur sa réponse affirmative, il 16 félicite, « car il ne convient pas de parler d’un ton méprisant d'un dieu, quel qu'il soit, comme Hippolyte l’a fait d'Aphrodite; je ne le juge pas sage. Il est plus sage de bien parler de tous les dieux et cela (surtout) à Athènes où des autels sont élevés à des dieux inconnus, ἀγνώστων δαιμόνων (1).
Voici le raisonnement qu'a bâti Norden sur ce passage. Le discours de Paul à l’Aréopage a été composé à l’aide d’un discours d’Apollonius, περὶ θυσιῶν, à Athènes, parce qu'ils présentent tous les deux les mêmes arguments, spécialement en ce qui concerne la piété des Athéniens et leurs autels à des dieux inconnus. Nous savons que cette allusion à des dieux inconnus se trouvait dans le discours περὶ θυσιῶν, parce que nous retrouvons ce passage dans la Vie d’Apollonius, νι, 3, où il n’est pas du tout à sa place, car on ne voit pas pourquoi il y est fait allusion à Athènes.
On avouera que la base de ce raisonnement est très faible. En supposant même que l’allusion à Athènes ne soit pas là à sa place, cela prouve-t-il qu’elle devait être dans le discours d'Apollonius sur les sacrifices? Maïs n'est-elle pas au contraire appelée par le contexte? Le rappel d'Hippolyte, fils de Thésée, roi d'Athènes, ne suggère-t-il pas immédiatement le souvenir de cette ville? Enfin, il faudrait examiner de près ce discours d’Apollonius et savoir en quoi il consistait et s’il a des rapports avec le discours de Paul à l’Aréopage. Nous ne referons pas ce travail qui a été très bien fait par le P. Lagrange dans l’article que nous avons déjà cité (2).
Examinons maintenant ce qui concerne la dédicace ἀγνώστῳ θεῷ, que Paul déclare avoir lue sur un autel d'Athènes. On ne l’a pas retrouvée sous cette forme sur des monuments, mais on connaît une inscription analogue, τῷ προσήκοντι θεῷ, « au dieu que cela concerne » (3). À Athènes et dans les bourgs environnants, on trouvait donc, continue Diogène Laërce, des autels anonymes (4), βωμοὺς ἀνωνύμους. On a d’autres exemples de semblables inscriptions où le nom du dieu n'est pas spécifié. En revanche, on connaît plusieurs dédicaces d’autels à des dieux inconnus. Pausanias, I, 1, 4, ἃ vu sur la route de Phalères à Athènes des autels
(1) Cf. LAGRANGE, compte rendu de l’ouvrage de Norden, Revue biblique, 1914, Ὁ. ἅμ. (2) Art. cil., p. &4k 58.