VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXXXI
fondée. En supposant, dit-il, qu'Apollonius, dans son discours à Athènes sur les sacrifices, soit parti d’une inscription d'autel à des dieux inconnus et que le discours de Paul soit un plagiat de celui-ci, il n'est pas nécessaire de supposer que le plagiaire n’a pas été Luc et que le discours est une addition postérieure aux Actes. Apollonius était à Athènes au temps de Claude, et son discours sur les sacrifices a dû être écrit à cette époque; Luc aurait donc pu le connaître. — Toutes ces suppositions sont gratuites et n’ont aucune raison d’être; elles sont même en opposition avec ce que Harnack a lui-même démontré. Nous admettrons que Luc, en reproduisant les discours de Paul, leur a donné, à un certain degré, sa langue et son style, mais nous pensons que là s’est borné son travail et que, pour la substance des idées, il ἃ été simplement un rapporteur fidèle. L'examen du vocabulaire de ce discours prouve cette proposition.
Nous avons déjà relevé un certain nombre de termes et d'expressions familiers à Luc, en voici encore quelques autres. Et d'abord ceux qu'il a été seul à employer : βωμός, ἄγνωστος, προσδέομαι, πνοή, δροθεσία, χατοιχία, ydpayux, ἐνθύμησις, au singulier, τὸ θεῖον, ὅπερεῖδον ; relevons encore comme familiers à Luc : θεραπεύεσθαι ὅπό τινος, employé ici seulement dans ce sens; ζωὴ καὶ πνοή, πᾶν ἔθνος ἀνθρώπων, πρόσωπον τῆς γῆς; ἄρα γε, Ψηλαφάω, καί γε, χινεῖσθαι, μετανοεῖν, À οἰχουμένη, ἀνίστημι ἐκ γεχρῶν. ;
Mais les termes pauliniens sont loin d’être absents de ce discours; en voici quelques-uns : χατὰ πάντα, διέρχεσθαι, σέδχσμα, ἀγνοεῖν, καταγγέλλειν, εὐσέδειν, εὐκαιρεῖν, ἀνθρώπινος, ναός, κατοιχεῖν, χαιρός, μαχράν, χατά avec l'accusatif, ὀφείλειν, ὅμοιος, πανταχοῦ, δικαιοσύνη, παρέχω, etc. D'autre part, il y a, dans ce discours, 14 mots qui n'ont pas été employés par Paul. Dans l'introduction au discours il y a neuf mots étrangers à Luc et à côté de ceux-ci trois mots familiers à Luc, διαλέγεσθαι, εἰς τὰς ἀχοάς, σταθείς, ce qui fait supposer que Luc ἃ emprunté xvir, 16-31 à une source, dont il aurait retravaillé les six premiers versets, mais il aurait laissé le discours intact. ᾿
On s’est demandé quel est celui qui avait consigné par écrit le discours d'Athènes puisque les secrétaires ordinaires de Paul, Silas et Timothée, n'étaient pas avec l'Apôtre à Athènes; on a supposé que Denys l’Aréopagite en aurait pris note.
IV. Le discours de Milet aux presbytres d'Éphèse, xx, 18-35, présente des caractères indéniables d'authenticité. Et d’abord, Luc l’a entendu et a dû être frappé de la scène émouvante des adieux de Paul à ses frères. Quelques expressions sont strictement pauliniennes : πλὴν ὅτι, καὶ νῦν ἰδού, δεσμὰ. καὶ θλίψεις, νουθετεῖν (une fois dans Marc); d'autres sont caractéristiques de sa langue : μὴ φείδομαι; ἐπίσχοπος, ταπεινοφροσύνη, ἐχχλησία τοῦ Θεοῦ, τὸν πάντα χρόνον, τὸ συμφέρον. τελειοῦν τὸν δρόμον, κληρονομίαν ἐν τοῖς ἡγιασμένοις, ὑποστέλλεσθαι, νύχτα χαὶ ἡμέραν, et ne se trouvent pas dans Luc. περιποιεῖσθαι est dans Paul et dans Luc, mais n'est pas employé par eux dans le même sens. On peut signaler de nombreux passages de ce discours où l’on retrouve les mêmes idées et les mêmes doctrines que dans les épîtres pauliniennes, telles que la fonction des évêques comme dans les Pastorales ; le pouvoir rédempteur du sacrifice de 18 croix; la même expression d'affection pour ses fils en Jésus-Christ; des allusions très claires à ceux qui cherchent à détruire son œuvre. Paul rappelle quel a été son ministère de jour et de nuit, xx, 20, 31 — I Thess. τι, 11; Col. 1, 28; il parle de sa mort, xx, 25 — Phüilp. 1, 21-26. Les larmes et les épreuves auxquelles l'ont exposé les embüches des Juifs sont à
INTRODUCTION
comparer avec le tableau des épreuves qu’il eut à subir, IT Cor. νι, 4, 11; c’est avec larmes que Paul avertit ses enfants, Act. xx, 31 = II Cor. τι, 4.
Voici encore quelques coïncidences :
Act.xx, 19, Servant, δουλεύων, le Seigneur avec toute humilité, ταπεινοφροσύνης, et avec larmes.
Act. xx, 20, Je ne vous ai rien caché des choses qui vous étaient utiles.
Act. xx, 32, et vous donner l'héritage avec tous ceux qui ont été sanctifiés.
Act. xx, 33, Je n'ai désiré ni l'argent, ni l'or, ni les vêtements de personne. Et vous
Rom. 1, 1, Paul, serviteur, δοῦλος, du Christ Jésus; II Cor. x, 1, Moi qui, présent
| parmi vous, suis humble, ταπεινός, Cape
rence,
I Cor. x, 33, Ne cherchant point ce qui m'est avantageux, mais ce qui l’est à plusieurs.
Col. 1, 12, Rendant grâce au Père qui nous ἃ rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière.
I Thess. u,9, Vous vous rappeler, frères, notre fatigue et notre peine, travaillant
savez vous-mêmes que ces mains ont = pourvu à tout ce qui m'était nécessaire.
nuit et jour pour n'être à charge à aucun de vous; cf. II Cor. χι, 9; I Cor. 1v, 12:
ΙΧ, 495 Il:Cor. ai, 2; χιι, 1:1 Z'hess ar, ὅ.
À comparer encore : Act, xx, 18-21 — 1 T'hess. τι, 1; Act. xv, 34 — I Thess. 11,18: Act. xx, 20 — 1 Thess. 11,,10,42: Acr.:xx; "28,29 — IN Thess"v, 12; Act. 3x, 19 — Éph:1v,2,.etc.
Ces rapprochements ont d'autant plus de poids que Luc n'avait pas lu la plupart des épitres sus-mentionnées. On remarquera que ce discours de Milet a dû être reproduit, tel qu'il a été prononcé; il n’a pas été arrangé pour disposer les
considérations dans un meilleur ordre. Ainsi, ÿ 32, Paul recommande ses auditeurs à Dieu et à la parole de sa grâce; le discours semble terminé. Mais Paul continue pour rappeler quelle a été sa conduite envers ceux qu'il ἃ évangélisés et pour faire son apologie. Ce procédé est bien dans la manière-de Paul.
Dans ses trois apologies adressées à des Juifs ou à des païens, Paul n'avait pas à prècher sa doctrine. On y trouve cependant des ressemblances d’expressions et de pensées avec ses épîtres.
ΟὟ, Le discours au procurateur Félix, xxrv, 10-21, est très habile. Paul ne fait aucune allusion à des doctrines qu'un Bo ne pouvait pas comprendre, sauf quand il parle de la résurrection des morts. Il expose très nettement la situation
et prouve qu'il n’a pas ameuté le peuple, ce qui intéressait surtout le pro curateur romain, qu'il s’est concilié d’ailleurs par les paroles du début, ÿ 10 :
Sachant que depuis plusieurs années tu es juge de cette nation, c'est avec confiance que je parle devant toi. » Ce discours contient quelques termes caractéristiques de la langue de Paul : ἀπρόσκοπος, συνείδησις, δι᾿ ἐτῶν et deux mots, εὐθύμως et ἀσχεῖν, qui ne sont pas ailleurs dans le Nouveau Testament. Citons -aussi quelques termes qu’on trouve dans Paul et Luc : ἀν ἀναδαίνειν εἰ τὸ ἱερόν, ἐπίστασις, λατρεύειν, παραγίνομαι, προσφορά, ἔχω τι πρός τινα, ἔχειν ἐλπίδα, τὰ περὶ ἐμαυτοῦ, etc.
Les passages suivants de ce discours rappellent des idées que l’on retrouve dans les épitres pauliniennes : ÿ 44 = IL Tim. 1, 8; Rom. 1, 9; 11, 21. — ὁ 16 ΞΟ ΣΧ 02, 83; Philip. 1, 1012-47 Lors χν, 25-28; 1 Cor. xvi, 1-3; 1 Cor, vixr, 1-4, etc.