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XXVI INTRODUCTION
En tête de son premier livre, Luc, dit Knabenbauer (1), avait déclaré à Théophile qu’il écrivait son récit pour l’assurer de la vérité des enseignements qu'il avait reçus; il poursuit le même but dans le second. Il veut prouver par les faits euxmêmes que l'Évangile est une vertu (puissance) de Dieu pour le salut de tous et que la force et l'efficacité, par laquelle apparaît manifestement son origine divine, se montrent dans la prédication du message messianique.
__ D'après Loisy, Gercke (2) a soutenu que la seconde partie de l'œuvre dédiée à Théophile n’était pas le livre actuel des Actes, mais un écrit de Luc qui avait pour objet principal les missions de Paul et qui avait été fortement mutilé et interpolé par un rédacteur vivant au commencement du second siècle, qu’il faut distinguer de celui qui ἃ remanié l’évangile. Les débris de l’œuvre primitive subsistent dans
les morceaux en « nous » et dans quelques menus fragments, par exemple, 1, 1-2
et certains éléments du ch. xv.
Ainsi que nous le verrons en traitant la question des sources, Jüngst (3) distingue deux sources dans les Actes, À et B, retravaillées par un rédacteur. La première, À, la plus ancienne, dont Luc a été probablement l’auteur, était d'une grande leur historique, sauf pour la première partie, r, 2, 3, 6-8, 12*, 13°, 14 et divers morceaux des ch. n-xv; Cf. p. exzu. La source B, œuvre d’un judéo-chrétien palestinien serait de moindre valeur; ce n’est qu'un recueil de légendes. Le rédacteur, écrivant au temps de Trajan, a essayé d’unifier ces deux sources en se plaçant à un point de vue apolôgétique : le christianisme est une religion licite
se rattachant de très près au judaïsme.
ΟΠ Pour von Soden (4), l'évangile de Luc et les Actes des apôtres sont l'œuvre du
. même auteur; les différences, peu importantes d’ailleurs, entre le vocabulaire et le style de ces deux écrits, sont dues à l'emploi de sources différentes et à la diversité des sujets traités. Les Actes des apôtres sont une apologie politique du christianisme.
D'après Belser (5), Luc a voulu décrire à ses lecteurs le JAeSppe Ron extérieur et intérieur de l'Église depuis la descente du Saint-Esprit jusqu’à l’arrivée et à la première activité de l’Apôtre des nations à Rome. Il s’appesantit sur l'influence de la puissance de Dieu sur les destinées de l'Église; les apôtres,
surtout Pierre et Paul, sont sous la direction du Saint-Esprit, et obtiennent du ciel dans les moments importants les ordres pour leur conduite. Luc ἃ donc voulu écrire l’histoire de l'extension de l’Église chrétienne, de la Palestine à travers les provinces de l'empire romain jusqu'à Rome, et de son développement intérieur ; il montre la part principale qu'ont prise Pierre et Paul à cette œuvre, sous la direction et la protection de Dieu. A ce but principal de l'écrit il faut joindre la défense de Paul, ses rapports avec l’État romain et la réponse aux attaques et aux accusations de ses ennemis. | Knopf (6) ne peut pas déterminer quel a été l’auteur des Actes, écrits ar
(1) Commentarius in Aclus apostolorum, p. 5, Parisiis, 1899.
(2) Der δεύτερος λόγος des Lukas, Hermes, 189%.
(3) Die Quellen der Apostelgeschichte, Gotha, 1895.
(4) Urchristliche Lileraturgeschichte, Berlin, 1905.
(5) Die Apostelgeschichte, p. 11, Wien, 1905. :
(6) Die Apostelgeschichte dans 1. Weiss, Die Schriften des Neuen Testaments, Ὁ. 4-6, αδίtingen, 1906. Ἢ
HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. XXVII
l'an 100. Celui-ci n’a pas voulu raconter seulement une histoire; il a eu le dessein d’instruire et d’édifier ses lecteurs chrétiens en montrant le doigt de Dieu dans tous les événements et la puissance divine s'exerçant par le ministère des apôtres. Au moment où écrit l’auteur, vers l'an 100, le christianisme est en butte à la haine des Juifs et aux soupçons du gouvernement romain. Le récit historique des Actes sera donc aussi une apologie du christianisme : il montrera comment les Juifs se sont conduits envers les premiers chrétiens, surtout contre les apôtres, Pierre et Paul. À cause de leur obstination à rejeter l'Évangile, les Juifs ne sont plus le peuple de Dieu; ils ont été remplacés par les païens convertis. Le christianisme est justifié devant l’autorité romaine dans la personne de Paul.
« Ce qu’on peut considérer, dit Goguel (1), comme acquis par ces discussions, c'est d’abord que les Actes sont autre chose qu'un livre d’histoire au sens moderne du mot. Ils sont dominés par un pragmatisme qui doit illustrer certaines idées comme l’universalisme et l'indépendance du christianisme par rapport à tout légalisme ; ils présentent une apologie de Paul qui émane d'un disciple de l’'Apôtre, bien intentionné plutôt que fidèle et très intelligent. Bien des points essentiels pour l’Apôtre sont abandonnés et son portrait est sinon faussé, du moins atténué et comme émoussé. Mais ces inexactitudes ne sont pas le résultat d’altérations conscientes et intentionnelles de la vérité. On n’incrimine pas la bonne foi de l’auteur mais plutôt l'exactitude de ses informations et sa clair voyance. »
‘ Vers 1880, la critique s’est occupée surtout de la question des sources des Actes; nous l’étudierons plus tard. Avec les travaux de Harnack, 1906, s'ouvre une nouvelle période de la critique des Actes. ;
Dans les divers ouvrages qu'il ἃ publiés sur les Actes des apôtres, Harnack (2) détermine le but que l’auteur des Actes a voulu atteindre et il expose de quelle façon celui-ci a réalisé son dessein. Et d’abord, Luc est l’auteur du troisième évangile et des Actes des apôtres. Il avait rassemblé les faits qui s'étaient passés dans les premières années de l'Église‘&hrétienne; en bon historien, il voulut les grouper autour d'une idée. Son second livre étant la suite du premier, cette idée dépend de celle qui avait présidé à la facture du premier : celui-ci racontait le ministère de Jésus, celui-là exposera la puissance de l'Esprit de Jésus dans
les apôtres, puissance manifestée par l’histoire des faits. Luc a donc montré la
puissance de l'Esprit de Jésus dans les apôtres ; comment cet Esprit a fondé les. premières communautés, suscité les missions chez les païens, conduit l'Évangile de Jérusalem jusqu'à Rome et établi, à la place du peuple juif, s’eudurcissant toujours de plus en plus, le monde païen, plus accessible à la foi chrétiennne. Tous les événements devront être rangés sous ce thème, l’action de l'Esprit de Jésus, et ceux qui ne s’y rapportent pas seront laissés de côté. L’attention de Luc s’est portée surtout sur les apôtres Pierre et Paul qui ont été les agents principaux de la manifestation de l'Esprit de Jésus dans l'extension du christianisme, mais il n'a pas laissé de côté ceux qui y ont participé, Philippe, Barnabé, Apollos.
(1) Le Livre des Actes, Paris, 1922, p. 50. -
(2) Lukas der Arzt, der Verfasser des drilten Ev. und der Apostelgesch., Leipzig, 1906; Die Apostelgeschichte, Leipzig, 1908; Veue Untersuchungen zur Aposlelgeschichte, Leipzig, HOT
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