XXVIII INTRODUCTION
Ce pouvoir de l'Esprit de Jésus s’est manifesté principalement dans 18 mission qui a porté la proclamation del Évangile de Jérusalem à Rome. Dès le début du livre cette expansion de l'Évangile est nettement proclamée. Fermement et exclusivement Luc a eu sous les yeux cette idée de l'expansion du christianisme, et tout son livre concourt à la montrer. Même les longs récits du journal de voyage, où sont exposées les diverses phases du procès de Paul; les périls de son voyage, de Césarée à Rome, ne forment pas une exception ou un hors . d'œuvre, car ce procès est l'affirmation du christianisme devant le monde entier et devant ses chefs, représentés par le gouverneur romain et le roi Agrippa. Le voyage et le naufrage de Paul intensifient l'attention du lecteur à la conclusion qui doit être la proclamation de l'Évangile dans la métropole du monde.
Mais à cette expansion de la foi chrétienne s’opposèrent les Juifs. Luc rapporte leurs persécutions contre les apôtres et fait ressortir que leur hostilité avait été prédite par les prophètes et devenait ainsi le sceau de la légitimité du christianisme. Paul le proclame hautement devant les Juifs de Rome : « Qu'il vous soit __ donc connu que ce salut de Dieu a été envoyé aux gentils, et eux, ils entenτς dront. » xxviur, 28. Luc n'hésite pas cependant à reconnaître que parmi les Juifs »
il y eut des exceptions et, en historien impartial, il les mentionne. Ἵ ὑοῦ D'ailleurs, Luc ne plie pas les faits à l'exposé et à la justification d’une thèse. ἢ n'attribue pas à Paul, non plus qu’à Pierre et aux Douze le commencement de la prédication aux gentils; il relate les faits. Ce qu'il raconte du conflit entre les chrétiens hellénistes et les chrétiens hébreux à Jérusalem, de l’helléniste ι Etienne, qui a prophétisé la destruction du Temple et le changement des obser- vances mosaïques, de l’évangéliste Philippe qui le premier a prêché l'Évangile chez les Samaritains et a baptisé l'eunuque de la reine d’Ethiopie, de ces hommes anonymes de Chypre et de Cyrène qui, les premiers, préchèrent l'Évangile aux Grecs et les constituèrent en communauté chrétienne, du collège des Anciens à la tête de l’église à Jérusalem qui ne protestèrent pas quand des chrétiens de Jérusalem allèrent à Antioche et demandèrent que les chrétiens gentils de cette cité fussent circoncis, enfin, de ce même collège d'Anciens qui fut forcé de reconnaître comme un fait accompli la propagation de l'Évangile dans les milieux païens d'Asie mineure, tous ces récits portent l'empreinte de la vérité historique. :
Tout le récit de Luc est confiné dans le thème qu’il a adopté et ce qui nous paraît des lacunes, s'explique par la tâche qu'il s'était fixée lui-même. Si l’on tient compte de ce dessein de l’auteur on s'explique pourquoi il parle si peu des communautés chrétiennes, de leur organisation, de leur vie intérieure, ou de la vie des apôtres, même de Paul. Quand il conduit les missionnaires sur une nouvelle scène d'action, il se pose toujours les mêmes questions : Comment sont-ils arrivés 1à? Quel accueil ont-il reçu des Juifs et des gentils et, s’il ya lieu quelle ἃ été l'attitude des autorités romaines à leur égard? Combien restèrent-ils de temps et quelle a été la raison de leur départ et comment s'est-il effectué? S'il donne plus de détails, c'est pour parler de personnages importants ou d'événements par lesquels la puissance de l'Esprit s'est manifestée en des voies extraordinaires.
Mais pourquoi Luc, restant dans le cadre de l’activité de Paul, a-t-il restreint son récit à ἐδ δηνῖος de l'Évangile jusqu'à Rome et a-t-il laissé de côté la
LÉ See de ΤΥ
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HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. XXIX
fondation des autres églises, qu'il devait connaître cependant? Du livre il ressort que l’auteur a voulu montrer la propagation du christianisme par les apôtres et le progrès de celui-ci à travers le monde jusqu'à Rome; il a done dû laisser de côté et ce qui n’était pas fondation apostolique et ce qui sortait de son cadre géographique. Son livre aurait pris une extension démesurée s’il avait seulement essayé de raconter tous les faits.
Nous reviendrons plus tard sur la preuve que Harnack a donnée de l’authenticité des Actes et sur leur valeur historique; rappelons seulement sa réponse à lobjection que formulent Schmidt, Jülicher et Schürer contre la véracité du. livre des Actes. D'après ceux-ci il y a une profonde différence entre le Paul des Actes et le Paul des épîtres; les deux portraits présentent des traits absolument discordants. Le Paul anti-judaïsant et universaliste des épîtres ne peut être le Paul conciliant des Actes et comme le premier est historique, le second ne le peut être. Harnack montre très bien qu’il ne ressort pas du tout des épîtres de Paul que celui-ci a été aussi intransigeant qu’on le dit, qu’il est resté bien juif et que son. amour pour sa nation a toujours été très vif. Pour Paul la Loi est abolie dans son principe, sub specie aeternt; mais pour lui, Juif de race, le judaïsme reste une forma legis qui garde une valeur directive. Ainsi se concilient le respect que Luc prête à l'Apôtre pour le Temple, pour la circoncision, pour la Loi et les déclarations si nettes de Paul sur l'abolition des œuvres de la Loi et sur la justification par la foi nouvelle.
Dans sa Chronologie der altchrist. Literatur, Bd. 1, p. 246, Harnack avait soutenu que Luc avait écrit les Actes vers 78-93; plus tard (1), il fixe la date vers 80; puis il les croit plus anciens, vers 62-65 (2) et accentue cêtte date par de nouvelles considérations (3) : les Actes ont pu être écrits vers l’an 60-62, alors que le procès de Paul à Rome n'était pas encore terminé. Il est difficile d’admettre cette date. Le troisième évangile a été composé avant les Actes, donc avant cette date et comme d’après Harnack, il dépend de l’évangile de Marc, il s’ensuit que celui-ci a été écrit au plus tôt vers l'an 60. Mais le texte de saint [rénée : « Après le départ de Rome (ou la mort) de Pierre et de Paul, Marc nous transmit, lui aussi, les ayant écrites, les choses prêchées par Pierre », ne favorise pas cette datation. À moins de soutenir qu'Irénée s'est trompé, il faut admettre que le second évangile a été écrit après 64 ou 67 et donc les Actes tout au plus vers 65-68.
Harnack essaye ensuite d'expliquer comment des récits, écrits du vivant des témoins oculaires des événements, ont pu relater de si nombreux miracles. La conclusion devrait être que ces faits miraculeux, ces prodiges sont historiques. Mais Harnack n'admet pas la possibilité des miracles. Il en est donc réduit à dire que les légendes peuvent se former rapidement.
Acceptées par divers critiques, Ramsay (4), Maurenbrecher (5), Koch (6), et par la plupart des écrivains catholiques, les théories de Harnack ont eu de
(1) Beiträge zur Einleilung in das N.T., I, p. 47.
(2) Ib. it, 217-225.
(4) Expositor, décembre 1906 et févr. 1907.
(5) Von Jerusalem nach Rom, 1910.
(6) Die Abfassungszeit des lukanischen Geschichtswerkes, 1911.
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