APS SANTE
ACTES DES APOTRES, π|, 16-18.
que vous connaissez; et la foi, celle qui est [vient] de lui (esten lui), a donné à celui-ci cette entière guérison en présence de vous tous. 17. Et maintenant, … frères, je sais que vous avez agi par ignorance, dé même qu'aussi vos. chefs, 18 mais Dieu ἃ accompli ainsi ce qu'il avait annoncé d'avance par
que le Messie devait souffrir et mourir. Le crime des Juifs est moins grand que 5115 avaient tué le Messie χατὰ πρόθεσιν, κατὰ προαίρεσιν et, 5.115 se repentent, ils obtiendront leur pardon; cf. 1 Pr. 1, 14. Le peuple de Jérusalem ignorait, en effet, que Jésus était le Messie; il pouvait donc être excusé et pardonné. Cependant, cette ignorance était voulue en ce sens qu'ils auraient dû reconnaitre que Jésus était le Messie, puis- :qu'il'en avait tous les caractères. Leur faute était donc seulement amoindrie. Ne pourrait-on pas supposer que l'ignorance des Juifs et de leurs chefs portait sur ce qu'ils avaient ignoré le dessein de Dieu : le Christ devait souffrir? L’ignorance des Juifs serait plus ΤΟΙ ΒΟ ΘΟΕ ΒΘ et leur conduite serait plus excusable.
ὥσπερ χαὶ oi ἄρχοντες ὑμῶν : Pierre excuse même les chefs, les magistrats des Juifs bien qu'ils soient plus coupables, parce que plus éclairés. Ce ἢ bien qu ie eussent dû reconnaître dans Jésus le Messie, à la vue des miracles qu’il opérait, ils ne les tenaient pas coïnme des preuves de la messianité de Jésus; ils s'étaient persuadé que Jésus était un faux Messie. Paul écrira aussi plus tard que, si les chefs de ce siècle avaient connu la sagesse de Dieu, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire, I Cor. τι, 8. Mais, d’après Loisy, les princes de ce monde ne seraient pas les autorités juives ni Pilate, mais les anges préposés au gouvernement de notre monde inférieur. — Notre-Seigneur avait déjà dit lorsqu'il était sur la croix : Père, pardonneleur, car ils ne savent ce qu'ils font, Ze. xx, 84. Dans son discours à Antioche de Pisidie, xur, 27, Paul dira aussi que les Juifs et leurs chefs ont méconnu, ἀγνοήσαντες, Jésus.
Il n’y ἃ pas lieu de tenir compte de l'opinion qui soutient que κατ᾽ ἄγνοιαν s'applique seulement au peuple et non à ses chefs. Il faudrait traduire : Vous avez fait par ignorance, comme vos chefs ont fait cela. Gette traduction ne tient pas compte de la construction de la phrase.
ÿ 18) La faute des Juifs et de leurs chefs était encore mitigée par le dessein que Dieu avait préparé et annoncé d'avance par les prophètes. Dieu avait voulu la passion et la mort du Messie. Les Juifs ont ainsi accompli le dessein de Dieu sans le savoir eux-mêmes : l’oint de Dieu, le Christ devait souffrir; il n'aurait pas subi la mort, si cela n’avait pas été dans les décrets de Dieu. διὰ στόματος πάντων τῶν προφητῶν : le singulier est employé parce que le substantif désigne plusieurs personnes. Redondance hébraïque. Notons en passant que l'inspiration des saintes Écritures est très nettement affirmée par ces paroles de Pierre. πάντων τῶν προφητῶν, hyperbole oratoire. Pierre n’a pas voulu aflirmer que chacun des prophètes avait annoncé les souffrances du Messie, mais que les prophètes dans leur ensemble, formant un tout, avaient prédit la passion du Messie. Il ne prend pas πᾶς au sens distributif, mais collectif. Le Messie était le centre de la prophétie juive. Les souffrances du Messie, annoncées par quelques prophètes, tout autant que sa gloire future et sa mission, ont été le sujet de toute la prophétie. D'ailleurs, πᾶς peut admettre un sens restrictif, M£. ur, 5; Mc. τ, 39; ὅπ. 1, 26. Jésus, lui aussi, affirme que le Messie devait souffrir et que tous les pro- | phètes depuis Moïse avaient parlé de ce qui le concernait, Ze. xx1v, 26, 27.
Dans sa première épître, τ, 10, 55, Pierre enseigne la même doctrine : « Les prophètes... ont fait de ce salut l'objet de leurs recherches et de leurs investigations, voulant sonder l’époque et les circonstances marquées par l'Esprit Saint, qui était en eux et qui indiquait en les attestant d'avance les souffrances destinées au Christ,
παθεῖν τὸν Χριστὸν αὐτοῦ, ἐπλήρωσεν οὕτως. 19. μεταγοήσατε οὖν καὶ, ἐπιστρέψατε ᾽ APN RAS 3: RES 3 CRPOTE TS > £ CES
etc τὸ ἐξαλειφθῆναι. dudv τὰς, ἁμαρπίας. 20. ὅπως ἂν ἔλθωσιν χαιροὶ ἀναψύξεως ἀπὸ ς À AR 3 ;
et les gloires, dont elles seraient suivies. » Pierre avait surtout en vue ici Ps. xx et Isaïe, Lui. Cf. Act. 11, 22-25. En établissant que les prophètes avaient prédit et les souffrances et la mort du Messie, Pierre écartait tout ce qui pouvait être dans la vie et laction de Jésus un objet de scandale pour les Juifs. « Scandalum crucis quod Judaeos avertere posset a suscipienda fide christiana, sapientissime Petrus ita removet, ut illud una vertat in argumentum ad probandum Jesum Nazarenum verum esse Messiam; nam st illud perpessus non fuisset, non erat promissus Messias », BEELEN.
παθεῖν τὸν Χριστὸν αὐτοῦ; cf. Le, xvir, 25; xxIV, 26. παθεῖν est mis pour le futur πείσεσθαι. L'infinitif futur est rarement employé dans le N. T. L’aoriste est employé après les verbes exprimant la durée et l’infinitif après les verbes exprimant une déclaration, une croyance impliquant une idée de nécessité ou d'obligation. τὸν Χριστὸν οὐτοῦ : cf. Ps. u, 2; Act. 1v, 26. La prophétie la plus nette est celle d’Isaïe, Lin, décrivant les souffrances du serviteur de Yahveh et son triomphe et celle du Ps. xxx, rapportant les plaintes et les humiliations, du Juste.
Les Juifs avaient méconnu cet enseignement des prophètes et avaient cru que le
Messie serait un roi triomphant, qui établirait le royaume d'Israël sur toutes les nations. Le Messie viendra pour régner avec éclat, non pour souffrir. Ainsi que le dit le P. Lagrange, Le Messianisme chez les Juifs, Ὁ. 239, « c’est la note qui retentit presque toujours, c’est évidemment celle qui répond le mieux au sentiment général des rabbins. Les anciens apologistes et quelques modernes ont pensé que la tradition juive primitive avait servi de point d'appui à l’enseignement de Jésus et des apôtres. En réalité, les souffrances du Christ ont toujours été pour le judaïsme un objet de
scandale; Paul ne l'ignoraït pas. Pris dans son ensemble, le judaïsme rabbinique-a
fermé les yeux aux textes qui faisaient présager les souffrances du Messie. » Le P. Lagrange expose les interprétations que donnaient les Rabbins sur les textes prophétiques annonçant les souffrances du serviteur de Yahveh. Rien n'indique que cette attitude ait changé jusqu'au début du mi siècle après J. €. On ἃ cru pouvoir conclure du dialogue de Justin avec Tryphon que « l'idée du Messie expiateur du péché par ses souffrances, telle que paraissait l’annoncer le prophète, était une idée reçue chez les lettrés Juifs du πὸ siècle de notre ère ». LEpiIN, Jésus Messie et Fils de Dieu, p. 36. En réalité, Justin est obligé de lutter sur ce point contre les répugnances de Tryphon. On trouvera exposées dans le ch. Ze Messie souffrant, p. 241, ss., de l'ouvrage du P. Lagrange, les explications des rabbins sur ce point.
ἐπλήρωσεν οὕτως, il ἃ accompli ainsi, de la façon suivante, ὃ 14, 15, ce qui avait été annoncé par les prophètes, la mort du Messie.
111. PIERRE EXHORTE SES AUDITEURS A LA REPENTANCE AFIN QU'ILS OBTIENNENT LE SALUT ANNONCÉ PAR LES PROPHÈTES, IL, 19-26,
Υ 19) Pierre conclut : Repentez-vous donc, changez de pensée et par conséquent, ἐπιστρέψατε, détournez-vous, de votre état présent, convertissez-vous, à Dieu sousentendu: que les Juifs s’affligent des péchés commis et que d'un cœur sincère ils se tournent vers Dieu; cf. Mi. xiu, 15; Mc. ιν, 12; Act, χχνπι, 27. ἐπιστρέψατε de ἔπιστρέφω, intransitif comme souvent dans le N. T., 12 fois. L’aoriste indique que l'action est regardée comme simultanée plutôt que continuelle. πρὸς τό, afin que, dans le but de : πρός avec l'infinitif marque le but, l'intention; πρὸς τό a le même sens que εἰς τό. Le premier est plus souvent employé que le second dans Les papyrus. ἐξαλειφθῆναι
la bouche de tous les prophètes que son Christ souffrirait. 19. Repentezvous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés, 20. de façon que viennent les temps de rafraichissement (soulagement) [venant] de
τὰς ἁμαρτίας ὑμῶν. : les péchés étaient écrits sur le livre du jugement de Dieu, Apoc. 1m, 5 Cf. Ps. αὶ, 1,44; cviu, 44; Zs. xour, 255 J'ér. xvirr, 28. éfakelpw signifie d'abord enduire de chaux, puis ôter en frottant, effacer, oblitérer. Cf. Col. 11, 44 : ἐξαλείψας τὸ χαθ᾽ ἡμῶν χειρόγραφον, et Aristophane, Les grenouilles, 1180. Le repentir et Ia conversion des Juifs leur assurent le pardon, c’est-à-dire l'effacement du péché, son annulation et finalement l’entrée dans le royaume messianique.
ÿ 20) ὅπως ἄν : expression indiquant le but; de façon que, de telle manière que viennent des temps de rafraîchissement, de soulagement. Ut cum venerint Vlg. ΠῚ est mis pour utpote et cum venerint pour ut veniant. ὅπως ἄν est rare dans le N. Τ᾿; il est 2 fois dans le texte et 2 fois dans des citations de L'A. T.; il est 3 fois dans Luc et 1 fois dans Paul. ἄν avec ὅπως indique que l’accomplissement du dessein dépend d’une condition posée précédemment, cf. xv, 17; Ze. τι, 35; Rom. τι, 4. La tournure est classique. Le repentir et la conversion à Dieu doivent précéder, afin que puissent venir des temps de rafraîchissement et qu’ait lieu la parousie du Christ. « On dirait que Pierre fait ici de la conversion des Juifs la condition du grand avènement; mais ce ne peut en être la condition absolue; ce n’en est que la condition préliminaire et éventuelle. ὅπως ἄν... ne signifie pas : convertissez-vous pour faire venir les temps messianiques, — mais en prévision de ce que ces temps viennent, et parce qu'ils doivent venir après le moment présent qui est donné à la conversion. » Lorsy.
χαιροὶ ἀναψύξεως : ἀνάψυξις, rafraîchissement, repos, soulagement [de l'âme]; ce rafraichissement sera spirituel. Terme médical, Hogarr, p. 166; ici seulement dans le N.T., il est plusieurs fois dans les Septante, Æ£x. vin, 15. D'après Rendall ἀνάψυξις aurait le sens de répit. Pierre exhorte ses auditeurs à se repentir afin d'obtenir un répit de la visite terrible du Seigneur. Ce sens n’est pas conforme au texte. Pierre pense aux temps messianiques et à la seconde venue du Messie. ἀνάψυξις est caractéristique des temps messianiques, comme ἄνεσις, IE Thess. 1, 7; κατάπαυσις, Act. vu, 49; Hébr. iv, 1. etc.; σαδδατισμός, Hébr. 1v, 9. Cf. Apoe. χχι, 3 55.
ἀπὸ προσώπου τοῦ Κυρίου : ces jours viendront de devant le Seïgneur, de la face du Seigneur, de la personne du Seigneur qui en est l’auteur. L'expression se trouve 3 fois dans les Actes. Luc aime les phrases construites avec πρόσωπον et une préposition, ἀπό, πρό, κατά; 5 fois dans l’évangile, 7 fois dans les Actes. On ne peut les tenir pour
des hébraïsmes, car Deissmann a retrouvé dans un papyrus de l’an 237 avant J.-C. :
Le Seigneur, c’est Dieu devant qui les temps de rafraîchissement sont regardés comme présents, c’est-à-dire comme déterminés d'avance et venant de devant lui sur la terre. Pour les Juifs, d'après Wendt, les biens messianiques existaient déjà dans le ciel, auprès de Dieu, qui devait les envoyer sur la terre pour être réalisés en faveur des hommes.
χαὶ ἀποστείλῃ et qu'il envoie. ἀποστέλλω signifie que la personne envoyée est le représentant de celui qui l’a envoyée, cf. Le. 1v, 18, 43. τὸν προχεχειρισμένον. προχειρίζω signifie
remettre entre les mains, livrer; au moyen, prendre en main, élire d'avance à main.
levée, choisir d'avance, préparer, désigner; c’est le sens classique du mot. « Le sens propre de προχειρίζευν. semble être la taille d'un outil par un artisan pour l'adapter à l'usage auquel on veut l'employer », Rexpazc. Avec l’accusatif de la personne il a le sens de choisir, établir, destiner, Act. -xx1r, 14; xxvi, 16; ce terme n’est nulle part
"νῷ ACTES DES APOTRES, π|, 18-20. 111
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ne A re K FA A} ΕΝ - (nn -Σ el nreñse μέ En ; \ De #1 ΤΊ : προσώπου τοῦ Kupiou καὶ ἀποστείλῃ τὸν προχεχειρισμένον ὑμῖν Χριστὸν Ἰησοῦν, ᾽ ΄
2 , \ - ailleurs dans le N. T.Il se trouve fréquemment dans Galien, cf. Hogarr, p. 202. Au lieu de προχεχειρισμένον, leçon de tous les majuscules, quelques minuscules ont προχεχηρυγο΄ μένον, qui praedicatus est, Vig., qui a été prêché d'avance, ce qui ne s’adapte pas au contexte. Floriacensis ἃ vobis praeparatum. Χριστὸν Ἰησοῦν : celui qui a été désigné d'avance comme Messie, Jésus, qui, lors de son premier avènement sur la terre, ἃ __ souffert comme l'avaient prédit les prophètes, et qui, lors de son second avènement, . de son retour, inaugurera les temps de rafraichissement et le renouvellement du monde. Pierre parle ici de la parousie du Christ, non comme le temps du jugement dernier, mais comme le temps du royaume messianique, qui sera pour les Juifs le règne du bonheur souvent annoncé par les prophètes. Il ne désespère donc pas que tout son peuple se convertisse et‘embrasse un jour la religion de Jésus Messie» ce qui amènerait ces temps de rafraîchissement et la venue du Messie qui est Jésus. Χριστός ἃ ici le sens primitif de oint, Mashiah; cf. HarNAcKk, 1v, p. 72.
Il ressort de ce passage que la venue du Messie était pour les fidèles l'espérance de leur bonheur et le fondement de leur action; cf. IT Pr. nr, 12. Il ne s'ensuit pas nécessairement qu’ils croyaient à une venue immédiate du Messie. Si les prédicateurs chrétiens faisaient appel à cette idée, c'était pour encourager les fidèles à veiller et à se tenir prêts pour l’arrivée du Messie.