IV,-23-31 : PRIÈRE DE LA COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE
Ÿ 23) Ayant été relàchés, les apôtres s’en allèrent vers les leurs, πρὸς τοὺς ἰδίους. S'agit-il seulement des autres apôtres ou plutôt des fidèles, des membres de la communauté chrétienne, assemblée dans le lieu ordinaire de ses réunions, peut-être la maison de Marie, mère de Jean Marc, xn, 12, et priant pour la délivrance des apôtres, ou bien encore des compatriotes des apôtres ou de leurs parents? cf. χχιν, 23. Le narrateur ne précise pas et il est difficile de dire exactement où étaient rassemblées les personnes dont il est parlé ici, et quelles elles étaient. Il semblerait cependant que le narrateur, en disant, πρὸς τοὺς ἰδίους, a surtout en vue les apôtres, ainsi que cela ressort des ÿ 29 et 31. Dans la prière qui suit il est demandé que Dieu leur accorde de parler avec assurance, et de faire des miracles. Or, parler et faire des miracles étaient surtout l'office des apôtres. Mais comme parler était désormais illégal, les apôtres devaient s'assurer de l'approbation de Dieu, à qui ils devaient obéir plutôt qu'aux hommes. Ils demandaient donc une réponse de Dieu qui approuverait leur prédication. Elle vint et quand ils eurent prié, la terre trembla, signe de l’approbation de Dieu : « Et quandils eurent prié, Le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé et ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance », ÿ 31. Ces divers traits désignent nettement les apôtres. Mais rien n'empêche qu'avec les apôtres, il n’y ait eu aussi des fidèles.
ἀπήγγειλαν ὅσαι, employé pour marquer une question indirecte; ot ἀρχιερεῖς xat οἱ πρεσδύ-τεροι, c’est-à-dire tout le Sanhédrin, qui était tombé d’accord pour menacer les apôtres de les châtier, s'ils continuaient à prêcher le nom de Jésus.
Υ 24) Après avoir entendu le récit des apôtres, l'assemblée adresse une prière à Dieu. « Gette prière, après une invocation générale, exprime deux idées : la première, que la mort de Jésus est l’accomplissement d'une prophétie et en même temps la preuve de l'inimitié du monde; la seconde que le secours spirituel de Dieu doit être imploré par ceux qui sont, devant ce même monde, les témoins de Jésus ». REuss. οἱ δὲ ἀχούσαντες, sans complément comme n, 87. Après ἀχούσαντες le codex de Bèze ajoute χαὶ ἐπιγνόντες τὴν τοῦ Θεοῦ ἐνέργειαν et cognovissent Dei virtutem, ἃ. ἐπιγινώσχω signifie reconnaître, remarquer, découvrir; il est plus souvent employé par Luc que par les autres évangélistes. — ἐνέργεια, efficacité, force, énergie, action, opération. Il est employé 6 fois par Paul, mais jamais par Luc ou les autres écrivains du N. T. Belser croit que cette clause ne peut être une addition postérieure; elle rentre bien en effet dans le sens général de la phrase, mais elle a aussi l'air d'être une glose explicative ou complétive, préparant la prière suivante.
Les fidèles élevèrent la voix ensemble, d’un commun accord, ὁμοθυμαδόν. Il n’est pas probable que tous les fidèles aient prononcé en même temps, à haute voix, les mêmes paroles. Il faudrait supposer que cette prière était déjà en usage dans la communauté chrétienne; mais l'adaptation des paroles de cette prière à la situation actuelle exclut cette supposition, ou bien il faudrait supposer que, par l'inspiration du Saint-Esprit,
Δέ \ κς 2 x 3 \ 1 3 ER NIMES RAY" Δέσποτα, σὺ ὃ. ποιήσας τὸν οὐρανὸν AA τὴν Ὑὴἣν χαὶ τὴν à -Ὁ
πρὸς τὸν Θεὸν χαὶ εἶ \ [3 + θάλασσαν καὶ πάντα τὰ ἐν αὐτοῖς, 25. ὁ [τοῦ πατρ \ στόματος Δαυεὶδ παιδός σὸυ εἰπών᾽ ἴνα τί ἐ Ne ἔθνη Al vs Le Hat λαοὶ ἐμελέτησαν χενά; ϊ
tous les fidèles prononçaient les mêmes paroles. Il est à croire que l’un des apôtres
présents, Pierre ou Jacques, a dit à haute voix la prière et que les fidèles s’y asso-
cièrent dans leur cœur, ὁμοθυμαδόν; peut-être ajoutèrent-ils Amen, selon l’usage des Juifs. Enfin, il est possible que les paroles de la prière aient été répétées par les assis-. tants au fur et à mesure qu’elles étaient prononcées par l’Apôtre. Les rapprochements que nous établirons plus loin entre quelques expressions de cette prière et les discours. de Pierre pourraient induire à conclure que Pierre en est l’auteur. Wendt croit que cette prière a été composée par l’auteur pour faire ressortir la piété et l'union des premiers fidèles.
ἦραν φωνήν : l'expression se retrouve dans Luc, xvit, 43 et dans les Actes, 11, 14; xiv,
: Cidtte magnifique prière, la première de l'Église chrétienne que nous connaissions, sauf celle de 1, 24, débute comme plusieurs psaumes, xvmi, Lx, cn, our; elle répète des paroles du ὑπ exLvi, 6. Elle peut être comparée pour sa nes avec la prière d'Ezéchias, demandant à l'Éternel de le défendre contre les menaces du roi d’ Assyrie, Isaïe, xxxvrr, 46,20.
δέσποτα: ce terme, au vocatif, employé souvent dans les Septante et 2 fois par Lue, signifie maître d’un esclave, maître absolu et sans contrôle, despote; il établit la rela-
tion de maître à esclave; c’est l’antithèse de δοῦλος. ÿ 29, il est demandé aa Seigneur
de venir en aide à ses serviteurs, δούλοις. Dieu est le maître souverain : c'est lui qui ἃ fait le ciel et la terre et la mer et tout ce qu'il y a dans ceux-ci; même prière, xIv, 5;
xvir, 24. Ce terme exprime donc la souveraineté de Dieu sur la création, comme de
Job, v, 8 : Sagesse, vi, 7; Judith, 1x, 12. Josèphe, Anë. jud., IV, 8, 2, le place dans la bouche Ce Moïse. Dans l’Apocalypse, vi, 10, Dieu est qualifié du même titre et il est
- donné au Christ dans la seconde épître de Pierre, n, 1 et dans Jude, 4. IL est aussi,
Didachè, x, 3, dans la prière adressée à Dieu. On le retrouve appliqué aux dieux dans Ia littérature classique, et au soleïl dans un papyrus, Sam. griech. Urk. aus Aegypten, 41271, δέσποτα σύ : εἶ sous entendu, c’est toi qui as fail; ὁ ποιήσας, n'est pas à proprement
parler un attribut, maïs un titre. Dire à Dieu qu’il est le créateur de toutes choses, c'est
croire en lui, se confier en lui de la façon la plus absolue. — τὸν οὐρανὸν, χαὶ τὴν γῆν... etc; phrase stéréotypée. Après δέσποτα σύ, D, Irénée spécifient le qualificatif en ajoutant ὁ Θεός
Ÿ 25) La première partie de ce ÿ est présentée de façon différente et il est difficile de distinguer quelle est Ia leçon originale entre celles que donnent les manuscrits. La mieux soutenue au point de vue des autorités est celle de x À B E 43 15 27 29 36 88 : ὃ τοῦ πατρὸς ἡμῶν διὰ Πνεύματος ἁγίου στόματος Δαυεὶδ παιδός σου εἰπών, Maïs la construction est incorrecte : τοῦ πατρὸς ἥμων est maladroïtement séparé de Δαυείδ ; il faudrait un second διά devant στόματυς. Zahn croit que Luc n'aurait jamais écrit une phrase aussi entortillée. De plus, nulle part il n’est dit dans les saintes Ecritures que Dieu a parlé διὰ Πνεύματος ἁγίου; mais il est dit qu'il a parlé par les prophètes, m1, 48; Le. 1, 70; Hébr. , 1 ou que le Saint-Esprit a parlé par la bouche de David, τ, 16; Mt. xxn, 43. À la rigueur on pourrait traduire : Toi qui as dit par la bouche de notre père David, ton
Maitre, souverain, c’est toi qui as fait le ciel et la terre et la mer et toutes les choses qui s’y trouvent, 25. toi qui par [l’Esprit-Saint] la bouche de [notre père] David, ton serviteur, as dit :
Pourquoi les nations ont-elles frémi,
Et les peuples ont-ils projeté des choses vaines ?