LA COMMUNAUTÉ DES BIENS DANS L'ÉGLISE DE JÉRUSALEM
Il semblerait résulter de deux passages des Actes et de textes de la littérature chrétienne primitive que les premiers chrétiens mettaient tous leurs biens en commun, Voici les textes : , un, 44, 45 : Or, tous ceux qui croyaient étaient ensemble, ayant tout en commun, __ εἶχον ἅπαντα κοινά. Et ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils en partageaient le produit] entre tous, selon le besoin que chacun en avait, διεμέριξον αὐτὰ πᾶσιν, καθότι ἄν τις χρείαν εἶχεν.
1v, 32, 84, 35 : Or, la multitude de ceux qui avaient cru n'avait qu’un seul cœur et qu'une seule âme, et nul ne disait que quoi que ce soit de ses biens lui appartenait en propre, χαὶ οὐδὲ εἷς τι τῶν ὑπαρχόντων αὐτῷ ἔλεγεν ἴδιον εἶναι; car il π᾿ λιμέσι avait parmi eux aucun posent parce que ceux {π| possédaient des champs ou des maisons les vendaient, ὅσοι γὰρ κτήτορες χωρίων ἢ οἰκιῶν ὑπῆρχον πωλοῦντες, et apportaient les prix des choses | vendues et les déposaient aux pieds des apôtres, et on le distribuait à chacun, selon qu’il en avait besoin, διεδίδετο δὲ ἑκάστῷ χαθότι ἄν τις χρείαν εἶχεν. Dans son épître aux Galates, vi, 6, Paul ordonne que celui à qui l’on enseigné la parole fasse part de tous ses biens à celui qui l'enseigne, κοινωνείτω... τῷ χἀτηχοῦντι ἐν πᾶσιν ἀγαθοῖς, Didachè, 1v, 8 : Tu ne repousseras pas l’indigent, mais tu meltras tout en commun avec ton frère, συγχοινωνήσεις δὲ πάντα τῷ ἀδελφῷ σου et tu ne diras pas que quelque chose
ὧν τ πο FA CTES DES APOTRES, v, 10- 11. Sat 157
ses eds et elle expira. Et étant entrés, Les jeunes gens la trouvèrent morte, et l'ayant emportée ils l'enterrèrent près de son mari. 11. Etil y eut une grande frayeur (crainte) sur toute l'église et sur tous ceux qui entendaient ces choses.
tappartient en propre, καὶ οὐχ ἐρεῖς ἴδια εἶναι, On retrouve cette sentence en termes à peu près identiques dans l’épître de Barnabé, χιχ, 8 : Tu communiqueras de tous tes biens à ton prochain et tu ne diras pas que tu possèdes quelque chose en propre, car si vous participez en commun aux biens impérissables, combien plus aux biens périssables.
Jusrin, 1 Apol. xiv, 2 : Aujourd’hui nous apportons en commun ce que nous avons, νῦν χαὶ ἃ ἔχομεν εἰς χοινὸν φέροντες et nous le partageons avec quiconque est dans le besoin, καὶ παντί δεομένῳ χοινοῦντες. CF. τχνῃ, 1. TERTULLIEN, Apolog. xxx 19, & : Omnia indiscrete sunt apud nos, praeter mulieres.
Dans la mort de Peregrinos, χπὶ, Lucien nous apprend que les chrétiens de son temps méprisent tous les biens et les mettent en commun.
Examinons d’abord le sens exact des deux passages des Actes. Les textes cités ne doivent pas être compris dans la rigueur de leurs termes, être interprétés au sens absolu, mais être replacés dans le contexte, être expliqués par les textes subséquents, v, 1-10. Remarquons d’abord que pour Luc les termes πᾶς et ἅπας ne désignent pas la plénitude complète, mais plutôt le plus grand nombre des personnes, ou la plus grande quantité de quelque chose. Nous en signalerons plusieurs exemples dans le cours du commentaire. Lorsque donc il déclare que tous les croyants, πάντες οἱ πιστεύοντες, avaient tous leurs biens en commun. ἅπαντα χοινά, il veut dire que beaucoup d’entre eux avaient mis leurs biens en commun, Car les deux verbes qui suivent, ἐπίπρασχον καὶ διεμέριζον, à l'imparfait, indiquent que les ventes n'étaient pas générales, mais se faisaient au fur et à mesure des besoins de la communauté, τι, 44, 45. Gette explication ressort très nettement de 1v, 86; il n'y est pas dit que tous les fidèles vendent leurs biens, mais que des possesseurs de champs ou de maisons — ὅσοι χτήτορες, sens indéfini — les vendaient pour subvenir aux besoins de chacun. La communauté était pauvre, afin qu'il n’y eût pas d’indigent, des fidèles qui avaient des biens les vendaient au fur et à mesure des besoins, ce qui suppose qu'ils avaient gardé tout d’abord leurs biens. Ce qui peut rester d’indéterminé dans ces textes, exposant les faits d’une manière générale, est précisé dans les paroles de Pierre à Ananie v, 4. Il lui dit nettement que son bien lui appartenait, οὐχὶ μένον σοὶ ἔμενεν, et que par conséquent rien ne lobligeait à le vendre, et que, même vendu le prix était encore sa possession, xai πραθὲν ἐν τῇ σῇ ἐξουσίᾳ ὅπῆρχεν. La vente de leurs biens n'était donc pas obligatoire pour les premiers chrétiens. Si les Actes racontent que Barnabé vendit son champ, c’est que tous les fidèles n'avaient pas fait comme lui; il est donné là comme un exemple à suivre. Nous savons d’ailleurs par les Actes que des chrétiens étaient encore en pos-
session de leurs biens. Marie, mère de Marc, avait une maison à Jérusalem, xt, 12; il en était de même de Mnason, xx1, 16, chez qui Paul fut hébergé. Les paroles de
Jacques, dans son épiître, 11, 1-9; v, 1-5, supposent l'existence de riches et de pauvres
dans la communauté de Jérusalem.
Reuss fait remarquer avec juste raison que dans tous ces textes, il ne s’agit pas de communisme dans le sens théorique, mais d’une large application du principe de la charité; il s’agit purement et simplement d’une caisse commune, richement alimentée par des dons volontaires et si généreusement dotée, qu'elle suffisait à tous les besoins, au point de faire disparaître toute trace d'indigence individuelle.
Il n’est pas nécessaire, pour expliquer les passages d’où il semble ressortir que tous les fidèles vendirent leurs biens et mettent tout en commun, et ceux où cette vente est
PMR
x πος Ἐπ D Ἧ 2 Ὁ " 2. - 42. Διὰ δὲ τῶν χειρῶν τῶν ἀποστόλων ἐγίνετο πημιεῖα χαὶ τέραπα πολλὰ ἐν σῷ λαῷ᾽ noi ἦσαν ὁμοθυμαδὸν πάντες ἐν τῇ στοὰ Σολομῶντος 13. τῶν δὲ λοιπῶν οὐδεὶ
déclarée de règle, de supposer que Luc s’est servi de deux sources qui ne s’accordaient pas sur la nature et l'étendue de ces ventes. Voici, nous semble-t-il, quelle était la situation. Bien que, parmi les premiers convertis, il y ait eu des prêtres en grand nombre, vi, 7, et des Pharisiens, xv, 5, qui devaient appartenir aux hautes classes de la société, la majorité des fidèles était composée de gens pauvres; il y avait donc lieu de leur venir en aide, et cela obligeait ceux d’entre les fidèles qui possédaient des biens de les vendre pour donner aux apôtres les moyens de venir en aide aux nécessiteux. Déjà 115. avaient donné l'exemple. En venant habiter Jérusalem, les apôtres avaient dû vendre tout ce qu'ils possédaient en Galilée, biens, maisons, champs, bateaux, matériel de pêche, et voulant vivre comme au temps de leur Maître, ils avaient tout mis en commun, ainsi que le suggère Pierre qui déclare qu'il n’a ni or, ni argent, it, 6; d’autres disciples les imitèrent; ce fut la pratique des premiers jours de la communauté. Plus tard, il en est qui vendirent aussi leurs biens, Barnabé et Ananie; ils sont mentionnés spécialement, ce qui prouve que leur acte n’était pas en ce - moment le cas ordinaire. Il n'y ἃ donc nulle contradiction entre les faits racontés, mais différence de l'époque où 115 se sont passés. Les sources, d’où provient l’ensemble du récit, ont pu être différentes, et Luc les a reproduites telles qu'elles lui avaient été transmises; il ne les a pas modifiées pour expliquer ce qui pouvait paraître contradictoire entre elles.
Quant aux passages de la littérature chrétienne que nous avons cités, ils visent Tapplication du principe de la charité, basée sur cette idée que les biens immortels étant communs à tous les chrétiens, 1 biens périssables le doivent être aussi. Donc, tout devait être commun entre frères en ce sens que, tout en restant propriétaire de
ses biens, chacun les regardait comme appartenant à tous et en faisait part aux
indigents. C’est l'application pratique de la parole de Paul, I Cor. vu, 30. Remarquons d’ailleurs que nulle part nous ne lisons, pas plus dans les autres chapitres des Actes que dans la littérature chrétienne primitive, que les fidèles aient vendu leurs biens pour les mettre en commun. Lorsque l’apôtre Paul exhorte les fidèles de Corinthe à se montrer généreux envers les pauvres de Jérusalem comme l'avaient été l'Achaïe et la Macédoine, IT, v-1x, c'est donc qu'il y avait parmi eux des gens qui possédaient dés biens en propre. ll en était de même de Lydie, la teinturière de Philippes, qui . invita Paul et ses compagnons à venir habiter dans sa maison, xvi, 15, invitation à laquelle ils se rendirent, cf. xvi. 40.
v. 12-16 : MiRACLES OPÉRÉS PAR LES APÔTRES; ACCROISSEMENT DE LA (COMMUNAUTÉ.
Ainsi que l'avait promis Notre-Seigneur à ses apôtres, Jn. xiv, 12, des miracles nombreux étaient opérés par ceux-ci, ce qui leur attirait le respect et l'admiration du peuple, mais en même temps l'hostilité des magistrats. Luc va raconter les guérisons opérées par les apôtres et surtout par Pierre, ÿ 42, 15, 46. Il retrace pour la troisième fois un tableau de l’état de la communauté chrétienne, afin d’en faire ressortir la situation florissante, ses dons miraculeux et l’union de ses membres, la faveur
dont elle jouissait auprès du peuple, son accroissement. Gette description peut être ratiachée à celle du ch. 1v, 32, 33, interrompue par ce qui est dit sur la vente des biens, mise en lumière par les actes de Barnabé et d’Ananie.
Quelques critiques ont trouvé que 068 ÿ 12-16 ne s'accordaient pas entre eux et ont mis en avant diverses hypothèses pour expliquer les divergences. D'après les uns,
12. Or, par les mains des apôtres il se faisait beaucoup de miracles et de prodiges parmi le peuple. Et 115 étaient tous d’un même cœur (ensemble) au portique de Salomon, 13. et aucun des autres n’osait se joindre à eux ; mais
καὶ ἧσαν... γυναιχῶν, 120-14, serait une une parenthèse; pour d’autres le ÿ 14 seul formerait parenthèse; il en est même qui le tiennent pour une interpolation. En fait ces Ÿ peuvent très bien s'expliquer sans toutes ces suppositions.
Ÿ 12) Or, δέ, par les mains, διὰ τῶν χειρῶν, des apôtres, il se faisait, ἐγίνετο, parmi le peuple, des miracles et des prodiges, σημεῖα χαὶ τέρατα, cf. 11, 43, en grand nombre. δέ sert de transition; ἐγίνετο à l'imparfait marque la continuité de l’action, commencée dans le passé : les miracles se produisaient de temps en temps; il est au singulier, bien que les sujets soient au pluriel; ef. Le. χχι, 25, où le verbe est au pluriel avec σημεῖα. Le verbe est au singulier quand le sujet est employé au sens abstrait, général. — διὰ τῶν χειρῶν est une périphrase hébraïsante, familière à Luc, lequel emploie cette forme et d’autres semblables composées avec χείρ ou στόμα.
διὰ τῶν χειρῶν ἀποστόλων, c’est-à-dire par les apôtres. Mais ne faut-il pas y voir ce ces miracles étaient opérés par la bénédiction, l'imposition ou le contact des mains des apôtres? Plus loin, ÿ 15, ils étaient opérés par l'ombre de Pierre. .
Et ils étaient tous, πάντες, au portique de Salomon. πάντες désigne les apôtres, Carysosrome, Orcumenius, ou plutôt, d'après l'opinion générale des exégètes, les apôtres et les fidèles, en opposition avec τῶν λοιπῶν, Ÿ 18. S'il avait été question seulement des apôtres, il πον pas été nécessaire d'ajouter ὁμοθυμαδόν qui signifie d'un même cœur, mais aussi ensemble, ce qui insinue qu’il y avait deux classes de personnes réunies ensemble au portique de Salomon, les apôtres et les fidèles. On ne voit d’ailleurs nulle part dans les Actes que les apôtres étaient mis à part des disciples ; au contraire, il est attesté que ceux-ci formaient un même cœur avec les apôtres, τι, 4. Bien que le texte affirme qu’ils étaient tous, πάντες, réunis sous ce portique, il n’est pas nécessaire de croire que toute la communauté chrétienne, déjà composée de cinq mille personnes, y était rassemblée; le portique n'aurait pu les contenir : πάντες, doit être entendu ‘au sens large du plus grand nombre. S'ils ‘se rassemblaient au portique de Salomon c'est que, peut-être, ils avaient été exclus des synagogues ; cf. σι τα πῶ; xvi, 2. Après πάντες,, Dd Sah. ajoutent ἐν τῷ ἱερῷ, ce qui est une mauvaise explication, le portique de Salomon n'étant pas à l’intérieur du Temple, ainsi qu'il ressort dem,10
ÿ 48) Et aucun des autres, τῶν δὲ λοιπῶν ᾿οὐδείς, n'osait se joindre, κολλᾶσθαι, cf. vit 29; ΙΧ, 26 ; x, 28, à eux. τῶν λοιπῶν désigne ceux qui n'étaient pas parmi les fidèles, les Juifs non croyants, par opposition à tous ceux qui étaient unis d'un même cœur, . ὁμοθυμαδόν, Ÿ 12. Cette expression n’exprime pas la même idée que λαός, terme générique désignant l’ensemble de la nation, moins toutefois ici les autorités religieuses et civiles. Les exégètes qui croient que πάντες désigne les apôtres seulement estiment que τῶν λοιπῶν désigne les fidèles, mais il n’est dit nulle part dans les Actes que les fidèles craigmaient les ‘apôtres. D'ailleurs Luc ἃ en vue ici l'accroissement de la communauté; or, les fidèles en faisaient déjà partie. D'autres supposent que τῶν λοιπῶν désignerait des prêtres, des scribes, des gens au pouvoir, qui n’osaient pas se joindre à ‘eux, «en opposition avec le peuple qui les glorifiait. Hilgenfeld, Acta, p. 234, corrige le texte; au lieu de λοιπῶν il écrit λευιτῶν, d’abord mal écrit, ΛΕΎΠΩΝ et corrigéen AOITION. Il ne peut appuyer sa correction sur aucune autorité — χολλᾶσθαι signifie se joindre étroitement, se mêler à eux au portique de Salomon; au moyen, avec le datif, il a le sens réfléchi. Il marque ici un commerce familier avec les fi dèles; 115 n’osent se joindre à eux, soit à cause de la crainte que les apôtres inspiraient à la suite de la mort d'Ana-
ΐ = ss " ᾽ - - pres A ra ἐτόλμα χολλᾶσθαι αὐτοῖς, ἀλλ ἐ Does αὐτοὺς ὁ λαός. 14. μᾶλλον δὲ προδετίan 2 , = Κ 4 NE 1 θεντο πιστεύοντες τῷ Κυρίῳ πλήθη ἀνδρῶν τε nat γυναικῶν, 15. ὥστε χαὶ εἰς τὰς \ ῷ Al " ἢ 3 πλατείας ἐχφέρειν τοὺς ἀσθενεῖς χαὶ τιθέναι ἐπὶ χλιναρίων χαὶ χραδάττων, ἵνα ἐρχο-
nie et de Sapphire, soit à cause des magistrats de Jérusalem, qui avaient menacé les
- fidèles et qui les poursuivaient. D'après Blass, χολλᾶσθαι signifierait se eis immiscere,
BE
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id est interpellare, vexare; mais χολλᾶσθαι signifie littéralement se coller, s’agglutiner
à quelqu'un et il est toujours employé dans les Actes, 1x, 26; x, 28 et par Paul, I Cor. ‘ vi, 17, au sens d'union fraternelle. Il est plus expressif que προσέρχεσθαι, Mais le peuple λαός, Les louait hautement, en contraste avec ceux qui n'osaient se joindre à eux. Il
semble alors que τῶν λοιπῶν désignerait les autorités juives, l’aristocratie juive. « The conduct of the people is strongly contrasted with the cowardice of éhe rest. By the people is meant the undistinguished man, who, safe in their number and obscurity, expressed openly their admiration of the apostles; while the rest, man of any position, as rulers, scribes, or priests, durst not openly side with the aposties. John, vi, 48, 49,
a similar picture of the effect produced by the threatening attitude of the
Sanhedrin ». Rexpazr. D’après Blass ἐμεγάλυνεν signifierait ici avoir en grande estime, tandis que, x, 46; xIx, 17, il signifie louer.
+ 14) Aucun des non-croyants n’osait se joindre aux fidèles; cependant la multitude des croyants s'augmentait de plus en plus. ΠῚ semble qu'il y a là une contradiction :
elle disparaîtra si l’on ne serre pas trop la signification des termes. Elle n'existe d’ail-
leirs que si l’on voit dans τῶν λοιπῶν, les non-croyants. — μᾶλλον, de plus en plus, par rapport à l'accroissement précédent. προσετίθεντο, à l’imparfait, ainsi que ἐμεγάλυνεν, Ÿ 13, marque la continuité de l'accroissement du nombre des fidèles. προστίθεμαι signifie s’attacher à, se joindre à; sous-entendu τῷ Κυρίῳ, qui est exprimé, si l’on admet que τῷ Κυρίῳ se rapporte à προσετίθεντο et non à πιστεύοντες. Les convertis étaient ajoutés au Seigneur, en ce sens qu'ils faisaient partie de l'Église qui est le corps du Seigneur Jésus, I Cor. xu, 27; Eph. 1, 28. προστίθεμαι est quelquefois employé seul, 11, 41 et quelquefois combiné avec τῷ Κυρίῳ. Mais la construction régulière est d'adjoindre τῷ Κυρίῳ à πιστεύοντες, lequel est le sujet de προσετίθεντο, Il serait plus régulier de regarder προσετίθεντο comme impersonnel avec sujet indéfini τινές et πιστεύοντες, comme attribut de ce sujet : cf. Mec. 11, 8 ; M. v, 11; πλήθη est opposé au sujet. Viteau, 1896, p. 55, n, ὃ, — πιστεύω est Cons-
truit dans le N. T. avec le datif ou l’accusatif, avec ἐπί, εἰς, ἐν. Luc préfère la construction avec le datif, 9 fois dans l’évangile et les Actes, contre ὃ fois pour les autres
constructions. Nous n'avons pas à rechercher en détail les nuances de sens qu'impli-
quent ces différentes constructions. Voici celles que donne Moulton, Prolegomena,
p. 68 : To repose one’s trust upon God or Christ was well expressed by πιστεύειν ἐπί, the dative, suggesting more of the state, and the accusative, more of the initial act of faith; while εἰς recalls at once the bringing of the soul into that mystical union wich Paul loved to express by ἐν Χριστῷ. D'une manière générale, πιστεύω avec ses diverses constructions, 3 fois avec le datif, 3 fois avec l’accusatif, 4 fois avec ἐπί et l’accusatif, marque surtout l’idée de foi, de confiance, d'abandon total à Dieu ou à Jésus-Christ.
πλήθη, expression hyperb ques au pluriel neutre, les muititudes, les foules : saepe fiebat ut magnus numerus accederet, inde pluralis (hic tantum N. T.) Brass. Le nombre des adhérents du Seigueur était devenu si considérable que Luc ne les copie plus comme précédémment.
γυναικῶν, les femmes sont mentionnées, ici comme aux ch. vi, 1 et vin, 8, 12. Ce rappel constant de la participation des femmes à la vie de l'Église est particulier à Luc. Cf. encore 1x, 2; x, 50; xvi, 14; xvir, 4, 12, etc.
le peuple les louait hautement. 14. Et de plus en plus s’adjoignaient des croyants au Seigneur, quantité d'hommes et de femmes, 15. à tel point que même on apportait dans les rues les malades et qu’on les déposait sur des
lits et des grabats, afin que lorsque Pierre passerait, son ombre au moins
Ce ÿ 14 est-il une parenthèse ou même une glose ajoutée au texte? Si c’est une parenthèse Blass trouve que la construction est dure. Il semble que ὥστε, ÿ 15, lien
causal, serait plus naturellement la suite de ἐμεγάλυνεν du ÿ 13 que de προσετίθεντο, ÿ 14,
bien que l’on puisse croire que la confiance de ceux qui apportaient aux apôtres des malades à guérir était le résultat du grand accroissement du nombre des fidèles. En
tout cas, le contenu de ce ÿ se rattache étroitement à ce qui précède. Malgré la crainte
qu'éprouvaient quelques-uns, la foule écoutait de plus en plus les apôtres et s’attachaït au Seigneur.
ÿ 15) Le peuple louait hautement les fidèles. ὥστε καί, en sorte que même : dote marque le résultat et rattache celui-ci au ÿ 13 si l’on suppose que le ÿ 14 est une parenthèse; dans ce cas le sujet de ἐχφέρειν serait ὃ λαός, ÿ 13. Maïs on peut tenir &ote
pour le développement du ÿ 14. Le nombre des croyants augmentait de sorte qu'on apportait les malades pour qu'ils fussent guéris. Le sujet de ἐχφέρειν serait πλήθη, Υ 14. Luc mentionne d’une manière générale les miracles qu’opéraient les apôtres; ÿ 15, 16, il entre dans le détail et expose comment ils s'opéraient et quels étaient ceux qui étaient guéris. εἰς τὰς πλατείας, sous-entendu ὁδούς, dans les rues ou χατὰ πλατείας, D Ρ min. Chrys., le long des rues. Il ‘s'agirait de rues larges ou de places publiques. ἐχφέρειν indique qu’on emportait les malades de chez eux pour les apporter εἰς τὰς πλατείας. In plateas ejicerent de la Vulgate ne rend pas εἰς τὰς πλατείας ἐχφέρειν. τιθέναι est su-
perflu. ἐπὶ χλιναρίων, de petites lits, peut-être un matelas ou une couverture; ce mot,
rare chez les classiques et ici seulement dans le N. T., est employé pour désigner le lit d’une personne malade; cf. Hogarr, p. 116. χραδάττων, mot du dialecte macédonien : le grabat est la couche des indigents. Luc veut dire qu’on apportait des malades riches et des pauvres. Harnack, Lukas der Arzt, p. 133, observe que Luc trahit sa profession de médecin par la variété des termes qu'il emploie pour désigner un lit : χλινή, χλινίδιον, χλινάριον, κράδαττος. ᾿ Ἵ
ἐρχομένου Πέτρου : génitif absolu; ἐρχομένου — προσιόντος vel παριόντος, BLass. L'auteur ne veut pas dire que Pierre seul possédait le pouvoir de guérir les malades; il cite un fait rare qui se produisait, lorsque Pierre passait. χἄν — χαὶ ἐάν, même si, 6u si seulement, du moins: particule concessive. ivx ἐπισχιάσῃ, NADEP, avec le subjonctif aoriste pour marquer le dessein. B 13 31 ont ἐπισχιάσει. La construction de ἰνά avec le futur indicatif se: retrouve plusieurs fois dans le N. T., mais non dans le grec classique. Le ÿ 14 indique qu'il s’agit ici de malades croyant en Jésus-Christ; il n’en est plus de même si l’on croit que ce ÿ 14 est une glose ou une parenthèse. Ce serait alors tout le peuple qui aurait apporté les malades.
Cette conduite des fidèles prouve combien était vivante leur foi, mais leur croyance ne prouve pas que les malades étaient guéris par l'ombre même de ‘Pierre. Luc ne fait pas sienne l'opinion des fidèles, mais il ressort de l’ensemble du texte que les malades étaient guéris. C’est ce qui est affirmé par le codex de Bèze : ἀπηλλάσοντο γὰρ ἀπὸ πάσης ἀσθενείας ἧς εἶχεν ἕχαστος αὐτῶν; et liberabantur ab omni valetudine quam habebat unusquisque eorum, ἃ. Est-ce une glose complétive ou le texte original? E ajoute après αὐτῶν nat : ῥυσθῶσιν ἀπὸ πάσης ἀσθενείας ἧς εἶχον et la Vulgate : et liberantur ab infirmitatibus eorum, qui fait double emploi avec la finale du récit, ÿ 16 : οἵτινες ἐθεραπεύοντο ἄπαντες.
μένου Πέτρου χἂν ἣ σχιὰ ἐπισχιάσῃ τινὶ αὐτῶν. 16. συνήρχετο δὲ nat τὸ πλῆθος τῶν = € »-»Ὕ ε Ν
ÿ 16) Ces guérisons se multipliaient et s’opéraient continuellement, ainsi que l’indique l’imparfait ἐθεραπεύοντο. συνήρχε, imparfait de description, venir ensemble, indique la répétition de l’acte. d χαί, emphatique, est fréquent dans Luc. τὸ πλῆθος, incolae, populus, Biass. πλῆθος φέροντες : l'accord est suivant le sens. — περίξ, renforcement de περί, gouverne le génitif ou l’accusatif, rarement le datif; terme ionien et poétique. Ici seulement dans Luc, mais se trouve plusieurs fois dans Josèphe, avec adjonction de πόλεις. τῶν περὶξ πόλεων Ἱερουσαλήμ. : faut-il traduire des villes voisines de Jérusalem, ou on venait des villes voisines à Jérusalem ? La leçon εἰς Ἱἱερουσαλήμ. de DEP Arm. Chrys. favorise ce dernier sens; AB oïettent εἰς. Bethléem, Emmaüs, Hébron, Jéricho, localités assez voisines de Jérusalem, bien que n'étant pas très importantes, peuvent être qualifiées de villes. D'ailleurs, πόλις, au sens large, peut désigner des petites villes, des bourgs. La leçon latine du codex de Bèze tranche la question : περὶ πόλεων est rendu par finium, comme s’il y avait περὶ πολιῶν. Cette indication nous marque pour la première fois l'extension de l’Église en dehors de Jérusalem. φέροντες est au pluriel, bien que qualifiant un nom au singulier, πλῆθος, ainsi que le verbe συνήρχετο. Avec les sujets collectifs l’auteur peut employer, à sa fantaisie le singulier ou le pluriel, RoBerYsON, p. 404. — ἀσθενεῖς καὶ ὀχλουμένους n’ont pas l’article parce qu'ils sont entendus au sens général. ὀχλουμένους ; ὀχλέω signifie remuer, pousser; il est quelquefois employé pour ἐνοχλέω, tourmenter, troubler, sens qu’adopte Luc, vi, 18 et ici. Ce terme, particulier à Luc, est employé par les médecins, cf. Hogarr, bien qu'il ne soit pas spécialement médical. Tous étaient guéris, les malades et ceux qui étaient tourmentés par les esprits impurs. Daemoniaci morbo etiam corporali fere laborabant, ut ex evangelica historia patet, BEeLEN. Au lieu de ἐθεραπεύοντο, D Gig. Lucif. ont καὶ ἰῶντο πάντες. ἅπαντες, emphatique par position. Le récit est terminé par cette affirmation que la puissance miraculeuse de Pierre ne subit aucun échec. Après ἅπαντες t ajoute in nomine domini et $ U, et magnificabant dominum jesum christum.
IV® SECTION. V, 17-42. EMPRISONNEMENT DES APÔTRES; LEUR DÉLIVRANCE; LEUR PROCÈS DEVANT LE SANHÉDRIN.
-Des critiques ont fait observer qu'il n’est pas question dans le procès devant le Sanhé- ‘drin de cette arrestation des apôtres, qui n’a eu d’ailleurs aucun effet pratique, puisque les apôtres furent délivrés pendant la nuit. Ils supposent donc que les deux parties du récit, l’'emprisonnement et le procès, ont été empruntées à des sources différentes, mais on ne voit pas le point de suture. Harnack, Die Apostelg., p. 142 ss : 182 5, soutient que les récits de 11 et de v, 17-42 sont des doublets de 11, 1v, v, 16; ils proviennent de sources différentes. Luc ne se serait pas aperçu qu'il reproduisait deux traditions, racontant les mêmes événements; il n’est pas resté d’ailleurs sans retravailler ses sources. J. Weiss, Das Urchristentum, p. 101, n. 1, soutient aussi que ce récit est un doublet de 1v, 1-22; Pierre ne dit rien de nouveau et le résultat de ce procès est le même que celui du précédent. Cf. ÿ 18.
ÿ 17) Au lieu de ἀναστάς le codex Parisinus a Annas; il est facile de comprendre comment Ἄνας ἃ été corrompu en ἀναστάς. La phrase serait plus régulière si l’on adoptait
couvrit quelqu'un d’eux. 16. Or, la foule se rassemblait aussi des villes voisines de Jérusalem, apportant des malades et [4165 gens] tourmentés par des esprits impurs, qui étaient guéris tous.
17. Alors le grand prêtre s'étant levé ainsi que tous ceux qui étaient avec lui — c'était La secte des Sadducéens — ils furent remplis de jalousie 18. et ils portèrent les mains sur les apôtres et les placèrent dans la prison
cette leçon, qui conformerait ce passage du texte à celui de 1v, 6. La version provencale réunit les deux lecons : ἀναστὰς δὲ ”Avas : Blass dans son édition de la forme romaine des Actes adopte cette leçon. Eintroduit ainsi le récit : χαὶ ταῦτα βλέπων àvaords. Les autorités juives furent émues de cette faveur populaire qui s’attachait aux apôtres et du grand nombre d’adhérents qui se joignaient à eux; ils prennent donc des mesures violentes contre les apôtres et les font emprisonner. ἀναστάς : ce verbe est fréquemment employé dans l'A. T. et dans le N. T. pour signifier le passage de l’état de repos à celui de l’action, de la tranquillité de la vie privée. à l’agitation de la vie publique. δέ établit l'opposition avec ce qui précède : ἀναστάς, participe aoriste 2 qui marque la vigueur et la hâte du grand prêtre dans son action. Le terme est employé au sens figuré; comme l’hébreu Ὁ}, il désigne celui qui se prépare à agir, qui va accomplir une action importante. Il est employé ici pour signifier l'hostilité du grand prêtre qui s'élève pour s'opposer à la faveur grandissante des apôtres : διηγέρθη, χινηθεὶς ἐπὶ τοῖς γενομένοις, CHRYSOSTOME, Hom., XIII. Bien qu’il désigne le grand prêtre et ses adhérents, ἀναστάς est au singulier parce qu'il est en tête de la phrase. Blass fait remarquer que la forme logique de la phrase serait : πλησθεὶς ζήλου ἀνέστη. — ὃ ἀρχιερεύς : ce grand prêtre était-il Anne ou Caïphe? Il semble qu'il s’agit du premier, comme au ch. 1v, 6. La plupart des exégètes croient cependant que c'était Caïphe, lequel était réellement le grand prêtre en ce temps-là, Josèpue, Ant. juives, XVIII, 2, 2; il n’a été déposé qu’en l’an 36. xat πάντες οἱ σὺν αὐτῷ : il ne s’agit plus ici, comme précédémment, 1v, 5, 6, d'un nombre déterminé de personnes, de membres du Sanhédrin, mais de toute une catégorie, laquelle était la secte des Sadducéens. ἣ οὖσα αἵρεσις τῶν Σαδδουχαίων : À οὖσα est ici pour οἱ ὄντες αἵρεσις; ἣ οὖσα est employé par attraction avec αἵρεσις. Classiquement, dit Viteau, le pronom relatif s’accorde souvent en genre et en nombre non avec le substantif antécédent, mais avec le suivant, c'est-àdire avec l’attribut. « ὁ ὧν est employé pour introduire une phrase technique ou un terme qui a un sens technique. » RoBertsow, p. 1107. On en trouve des exemples dans les papyrus; βαρ. P. 5, ue siècle avant J.-C. αἵρεσις signifie choix, ligne particulière de pensée ou d'action, d’où secte, hérésie. Le terme n’est pas nécessairement péjoratif. - Dans les Actes et dans Josèphe, ce terme désigne les sectes religieuses du judaïsme; plus loin. xxiv, 5, 14; xxvin, 22, il est appliqué au christianisme. IL n’est pas dit que le grand prêtre était sadducéen, mais cela ressort du contexte, puisque ceux qui étaient, avec lui l’étaient. Josèphe d’ailleurs nous apprend que les membres de l'aristocratie sacerdotale étaient sadducéens. ἐπλήσθησαν ζήλου : ζήλον signifie émulation, rivalité, jalousie; par extension, envie, haine. Il peut avoir un sens plus noble, ambition. Ici il caractérise l'envie et la jalousie des Sadducéens. Ils étaient excités par la faveur dont jouissaient les apôtres auprès du peuple; ils les haïssaient à cause de leur enseignement sur la résurrection, et aussi ils craignaient que les apôtres ne soulevassent le peuple contre les Romains.
ÿ 18) Cette deuxième persécution, comme la première, a été excitée! contre les ἢdèles, surtout par les Sadducéens. ἐπέδαλον τὰς χεῖρας, déjà employé 1v, 3. ἐπὶ τοὺς ἀποστό--
λους, probablement Pierre et quelques-uns des apôtres, mais pas tous, puisque Luc __ n’ajoute pas πάντες; ἐπί au lieu du datif. ἐν τηρήσει : ἐν au lieu de εἰς; δημοσία est employé ici comme adjectif et signifie public.
Luc aurait pu dire ἐν τῷ δημοσίῳ ; δημόσιον signifie prison, τήρησις signifie observation, action de surveiller, surveillance, garde, d’où prison; ici il signifie en garde publique. Il est probable que les apôtres ont été mis en prison parce que leur arrestation eut li u le soir et qu'on n'avait pas eu le temps de réunir le Sanhédrin pour les juger avant la . nuit. Saint Chrysostome remarque au sujet de cet emprisonnement des apôtres : Νῦν τ΄ σφοδρότερον αὐτοῖς ἐπιτίθενται. Οὐκ εὐθέως δὲ αὐτοὺς ἔχριναν, προσδοχῶντες πάλιν αὐτοὺς πράους ἔσεσθαι. ο΄ Après δημοσίᾳ D ajoute : χαὶ ἐπορεύθη εἷς ἕχαστος εἰς τὰ ἴδια; ἃ, et abierunt unusquisque in __ domicilia, et chacun d'eux s'en alla chez soi; addition banale et inutile. | On est mal venu à comparer ce récit avec le précédent, 1v, 3. Dans le premier cas les apôtres sont jetés en prison à cause de leur enseignement au peuple; dans le second, à cause de la jalousie des Sadducéens, excitée par la faveur dont jouissaient les apôtres auprès du peuple.
ἌΝ 6,55, Feine, Preuschen ont soutenu qu’il n'y avait rien dans le récit de nature à justifier cette nouvelle arrestation des apôtres; elle n’était pas fondée en droit. Les guérisons, opérées par les apôtres, n'étaient pas défendues par les lois et donc justi- ciables du Sanhédrin. Aussi, Hilgenfeld croit-il que les ÿ 14-16 sont une interpolation, sous prétexte que le ÿ 17 serait la suite naturelle des ÿ 12, 13, où il est parlé des mira- cles des apôtres et de la faveur populiire à leur égard, ce qui explique pourquoi les - magistrats les poursuivent. Mais on remarquera que [65 ÿ 14-16 sont pour aïnsi dire le développement des ÿ 12-13 et par conséquent expliquent l’animosité des autorités. Déjà le copiste du codex E avait compris cette conséquence, puisqu?, au commencement du ΟΥ̓ 17, il avait écrit : καὶ ταῦτα βλέπων. «
Ÿ 19) Les apôtres sont jetés en prison, mais un ange les délivre. Il faut accepter ce miracle tel qu’il nous est raconté, ou le rejeter complètement : on n'en peut donner aucune explication naturelle, les exégetes actuels en conviennent. Toutes celles qu'ont présentées les critiques ἐδ ΠΕ Βὸ sont insuffisantes. On ne peut attribuer cette délivrance de apôtres à un phénomène naturel, un tremblement de terre ou un orage, ou à un disciple qui, avec la complicité du geôlier, aurait délivré les apôtres et qui, dans l'obscurité de la nuit, aurait été pris pour un ange. Dans ces diverses hypothèses, les ordres du ÿ suivant seraient incompréhensibles. On ne peut admettre non plus que ce récit est un doublet de celui du ch. xn où est racontée la délivrance de Pierre par un ange. Luc, dit Wendt, est coutumier du fait. Dans son évangile, il a raconté deux fois la mission des disciples par Jésus, 1x, 3 et x, 1. — Mais, dans ces exemples, iln’y ἃ pas doublet, car dans le premier cas il s’agit des douze apôtres et dans le second des soixante et dix disciples. En fait, les récits du ch. v et du ch. x sont totalemeut différents; il n'y ἃ qu’à les mettre en face l’un de l’autre pour constater que, sauf l'intervention de l'ange, tout le reste est différent. Ainsi que nous l'avons déjà dit, on ἃ prétendu que ce miracle était inutile puisque les apôtres sont arrêtés de nouveau et conduits devant le Sanhédrin. « Cette délivrance des apôtres, dit Preuschen, ne joue aucun rôle dans l’ensemble du récit, mais il sert à montrer et à rehausser le caractère surnaturel des événements ». En tout cas, ce miracle était un avertissement pour les Sadducéens et explique peut-être leur modération dans la peine qu'ils infligèrent aux apôtres, ÿ 40. Similiter, dit Blass, ὁ. 12, Petrus ex carcere educitur, sed majus tum periculum tutaque evasio fuit; hic autem liberati statim
ACTES DES APOTRES, V, 18-20. ᾿ 4ρθρ5.
publique. 19. Mais un ange du Seigneur pendant la nuit ouvrit les portes de la prison et les ayant conduits dehors, leur dit : 20. Allez, et vous tenant debout dans le Temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie.
iterum comprehenduntur neque tamen minus incolumes evadunt. Quis ergo usus angeli? Sed est aliquis : augetur enim apostolorum audacia (21), tum ira adversariorum magis accenditur; nihilominus Deus suos perire non patitur. Ce qui peut paraître étonnant c’est que le grand-prêtre et ses adhérents n’aient pas été avertis de la délivrance des apôtres et qu'ils aient agi le matin comme si les apôtres étaient encore en prison. Mais il est possible que la convocation du Sanhédrin ait eu lieu de bonne heure et que le geôlier lui-même, n'ayant reçu aucun ordre, ne soit pas encore allé visiter les prisonniers. On a aussi trouvé étrange qu'il n’ait été fait aucune mention de cette déli-
vrance des apôtres dans le procès devant le Sanhédrin, mais les sanhédrites devaient
se garder de parler de ce miracle qui était une condamnation de leur conduite.
ἄγγελος δὲ Κυρίου : δὲ marque l'opposition, Que signifie cette expression : ἄγγελος Kuplou? Faut-il l'entendre au sens où elle est employée dans l'A. T.? Mais quel sens choisir? Dans l'A. T. l'ange de Yahveh est une manifestation de Yahveh lui-même, ou bien un messager de Yahveh agissant comme son instrument ou enfin c’est la personnification de l’action divine. Dans le N. T. il est très souvent parlé d'un ange du Seigneur; dans les Actes, il est mentionné 3 fois. Il ne peut signifier une simple manifestation de l'action divine; c'est un envoyé de Dieu qui agit suivant les ordres de celui-ci. Remarquons que ἄγγελος n’est pas précédé de l’article; ce n’est donc pas un ange particulier, déjà connu ou mentionné.
διὰ γυχτός — νυχτός et νύχτωρ, attiques; employé 4 fois dans les Actes, et nulle part
dans le N. T. C'est une expression adverbiale. διά appliqué au temps signifie pendant, dans l’espace de temps. Cet usage de διά n’est pas classique. ἐξεγαγών re αὐτούς; parti-
cipe aoriste 2 de ἐξάγω : l’ange les conduisit dehors, et, par l'intervention divine, les
gardes qui étaient à leur poste, ÿ 23, ne les virent pas ou ne purent les empêcher de
sortir.
ÿ 20) πορεύεσθε : ce terme est caractéristique de Luc qui l’emploie 50 fois dans l’évangile et 40 fois dans les Actes. πορεύεσθε et λαλεῖτε, à l'impératif présent pour marquer que
l’action est déjà en progrès. Les apôtres devaient continuer à annoncer le message
qui leur avait été confié — σταθέντες, vous tenant debout; cet ordre indique que les
apôtres doivent enseigner avec hardiesse et cela publiquement, ἐν τῷ ἱερῷ, c'est-à-dire
dans toutes les parties du Temple ouvertes au peuple juif, non seulement dans les portiques, mais aussi dans la cour intérieure du Temple. D'après Patrizzi, σταθέντες λαλεῖτε devrait être traduit : perstantes loquimini, id est persistite ut loquamini: continuez à parler constamment.
πάντα τὰ ῥήματα τῆς ζωῆς ταύτης : génitif objectif. Quelle est cette vie? Ce peut être la vie après la mort, la résurrection, plus probablement le salut messianique, qui est la vraie vie, dont le Seigneur possède les paroles, δήματα ζωῆς αἰωνίου, Jn. vi, 63. C'est la vie nouvelle qu’a infusée dans les apôtros, Jésus, ἀρχηγὸς τῆς ζωῆς, 111, 15, la vie dans le Christ, qui était la résurrection et la vie, en d’autres termes, le salut; cf. xut, 26 : δ λόγος τῆς σωτηοίας ταύτης. ταύτης désigne la vie bien connue des apôtres, celles qu 1 prèchaient et que niaient les Sadducéens, donc la résurrection. D'ordinaire, dans les saintes Écritures et dans la littérature de l’époque « cette vie » est opposé à « la vie à venir ». Ce ne peut être le sens ici. Cette expression serait hébraïsante ou bien elle constituerait un hypallage — figure de style qui attribue à un mot ce qui convient à un autre — et il faudrait lire : ταῦτα τὰ ῥήματα τῆς ζωῆς. Robertson, p. 497, rejette cette interprétation; pourtant, p. 706, il admet que ταύτης s’adjoint plus naturellement avec
Ni enr
f ra y - 4 2 ͵ x UE ὦ € « > MT ἱέρῷ τῷ λαῷ πάντα τὰ ῥήματα τὴς ζωῆς ταύτης. 21. ἀχούσαντες δὲ εἰσῆλθον ὑπὸ τὸν
ὄρθρον εἰς τὸ ἱερὸν χαὶ ἐδίδασχον. παραγενόμενος δὲ ὁ ἀρχιερεὺς χαὶ οἱ σὺν αὐτῷ συνεχάλεσαν τὸ συνέδριον χαὶ πᾶσαν τὴν yepodolav τῶν υἱῶν ᾿Ισραήλ, χαὶ ἀπέστειλαν εἰς τὸ δεσμωτήριον ἀχθῆναι αὐτούς. 29. οἱ δὲ παραγενόμενοι ὑπηρέται οὐχ εὗρον αὐτοὺς ἐν τὴ φυλαχῇ, ἀναστρέψαντες δὲ ἀπήγγειλαν 23. λέγοντες ὅτι τὸ δεσμωτήριον
[δ > Υ € = eu ὩΣ εὕρομεν χεχλεισμένον ἐν. πάσῃ ἀσφαλείᾳ χαὶ τοὺς φύλαχας ἑστῶτας ἐπὶ τῶν «θυρῶν,
ῥήματα. --- πάντα τὰ ῥήματα : les apôtres doivent enseigner toutes les paroles de cette vie, Sans aucune exception, sans crainte d’exciter la fureur de qui que ce soit contre cette prédication. ῥήματα signifie aussi les actions.
Ÿ 21) ἀκούσαντες δὲ εἰσῆλθον : ayant entendu — ἀκούσαντες, sans complément; ils entrèrent. Les apôtres obéissent immédiatement; ὑπὸ τὸν ὄρθρον, dès le point du jour, c’est-à-dire dès qu’il leur fut possible, ils entrèrent dans le Temple, probablement au moment où avait lieu le premier sacrifice, qui était de fort bonne heure. Le peuple s’y rendait en foule de bon matin, à cause de la chaleur du jour. C’est la coutume en Orient de commencer la journée dès l'aurore; les paysans vont au champ avant le lever même du soleil. ὑπό avec l’accusatif signifie tout près de, vers, aux environs de : il est classique. C’est le seul passage du N. T. où ὑπὸ est employé avec l’accusatif au sens de
de sous, sub. ὄρθρον, de ὄρνυμι, le point du jour, l'aurore. ἐδίδασχον : ils enseignaient, probablement sous le portique de Salomon, où le peuple avait l'habitude de se rassembler. Au lieu de ἀκούσαντες δέ, E Pesch. ont ἐξελθόντες δὲ x τῆς φυλαχῆς : c’est une explication de la situation. Après ἐδίδασχον, docebant, 0 (Theodulfianus) Wern. Par. lat. 341,
842, 343, etc. ajoutent in nomine domnini nostri jesu christi.
D be : terme fréquent dans Luc, 8 fois dans l’évangile, 13 fois ne les Actes; il sert comme ἀναστάς, Υ 17, à préciser la situation : le grand prêtre étant survenu au lieu où se rassemblait le Sanhédrin, une des chambres du Temple, ainsi que ceux qui étaient avec lui, c’est-à-dire les chefs des familles sacerdotales, faisant partie du Sanhédrin, ils convoquèrent celui-ci. Après αὐτῷ, D ajoute ἐγερθέντες τὸ πρῶί, d, exurgentes ante lucem, ce qui paraît être une glose complétive. συνεχάλεσαν : D ἃ συνχαλεσάμενοι : au pluriel, bien que ce fut le grand prêtre seul qui convoque le Sanhédrin. τὸ συνέδριον καὶ πᾶσαν τὴν γερουσίαν τῶν υἱῶν ᾿Ισραήλ. Ce terme de γερουσία est employé ici seulement dans le N. T. Dans les Septante, I Macc. χα, 6; II Macch 1, 10; 1v, 44; Jud. 1v, 8, xt, 14, etc. il désigne l'assemblée des anciens, le conseil de la nation juive. Cf. Ex, πι, 16 : συνάγαγε τὴν γερουσίαν τῶν υἱῶν Ἰσραήλ. — συένδριον et γερουσία seraient donc les deux noms donnés à une même assemblée et alors καί serait épexégétique et signifierait le Sanhédrin, c’est-àdire toute l’assemblée (le Sénat) des fils d'Israël; la formule solennelle est ajoutée au terme ordinaire. La proposition serait donc explicative ou emphatique, le second terme renforçant le premier. Il est à croire que cette expression était dans la source ou qu’un recenseur a ajouté συνέδριον, Il est plus simple de penser que Luc ἃ traduit ici par un terme familier à ses lecteurs grecs le terme juif, συνέδριον, qui leur était inconnu. Mais pourquoi a-t-il traduit ici ce terme quand il l'avait déjà employé une première fois, 1V, 15, sans l'expliquer?
Faudrait-il penser, comme quelques exégètes, que Luc a cru que le Sanhédrin était moins étendu que la γερουσία ? σονέδριον désignerait seulement les grands-prêtres et les scribes et γερουσία, toute l'assemblée. On a supposé, aussi, que καὶ πᾶσαν τὴν γερουσίαν est ajouté pour spécifier le caractère compréhensif de cette assemblée qui comprenait le corps tout entier pour la différencier de l'assemblée irrégulière qui avait jugé Pierre et Jean, 1v, 5, 6. Wendt remarque qu’en tout cas l'expression ne serait pas exacte, car l’ancienne γερουσία de l'époque antérieure au 197 siècle était une assemblée, composée
ACTES DES APOTRES, ν, 20-23. 167
21. Or, ayant entendu [cela], ils entrèrent dès le point du jour dans le
Temple et ils enseignaient. Mais le grand-prêtre étant survenu, ainsi que ceux qui étaient avec lui, ils convoquèrent le Sanhédrin et tout le sénat des fils d'Israël, et ils envoyèrent à la prison pour qu’on les amenät. 22. Or, les
huissiers étant venus ne Les trouvèrent pas dans la prison. Ils s’en retour-
nèrent et firent leur rapport, 23 en disant : Nous avons trouvé la prison fermée en toute süreté et les gardes debout devant les portes, mais ayant
des mêmes personnages, tandis que le Sanhédrin du 1° siècle était composé des grands prêtres, des scribes et des anciens du peuple. Enfin, on ἃ supposé que τὴν γερουσίαν τῶν υἱῶν Ἴσραήλ indiquerait une assemblée de tous les hommes d'âge, appelés pour renforcer le Sanhédrin : il aurait donc existé une assemblée de notables, mais cette assemblée est inconnue au N. T. et aux documents du temps. Cependant la Vulgate semble favoriser cette interprétation : convocaverunt concilium et omnes seniores filiorum Israël. Dans le traité Joma, 1, 1, de la Mishna, il est parlé d’une chambre des assesseurs, parhedrin — πάρεδροι. Preuschen tranche autrement la difficulté. Les institutions juivés étaient étrangères à l’auteur; il s’est figuré que le collège des anciens avait quelque analogie avec le Sénat romain et il l'a séparé du collège des juges. Voir l'Excursus sur le Sanhédrin.
ἀπέστειλαν, sans complément; ἀχθῆναι, infinitif de but, qui exprime la raison de l’envoi. Dans le N. T. les verbes, qui signifient commander, prennent volontiers après eux l’infinitif passif; cependant les écrivains classiques préfèrent l'actif. Buttmann, p. 141, 3, voit là une influence de la construction latine de jubere avec l’infinitif passif. Cf. RADER MACHER, Ρ. 148.
Ÿ 22) Οἱ δὲ παραγενόμενοι : δέ indique la suite de la narration et une certaine opposition avec ce qui précède. παραγενόμενοι ὑπηρέται — ministri ii qui venerant; sed sic dici debebant oi ἀποσταλένθες ὑπηρέται, BLass. ὑπηρέται, désigne dans le N. T. tout homme qui travaille sous les ordres d’un autre : les appariteurs d’un magistrat, les satellites, Les soldats d’un roi, les ministres du Sanhédrin, de la Synagogue, quiconque aide quel-
qu’un dans son travail. Ici, les ὑπηρέται sont les lévites gardiens du Temple. — ἀνα-
στρέψαντες, intransitif; ἀναστρέφω signifie retourner sens dessus dessous; au sens intransitif, retourner, revenir sur ses pas. 1] est employé dans ce sens ici seulement dans le N. T; xv, 16, est douteux. ἀπήγγειλαν, aoriste de ἀπαγγέλλω, apporter une réponse, revenir, annoncer, etc.
Le codex de Bèze, Par. Vig. Harkl (mg.), après ὑπηρέται, ajoutent : χαὶ ἀνοίξαντες τὴν φυλαχήν, et aperto carcere, d, et au lieu de ἐν τῇ φυλαχῆ, Dd ἃ ἔσω, intus ; la Vulg. ἃ simplement non invenissent illos. Cette leçon est un développement du texte.
On s'est demandé comment, en arrivant au Temple où le Sanhédrin tenait ses
séances, le grand-prêtre et ses assesseurs n’ont pas entendu les apôtres prêchant au peuple dans une des cours du Temple et compris qu’ils n'étaient plus en prison. Il est possible que le Sanhédrin ne fut pas réuni dans le Temple; le lieu de ses séances paraît avoir été différent suivant les époques. L’ignorance du grand-prêtre et les allées et venues des ÿ 22-25 s’expliqueraient si le Sanhédrin était réuni en dehors du Temple.
ÿ 23) Les gardes décrivent en termes précis l’état des choses et la délivrance miraculeuse des apôtres. λέγοντες ὅτι : ὅτι suivi du discours direct est d'un bon usage grec. ἐν πάσῃ ἀσφελείᾳ, en toute sûreté; la prison avait été fermée de façon à en assurer la sécurité. La leçon de la Vulgate : clausum cum magna diligentia signifierait qu'elle avait été fermée avec grand soin. Les Septante au lieu de ἐν et du datif emploient μετά avec le génitif : μετὰ πάσης ασφελείας, II Macc. ui, 22. ἐν πάσῃ ἀσφελείᾳ équivaut à ἀσφελέστατα.