CHAPITRE VIT
| vit, 1 Mais le grand prêtre dit : Ces choses sont-elles ainsi? 2. Celui-ci
juive pour y montrer l’action de Dieu et, des événements choisis à dessein, il a déduit, souvent, sous forme voilée, ce qu’il voulait démontrer. Il ἃ fait surtout appel aux analogies, aux interprétations allégoriques et même mystiques. C’est le discours qu'un Juif pouvait adresser à des Juifs. Paul procédera de la même façon dans son discours à Antioche de Pisidie, xur, 16-41.
On peut prouver d’ailleurs que, d’une certaine façon, Étienne a répondu aux charges de ses accusateurs. Ceux-ci disaient qu'Etienne avait prononcé des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu, ὃ 11.-Or, dès le début, il affirme la souveraine majesté de Dieu et, tout le long de son discours, il exalte l’action de Dieu dans legou- τ vernement d'Israël; il montre que tout s’est passé par son orire et que sa protectiona été accordée à son peuple, toutes les fois que celui-ci lui a été fidèle. Il déclare que Moïse a été le fondateur, le sauveur d'Israël; il l’'honore comme prophète et le choisit comme le type de Jésus, Messie et sauveur. On l’accusait aussi d’avoir parlé contre le lieu saint, le Temple et contre la Loi, ÿ 13, 14. Or, sur le Temple, Etienne avait parlé comme les prophètes qui avaient enseigné la spiritualité et la présence universelle de Dieu dans le monde : il n’est pas confiné dans un édifice fait de main d'hommes. Sur la Loi la réponse est moins claire. Remarquons cependant qu'Etienne déclare que Moïse « a reçu les vivants oracles pour nous les transmettre », que la Loi a été don- . née par l'intermédiaire des anges.
L’authenticité du discours d’Etienne ressort des caractéristiques même du style et de l'exposition. Il est tissu d’aramaïsmes, Norpew, Die antike Kunstprosa, II, p. 484;
il est écrit dans le grec hellénistique, suivant le modèle des Septante, et correspond
au grec alexandrin, Wisner Bacon, Stephen's speech; cf. Argument and doctrinal relationship, p. 230-236 (Biblical and semüic Studies). Ce n’est pas ainsi qu'aurait écrit ὦ Luc; il eût d’ailleurs écrit autrement ce discours s’il l’avait composé à loisir et lui aurait donné une meilleure tenue logique. Il ne se serait pas renfermé dans un cercle d'idées qui semble éloigné des faits et des intérêts de la cause. Il aurait évité ces menues divergences d’abord avec le texte ofliciel de l'Ancien Testament qu'on a traitées, bien à tort, de contradictions; puis, il aurait présenté une défense plus directe d'Étienne. Ce discours aurait été construit suivant les principes de la rhétorique grecque : et non d’après les règles rabbiniques. En fait, il n’y est pas répondu directement aux accusations portées contre Étienne. Nous avons là une narration historique, où la preuve ressort non d’un raisonnement, mais de l’exposition des faits; procédé tout à fait conforme à la manière habituelle de discuter entre docteurs juifs. Étienne se préoccupe surtout, dans son discours, de montrer que la mort de Jésus-Christ n’est qu'un chaînon de plus dans la longue série d'actes de révolte, dont les Juifs se sont rendus coupables envers Dieu, depuis le Sinaï jusqu’à cette heure. Remarquons enfin que Paul a entendu ce discours qui a été peut-être le premier germe de sa conversion, et qu'il l'a certainement médité souvent, car nous en retrouvons le souvenir dans ses discours et dans ses épîtres, ce qui permettrait de conclure que c'est de lui que Luc l'aurait reçu. Comparez son discours dans : Act. xin, 16-42 avec celui d'Étienne,
et Act. vu, 48 avec xvu, 24; Δ οἵ. vu, 5-8 avec Rom. 1V, 10-19; vur, 54, avec Rom. τι, 17- 29; vn, 58 avec Gal. mr, 19; vr, 60, avec 1 Tim. iv, 16 et d’autres passages des épîtres
pauliniennes dont l’enseignement sur la Loi, sur le Juste, sur la promesse, les oracles, paraît dérivé du discours d'Étienne. Les rapprochements avec l'épitre aux Hébreux sont encore plus nets Act. vu, 44 — Hébr. vi, 5; πι, 1-63 1x, 23-29 ; Act. vu, 6, 38, 44 = Hébr. 1, 2; τι, 2; Act. vu, 53 — Hébr. τ, 5, πι, 9, ον
On trouve, dans ce discours, de nombreuses expressions qui ne se trouvent pas ailleurs dans le N. T. : ὁ Θεὸς τῆς δύξης, χατάσχεσις soutenance, action utile, vengeance; λυτρωτής, ἐμοσχοποιέω, σχληροτράχηλοι, ἀπερίτμητοι, ἀντιπίπτω, ἔλευσις, προχαταγγέλλω, etc. Tous ces caractères dénotent un écrit original, qui n’est ni dans le style, ni dans la
manière ordinaire de Luc.
Pour l’attribuer à cet auteur on a prétendu qu’il avait dû l'écrire de lui-même,
n'ayant pu le recevoir tout écrit. Mais ne peut-on pas supposer que ce discours lui a été transmis de vive voix par Paul, qui l'avait entendu et qui s’en est bien souvenu, ainsi qu'il appert de son discours à Antioche de Pisidie. IL n’est donc pas nécessaire de supposer que nous avons ici la reproduction du discours d'Etienne, écrite par un
témoin; cela shout mal aux usages du temps.
Et maintenant, qu'a voulu démontrer Étienne et quel plan a-t-il suivi? D’après saint Chrysostome, Hom. XV, Etienne renverse les idées des Juifs, il insinue que le Temple n'est rien et non plus les coutumes, τὰ ἔθη. Les Juifs ne doivent pas s'opposer au témoignage, car Dieu ne cesse de préparer et d'accomplir les choses jugées impossi-
“bles. Etienne leur démontre qu'après avoir toujours reçu les plus grands témoignages de l'amour divin ils n’ont reconnu ces bienfaits que par la résistance, en entreprenant
des choses impossibles, ὅτι ἀδυνάτοις ἐπεχείρησαν.
Le discours d’Etienne peut se résumer en trois pensées, quelquefois séparées, mais le plus souvent entrelacées et toutes conduisant au même résultat. 19 L'alliance originale entre Dieu et d'Israël n’a pas été faite avec Moïse, mais avec Abraham et les
patriarches et, puisque l'alliance mosaïque a été précédée d’une alliance plus spiri-
tuelle, elle pourrait être suivie d’une autre alliance plus spirituelle elle aussi, c’est ce que démontre aussi Paul dans l’épître aux Galates, nr, 46, 17. 2° Puisque Dieu a été adoré longtemps avant que le Temple et le Tabernacle fussent bâtis et que Dieu a été adoré dans les terres étrangères, et que Salomon, lorsqu'il eut bâti le Temple a déclaré que Dieu n’habite pas dans des maisons faites de main d'hommes, celui-ci peut donc être adoré valablement ailleurs que dans 16 Temple. 3° Israël s’est révolté à divers moments de son histoire, contre son Dieu; il a renié ceux qui lui avaient été envoyés pour le sauver, Joseph, Moïse, les prophètes, ainsi que le leur reproche Etienne « Hommes au cou raide, incirconcis de cœur et d'oreilles, toujours vous vous opposez à l’Esprit-Saint. Comme vos pères, [ont été] ainsi vous êtes. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté? Et ils ont tué ceux qui d'avance annonçaient la venue du Juste, que vous avez livré maintenant et dont vous avez été les meurtriers, Act, vu, 51 5. Etienne a donc démontré que Dieu pouvait être adoré ailleurs que dans le Temple de Jérusalem. Il prouve cela en montrant que la présence de Dieu n’est pas limitée au Temple, par ses rapports avec les patriarches dans les pays étrangers, en Mésopotamie, dans la terre de Chanaan, en Égypte, avec Moïse dans le désert, par le tabernacle au désert. La promesse a été faite à Abraham avant que la Loi ait été donnée à Moïse et la circoncision est antérieure à la Loi. Israël ἃ rejeté tous ses sauveurs qui étaient les types du Juste qu'eux-mêmes ont crucifié. — Le discours d’Elienne aboutit donc à une aflirmation de la messianité de Jésus. Il n’a jamais nommé celui-ci, mais il le sous-entend dans toute sa démonstration et il l'a toujours en vue et aboutit enfin à cette affirmation : Vous avez été les meurtriers du Juste annoncé par les prophètes.
SE δοιὼ