ΠΡ VE APS
Sas
RUN CT Es ve κα a DES RENTE
XL INTRODUCTION
voudrait faire bénéficier le christianisme de la tolérance officielle accordée au judaïsme dans l'empire romain, il est amené à présenter sous un jour peu conforme aux réalités de l’histoire les rapports entre les deux religions. Il faut, pour les nécessités de δα thèse juridique, que le christianisme apparaisse non comme une secte nouvelle, en contradiction avec les lois, mais comme la forme: parfaite du judaïsme, rejetée sans doute et combattue par la majorité des Juifs de race, mais pour cette unique raison qu'il faisait part aux païens du salut apporté par Jésus et repoussé par le judaïsme officiel.
Pour les discours, le rédacteur a exploité les matériaux tout élahorés de Ia première apologétique chrétienne contre les Juifs; en un sens, ces discours résument le travail de cette apologétique des premiers temps. Le discours de Paul à l’Aréopage est une attestation curieuse d’apologie philosophique, antérieurement aux apologies du rr° siècle. Le recueil des témoignages bibliques avec: lesquels le rédacteur opère était constitué bien avant lui et probablement
dès Pâge apostolique.
= Loisy admet hypothétiquement que Luc faisait droit à la tradition galiléenne touchant les premières apparitions de Jésus ressuscité, qu'il racontait lui-même les origines de la première communauté par le retour des disciples à Jérusalem; la guérison du paralytique par Pierre, nr, était le premier incident qui décélait la présence à Jérusalem du groupe croyant; une propagande secrète commençait ensuite d’où résultait le recrutement de croyants hellénistes bientôt organisés à part. Étienne inaugurait une prédication dans les synagogues, qui fut aussitôt réprimée; de la dispersion du groupe helléniste résultait la diffusion de la propagande; suivait la fondation de la communauté d'Antioche et Saul-Paul était mentionné pour la première fois dans la liste des prophètes d'Antioche, xur, #. Tel seraït Fapport de Luc pour les premiers chapitres des Actes.
Les premiers chapitres, tels que nous les avons, représentent une altération et un'enrichissement de ce schéma trop simple, où la communauté apostolique manquait de relief... La scène de la Pentecôte en fait le premier siège et comme la source de l'Esprit. La signification réelle du groupement helléniste a été délibérément altérée; le discours d'Étienne n’a de sens que par rapport au but apologétique du rédacteur: Il est malaisé de reconnaître ce qu'il y a de consistant dans le chapitre vrrr, mais la descente de Pierre et de Jean à Samarie et la rencontre’de Pierre avec Simon sont du rédacteur, auquel il faut aussi attribuer l’histoire de l’eunuque éthiopien, quoiqu'il n’en soit pas l'inventeur. Ce qui est raconté de Paul et de sa conversion est librement construit sur les données des épîtres que le rédacteur connaît, mais qu’il se garde bien de suivre, parce qu'il veut effacer sous le personnalisme de Paul son antinomisme. Toute l’histoire de Cornélius est inventée pour reporter sur Pierre l'honneur d’avoir inauguré læ propagande chrétienne auprès des gentils. Invention tardive et qui n’a rien à voir avec le judéo-christianisme. Le Pierre des Actes est déjà celui de la tradition romaine et c'est ainsi qu'on ἃ dû le concevoir à Rome. Tel serait en gros le remamiement qu'un rédacteur aurait fait subir à l’œuvre de Luc et cela dans le but d'établir sa thèse, que nous avons indiquée plus haut : l'apologie du christianisme auprès des autorités romaines.
En outre, te rédacteur, un Romain, peut-être un dignitaire de l'Église, avaït. pour but d'établir Vaatocité de l'Église romaine; il oriente donc tout son écrit
\ HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. ΧΕΙ
vers Rome, attribuant à Pierre le premier rôle dans la propagation de l'Évangile et terminant la carrière apostolique de Paul à Rome. Le livre des Actes présente les deux apôtres dans le plan où les conçoit la tradition romaine. C’est cette tradition même, au moment où elle se forme, que nous trouvons ici et il n'ya pas lieu de s’en étonner, puisque la même tradition se trouve en raccourci, mais tout aussi nette dans l’épître de Clément romain, V. Ce remaniement de l'écrit primitif de Lue ἃ été fait à Rome, où avait été écrite l’œuvre originale de Luc. Lorsqu'on posséda l’histoire apostolique, telle qu’on la concevait, on détruisit l'œuvre primitive pour ne garder que l’œuvre remaniée, — Il nous semble bien difficile de concevoir qu’il ne soit resté aucun exemplaire de l'écrit de Luc. Il faudrait supposer que cet écrit a été reproduit en très peu d'exemplaires et qu'ils sont tous restés à Rome. Ce ne serait compréhensible que si Luc avait écrit son œuvre peu de temps avant qu’elle n’ait été remaniée. Mais Luc était-il à Rome vers l’an 90-100, époque du remaniement d'après Loisy ?
Au sujet de ce travail primitif de Luc, déformé par un rédacteur tardif, Goguel (1) fait l'observation suivante : « Les Actes primitifs, tels que M. Loisy les conçoit, pourraient bien n'être qu'une création de son imagination réalisée en dépouillant l'œuvre actuelle de tous ses défauts. À force d'imaginer ce que devraient avoir été les Actes pour répondre à ce que les historiens voudraient trouver en eux, M. Loisy finit par prendre son rêve pour une réalité. Par endroits, il lui arrive de parler de l’œuvre iprimitive de Luc non comme d’une conjecture, mais comme d’une œuvre réelle et connue par rapport à laquelle on jugerait les Actes actuels. Cette idéalisation de l’œuvre imaginée amène parfois M. Loisy à être trop sévère pour l’œuvre réelle. ἢ réduit à bien peu de chose ce qui subsiste des Actes primitifs et grandit d'autant le rôle dù à un but apologétique. »
En outre, le système a pour base principale que le rédacteur a remanié un écrit primitif. Il faut done supposer entre les diverses parties des Actes des différences de langue, de style, de présentation des faits qui trahissent la main de ce rédacteur refondant un travail antérieur. Or, ainsi que nous le démontrerons plus loin, il y a, il est vrai, des différences entre les premiers chapitres des Actes et les derniers, maïs dans l’ensemble on relève un remarquable accord de langue et de présentation des faits dans toutes les parties des Actes. Les différences s'expliquent par l'emploi de documents grecs d’origine, ou traduits de l’araméen en grec, que Luc a insérés dans son œuvre, tout en les adaptant, mais imsuffisamment, à sa manière ordinaire d'écrire; il ne leur a donné qu’à un certain degré son empreinte linguistique et littéraire.
Remarquons enfin qw’il est difficile de voir dans les Actes un plaidoyer devant l'autorité romaine. Quel intérêt celle-ci a-t-elle pu prendre à l'établissement des premières communautés à Jérusalem, à Samarie ou à Antioche, à la conversion de l’eunuque éthiopien, aux discours de Pierre. et de Paul, au récit détaillé des derniers voyages de Paul, à son naufrage? En fait, Paul était accusé devant l’autorité romaine d’être un homme turbulent, un perturbateur de Ia paix romaine, accusation très grave aux yeux des Romains; mais les Actes, sauf
(1) La critique actuelle des Actes el le commentaire de M. Alfred Loisy. Revue d'Hist. et de Philos. Religieuses, 1921, p. 458.
XLII INTRODUCTION
peut-être en quelques passages des derniers discours de Paul à Jérusalem, ne répondent en rien à cette accusation.
LEE Loisy suppose que le rédacteur a voulu prouver à l’autorité romaine que le judaïsme avait manqué à sa mission et que le christianisme l'avait remplacé et était donc le véritable Israël. Mais l'autorité romaine se préoccupait-elle de ces questions doctrinales? Elle acceptait les communautés juives, établies d'après leur statut propre; elle s’en tenait à l'extérieur, et les acceptait tant qu’elles restaient dans leur statut légal et ne faisait pas de propagande à Rome.
Dans son dernier ouvrage (1) Loisy résume et précise ses théories sur les Actes : « Il est possible que le second livre à Théophile ait été régulièrement divisé en trois parties : histoire des origines chrétiennes depuis la fondation de. la première communauté jusqu’à l'assemblée de Jérusalem pour l'affaire des τ᾽ observances légales; histoire des missions ultérieures de Paul; histoire de sa
captivité, laquelle pouvait être continuée jusqu'à la mort de l’Apôtre. Le rédacteur du livre des Actes a bien eu l'intention de montrer comment l'Évangile __ avait été porté, par la vertu de l'Esprit, de Jérusalem en Judée et en Samarie, puis de là jusqu'au bout du monde, 1, 8, et d'expliquer, à la faveur de cette description le rapport où le christianisme se trouve à l’égard du judaïsme; mais à cette intention ne correspond aucun plan, et le rédacteur a orné sa descrip- tion de tant de merveilles, relevé de tant de fictions et de discours sa démons- tration, que le livre a uniquement l'apparence d’une chaîne de faits assez mal suivie et inégalement enrichie de gloses. Le point culminant de cette espèce de chaos est le récit concernant l’assemblée de Jérusalem, xv, 1-35, qui occupe à peu près le milieu du livre : ce qui précède est censé l’histoire des premières missions accomplies par Pierre et les Douze 1-v, par les croyants hellénistes, dispersés après la mort d'Étienne, vi-xrr, par Paul accompagnant Barnabé, ΧΠΙ; XIV ; Ce qui suit l’assemblée de J one représente l'histoire de Paul travaillant seul, c'est-à-dire ses missions de Galatie, de Grèce et d'Asie, xv, 36-x1x, 20, puis son dernier voyage à Jérusalem οὗ sa captivité, xix, 21-xxvrIr. » | D'après J. de Zwaan (2), les Actes auraient été publiés au commencement du * πὸ siècle; c'est dans les Clément et Domitille, membres de la famille flavienne, qu'il faut en chercher le ou les éditeurs. Au point de vue historique on peut les : placer sur le même plan que les écrits historiques de l’antiquité. Ils sont une τ apologie du catholicisme du n° siècle: L'hypothèse de Blass, soutenue par Zahn, soulève plus de difficultés qu’elle n’en résout. Elle porte néanmoins de Zwaan à faire une différence entre une esquisse laissée par Luc dans un état incomplet et non corrigé et le texte tel qu’il est sorti des mains des éditeurs du τι siècle. : Pour Omodeo (3), les Actes et le III° évangile ont une physionomie com- ; mune, les mêmes procédés rédactionnels sont appliqués, même but d'apologie et d'édification. Le procès d'Étienne devant le Sanhédrin a été mal à propos surajouté au tumulte populaire qui a fait le premier martyr. L'incident de Gallion n’a pas été inventé de toute pièce, mais le rédacteur des Actes a changé l'issue du procès, qui était l'expulsion de Paul comme à Philippes. Il en serait de même de l'émeute d'Ephèse dont le récit serait mutilé. Le nazirat de Paul à Jérusalem
(1) Les Livres du Nouveau Testament, p. 478, Paris, 1922. (2) De Handelingen der Apostolen. den Haag, 1920. (3) Prolegomeni alla Sloria dell Età apostolica, Messine, 1921.
ὲ Fa X ἃς: X 1
NS HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. XLIII [2
nest pas historique. La comparution de Paul devant Agrippa n'est pas une pure fiction. L'auteur des Actes n'aurait pas connu les épitres de Paul. S'il les avait connues, il n'aurait pas négligé les données chronologiques de l’épitre aux Galates, ni les détails de la première visite à Pierre, ni la vision qui a déterminé la seconde. Le rédacteur laisse parler sa source quand il ne s'intéresse pas à ce qui s’y trouve, et il l’étrangle quand se présente un incident qui l'intéresse.. L'auteur de la source en « nous » serait Silas, lequel serait aussi Luc.
Après avoir mentionné les travaux récents sur les sources des Actes, Goguel (1) conclut que la distinction des sources a été poussée trop loin, que l’on n’a pas tenu compte de ce fait que l’auteur n’a pas littéralement transcrit ses sources, mais qu'il les a traitées en historien. Ainsi que le fait remarquer J. Weiss « le rédacteur des Actes n'est pas un compilateur qui travaille au hasard. C’est, au sens plein du mot, un auteur, c'est-à-dire un homme qui ἃ en vue certains buts et qui, pour les réaliser, conçoit un certain plan auquel il adapte les matériaux qu'il utilise. Il est absolument impossible de comprendre son œuvre si l’on ne prend garde qu'aux matériaux qu'il y a fait entrer en négligeant l'examen du plan suivant lequel ils sont disposés et des fins qu'ils doivent servir ».
De l'étude des variantes du texte occidental il résulte que cette forme du texte ne provient pas d'une accumalation fortuite de variantes qui pourraient avoir des origines très diverses, mais qu'elle a une source unique, du moins homogène. Les leçons caractéristiques de ce texte sont, en effet, tellement dispersées entre les divers témoins du texte qu'on ne saurait admettre qu’elles aient passé des uns aux autres, mais qu’on est nécessairement conduit à penser qu'elles proviennent d'une source commune. Blass ἃ supposé que nous avions deux éditions des Actes, toutes deux faites par Luc. Il avait écrit tout d'abord son livre qu’il donna aux chrétiens de Rome, puis 11 le corrigea et l’envoya à Théophile d’Antioche. Le premier jet serait représenté par la recension occidentale et sa correction par le texte oriental. Cette hypothèse a été admise par des critiques de valeur et rejetée par d’autres critiques de non moindre valeur. M. Goguel examine les variantes les plus importantes entre les deux textes et conclut : « Des textes que nous avons passés en revue, il résulte qu’il n’y a pas lieu
d'adopter la théorie de Blass et que si les leçons fournies par les témoins du ἢ
texte occidental constituent bien une recension du texte et sont autre chose qu'une combinaison fortuite de leçons fautives et de corrections plus ou moins heureuses, cette édition est sans relation avec la composition du livre. Son étude, par suite, ne peut être intéressante que pour qui veut connaître l’histoire du texte. [1 se peut que sur tel ou tel point particulier, un des manuscrits qui la représente ait conservé le texte primitif plus fidèlement que les manuscrits NABC mais, dans l’ensemble, elle est secondaire et partant sans importance pour l'étude du livre des Actes en lui-même. » Il semble bien qu’à la base du texte occidental il y a une recension du texte des Actes différente de celle du texte oriental, mais il faudrait ajouter que ce texte a été interpolé en un bon nombre de passages par les divers témoins de ce texte.
Dans le chapitre 1v° sont examinés les contacts littéraires des Actes avec l’évangile de Luc, avec les épîtres pauliniennes et avec l'historien Josèphe. Les
(1) Le Livre des Actes, Paris, 1922.
XLIV INTRODUCTION
Âctes sont incontestablement la suite du troisième évangile; il y a entre eux de nombreux points d'harmonie. Pour les épîtres de Paul, elles n’ont pas dû être connues de Luc et cela ressort de ce fait que s’il les avait connues il aurait utilisé de nombreux faits qui y sont racontés et qui auraient complété son récit; plus, il aurait évité quelques divergences qu’on relève entre son réeït et celui de- Paul. Enfin, l’œuvre de Luc est indépendante de celle de Josèphe. Il y a cependant une affinité assez étroite entre la langue de Luc et celle de Josèphe. Mais il n’y ἃ pas lieu d'en conclure à la dépendance du premier par rapport au second. Il devait en être ainsi, car tous les deux parlaient la même langue et à son même état; de plus, ils étaient historiens tous les deux et se rencontraient quelquefois dans le récit d'un même fait.
Comme celui du troisième évangile le style des Actes est extrêmement souple et varié. On constate facilement les différences de présentation entre les divers récits et la conclusion qui s'impose c’est que l’auteur des Actes a intentionnellement conformé son ton et son style à la nature de ses récits. (Le P. Lagrange a déjà constaté dans son travail sur saint Lue que celui-ci a souvent imité les idiotismes des Septante et leur façon de présenter un récit). À propos de la preuve qu’on a tirée de l'identité d'auteur du fait de la ressemblance du vocabulaire entre toutes les parties des Actes, Goguel fait remarquer que « la simple considération de la langue et du vocabulaire ne permet pas, à elle seule, de déterminer si l'unité que présente, à ce point de vue, l'œuvre de Luc, tient à l'unité de sa composition ou bien au soin et à l’habileté du rédacteur qui lui a donné la forme sous laquelle nous la connaissons ». — ἢ nous semble difficile d'admettre qu'un écrivain de cette époque se soit préoccupé de mettre dans toute son œuvre une pareille unité de style et de vocabulaire, s’il a travaillé sur des récits venus de divers côtés. Luc a écrit d’après des documents écrits et des traditions orales, mais il a fait œuvre d’historien, il a refondu ses sources, les a, si l'on peut dire, pensées à nouveau, à un certain degré, de sorte que c’est bien son œuvre propre qu’il nous a donnée.
L'auteur n’a pas reproduit purement et simplement des sources. « Mais ik n'avait pas un plan très net ou plutôt son livre avait plusieurs buts, ce qui exclut un peu l'unité de plan. D'une analyse sommaire de la première partie des Actes il ressort qu'il n’y a pas là un récit homogène, écrit d’un seul jet, mais qu'au contraire nous sommes en présence d’un récit formé par la combinaison de traditions diverses que le rédacteur a tant bien que mal fondues ensemble, mais dans des conditions qui permettent de penser qu'il ne disposait ni d’un fil conducteur ni d’un cadre qui lui permit d'agencer d'une manière quelque peu organique ces différents éléments de son récit. » — Les Actes sont, il est vrai, composés d’une façon assez libre et il est quelquefois difficile de faire concorder toutes les parties du récit ou de mettre en accord les termes employés, mais si le plan n’est pas très rigoureux, il existe néanmoins. Les mêmes observations devront être faites à propos de la seconde partie des Actes. « Le prologue a été mutilé par un rédacteur postérieur. » — Cette mutilation a dû être bien ancienne pour qu’elle n’ait laissé aucune trace dans les manuscrits, étant donné surtout que nous avons deux recensions du texte qui sont très anciennes, et qui contiennent toutes les deux ce prologue.
Les fragments en « nous » émanent manifestement d'un compagnon de l’apôtre
ν΄ S HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. XLV
| Paul et ce « nous » ne serait pas fictif, destiné à donner plus d'autorité au récit;
l'attribution traditionnelle de ces passages à Luc est la plus naturelle. De leur ‘examen il résulte que ces passages faisaient originairement partie d’un document plus étendu, document qu'il y a lieu de se représenter comme une histoire de Papôtre Paul et de ses missions. Ce devait être l’œuvre d’un homme qui, ayant à certains moments accompagné Paul, avait été le témoin d'une partie des événe. ments qu'il racontait et qui, pour le reste, les rapportait d'après des témoignages qu'il avait été à même de recueillir. L'association, sans explication préalable, dela première et de la troisième personnes, anormale au premier abord, se rencontre assez fréquemment dans une série d'œuvres qui, par leur caractère littéraire, se rapprochent en quelque mesure des Actes. On a cité des récits de magistrats, de chefs d'armée, de voyageurs, etc., où ce même phénomène se rencontre. Cicéron, dans ses lettres, emploie tantôt la première personne du singulier ou du pluriel, tantôt la troisième. La même combinaison se retrouve dans les livres d'Esdras et de Néhémie.
Dans l'analyse critique qui est faite du récit des Actes, chapitres vir° et vin, Goguel examine comment est composé le récit, et il en relève les incohérences, les doublets, les contradictions. Son but dans cette recherche est de savoir laquelle est la vraie des trois hypothèses suivantes : 1° Le livre des Actes est l’œuvre de Luc qui l’a écrit d’un seul jet, en utilisant cependant, en certaines parties, diverses sources ou divers cycles de traditions. 2° Luc serait l’auteur d'une narration qui conduisait l’histoire du christianisme depuis la mort de Jésus jusqu’à l’arrivée de Paul à Rome, mais son œuvre ne nous serait arrivée que gravement altérée et modifiée pour l'adapter à un but qui n'était pas celui de Luc. 3° Luc ne serait pas l'auteur à Théophile et celui-ci a utilisé l’œuvre de Luc en l’abrégeant et en la combinant plus ou moins heureusement avec des traditions diverses, tant orales qu'écrites. Ce travail aurait d’ailleurs été altéré par un interpolateur postérieur.
De l'analyse critique du récit, Gogueltire ses conclusions sur l’auteur des Actes et la composition du livre. Il préfère « l'hypothèse de l’auteur à Théophile utilisant le récit de Luc à côté d’autres données, n’en saisissant peut-être pas exactement le caractère et l’abrégeant de manière souvent malencontreuse, pour le combiner à des traditions de bien moindre valeur. Nous compléterions, dit-il, cette hypothèse par celle d’un interpolateur maladroit qui aurait mutilé le prologue pour pouvoir introduire le récit de l'ascension. On pourrait être tenté d'attribuer
en outre d’autres récits soit à ce même rédacteur soit à un autre interpolateur.
Nous n'avons aucune indication directe qui permette de déterminer avec quelque certitude en quel lieu furent écrits les Actes, ni quels en furent les destina-
taires. Sur la valeur du livre des Actes on peut dire en résumé que si ce livre,
pris en bloc, ne saurait être considéré comme une œuvre historique, on y trouve des matériaux d’un très grand prix et d’une incontestable valeur. Il faut ajouter que ces matériaux sont uniques en leur genre. Sans doute ils n'ont pas la valeur des épitres pauliniennes, mais ils fournissent des indications qui permettent d'apprécier, de coordonner et d’encadrer les données que l'on tire des épîtres. Le livre des Actes se trouve être ainsi, malgré toutes les lacunes et les insuffisances qu'il peut présenter, l’une des bases les plus essentielles sur lesquelles repose l’histoire du christianisme ancien. »
Les enseignements religieux des Actes ne forment pas un système théologique