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XLVI VS INTRODUCTION

cohérent; ils sont plutôt à l’état de désjecta membra. Sont-ils l'expression du . sentiment de l’autear des Actes ou des diverses sources qu’il a consultées ? Leur

caractère archaïque tendrait à prouver cette seconde hypothèse : ils corres-

pondent à un stade de l'évolution des dogmes chrétiens sensiblement moins avancée que la christologie paulinienne.

D'après Goguel la date de composition des Actes doit être fixée entre 80

et 90 environ. À cette dernière date ou plutôt en 95, les épiîtres pauliniennes étaient assemblées en collection, ainsi qu’il ressort de l’épitre de Clément Romain; l’auteur des Actes les aurait connues. Or il semble que non. Il n'a donc pas écrit après cette date, — mais il aurait pu écrire auparavant et c’est notre opinion. … Avec l’aide ou les avis de plusieurs collaborateurs, Burkitt, Clarke, Montefiore, Box, Emmet, Duckworth, Wensink, Windisch, de Zwaan, Me Gilffert, Torrey,. F. Moore, Ropes, Clifford, H. Moore, Cadbury, etc. Foakes Jackson et Kirsopp Lake ont entrepris la publication d’une suite d’études sur les commencements du christianisme (1).

Dans les volumes consacrés aux Actes des apôtres, ils étudient le monde païen, le monde juif et le monde chrétien. Voici les conclusions de Montefiore sur la

religion juive. Les observations présentées nous révèlent une pure religion théiste,

particulière et spéciale dans sa puissance fréquente et dans sa faiblesse occasionnelle. C'était, quoi qu'il en soit, une religion dans laquelle Dieu était une réalité

toujours présente. C'était une religion légaliste, mais une religion dont l'idée

culminante était que pour le pur amour de Dieu et de sa Loi tous les commandements devaient être observés, que l’intention était même plus grave que le fait et que la pensée du péché était plus coupable que le péché lui-même.

Très importante est l'étude du milieu païen, dans lequel est né et s’est développé le christianisme. Au τὸ siècle de notre ère, le monde méditerranéen fut unifié dans ses habitudes de penser et de s'exprimer. Le latin est parlé en Occident, mais le grec devient la langue internationale pour les gens cultivés et même pour le peuple.

Les écoles de philosophie, bien que diverses, tendent à admettre un Dieu unique. Les écoles platonicienne et aristotélicienne enseignent une théologie transcendentale, tandis que l’école stoïcienne tenait pour l’immanence de Dieu; il se fit un compromis entre les deux théories; le principe immanent devint secondaire au principe transcendental. Le logos de Philon, issu de l’Absolu de Platon et immanent comme le Logos divin, en est un exemple.

Les divers systèmes de morale s'accordent à reconnaître la responsabilité de

l'individu, la nécessité de l’éducation de la volonté pour guider la raison dans la

pratique de la vie, la persuasion que la vertu est la seule source du bonheur dans ce monde ou dans un autre. Le stoïcisme a préparé la voie à l'enseignement moral du christianisme. Son cosmopolitisme et sa doctrine de l'égalité entre tous les hommes étaient en harmonie avec la religion chrétienne, qui ne reconnaissait aucune distinction entre l'empereur ou l’esclave, le citoyen ou l'étranger. — Nous ne méconnaissons pas la réalité des rapprochements qu’on peut établir entre le christianisme et le stoïcisme, mais comment cette école de philosophie dont les

doctrines étaient connues surtout par les gens cultivés aurait-elle pu préparer la

(1) The Beginnings of Chrislianity : Part I, The Acis of the Aposiles, London, 1920, 1922.

ὩΣ HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. XLVII

voie à la prédication chrétienne, qui s’adressa tout d'abord aux gens du peuple, [peu au courant de ces idées philosophiques? Aucune de ces écoles de philosophie ne s’est élevée d’ailleurs jusqu'aux doctrines altruistes de Jésus et n’a enseigné comme lui l’amour des ennemis.

Les mystères grecs ont répandu, dit l’auteur, la croyance que, par l'initiation à des rites de mystères, une révélation de Dieu et une union avec la divinité étaient conférées à l’initié, union qui lui assurait la promesse de l’immortalité bienheureuse. Nous dirons plus loin ce que nous pensons de ces affirmations sur les mystères et sur leur efficacité. Cf. Les mystères païens et les épitres de saint Paul (1).

Les éditeurs déclarent que le christianisme apparaît non comme une religion d’une seule venue, mais comme une synthèse de plusieurs religions, hypothèse déjà émise dans la préface : « Il devient de plus en plus certain que le christianisme au 1°’ siècle acheva une synthèse entre les religions gréco-orientales et la religion juive, dans l'Empire romain. La Deus de la repentance et du royaume de Dieu, commencée par Jésus, passa dans le culte sacramentel du Seigneur Jésus-Christ. »

Afin de prouver cette es les éditeurs présentent d’ abord les traits caractéristiques de l’enseignement de Jésus, tel qu'il apparaît à la lumière de la critique des évangiles synoptiques, et la position des Douze durant le ministère de Jésus. L’évangile de Marc nous fournit l'information la plus ancienne et la plus authentique sur la vie et les enseignements de Jésus, mais le récit y est bref et limité. Ce n’est pas une histoire au vrai sens du terme, c’est-à-dire un récit dominé par le désir désintéressé de raconter les événements, tels qu'ils se sont passés. Des motifs d’apologétique et d’édification ont façonné la manière de présenter la narration. L'écrivain a vu son héros et ses actions à travers le voile, le halo de la foi. Le récit est non seulement coloré par la subjectivité de l’auteur, mais il lui est arrivé à travers la mémoire déformante des témoins oculaires; il nous rapporte ce que les premiers chrétiens pensaient de la vie de Jésus. ΤΠ faut donc utiliser l’évangile de Mare avec prudence en le dégageant dans la mesure du possible de ce qui n’est pas complètement historique. — Il eût été nécessaire de préciser davantage cette proposition et surtout de la prouver. Nous avons ensuite comme seconde source de la vie de Jésus et de ses enseignements les sections de Matthieu et de Luc, inconnues à Marc; elles consistent surtout en sentences et en discours. Cette source est appelée Logia ou elle est désignée par le sigle Q, mais on ne sait si elle est unique et si ces deux évangiles ne dépendent pas en quelque façon l’un de l'autre.

A l’aide de ces deux sources les éditeurs déduisent les enseignements de Jésus;.

leur point de vue est radical. D’après eux, il est douteux que Jésus ait parlé de lui-même comme du Fils de l’homme; il ne s’est jamais déclaré le Messie et il est improbable qu'il se soit cru appelé à l'être L'autorité qu’il réclame pour lui-même était celle de l'Esprit de Dieu; il avait au plus haut degré le sentiment qu’il était inspiré de Dieu. Il est inutile de faire remarquer qu’il est impossible d'accepter toutes ces propositions. Que Jésus se soit déclaré le Fils de l’homme et le Messie, cela ressort nettement des évangiles synoptiques.

Mais continuons notre analyse: Jésus a annoncé le règne de Dieu. Cette

(1) Dictionnaire apologétique de la foi catholique, T. III, p. 964 ss.

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