XLVIII INTRODUCTION. ᾿ Ἷ
expression, royaume des cieux ou règne de Dieu, a divers sens dans les évan-, giles synoptiques ; elle signifie le règne à venir, un règne actuel de Dieu qui est. la vraie religion, la reconnaissance de la souveraineté de Dieu, l'Église. Il n’est pas exact de dire que Jésus n’a rien enseigné sur le royaume des cieux qui new soit déjà connu des Juifs. Sur trois points en outre : la résistance aux oppresseurs d'Israël, le sort du commun peuple, l'observation de la Loi, l'enseignement de. Jésus différait des idées juives contemporaines. Π| donnait de la Loi une nouvelle interprétation, et surtout présentait les rapports de l’homme avec Dieu d’une façon plus intime. Dieu était le Père. Les Douze furent choisis par Jésus pour proclamer comme lui son message.
Les éditeurs étudient ensuite les disciples à Jérusalem et la naissance du christianisme chez les gentils. Il est difficile de mettre en accord sur les faits qui ont suivi la mort de Jésus la tradition Ro. par Luc et celle que“ rapportent Matthieu et Marc. Au début, il n'y eut pas de séparation entre le” judaïsme et le christianisme. Trois points se distinguent nettement dans 18 vien des premiers chrétiens : 1. Ils croyaient qu'ils étaient eux-mêmes spécialement” inspirés par l'Esprit de Dieu, et qu'ils avaient reçu un message comme les
prophètes de l'Ancien Testament et Jésus lui-même. 2. Le contenu de ce message était que Jésus était le Messie et que cela, plutôt que l'annonce du royaume dew Dieu et la nécessité de la pénitence, était le point central de leur prédication. 3. Ils s’efforçaient d'organiser leur vie sur le principe de la communauté des biens. Bientôt s’élevèrent des divisions entre les chrétiens juifs et les chrétiens hellénistes, dont nous avons des traces dans les Actes et dans les épîtres pauliniennes. Ce fut l’origine de la controverse entre Paul et les judéo-chrétiens sur l'application de la Loi aux gentils.
Sont étudiés ensuite le développement de la doctrine sur le Saint-Esprit, l'Église et le baptême. D’après Jean, xx, 22, le Saint-Esprit fut donné aux apôtres par Jésus lui-même, tandis que dans les Actes, τι, 1ss., le Saint-Esprit descendit du ciel sur les disciples. Cette tradition est plus ancienne, mais nous ne voyons pas en quoi elle contredit la tradition johannique; elle réalise plutôt la parole de Jésus, ὑπ. χιν, 16, 17, 26. Pour le rédacteur des Actes, les chrétiens étaient des hommes à qui avait été donné le Saint-Esprit; l'Église était la société de ceux qui avaient reçu ce don surnaturel de l'Esprit, lequel ne pouvait être obtenu que par son intermédiaire.
Dans les Actes nous avons sur le baptême trois points de vue différents : 1. Le M baptême dans le Saint-Esprit était donné aux convertis au lieu du baptême de Jean « dans l’eau. 2. Le baptême dans l’eau conférait le Saint-Esprit, mais seulement s’il était administré au nom du Seigneur Jésus. 3. Le baptême dans l’eau, même donné au nom du Seigneur Jésus, ne conférait pas le Saint-Esprit, qui était donné seulement par l'imposition des mains des apôtres. D’après les Éditeurs, le baptême dans l'eau ne remonterait pas au temps de Jésus ou de ses disciples immédiats. Ce furent les Sept qui, les premiers, baptisèrent dans l’eau, ainsi qu'on le constate par l’action de Philippe, baptisant l’eunuque éthiopien, Acz., vur, 36-38. — Remarquons que la parole de Notre-Seigneur, 1, 5 : Jean a baptisé dans l’eau, mais vous, vous serez baptisés dans l’Esprit-Saint après peu de ces jours-ci, n'exclut pas le baptême dans l’eau; elle vise seulement le don de lP'Esprit- Saint, qui va être conféré aux apôtres dans quelques jours. Ce n'est que par .
HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. XLIX
analogie que cette effusion d'Esprit-Saint est appelée un baptême. L'opposition porte sur l’effusion de l'Esprit-Saint et l’infusion dans l’eau, entre la vertu purificatrice de l’Esprit-Saint et celle de l’eau. Les paroles de Pierre aux Juifs de Jérusalem, 11, 38 : Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de vos péchés et vous recevrez le don du Saint- Esprit, prouvent nettement que le baptême dans l’eau existait indépendamment du don du Saint-Esprit. Cf. ναι, 16.
Le quatrième chapitre sur la christologie est très développé et il serait long et difficile d’en présenter tous les points de vue. On nous donne d’abord une étude sur la signification du terme Χριστός, sur l’onction dans l'Ancien Testament, sur le Messie dans la littérature juive, les Psaumes de Salomon, les Paraboles d’Enoch, dans les écrits rabbiniques. Il en résulte que Χριστός était essentiellement un adjectif qui signifiait consacré à Dieu ou désigné par Dieu et n'était pas un titre marquant la prérogative d'un seul personnage. — Mais si ce titre n’a aucune signification spécifique, s’il ne désigne pas une fonction dans le royaume de Dieu, comment expliquera-t-on que la messianité de Jésus ait été le centre de la prédication apostolique? Le témoignage des apôtres portait principalement sur celle-ci, Act., τι, 32; m1, 15; 1v, 33; v, 30-32, etc. Quant au Fils de l’homme, disent Jackson et Lake, Jésus y a fait souvent allusion, mais cela ne prouve pas qu'il se soit donné ce nom, tout au moins dans toutes les occasions où il lui est attribué par les évangiles. Dans les Actes, Jésus est identifié avec le Serviteur souffrant, mais il n’est pas décrit comme donnant le salut aux hommes; dans les épîtres pauliniennes, au contraire, la mort du Christ engendre le salut, mais Jésus n’est pas identifié avec le Serviteur souffrant. — Rappelons cependant les paroles de Paul aux Juifs d'Antioche de Pisidie, χπὶ, 38 5. : Sachez donc, hommes frères, que c’est par lui (Jésus) que la rémission des péchés vous est annoncée et que, de tout ce dont vous n'avez pu être justifiés par la Loi de Moïse, par lui tout croyant est justifié. Elles établissent nettement que Jésus est l'auteur de notre salut. Cf. 1v, 10, 12. — A lui, dit Pierre à Cornélius, tous les prophètes rendent témoignage que quiconque croit en lui reçoit par son nom la rémission des péchés, x, 43. — Prenez garde à vous-mêmes, dit Paul aux presbytres d'Éphèse, xx, 28, et à tout le troupeau sur lequel l'Esprit-Saint vous a établis évêques pour paître l'Église du Seigneur qu'il s’est acquise par son sang. Ces textes des Actes enseignent la même doctrine, à savoir que Jésus est l’auteur de notre salut.
Les Actes étant un livre d'histoire, il y a lieu de rechercher comment les ouvrages de ce genre étaient composés chez les Grecs et chez les Juifs; cf. ci-après, p. coxx. L'écrivain des Actes paraît avoir suivi surtout les méthodes des historiens grecs. 11 utilise des sources, mais il ne les reproduit pas littéralement : il les refond pour les adapter à son style et au but qu'il veut atteindre. Cela ressort des études faites sur la langue et les sources des Actes.
Les Actes sont écrits dans le grec de la Koïnè avec un mélange des éléments littéraires et vulgaires de la langue; on y relève des souvenirs de la langue classique et des passages écrits en langue populaire et quelquefois un mélange de littéraire et de populaire. On devrait trouver des latinismes dans le grec populaire; de fait on en relève peu dans les Actes. En revanche, les traces de sémitisme y sont fréquentes ; les sémitismes sont dus à l'emploi, tout au moins
ACTES DES APOTRES. ὦ
L INTRODUCTION
dans les quinze premiers chapitres, de sources araméennes, orales ou écrites | et à la fréquentation des Septante; dans les derniers chapitres, les sémitismes
plus rares ne sont pas totalement absents; ils proviennent surtout de l’influence des Septante sur la langue et le style de l’auteur des Actes; cf. ci-après, p. exzv s. J. de Zwaan examine la thèse de Torrey sur les aramaismes dans 165 quinze premiers chapitres; il discute et met en doute un certain nombre de ceux que propose Torrey et il conclut que l'étendue de l'influence sémitique dans les écrits de Luc est difficile à préciser.
Le grec des Actes est un grec chrétien par l'emploi d'expressions qui ont reçu un sens chrétien. C’est un grec essentiellement vivant; il combine les éléments divergents, grec littéraire, grec de la conversation, sémitismes, latinismes en une
unité réelle. Cette unité cependant résidait finalement dans l'esprit de l’auteur,
elle lui était naturelle; cf. ci-après, p. cLxxxix.
De ces études Foakes Jackson et Kirsopp Lake concluent que l’auteur des Actes était profondément imprégné de l'Ancien Testament grec; il n'y a aucune preuve qu'il ait été familier avec l'original hébreu. Il était capable d'écrire le
grec comme un Grec, mais il ne l’a pas toujours écrit ainsi, quelquefois sous «
l'influence des documents araméens qu'il traduisait, quelquefois par suite de limitation des Septante. Il était plus près de la vieille tradition juive littéraire que Josèphe. Il ne copie pas ses sources avec la même fidélité verbale que le
Chroniqueur; il les paraphrase et les polit beaucoup moins que ne l'aurait « demandé l'usage grec. Au moins dans l’évangile il n’invente pas les discours. Au M
contraire, un écrivain grec aurait respecté les faits, mais inventé les discours.
Luc respecte les paroles de Jésus plus que le récit des événements que lui four- «
nissent ses sources. Ce procédé est juif : l’enseignement de la Loi est son idéal D
plutôt qu'un récit complet et exact des événements. En est-il de même dans 168.
Actes? Les discours des apôtres n'avaient pas la même autorité que ceux de -
Jésus et quoiqu'il soit possible qu'il y ait eu similitude de traitement pour les «
uns et les autres, il est possible que l'écrivain ait suivi des plans différents dans
. son évangile et dans les Actes. La question ne peut être résolue d’une manière
définitive, car nous n’avons pas, comme pour l’évangile, les documents originaux dont Luc s’est servi pour les Actes.
Sur la façon de distinguer les diverses sources d’un écrit, cf. ci-après, p. cv. De l'étude des sources il résulte les conclusions suivantes : L'examen linguistique des Actes tend à prouver que toutes les parties du livre ont été écrites
par le même auteur, quoiqu'il ne soit pas impossible qu'un éditeur habile ait
utilisé des sources diverses, soit dans la ‘première partie, soit dans la seconde et n'ait retravaillé ces diverses parties en leur imprimant une certaine uniformité de style. Mais comment expliquer les différences que l’on constate entre la première et la seconde partie des Actes? Dans la première partie les. sources transparaissent assez nettement, soit du fait de la langue, soit surtout du fait des événements racontés, qui ne se suivent pas dans leur ordre naturel et présentent d'assez nombreuses divergences entre eux, tandis que dans la seconde partie la langue et le style sont très unifiés et les événements se suivent dans leur ordre naturel et présentent peu de différences entre eux.
Sont ensuite exposés les divers stages de la formation des Actes, cf. ci-après.
HISTOIRE ΡῈ LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES
L'écrivain des Actes ἃ omis des faits ou les a résumés et cela dans un but apologétique et surtout didactique. Il voulait faire l'apologie du christianisme devant les païens et défendre l’Église contre les soupçons du monde officiel. Mais il voulait surtout enseigner aux fidèles et surtout aux gentils ce qu'ils devaient croire sur Dieu, sur Jésus, sur le Saint-Esprit, sur le royaume de Dieu, sur le pardon des péchés, sur la résurrection des morts; cf. ci-après, p. civ ss.
La tradition ecclésiastique, représentée par le canon de Muratori, par saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène, Eusèbe, saint Jérôme, Adamantius, Priscillien, affirme l'identité d'auteur du [119 évangile et des Actes. C. W. Emmet plaide pour la tradition et H. Windisch, contre celle-ci; tous deux examinent si le Paul des Actes répond à celui des épiîtres pauliniennes. Afin de faire accorder sur les voyages de Paul à Jérusalem les récits des Actes avec celui de Paul dans l’épître aux Galates, Emmet adopte l'hypothèse qui identifie Actes, x1, 80; xu, 25 avec Gal. 11, 1-10 et il donne ses raisons; cf. ci-après, p. Lxxxr. Il conclut que le Paul des Actes est le même que celui des épîtres pauliniennes. Windisch soutient la thèse contraire : diverses difficultés s'opposent à ce que Luc, compagnon de Paul, ait pu écrire les Actes. Les paroles que Luc prête à Pierre et à Jacques n’ont pu être prononcées par ceux-ci. Pour les autres diffi- À cultés que soulève Windisch, cf. ci-après, p. Lxxxvr. Il conclut que l’auteur des 3 Actes n’est pas Luc. L'auteur a probablement rassemblé des traditions tardives sur Paul et les actions des premiers apôtres. Il était déjà assez loin des conflits 4. qui s’élevèrent à l'origine dans les églises chrétiennes pour ne pas en connaitre ‘4 ou en comprendre l’acuité et, de ce fait, pouvoir affirmer l'union entre les apôtres de l’origine. Le nom de l’auteur devait être perdu quand l'ouvrage a été. publié; on savait peut-être seulement que Luc avait écrit un journal, ou bien, on ΠΝ le concluait des faits racontés dans les derniers chapitres. Le paulinisme de Luc est une fiction; l’auteur des écrits attribués à Luc connaissait quelques bribes de la théologie de Paul, Act. x, 38 ss.; xv, 11, mais il n’introduisait pas dans k lévangile primitif les formules et les dogmes pauliniens. Il est possible que o le journal de route fut primitivement un document indépendant dont les Actes À auraient été une élaboration ou une revision non historique. Cet auteur est 10 l’auctor ad Theophilum. A-t-il connu ou non les épitres pauliniennes; était-il médecin, était-il natif d'Antioche? Toutes questions qu'il est impossible de τὴ résoudre d'une manière définitive.
Donc, affirme Windisch, une partie de la thèse de l’école de Tübingen reste établie; les Actes n'ont pu être écrits par un disciple de Paul, parce que l’auteur n’a pas une idée exacte des événements qui se sont passés soit avant, soit pendant l’activité missionnaire de Paul, de ce que Paul a accompli et des doctrines fondamentales de sa théologie. Mais l’autre partie de l'hypothèse, à savoir que l’auteur a écrit dans le but spécial de montrer l'accord entre les partis pétrinien et paulinien reste caduque. Il y ἃ des traces de suppression des faits déplaisants, mais pour l’ensemble l’auteur avait plus ou moins conscience que tout était en harmonie pendant l’âge apostolique et que la conversion des gentils était dès le commencement dans le plan des apôtres. De telles idées pouvaient être celles d'un homme de l’âge postapostolique de 80-100 après J.-C. ; connaissant leur non-réalité historique, Luc les aurait rejetés.
Comme points subsidiaires H. J. Cadbury et les éditeurs étudient à nouveau la
£DIT INTRODUCTION
question de Luc médecin, et concluent que ni Hobart, ni Harnack n’ont examiné «suffisamment l'emploi des phrases qu'ils qualifient de « médicales ». Le fait qu'un
terme est trouvé dans un ouvrage de médecine ne prouve rien sur la profession .
de l'écrivain qui l’a employé, s’il est employé de la même façon partout ailleurs. Sur les rapports entre Luc et Josèphe, les éditeurs ne trouvent aucun argument qui permette d'affirmer la dépendance de l’un à l’autre.
Reste à publier le commentaire sur le texte des Actes; c’est par lui qu'on “pourra juger exactement de la position critique et exégétique des auteurs de cet ouvrage : The Beginnings of Christianity : Part 1. The Acts of the Apostles.
N'ayant pas entre les mains l'ouvrage de ἢ. Schütz, nous en empruntons une |
“analyse sommaire à un article du P. Lemonnyer dans la Revue des Sciences
philosophiques et théologiques, janvier 1923, p. 17. Dans son ouvrage : Apôtres
et disciples (1), R. Schütz, en réaction complète contre les théories à la mode,
développe cette idée originale que les apôtres ne sont apparus qu’assez tard “après la mort de Jésus, et au sein de la communauté juive de Jérusalem dont ils furent les fondateurs et les chefs. A côté d'eux et avant eux existaient les disciples et leur mouvement religieux, sorte de religion prophétique affranchie -de la Loi, issu de la prédication de Jésus dans la Galilée hellénisée et dans les régions voisines. C’est des disciples et dès la première heure que Jésus a reçu .son titre de Seigneur.
Schütz, appliquant sa découverte à la critique littéraire du livre des Actes, croit
x reconnaître la présence de deux documents fondamentaux, dont l’un émaneraït des apôtres et l’autre des disciples. Ces documents se retrouveraient, quoique
fi | moins faciles à discerner dans les évangiles synoptiques. Si bien qu'il faudrait
disposer dans cet ordre les toutes premières phases de l’histoire chrétienne : Jésus, des disciples (forme hellénisante de l’évangile), les apôtres (forme juive de l’évan- gile). Cf. sur cet ouvrage le compte rendu de la Revue biblique, 1922, p. 304. Pour E. de Faye (2) le livre des Actes est la continuation de l’évangile de Luc; eur style est pareil ; de minutieuses comparaisons portant sur leur vocabulaire
ont montré que les termes caractéristiques se trouvent chez l’un et l’autre à peu
près dans les mêmes proportions. Leur méthode de composition est identique : J'auteur met en œuvre des sources écrites et des traditions orales qu'il réunit de son mieux; il s'applique à les fondre dans son exposé et les revêt en général de son propre style. Enfin, l'esprit, les tendances, les conceptions personnelles -qui se révèlent dans les deux ouvrages sont les mêmes. Toutefois elles appa-
raissent beaucoup plus nettement ἜΣ les Actes, où l'initiative de l’auteur s’est u
déployée avec une plus grande liberté.
Les critiques sont d'accord pour reconnaître que l’auteur des Actes a utilisé ans tout le cours de son livre une ou plusieurs sources écrites; il est très difficile de les distinguer. L'auteur a utilisé des sources très librement et en général sans les copier. Il y a pris ce qui convenait à son dessein et en l’expri-
mant dans son propre style. Ainsi ont été effacées la plupart des différences qui
permettraient de distinguer les écrits qu'il a mis en œuvre. Il n’a pas cependant dissimulé complètement les documents qu'il incorporait dans son travail. 1] (1) Apostel und Jünger : eine quellenkrilische und geschichtliche Untersuchung über die
ÆEntsiehung des Christentams, Giessen, 1921.
(2) La Bible du centenaire, t. IV : Les Actes des Apôtres, Paris, 1922.
HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. ΓΕ ΠῚ
les copie parfois littéralement, conservant leurs tournures ou leurs expressions
particulières (par exemple, la narration à la première personne du pluriel, le
terme «la voie » pour désigner le christianisme). Ailleurs il y intercale des renseignements pris autre part, mais assez gauchement pour que la suture reste visible. Il lui arrive encore d’amalgamer, sans les harmoniser suffisamment, des traditions différentes et qui présentent les événements de deux manières inconciliables. C’est à l’aide de ces divers indices que l'analyse critique peut arriver à discerner les sources du livre des Actes.
Dans la première partie des Actes, origines de l’église de Jérusalem et de la. mission chrétienne, de Faye distingue deux sources principales, contenant deux conceptions différentes des événements très étroitement unies, mais néanmoins:
inconciliables; il reconnaît dans cette première partie une source écrite à:
laquelle on doit attribuer certainement la plus ancienne version de la Pentecôte,
le récit de l’acte généreux de Barnabas, de la guérison du paralytique et de la prédication d’ Étienne. C’est elle encore qui racontait la dispersion des amis du: martyr (vint, 1°, 4), leurs premiers essais d'évangélisation en dehors de la Judée, la fondation de l'Église d’Antioche (xr, 19-21; xiu, 1-3) et aussi probablement le conflit survenu dans cette ville entre les païens convertis et les judéo-chrétiens- (xv, 1-2; 4-5). Tout ce récit est sobre, pittoresque et vivant. L'auteur est très.
près des événements qu'il rapporte, s’il n’en a pas été le témoin oculaire. On ἃ.
supposé que cette source provenait d'Antioche en Syrie, à cause des détails. particulièrement précis qu’elle donne sur l’église de cette ville.
L'autre source, quelle qu’en soit la nature, est loin d’avoir la même valeur. Le merveilleux y abonde, ses récits ont un caractère vague et flottant. Elle décrit les faits comme on pouvait se les représenter à une assez grande distance: de l'événement. On ne doit donc l'utiliser qu'avec une grande réserve.
Restent des morceaux étendus, évangélisation de la Samarie, miracles opérés.
par Pierre, conversion de Corneille, délivrance de Pierre, dont la matière est très. différente du vieil écrit qu'ils encadrent. Ceux-ci sont brefs, précis, pittoresques. 115 font l'effet de choses vues. Les récits que le rédacteur y a intercalés ont un. tout autre caractère. Les détails qui trahissent l'observation directe manquent,. alors que ceux qui relèvent de la légende abondent. Le style est flottant, imprécis comme l’histoire elle-même. On y remarque surtout le nombre et l'étrangetédes miracles, ce qui prouve qu’ils proviennent de la tradition populaire. Ces. remarques sufliront pour faire comprendre que ces parties des Actes ont moins de valeur historique que le reste. Elles proviennent, selon toute apparence, detraditions orales.
Dans la seconde partie des Actes, biographie de Paul, on remarque surtout les passages en « nous »; ces passages sont très sobres. On n’y rencontre rien qui choque la vraisemblance ; le merveilleux, quand il s’y trouve, est fort tempéré. Les détails précis abondent et rendent les récits vivants et pittoresques. Celui qui les 8 écrits savait observer. Ce sont comme les feuillets détachés d’un journal de voyage. Aussi ces endroits des Actes donnent-ils une très vive impression de réalité historique. On s'accorde à penser que le document d’où ces fragments ont été tirés émane de l'entourage de Paul. Il est l'œuvre d’un de ses compagnons. C'est donc une source de premier ordre.
A côté des extraits qui proviennent de ce document se trouve une suite de
PA ἢ
LIV Ÿ INTRODUCTION
récits qui racontent les voyages missionnaires de Paul, où l’on relève la même
sobriété et la même précision des détails. On se demande si ces passages ne.
faisaient pas partie du journal de voyage: En tout cela quel a été l'apport du rédacteur ? Ce rédacteur, quel qu'il soit, a euentreles mains un ou plusieurs écrits. de grande valeur. Il a, en outre, recueilli d’intéressantes traditions orales. C’est avec ces matériaux qu'il a entrepris une histoire des origines du christianisme. Comme sa documentation n'avait pas à ses yeux de caractère sacré, il l’a utilisée avec une entière liberté. Aussi sa part personnelle dans la composition de son livre est-elle importante. Elle paraît, dans les Actes, plus sensible et plus étendue que dans l’évangile. Il importe de la délimiter, autant que cela peut se faire.
Dans l'apport du rédacteur, il faut mentionner tout d'abord les discours des Actes. : Il y en a qui paraissent être de libres compositions de l’auteur. Les circonstances où ils ont été prononcés excluent toute reproduction exacte, parfois même toute
tradition orale qui aurait pu les conserver. C’est le rédacteur qui les a écrits, à l'exemple des historiens de son temps, en les appropriant de son mieux aux
circonstances particulières. De ce genre sont le discours de Pierre à la Pentecôte
et ceux de Paul aux Juifs d'Antioche de Pisidie, à Athènes, devant Agrippa. Il en est d’autres dont la tradition a conservé la substance et auxquels le rédacteur a donné seulement la forme oratoire. Ainsi le long plaidoyer qu'il met
dans la bouche d'Etienne n’a probablement pas été prononcé. Mais sûrement il
contient un résumé de l’enseignement du martyr. Etienne a été d'une extrême
ο΄ hardiesse; il a rompu avec le judaïsme. Si l'accusation dont il fut l’objet est
tendancieuse, elle est vraie pour le fond. A des indices fort clairs, on voit que sa prédication contenait de violentes censures à l’adresse des Juifs et de leur religion formaliste.
L'intervention du rédacteur se fait aussi sentir ailleurs. Il paraît certain que
sa part est assez grande dans la composition de plusieurs récits. Tel est le cas de ceux qu’il emprunte à des traditions orales et que nous avons déjà signalés. On doit faire une remarque analogue à propos du récit de la conversion de Paul. Le fond en est sûrement historique. Mais à côté des détails pris à bonne source,
l'auteur des Actes ἃ mis en œuvre des traditions dont la valeurest très médiocre.
Le récit de la conférence de Jérusalem, xv, ainsi que le décret apostolique, xv, 28, doivent aussi être attribués au rédacteur.
Comme caractéristique de la manière de l’auteur, les discours des Actes ont une valeur typique : cela ressort et de leur contenu et de l'endroit où ils sont placés. Le premier discours de Pierre qui inaugure l’évangélisation à Jérusalem, est un modèle de prédication auprès des Juifs ; le discours de Paul à Antioche de Pisidie, au début des granüs voyages missionnaires, est un modèle de prédication devant les païens; le discours d'Athènes est un modèle d’apologie du chris-
tianisme en face de la philosophie grecque. Parfois aussi le rédacteur donne aux
événements la valeur d’un programme prophétique (par ex. le récit de la Pentecôte), ou il leur prête uu caractère symbolique qu'il se plaît même à souligner (p. ex. la conversion de Corneille : χε, 1-18).
De l’ensemble il résulte que le rédacteur n’a pu être contemporain des événements qu'il raconte; il ne peut donc être Luc le médecin, le compagnon de Paul. Il pourrait être l’auteur des passages en « nous ». Quoi qu’il en soit, le livre actuel des Actes appartient à une génération ultérieure. Il doit se placer à une
de
date assez voisine de celle du troisième évangile dont il forme la suite. Il semble refléter les idées qui avaient cours dans les milieux chrétiens de Rome vers la fin du premier siècle. Quant à la fin abrupte des Actes, aucune des hypothèses que l'on a présentées ne l'explique suffisamment.
Voici la conclusion de de Faye : « On a vu que ce livre fait une certaine place à des traditions légendaires, et qu'il est, dans une assez large mesure, tendancieux. Mais nous avons discerné dans sa trame, du commencement à la fin, un fil d'histoire très solide. L'écrivain a utilisé des documents qui nous font remonter jusqu'aux témoins oculaires, et dont la valeur ne saurait être exagérée. Sobre, précis, sans prétention littéraire ni exagération mystique, il décrit les événements tels qu'ils se sont passés. Sous la rhétorique et l'hagiographie du rédacteur, ils permettent de retrouver l'histoire véridique des origines de l'Église. Cette histoire n’est pas, dans sa forme, aussi surnaturelle que le livre des Actes voudrait nous la représenter. Mais pour être plus humaine, elle n'en est pas moins divine. L'Esprit de Jésus y besogne dans les âmes avec une singulière
puissance. Π y fait naître une foi, un enthousiasme, qui les élèvent au-dessus de.
toutes leurs faiblesses et les rendent capables de tous les sacrifices. Il produit en grand nombre des héros de la vie spirituelle qu'aucun obstacle n'arrête, qu'aucun danger n’épouvante et qui propagent le nom de Jésus avec une inlassable persévérance. La réalité n’est certainement pas inférieure à la légende. Et l'on comprend que l'Église du Christ, si richement pourvue de toutes les
armes de l'Esprit, ait fini par conquérir le monde. »
Si maintenant nous voulions résumer cette longue revue des opinions critiques sur les Actes des apôtres, nous aurions quelque difficulté à dégager une conclusion nette. Il est certain, en effet, que dans l'étude des Actes on n'a pas marché de progrès en progrès. Quelques points, qui semblaient définitivement acquis, comme le caractère caduc de la thèse de l’école de Tübingen, sont aujourd'hui repris plus ou moins en sourdine. On rejette une partie de la thèse, mais on en garde d’autres parties, dont on s’inspire plus ou moins. On a plutôt, à première vue, l'impression qu'on a piétiné sur place; on retrouve constamment les mêmes hypothèses plus ou moins modifiées.
ΤΙ reste toutefois que les travaux de Harnack constituent un apport sérieux en
faveur des données traditionnelles, relatives à l’authenticité et à la valeur his-
torique du livre des Actes. Bien que les conclusions de l'historien allemand aient soulevé les plus vives critiques dans le camp de l’exégèse rationaliste, elles ne se sont pas moins imposées à nombre de commentateurs qui ont tenu à en souligner toute l'importance. Même chez ceux qui ne veulent pas encore considérer les Actes comme une œuvre historique, il y a de plus en plus une tendance à y rechercher des documents et des matériaux de valeur. Il y ἃ sans doute des auteurs, Norden, J. Weiss, Loisy, qui gardent sur les Actes des vues qui ont, à tout le moins, un caractère nettement systématique. Mais on ne peut nier que, dans l’ensemble, il n’y ait un effort pour se dégager de tout ce qui serait conclusion manifestement exagérée, pour reviser les points admis trop vite et sans discernement approfondi, pour se rapprocher, en somme, des données traditionnelles. La marche dans ce sens peut être lente; il semble cepen-
dant qu'elle a commencé.
HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. LV
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