‹ Les Actes des ApôtresChapitre 24 sur 358 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

E. - TémoicnAGe DE LA TRADITION. — Depuis la fin du n° siècle, la tradition M

chrétienne affirme que le troisième évangile et les Actes des Apôtres ont été écrits par Luc, le médecin, dont parle Paul dans l’épître aux Colossiens, dans celle à Philémon, et la ΕΠ à Timothée. Voiei son témoignage concernant [65 Actes.

Le canon de Muratori, écrit probablement vers 170, est très net; en voici le

texte corrigé, lignes 34-37 (1). Acta autem omnium apostolorum sub uno libro

scripta sunt. Lucas optimo Theophilo comprehendit quia sub praesentia ejus singula gerebantur.

Saint frénée, un peu plus tard, entre 181 et 189, est le plus ancien auteur qui attribue explicitement les Actes des apôtres à Luc, sectator Pauli, quod ab illo

: praedicabatur Evangelium, in libro condidit (2); il en cite une cinquantaine de

passages et il attribue quelques-uns d’entre eux à Luc (3), en particulier, le journal de vovage. Après en avoir cité plusieurs passages, il conclut : Omnibus

his cum adesset Lucas, diligenter conscripsit ea (4); il cite encore divers autres passages des Actes que Luc nous a transmis (5); il résume ou donne presque en

entier les discours de Pierre, tels que nous les lisons dans les Actes, τι, 22-36; ir, 42-26; celui de Paul à Athènes, xvir, 22-31; ceux de Pierre et de Jacques à la conférence de Jérusalem, xv, 7-11; 13-21; 23-29 (6). « [rénée atteste à la fois le caractère inspiré de ce livre (les Actes) puisqu'il le cite comme Écriture divine, son authenticité, puisqu'il l’attribue expressément au troisième évangile suivant Luc, sa véracité, puisque l’auteur, disciple des apôtres et particulièrement de saint Paul, ἃ été bien renseigné et qu'il a été témoin

oculaire d’une partie des faits qu'il raconte, enfin son autorité pour nous

faire connaître la doctrine des apôtres, qui est conforme à celle du Seigneur Jésus, des prophètes de l'ancienne alliance et de la législation mosaïque (7). » Sanday (8) a relevé tous les passages du N. T. qu'on trouve dans les œuvres de saint Irénée.

(1) E. Jacquier, Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne, I, p. 200.

(2) Ado. Haereses, tit, 1.

(3) Adversus Hacreses, 111, 43, 8.

(4) Thid., 111, 14, 1.

(5) Zbid., 111, 15, 1.

(6) fbid., 111, 12.

(7) MANGENOT, Témoignage de saint Trénée sur les Actes des apôtres : Revue des sciences rel., T, p. 97.

(8) Nouum Testamentum sancti Irenaei, Oxford, 1923, pp. 1-203.

Citons encore les témoignages de Tertullien (1) : Porro cum in eodem commen- |tario Lucae, et tertia hora orationis demonstretur, sub qua Spiritu Sancto initiati | pro ebriis habeantur; et sexta, qua Petrus ascendit in superiora; de Clément | d'Alexandrie (2) : Καθὸ καὶ ὃ Aouxäc ἐν ταῖς Πράξεσι τῶν ἀποστόλων ἀπομνημονεύει τὸν Παῦλον ΗΝ λέγοντα : "Avdoes ᾿Αθηναῖοι, et encore : Sicut Lucas quoque et Actus Apostolorum | style exsecutus agnoscerat, et Pauli ad Hebraeos interpretaius (3); d'Origène {4}: "ms | Kat ᾿ἸΙούδας δὲ ὃ para ὡς ὃ Λουχᾶς ἐν ταῖς Πράξεσιν τῶν ἀποστόλων ἔγραψεν, ἐδουλήθη. Ι ᾿ἕαυτόν τινα εἰπεῖν μέγαν, καὶ πρὸ ἐχείνου Θευδᾶς; des Constitutions apostoliques (5) : Ὥς mou λέγει ὃ Λουκᾶς : Ὧν ἤρξατο δ᾽ ᾿Τησοῦς ποιεῖν al διδάσχειν; de saint Jérôme (6) : Lucas... Acta vero apostolorum sicut viderat, composuit. Tous ces témoins ‘10 s'accordent à attribuer les Actes des apôtres à Luc. Eusèbe les place parmi les τὰ

homologoumènes, c'est-à-dire parmi les livres acceptés dans toute l'Eglise (7), Ἢ et déclare que Luc en est l’auteur (8) : Καὶ Λουχᾶς, ὃ mat τὰς Πράξεις τῶν ἀποσ- a. τόλων γραφὴ παραδούς. Cf. le prologue monarchien à Luc, attribué à Priscillien. Ἢ

Les Actes cependant devaient être peu connus puisque, encore au v° siècle, 3 saint Chrysostome (9) affirmait que πολλοῖς τουτὶ τὸ βιόλίον οὐδ᾿ ὅτι ἔνι IA ἐστιν, ΝΥ

οὔτε αὐτό, οὔτε ὃ γράψας. αὐτὸ καὶ συνθείς. Mais cette Homélie ne fait un qu’à une οὐ certaine ignorance populaire des Actes, et non à celle de l’ensemble de l'Église. Une Ἢ

Tes

autre FAT de saint Chrysostome (10) affirme que beaucoup ignorant quel était à l’auteur, les uns attribuent les Actes à Clément de Rome, d'autres à Barnabé, % d’autres à Luc l'évangéliste. Ce même témoignage est répété par Photius (11) : à Τὸν δὲ συγγραφέα τῶν Πράξεων οἱ μὲν KAñuevra λέγουσιν τὸν Ρώμης, ἄλλοι δὲ Βαρνάόαν, χαὶ # Λουχᾶν τὸν εὐαγγελιστήν. Îl est probable que l'auteur de l'Homélie ainsi que 2

Photius ont confondu le témoignage de la tradition sur l’auteur de l’épître aux Hébreux avec celui sur l’auteur des Actes. On ne voit nulle part ailleurs que les Actes aient été attribués à Clément Romain ou à Barnabé. Cette Homélie, en outre, n'est probablement pas authentique.

Ces témoignages de la tradition sont dérivés en grande partie des prologues du {Π19 évangile et des Actes, ainsi que des épîtres pauliniennes.

IT. — Érupe INTERNE pes Acres. — Ce témoignage de la tradition sur Luc, auteur tout à la fois du III° évangile et des Actes, est corroboré par les faits suivants. 4, Nous avons dans les Actes un journal de voyage écrit par un com- ᾿ pagnon de Paul. Or, 2, ce compagnon de route était Luc. Mais, 3, l’auteur de ce ἣν Journal est celui qui a écrit le livre des Actes tout entier. 4, L'auteur des Actes est celui qui a écrit le troisième évangile, lequel est Luc, d’après la tradition.

(1) De Jejunio, x; cf. Adv. Mareionem, νι, 2.

(2) Strom., ν, 12.

(3) Adumbrat. in 1 Petri Epistolam.

(4) Contra Gelsum, νι, 11; cf. Homilia in Lucam. MIGNE, Χχνι, 231. Ἢ

(5) Const. apost., 11, col. 6.

(6) De viris ill. c. 7; cf. Com. in Esaiam, ΠΙ; 6; Epist., Lurr, 9, ad Paulinum ; Praefatio in Comm. in Matthaeum, MiGNE, XXVI1, 18.

(7) Hist. eccl., 111. 25, 1.

(8) Zbid., τι. 22, 1. Cf. 1, 4, 1, &, 6, 24, 25.

(9) Hom.., 1, 1,in Acta apostolorum.

(10) Hom. γι in ascensionem οἱ inilium Actorum, MoNTrAUCON, Opp. Chrysost, 111, Ὁ.

(11) Quaesl..in Amphil. 145.

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EVIL INTRODUCTION

Donc, l'auteur des Actes est Luc. Nous avons à développer et à | prouver ces divers points.

4. Au chap. χνὶ des Actes, la narration change de forme. Tandis qu'elle est encore impersonnelle dans les κ΄. 1-9 : « [ls traversèrent la Phrygie... ils descendirent à Troas », subitement, sans transition, elle devient personnelle, ÿ 10 : « Nous cherchâmes aussitôt à passer en Macédoine », et elle l’est jusqu’au κὁὶ 17, où est raconté l’'emprisonnement de Paul et de Silas à Philippes. La suite des voyages de Paul à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe;,:à Jérusalem, à Antioche, à Ephèse, à Corinthe, est racontée à la troisième personne jusqu’au départ de

Paul de la ville de Philippes, lors de son troisième voyage, xx, 4. Le récit per- sonnel recommence au ÿ 5 et continue ensuite jusqu'à la fin du livre, xx, 5-15;

, 1-18; xxvir, 1-xxvinr, 16, avec des intermittences qui ne prouvent pas que les parties intermédiaires ne fassent pas, elles aussi, partie du journal de voyage, car les faits y sont racontés avec la même minutie de détails, que dans

les récits personnels. Les np ont lieu quand l’auteur raconte des faits

personnels à l’Apôtre, auxquels il n’a 4û prendre aucune part : l'entrevue de Paul avec les presbytres d'Éphèse, xx, 17-38, avec Jacques et les presbytres de Jérusalem, l'arrestation de l’Apôtre et sa captivité à Césarée, χχι, 19-xxvr, 32. Nous n'avons pas à tenir compte de l'introduction du pronom personnel au

| ch. xr, 27, lecon du seul codex de Bèze. Or, il ressort de tous les détails du récit

que l'écrivain de ce journal a pris part au voyage. Il connaît très bien la route

que l’on a suivie, les villes où l’on a passé : xvr, 11, 12; xx, 5, 6, 13, 14, 15; xx,

1-3, 7; xxvu, 2 : χχνπι, 11-15. Il raconte les plus petits incidents du voyage: xvI, 11, 12: xx, 6, 7, 11, 15; xx1, 1, 4, 5, 7, 8; xxvit, 2; il rapporte les circonstances les plus insignifiantes : xvr, 12; xx, 13; etc.; bref, il se montre en toutes circonstances témoin oculaire des faits racontés. τ est absurde de supposer, ‘comme on l'a fait, que l’auteur du livre a, de temps en temps, parlé à la première personne pour donner plus de vie à son récit ou pour faire croire qu'il

avait été témoin des faits.

Nous ne discuterons pas toutes les hypothèses qui ont été émises sur l'origine et la nature de ce journal de voyage, constatons seulement que la plus autorisée et la mieux soutenue est celle qui tient ces passages en « nous » pour les fragments d’un journal de route tenu par un compagnon de Paul, ainsi que nous venons de le dire. L'emploi dans ce récit tantôt de la première personne, tantôt de la troisième, n'a rien d'extraordinaire. « Norden (1) a établi que le mélange des personnes est d'usage courant dans des récits de magistrats, de chefs d'armées, de gouverneurs de provinces, de voyageurs qui, rendant compte d'événements ou d’expéditions accomplies sous leur autorité, emploient la première ou la troisième personne suivant qu'ils ont été ou non présents aux faits qu'ils relatent. Il cite (p. 318 5.) des lettres de Cicéron à Atticus (v, 20) et à Caton (ad Famil. xv, Δ) relatives à son expédition de 51 en Cilicie, dont on peut admettre qu'elles doivent sensiblement reproduire la physionomie de son rapport officiel au Sénat. Dans ces lettres Cicéron emploie tantôt la première personne du singulier ou du pluriel, tantôt la troisième. Au même type de documents se rattache la relation du roi Ptolémée ΠῚ Evergète sur la campagne de 247-240

(1) Agnostos Theos : zur Komposilion der Acta apostolorum, p. 316 58.

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EPS

contre la Syrie, où se trouvent également combinés un récit de témoin et une

relation à la troisième personne (1) ». Norden cite encore divers exemples de ce

procédé, p. 321 ss. On pourrait rappeler que Paul dans ses épitres parle tantôt

à la première personne du singulier et tantôt à la première personne du pluriel,

Il n’y a donc aucune difficulté à admettre que les fragments en « nous » faisaient

partie d'un journal de route tenu par un compagnon de Paul, qui racontait les faits auxquels il avait assisté et complétait son récit à l’aide de sources orales ou peut-être écrites, pour quelques-unes du moins.

2. Ce compagnon de route de l'Apôtre était Luc. Nous connaissons quatre compagnons de Paul : Timothée, Titus, Silas et Luc, qui auraient pu écrire ce journal (2). Or, le premier est exclu par le récit même des Actes. Au ch. xx, 4, il est dit que plusieurs frères, et parmi eux Timothée, accompagnèrent Paul jusqu’en Asie, mais qu'ils prirent les devants et, dit l'auteur du journal, « nous attendirent à Troas, mais nous, nous nous embarquâmes à Philippes et nous les rejoignimes à Troas ». Ce n’est pas Timothée qui n’était pas demeuré avec Paul, qui peut parler ainsi. De plus, au ch. xvr, 1-9, Timothée accompagne Paul à travers la Phrygie et la Galatie et l’auteur cependant ne parle pas à la première

personne.

Titus et Silas doivent être exclus pour des raisons analogues; tous les deux

ont été compagnons de Paul dans des voyages antérieurs à ceux que raconte le journal de route, Gal. τι, 3; Act. xv, 22. Même à un moment où Silas est avec Paul, le récit reste au mode impersonnel, xvi, 19. De plus, ni Titus, ni Silas ne paraissent avoir accompagné l'Apôtre pendant son troisième voyage missionnaire, celui qui est raconté dans le journal, et, en tout cas, ils n'étaient pas à Rome avec lui pendant sa captivité.

J. A. Blaisdell (3) confronte le journal de route avec les données des épitres pauliniennes et il conclut que le rédacteur de ce Journal serait Epaphrodite, Php. τι, 25; 1v, 18, qui apparaît dans l'épitre aux Colossiens sous le nom d'Épaphras, 1, 7; 1v, 12. Mais Epaphrodite n’est pas mentionné parmi ceux qui suivirent Paul jusqu'à Rome.

Seul, Luc était à Rome avec Paul pendant ses deux captivités, Col. 1v, 14; Philem. 24; 11 Tim. 1v, 11. On ne voit pas d’ailleurs pourquoi la tradition aurait attribué ce journal de route et par suite les Actes à Luc, personnage à peu près inconnu, si celui-ci n’en était pas véritablement l’auteur. Or, le témoignage de saint Irénée est formel à ce sujet. Il prouve, en citant le journal de route, que Luc était le compagnon de Paul (4).

Tout en admettant que Luc est l’auteur du journal de voyage, ne peut-on pas supposer que l’auteur des Actes s’en est servi comme d’une source de son récit, ainsi qu'il l'a fait pour d’autres parties de son travail, et qu'il ἃ gardé le ton personnel de ce diarium pour donner plus d'autorité à son livre en établissant qu’il avait été le compagnon de Paul et le témoin d’une partie des événements, ou bien ne peut-on pas croire qu'il ἃ inséré le journal dans son livre sans y rien

{1) Citation de Gocuez, Le Livre des Actes, p. 16k.

(2) Chacun d'eux ἃ ses tenants; cf. Wenpr, ie Apostelgeschichte, Ὁ. 17.

(3) T'he authorship of the We Seclions of the Book of the Acts, Harvard theol. Review, 1920, p. 136-158.

(4) Adv. Haer. 1x, 14, 1.

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