‹ Les Actes des ApôtresChapitre 233 sur 358 · V-x, 14-48. CONVERSION ET BAPTÊME DE CORNÉLIUS · texte numérisé non relu

V-x, 14-48. CONVERSION ET BAPTÊME DE CORNÉLIUS

Ge récit détaillé de l'admission d’un gentil dans la communauté chrétienne ouvre une nouvelle phase de la vie de l’Église. Celle-ci se dégage nettement du judaïsme pour se constituer à l’état indépendant, en ouvrant ses rangs à ceux que le judaïsme avait tenus jusqu’à présent pour des étrangers avec lesquels on ne devait avoir aucun

rapport, ni religieux, ni même civil dans la mesure du possible. Le prince des apôtres

devait être celui qui, instruit par FEsprit-Saint, briseraït la barrière et reconnaîtrait qu'il n'y avait plus lieu de maintenir la distinction entre aliments purs et aliments impurs et par conséquent entre leshommes de quelque nationalité qu’ils fussent et que donc tous, Juifs et gentils étaient appelés au salut par Jésus-Christ. L'évañgéliste Philippe avaït, il est vrai, baptisé un non Juif, mais ce m'était là qu’un cas isolé — PEunuque ne fit pas partie de la communauté chrétienne — et il n’y eut pas de déclaration de principes. Cornelius enim Romanus et miles personam mundi ethnici apte refert, et Petrus, Apostolorum princeps totiusque Ecclesiae eaput, Ecclesiam legitime repraesentat. Ipse omnium primus Judaeïis Evangelium praedicaverat; omnium primus quasi officiali modo praedicabit et gentilibus, et publice decernet Legis mosaicae : observantiam ad salutem non requiri nec esse gentilibus imponendam, Camer- Lynx. Tam insignis autem fuit haec innovatio, qua mirum incrementum religionis christianae factum est, ut propterea Lucas narrationi huic immoretur neque vereatur bis terque eadem repetere, epica plane ubertate et prolixitate narrandi usus, x, 1-xt, 18, Brass. Pour un Juif, tout incirconcis, même les seéduevor τὸν Θεόν, étaient regardés comme des païens avec qui l’on ne pouvaït manger. Ce récit des rapports de Pierre avec Cornélius traitera donc tout d’abord de la question des observances légales.

ÿ 1) Luc, en bon historien, décrit d’abord le personnage principal, Cornélius. Ce nom indique que c'était un Romain, maïs était-il membre de l’illustre famille des Cornelii? C’est très peu probable. Ne pouvaient porter le nom de la Gens que ceux qui en étaient issus de naissance ou en faisaient partie en qualité d’affranchis ou qui avaient obtenu la qualité de citoyen romain par l'intermédiaire d’un membre de cette Gens. Or, Cornélius, étant centurion, devait être de naissance libre et non un affranchi. S'il était devenu citoyen romain par l'entremise d’un Cornélius, il aurait gardé son ancien nom avec le gentilice comme nous en avons un exemple dans Claudius Lysias, appelé d'abord de ses deux noms, xx, 26, puis d’un seul, Lysias, xx1v, 7, 22, Il est difficile de croire cependant que Cornélius fût de naissance un Cornélius, car un centurion était un vieux soldat, sorti du rang et qui ne pouvait s'élever plus haut dans la hiérarchie militaire. IL est donc probable que Cornélius était un descendant d'un affranchi de la Gens des Cornelii; Cornélius Sylla avait accordé d'un seul coup le droit de cité à dix mille esclaves, qui prirent son nom de famille, Aprtex, Bellum εἰν, 1, 100. Cornélius descendait peut-être de l’un d’entre eux,

GEL ΄ ᾽ ΡῈ , ᾿ S = ; το ο᾿ χαλουμένης ᾿Ιταλικῆς, 2. εὐσεόὴς χαὶ φοδούμενος τὸν Θεὸν σὺν: παντὶ τῷ οἴχῳ αὐτοῦ, À f

ER € r - € \ à « a , x nr | ὁράματι φανερῶς ὡσεὶ περι ὡρᾶν ἐγάτην τῆς ἡμέρας, ἄγγελον τοῦ ἤτον εἰσελθόντα τῶ -

πὸ τ DES \ ἵ DER ΤᾺ € SUD 4 DA LA moès αὐτὸν nai εἰπόντα αὐτῷ᾽ ἹΚορνήλις. He. ὁ δὲ ἀτενίσας αὐτῷ nat ἔμφοόδος. γενόμενος

ἀνὴρ δέ τις : P ΨΙ]Ιρ. Gig. en ἤν que les autorités anciennes ont omis : le verbe est εἶδεν, Ÿ 3. Cornélius était Exarovrépyns, transcription grecque du latin centurio; ἐχ σπείρης, Centurion d’une des centuries de la cohorte. La légion romaine, forte de 6.000 hommes, était composée de six cohortes, commandées chacune par un χιλιάρχος, … xx1, 31, et de trois manipules de deux centuries, commandées chacune par un centurion, Cornélius était le chef d’une centurie. Luc emploie ἑχατοντάρχης, forme hellénistique et 2 fois ἑχατόνταρχος; ëx oxelpns (déclinaison ionienne) καλουμένης Ἰταλιχῆς. On a beaucoup discuté sur la présence à Césarée d’une cohorte appelée l’Italique. Schürer la: nie; Blass et Ramsay l’admettent. Chaque légion était subdivisée en six cohortes dont les membres étaient des citoyens romains; à côté de celles-ci, il y avait des cohortes auxiliaires, composées dé soldats des provinces, ou même de volontaires italiotes. Il ne peut cependant être question ici de la Legio italica, Tacrre, Hist. 1, 59, θά, qui ne fut levée que sous Néron. La Judée, province de second ordre, ἢ avait pas de épique naires.

ο΄ Josèphe raconte, Ant. juives, XIX, 9, 2; XX, 8, 7, qu'au temps dela mort d’Agrippa Ier, ‘en ἀξ, il y avait en garnison à Césarée cinq cohortes auxiliaires composées de citoyens de Césarée et de Sébaste et un escadron de cavalerie. Une de ces cohortes pouvait être appelée talica, comme étant formée de citoyens romains, établis à Césarée et à τ Sébaste, mais Italiens de naissance. On possède des inscriptions prouvant qu'à diverses époques il y eut en Judée une cohors Italica. Preuschen nie qu’il y en ait eu une à Césarée, au temps d’Agrippa Ie ou auparavant. Il y a eu en 69-157, à Césarée, une Cohors IT Italica, CIL, III, Suppl. 134832, vi, 3528, x1, 6117; Luc aura transposé à une époque antérieure ce qui.était d'existence postérieure; il aura rattaché Cornélius à cette cohorte sans savoir qu’elle n’était pas encore à Césarée à l’époque dont il parlait. Cf. Scaürer, I, 462, 463. Ramsay, Was Christ born at Bethlehem, p. 260-269, réfute cette théorie et pense que la cohorte que l’on trouve établie à Césarée en l'an 69 pouvait bien y être vers l’an 40, date approximative du présent récit. Knowling fait remarquer qu’en “HPpOARs qu’une cohors Italica n'ait pas été en Judée à cette époque, cela ne prouve pas qu ‘un centurion de cette cohorte n’était pas . détaché à cette époque, à Césarée, pour un service quelconque. Les princes ont souvent employé des officiers romains pour instruire leurs ronpest)

ΟΥ̓ 2) εὐσεθής, religiosus, ΤΣ : employé seul, ce terme peut qualifier un homme quelconque, un païen,mais l’adjonction de φοδούμενος τὸν Θεόν indique que probablement Cornélius était un adhérent, Cazmer, B. Weiss, du judaïsme, un demi-prosélyte, Wenpr. La piété de Cornélius ne peut être cependant entendue comme indiquant un homme pieux, observant la loi mosaïque. Luc appelle un homme de ce caractère εὐλαθής, 11, 5; vint, 2, Lc, u, 25. Cornélius était un de ces gentils, appelés aussi οἱ σεθόμενοι τὸν Θεόν, xt, 43; 50; xvi, 14; xvir, 4, 17, etc., qui sans être circoncis, acceptaient les dotirines juives, assistaient aux réunions de la synagogue, avaient ainsi appris à connaître, à adorer et à craindre Dieu. Il n’était pas, comme on l'a dit, un prosélyte de la porte ou de la justice. Cette distinction n'existait pas à cette époque. C’est probablement pour distinguer le païen qui s'était complètement affilié au judaïsme par la circoncision et Pobservation des lois mosaïques, de celui qui acceptait seulement les doctrines juives sans être incorporé au judaïsme qu’on a établi la distinction de prosélyte de la

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appelée Italique, 2. pieux et craignant Dieu avec toute sa maison, faisant beaucoup d’aumônes au peuple et priant Dieu continuellement, 3. vit clairement dans une vision, environ vers la neuvième heure du jour, un ange de Dieu entrant vers lui et lui disant : Cornélius. 4. Celui-ci, les yeux arrêtés

justice et de prosélyte de la porte. Cornélius n'était donc pas un prosélyte, car il est nettement rangé parmi les païens, x1, 1, 18. Cependant il pouvait être païen d’origine et être néanmoins un prosélyte, maïs il est dit φοδούμενος τὸν Θεόν, ce qui indique seulement un adhérent d'esprit et de cœur au judaïsme et non un circoncis; cf, HARNACK,

Mission, 1, 9; Scaürer, m1, 122; O. Hocrzmanx, 254; Berruozer, Die Stellung der Israe-

liten und der Juden zu den Fremden, p. 37 ss.

σὺν παντὶ τῷ οἴχῳ : Cornélius avait fait participer toute sa maison à ses croyances; οἴχος ne désigne pas seulement la famille naturelle, mais la maison tout entière, enfants et serviteurs; Cf. v, 10. ποιῶν ἐλεημοσύνας, 1x, 86, τῷ λαῷ, c'est-à-dire aux Juifs. Dans les

Actes, x, 42; xxvi, 17, 28; xXvinr, 17, λαός désigne le peuple juif. — δεόμενος τοῦ Θεοῦ : la

prière est unie à l’aumône. Dans l'A. T., Tobie, χα, 8; Eccli. vu, 10, la prière est unie au jeûne et à l’aumône. διαπαντός, ce qu’ co fait assidüment, continuellement. Ces M qualificatifs alourdissent la phrase d’une manière sensible.

ÿ 3) Dans ses prières, Cornélius demandait à Dieu de lui montrer la route qu'il

… “devait suivre pour aller à lui. Dieu exauça sa prière. εἶδεν : Visio divina triplex distin-

guitur : a) mentalis vel realis; 6) in somno vel inter vigilandum ; c) in exstasi vel cum usu sensuum exteriorum. CAMERLYNCK. Quels caractères a donc la vision de Cornélius ?

εἶδεν ἐν ὁράματι φανερῶς : ces trois mots expriment nettement que la vision fut réelle,

objective; il n’y a pas eu illusion des sens. εἶδεν peut signifier une vue de choses extérieures, où une vue de l'esprit, une vue de choses intérieures, mais le sens est déterminé par les deux mots suivants. ὅραμα signifie tout ce que l’on voit, tout spectacle, intérieur ou extérieur, ἐν ὁράματι : ipse ille actus vel status animi visum prodigiosum percipientis, Zorecr. Et Cornélius vit clairement, φανερῶς, manifeste, Vlg. Quippe non noctu sed interdiu, BLass. φανερῶς désigne plutôt un acte de perception extérieure qu'un acte de conscience. Preuschen soutient que φανερῶς est exclusif

de ἐν ὁράματι: si l'apparition a eu lieu dans une vision, elle ne l’a pas été φανερῶς mais

λάθρᾳ. Avec P2, Cyprien, de orat. domin. 32 : « huic circa horam nonam oranti adstitit angelus », retranche ἐν δράματι. — ὡσεὶ περὶ ὥραν Evétnv, aux environs de la neuvième heure, c'est-à-dire vers trois heures de l'après-midi. περί aurait pu être

Supprimé : oet exprime déjà la même idée. ἀν », à l’accusatif de temps. Cornélius priait aux mêmes heures que les Juifs, cf. m1, c'est d’eux probablement qu'il avait

appris à prier. La vision eut lieu pendant se prière en réponse à ce qu'il demandait

ἄγγελον τοῦ Θεοῦ, au lieu de τοῦ Ἰζυρίου, v, 10 vi, 26, qui désignait probablement le Seigneur Jésus. εἶδεν... ἄγγελον... εἰπόντα il vit un ange lui parlant : expression insolite. εἰσελθόντα χαὶ εἰπόντα : le participe aoriste désigne seulement l'acte et non le temps.

Ÿ 4) Toute la suite du récit indique que la vision a été objective : Cornélius voit un ange à qui il adresse la parole et qui répond à son interrogation. À la vue de l’ange qu'il regarda fixement, ἀτενίσας, avec le datif, αὐτῷ, 111, 12 ; χιν, 9. ἔυφοδος γενόμενος, χχιν, 25; Le. χχιν, 5, 37. ëuv060ç est ici au sens intransitif : in metum conjectus, Les classiques l’'emploient au sens transitif : metum injiciens. — τί ἐστιν : Qu’y a-t-il? Qu'est-ce? Kôpue, Seigneur: Cornélius demande humblement une explication. Ἰζύριε, titre d'honneur; le centurion a compris l'excellence de son visiteur. Par.2 ἃ « Quis es

εἶπεν Τί ἐστιν, Küpre; εἶπεν δὲ αὐτῷ Αἱ προσευχαί σου καὶ αἱ ἐλεημοσύναι σοὺ ΄ 2 27 -Ἤ - -- "7 2

ἀγέθησαν εἰς μνημόσυνον ἔμπροσθεν τοῦ. Θεοῦ. ὅ. χαὶ νῦν πέμψον ἄνδρας, εἰς ᾿Ιόππην \ am ae ! ἜΝ ΤῈ τ A] » τ χὲϊ Ἵ 11 . 6 κ᾿ ANS, = 4

Ë Ἔ Ξξ τ T ς- “ἘΦ Ω ( τὸ O7 En

Domine » qui semble plus naturel; mais la suite du dialogue répond mieux ἃ τί ἔστιν. ai προσευχαΐ : les prières : l’article indique que les prières sont constantes, régulières,

aïnsi que les aumônes, αἱ ἐλεημοσύναι. L'amour envers Dieu est uni avec l’amour envers le

prochain. ἀνέδησαν : in coelum ascenderunt tanquam sacrificia, Ps. cxzr, 2. Ce mot est employé dans l’A.T. au même sens : Ex. n1, 28; 1 Macc. v, 31. εἰς μνημόσυνον, en souvenir, en mémorial, Mc. χιν, 9. Les prières et les aumônes de Coynélius ont été agréées favorablement par Dieu qui s’en souviendra et par suite les récompensera favorablement par sa grâce. « Le mot grec, μνημόσυνον, s'emploie dans les Septante pour traduire le terme hébreu azkârà, qui désigne, la part de Dieu dans le sacrifice, ce qui étaït brûlé

sur l’autel et dont la fumée montait vers le Seigneur « en odeur agréable ». Prières et

bonnes œuvres sont assimilées au sacrifice. Ps. cxur, 2. Le discours sera beaucoup

moins naturel si l’on veut écarter la métaphore du sacrifice pour ne retenir que l’idée de souvenir, car si l’on peut dire que les prières montent au ciel pour que Dieu s’en

souvienne; la même chose ne se dit pas aussi bien des bonnes œuvres ». Lois. Ce terme est employé dans ce sens, Eccli., xxxir (xxxv), 7 : Θυσία ἀνδρὸς δικαίου δεχτὴ χαὶ τὸ

μνημόσυνον αὐτῆς οὐχ ἐπιλησθήσεται. II est douteux cependant que Dieu parlant à un non Juif ait rappelé ce détail des sacrifices du Temple, Il ἃ done simplement voulu

dire que Dieu se souvenait des prières et des aumônes du Centurion lesquelles étaient montées vers lui. ᾿

Υ 5) καὶ νῦν et maintenant, ce que Gornélius doit faire pour atteindre son but ui est.

indiqué par l’ange : qu'il envoie des hommes à Joppé et qu’il fasse venir Pierre qui

l’instruira de la conduite à tenir. μετάπεμψαι, impératif aor. moyen, envoyer chercher,

faire venir; le moyen a ici le sens du jussif hébreu. Σίμωνά τινα : τινὰ parce que Simon est inconnu au centurion. Pour le distinguer de ceux qui portaient ce nom, commun chez les Juifs, l'ange ajoute qu'il est surnommé Pierre. Il fallait d’ailleurs le distinguer de l'hôte de Pierre qui portait aussiule nom de Simon. Ici seulement et xv, 44, il est indiqué que Pierre s'appelait SimoïnMais pourquoi Pierre est-il appelé Simon par l'ange et les envoyés de Cornélius, ἢ :7, tandis que tout le long du récit il est appelé Pierre ? Nous Pignorons. ‘eù

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