XV, 30-35 : PROMULGATION A ANTIOCHE DU DÉCRET APOSTOLIQUE
ÿ 30) Οἱ μὲν οὖν, lucanien, ἀπολυθέντες, a son corrélatif dans ἀναγνόντες δέ, qui forme opposition — ou bien μέν est sans corrélatif; οἱ μέν, ceux-ci, c’est-à-dire probablement … Barnabé et Paul, auxquels furent adjoints Judas et Silas, qui semblent plutôt être désignés ici, ἀπολυθέντες, participe aoriste de ἀπολύω, délier, affranchir, congédier; ici ayant été envoyés, ayant reçu congé et cela peut-être dans uñe assemblée de la communauté comme cela eut lieu lors de l’envoi en mission de Barnabé et de Saul, χαι, 3; ils furent congédiés probablement, comme au ÿ 33, avec l’adieu de paix. χατῆλθον, ils descendirent à Antioche, actuellement Antäkîyé. Cette ville est par rapport à Jérusalem à un niveau inférieur. Avant χατῆλθον, le codex de Bèze insère ἐν ἡμέραις ὀλίγαις, pour montrer l’empressement, la hâte des messagers à porter aux fidèles d'Antioche, troublés par les judaïsants, la décision des autorités de Jérusalem au sujet des observances légales. « En peu de jours » peut s'appliquer à la brièveté du voyage ou à la rapidité du départ de Jérusalem pour Antioche. — χαὶ συναγαγόντες τὸ πλῆθος: la lettre, dont étaient porteurs les messagers, était adressée à la commu- nauté d’Antioche. Celle-ci fut donc convoquée dans son entier, ainsi que l'indique τὸ πλῆθος, la multitude. Ch. νι, 2, la communauté est aussi appelée τὸ πλῆθος, Cf. Derss- MANN, Neue Bibel Studien, p. 59. πλῆθος, chez les Attiques, s'emploie aussi pour ὃ δῆμος et pour ἣ ἐχχλησία — ἐπέδωχαν τὴν ἐπιστολήν : ἐπεδιδόναι, dans le N. T. et chez les classi- - ques signifie donner, remettre une lettre; cf. Drionore, χιν, 47; HÉRODIEN, 7, 6, 8; cf. : WETSTEIN.
Ÿ 31) ἀναγνόντες δὲ ἐχάρησαν : La lecture de cette lettre, qui eut lieu à haute voix dans
SE
30. Ceux-ci donc ayant pris congé (ayant été congédiés), descendirent à
Antioche et ayant réuni la multitude (l'assemblée) [des frères] ils remirent la lettre. 31. Or, l'ayant lue ils se réjouirent de [cette] consolation. 32. Et Judas et Silas, qui eux aussi étaient prophètes, exhortèrent et fortifièrent les frères par plusieurs discours. 33. Après qu’ils furent restés ici quelque
une assemblée de la communauté, remplit les fidèles d’Antioche de joie et de consolation : elle les délivrait de l'observation de la Loï mosaïque et attestait que ceux qui voulaient les obliger à lPobserver n'avaient pas été envoyés par les apôtres de Jérusalem. Cf. Epxrem (Cat. arm., p. 277) : Car si vous observez cela, comme il est dit, sans la circoncision et l'observation de la Loi, vous recevrez le Saint-Esprit pour parler en toutes les langues. — ἐπὶ τῇ παραχλήσει; cette lettre était donc pour eux une
consolation; ils apprenaïent qu'ils étaient dans la bonne voie du salut, bien qu’ils” n'observassent pas la Loi mosaïque. Ils étaient heureux de savoir que la cause de la
liberté chrétienne avait triomphé. Cette lettre était aussi une exhortation, un encouragement à persévérer dans cette voie; la joie cependant des fidèles d’Antioche ne portait pas sur les défenses promulguées par le décret de Jérusalem, mais sur le fait qu’ils pouvaient être chrétiens sans être astreints à la Loi mosaïque. — παραχλήσις, signifie à la fois appel, exhortation, et dans le N. T. consolation, soulagement, encouragement,
Ÿ 32) καὶ αὐτοὶ προφῆται ὄντες, qui étaient aussi prophètes ou qui étaient prophètes eux aussi, par allusion aux prophètes d’Antioche mentionnés, x, 1. διὰ λόγου πολλοῦ παρεχαλέσαν τοὺς ἀδελφούς : Faut-il joindre καὶ αὐτοί à προφῆται ou à διὰ λόγου πολλοῦ παρεχαλέσαν ἢ Les deux constructions peuvent être soutenues : Judas et Silas, parce qu'ils étaient aussi prophètes, exhortaient les fidèles; l’exhortation, la consolation étant
l'office propre des prophètes. Mais on peut croire avec Zahn que Luc a voulu dire que
Judas et Silas exhortèrent, encouragèrent, eux aussi, les fidèles par de nombreux
discours. Ils avaient d’ailleurs reçu de l'assemblée de Jérusalem, ὃ 27, l’ordre
de raconter aux fidèles de vive voix tout ce qui s'était passé, lors de la conférence apostolique, xv, 6-29.
Rappelons que le prophète chrétien n’était pas à proprement parler un homme qui
prédisait l'avenir, mais un prédicateur qui sous l'inspiration du Saint-Esprit parlait au nom de Dieu. C'était d’ailleurs aussi la fonction propre des prophètes ded’A. T,
Le codex de Bèze qualifie ces prophètes en ajoutant, πλήρεις Πνεύματος ἁγίου, qu'on peut regarder comme une façon de donner de la force aux paroles de Judas et de Silas en les déclarant inspirés. Ce pourrait être aussi une qualification explicative de προφῆται. --- διὰ λόγου πολλοῦ, un discours abondant, nombreux : par beaucoup de discours. Le codex de Bèze omet πολλοῦ et oppose ainsi, comme Ÿ 21, λόγος à ἐπιστολή. Ce
sens peut être admis, même avec l'addition de πολλοῦ. --- ἐπεστήριξαν ; même signification
que x1v, 22 : ils les affermissaient.
ἡ 33) ποιήσαντες δὲ χρόνον : seulement dans les Actes; expression qui se retrouye chez les classiques; cf. Wersrun. Démosraëne, 19, 163 : οὐδ᾽ ἐποίησαν χρόνον οὐδένα. PLATON, Philèbe, 50 D, μέσας" ποιήσεις νύχτας; Cicéron, ad Atic., v, 20 : Iconii decem dies fecimus. Cf. Act. xvi, 23; xx, 8; IL Cor. x1, 25; Jeq. 1v, 8. C’est l'expression hébraïque πῶν, Kohelet, γι, 2. ---- ἀπελύθησαν μετ᾽ Fa ἀπὸ τῶν ἀδελφῶν : is reçurent congé de la part des frères avec un adieu de paix, quae est formula hebr. qua discendentes valere jubentur, Biass. Jésus renvoie La femme pécheresse en lui disant : πορεύου εἷς εἰρήνην, Le. NII, τὴ C'était la formule ordinaire d'adieu : ὑπάγετε ἐν εἰρήνη, Jeqg., τι, 46. — ἀπό pour
ACTES DES APOTRES, XV, 30-33. ARENA ἐν 467
πρὸς τοὺς ἀποστείλαντας αὐτούς. 84. [ἔδοξεν δὲ τῷ "Σίλᾳ ἐπιμεῖναι αὐτοῦ᾽ μόνος δὲ Ἰούδας ἐπορεύθη]. 8ὅ. Παῦλος δὲ nat Βαρνάθας διέτριόον ἐν ᾿Αντιοχείᾳ, διδάσχοντες χαὶ εὐαγγελιζόμενοι μετὰ χαὶ ἑτέρων πολλῶν τὸν λόγον τοῦ Κυρίου.
80. Μετὰ δέ τινὰς ἡμέρας εἶπεν πρὸς Bapvabav ΠΙαῦὔλος᾽ ᾿Εἰπιστρέψαντες δὴ ἐπισχεψώμεθα τοὺς ἀδελφοὺς χατὰ πόλιν πᾶσαν ἐν αἷς χατηγγείλαμεν τὸν λόγον τοῦ
ré, comme 11, 28. — πρὸς τοὺς ἀποστείλαντας αὐτούς : vers ceux qui les avaient envoyés, les apôtres. — EHLP Pesch. Harkl. Boh. Arm. Chrys. ont πρὸς τοὺς ἀποστόλους et les autres membres de l'assemblée de Jérusalem. Les fidèles d'Antioche déclaraient donc
que les envoyés des apôtres avaient accompli leur mission.
ÿ 34) Ont omis ce ÿ : X ABEHLP 61 Vig. (am. fuld, demidov) Pesch. Harkl. Boh. Arm. Chrys. — DC 14 Vig. (Vindobonensis) Toletanum, Vlg. clém. Sah. Harkl. (marge) Ethiopienne ont admis la première partie du ÿ : ἔδοξεν δὲ τῷ Σιλᾷ ἐπιμεῖναι αὐτοῦ, De plus, D. Gigas Wern. Prov. Vlg. clém. Tolet. Cassiodore ajoutent, μόνος δὲ Ἰούδας ἐπορεύθη ; et encore Vlg. abiit Jerusalem, Wern, reversus est Hierosolyma; les autorités textuelles qui appuient ce Ÿ sont faibles, quoique aussi anciennes que celles qui le rejettent. Ce ÿ paraît être de tradition occidentale. Zahn trouve que ἔδοξεν δὲ τῷ Σιλᾷ ἐπιμεῖναι αὐτοῦ est bien appuyé.
I1 semble que ce ÿ a dû être introduit pour expliquer la présence de Silas à Antioche, ÿ 40. Mais Paul aurait pu faire venir Silas de Jérusalem, comme on aurait dû le faire pour Marc qui était retourné à Jérusalem, χπὶ, 13. Il est donc possible que ÿ 34 ἃ soit authentique, — c’est l'opinion de Zahn — et qu'il n’ait été supprimé que
parce que l’on croyait que le ÿ 33 impliquait le départ de Judas et de Silas, mais il
signifie seulement que l’on donna congé à ceux-ci et qu’ils pouvaient retourner à Jérusalem, car leur mission était accomplie. C'était une licence de partir et non un ordre. ἔδοξεν δὲ τῷ Σίλᾳ ἐπιμεῖναι αὐτοῦ : il parut bon à Silas de rester là; αὐτοῦ, employé adverbialement pour αὐτόθεν, qu’on trouve dans quelques manuscrits. Da à αὐτοῦς; d, placuit autem Silae sustinere eos. La seconde partie du ÿ a été ajoutée par D comme explication ou développement de la première. Cana EG
ÿ 35) Suivant sa coutume, Luc introduit une description du nouvel état de choses par un résumé de l'état actuel. διέτριδον : cf. x11, 19 et xvi, 12, imparfait de διατρίδω, écraser, détruire; au figuré, passer ou employer le temps avec ou sans χρόνον, Act. χιν, 3, 28; xvi, 12, etc.; puis séjourner, demeurer, Act, χα, 18; χιν, 28. Paul et Barnabé demeuraient à Antioche, qui était depuis longtemps le centre de leur activité apostolique, x1, 25 ss. — διδάσχοντες χαὶ εὐαγγελιζόμενοι : cf. v, 42. Les deux termes paraissent avoir la même signification; mais le premier peut s'appliquer à un enseignement donné aux fidèles convertis et le second à l’œuvre de conversion des gentils. μετὰ χαὶ ἑτέρων πολλῶν : avec aussi plusieurs autres prédicateurs. L'église d’Antioche était déjà florissante et possédait une communauté organisée,
. ayant des chefs à sa tête; Paul et Barnabé enseignaient et évangélisaient la parole de
Dieu, mais en union avec les autres prédicateurs. καὶ indiquerait une distinction entre eux et les autres prédicateurs; pour καὶ après μετά, cf. Philip., 1v, 8. Faut-il supposer que ces ἕτέροι πολλοί sant des prédicateurs de la communauté antiochienne, des Juifs convertis, ceux que semble indiquer l’épître aux Galates, τι, 4?
La plupart des exégètes pensent que l'incident d’Antioche doit être placé à ce moment-là. Il eut lieu après la conférence de Jérusalem, alors que Barnabé était à Antioche avec Pierre, Gal. n, 13. C’est exactement la situation décrite ici. Paul et
ACTES DES APOTRES, χν, 33-36. 469
temps ils furent congédiés en paix par les frères vers ceux qui Les avaient envoyés. 34. [Mais il plut à Silas de rester et Judas seul partit.] 35. Paul et Barnabé demeuraient à Antioche, enseignant et prêchant, avec plusieurs autres [prédicateurs] la parole du Seigneur.
36. Or, après quelques jours, Paul dit à Barnabé : Retournons dès maintenant visiter les frères dans chacune des villes où nous avons annoncé
Barnabé passèrent quelque temps à Antioche, mais Barnabé ne tardera pas à se séparer de Paul et ira évangéliser l’île de Chypre. Nous ne voyons donc pas à quelle autre époque aurait pu avoir lieu cet incident, à moins de le placer xv, 1-5, avant la conférence de Jérusalem, comme le font les exégètes qui identifient le voyage de Paul à Jérusalem, dont il parle dans l’épître aux Galates, 11, 2 ss. avec le voyage de Paul et de Barnabé, raconté, Act. xt, 30.
On s’est étonné que Luc ait passé sous silence ce différend entre Pierre et Paul, Bauer, Schrader ont soutenu qu'il n’en avait pas parlé parce que Luc voulait cacher les profondes différences doctrinales qui existaient entre les deux apôtres. Remarquons que Luc n’écrivait pas une biographie de Pierre et de Paul, mais l’histoire de la naïssance et du développement de l’Église chrétienne, il n’avait donc pas à relater un incident qui ne portait pas sur une question doctrinale, mais sur une façon de se conduire et surtout qui n'eut aucune influence sur l’état de l’église d’Antioche,
Nous n’avons pas à raconter cet incident puisque notre auteur l’a passé sous silence; on le trouvera exposé et expliqué dans tous les commentaires sur l’épitre aux Galates et en particulier dans celui du P. Lagrange, p.41 ss.
IVe SECTION : SECOND VOYAGE MISSIONNAIRE DE PAUL,