CHAPITRE XVI
xvI, 4. Il arriva aussi à Derbé et à Lystre. Et voici, il y avait Là
propos de la mission de Barnabé qui ne paraît pas avoir servi à la diffusion ultérieure du Christianisme. Barnabé n'était plus dans le plan de son récit.
Ÿ 41) Barnabé avait fait voile pour Chypre sa patrie et le pays qu'il avait évangélisé : Paul partit pour l’autre partie qu’ils avaient évangélisée de concert. Parti d'Antioche, il traversa la Syrie et probablement visita Tarse sa ville natale. — ἐπιστηρίζων τὰς ExxAnolas : Cf. ÿ 30. IL affermissait les églises dans la foi du Seigneur. Il n’a pas été dit précédemment que des églises avaient été fondées en Syrie et en Cilicie, mais il est probable que Paul pendant son long séjour à Tarse depuis son arrivée dans cette ville, 1x, 30, jusqu’à son départ, x1, 25, n’a pas dù rester inactif, mais a évangélisé Tarse et ses environs. L'existence de ces églises de Syrie et de Gilicie est établie par l'en-tête de la lettre apostolique, οἱ ἀπόστολοι... τοῖς κατὰ τὴν ᾿Αντιόχειαν χαὶ Συρίαν καὶ Kikixiav ἀδελφοῖς τοῖς ἐξ ἐθνῶν χαίρειν, Ces églises comme celle d’Antioche avaient dû être troublées par les judaïsants et Paul avait donc à les consoler, à les affermir dans la foi en leur expliquant ce qui s'était passé à Jérusalem et la solution qui avait été donnée au sujet des observances légales. Les convertis du paganisme n’y étaient pas astreints. Il ne nous est pas dit cependant, comme plus loin, xvi, 4, que Paul ait communiqué à ces églises le décret apostolique. Celui-ci avait dû leur être déjà communiqué, peut-être par l’entremise de Silas et de Judas qui avaient été chargés de porter la lettre apostolique aux églises.
Le texte occidental ne tient pas compte de cette observation. Dd Harkl. (mg) ajoutent : παραδιδούς (autem d.) τὰς ἐντολὰς τῶν πρεσδυτέρων — Vulgate (sauf Amiat., Toletanus) Gigas, ont praecipiens custodire praecepta apostolorum et seniorum.
Les variantes du texte prouvent que nous avons là une version tardive. Belser cependant, Beitr. p. 73, trouve cette leçon très intéressante parce qu’elle nous apprend que la mission de Judas et de Silas fut bornée à Antioche et que c’est Paul qui ἃ transmis ensuite la lettre apostolique aux églises de Syrie et de Cilicie.
XVI, 4-5 : PAUL EN LycAONIE; TIMOTHÉE.
Dans son récit Luc distingue nettement les cas où Paul exerça seul son action, en mettant celle-ci à son nom, xvi, 1, 3; xvir, 2 et ceux où il agit avec ses compagnons, xvi, 4, etc. — Au commencement du Υ 1 D ἃ Harkl. (mg.) placent διελθὼν δὲ τὰ ἔθνη ταῦτα, ayant parcouru ces provinces (Syrie et Cilicie, xv, 41) afin d'établir que Lystres et Derbé ne faisaient pas partie de celles-ci.
Ÿ 1) Κατήντησεν : aoriste de χαταντάω, arriver à, parvenir à, atteindre; employé 9 fois dans les Actes au sens d'arriver dans un lieu où l’on séjourne, ou d'arriver au terme du voyage. Ce verbe ne se trouve pas dans les douze premiers chapitres des Actes; il se rencontre à partir de xvi, 1, et surtout dans le journal de voyage: ce qui s'explique par le fait que dans celui-ci il est souvent question de voyage et d'arrivée dans une ville. Paul l’emploie plusieurs fois, Eph. τν, 18; Philip. 1, 11, au sens métaphorique de par-
a ex 7 \ 3 4 « s a ἐχεῖ ὀνόματι Τιμόθεος, υἱὸς γυναιχὸς Ιουδαίας more, πατρὸς δὲ “EXknvos. 2. ὃς, 22 ᾽ τ δι πὰ μαρτυρεῖτο ὑπὸ τῶν ἐν Λύστροις nat ᾿Ιχονίῳ ἀδελφῶν. 8. τοῦτον ἠθέλησεν ὁ [Παῦλος σὺν αὐτῷ ἐξελθεῖν, χαὶ λαῤδὼν περιέτεμεν αὐτὸν διὰ τοὺς ᾿Ιουδαίους τοὺς ὄντας ἐν τοῖς
venir à quelque chose. — δὲ καί, aussi, leçon soutenue par À B -- εἰς Δέρδην χαὶ Λύστραν : Paul et ses compagnons, partant de Tarse, traversèrent le mont Taurus en passant par les portes ciliciennes — ce qu’indique l’ordre des villes, Derbé et Lystre — et ils arrivèrent à Derbé et à Lystre, mentionnées ensemble comme formant une région, suivant la classification romaine.
χαὶ ἰδού : marque ou l’étonnement de ce que Paul trouva là un successeur à Marc ou attire l'attention du lecteur sur la suite du récit — μαθητής τις ἦν ἐχεῖ ὀνόματι Τιμόθεος : Timothée avait été converti par Paul ainsi que celui-ci nous l’apprend lorsqu'il appelle
* Timothée, L Tim, 1, 2 : γνησίος τέχτος ἐν πίστει, son véritable enfant dans la foi. C’est
probablement, lors de sa première visite à Lystre, que Paul l'avait converti.
Timothée est un nom très répandu chez les Grecs, Xénophon, Arrien, Plutarque. — Timothée est nommé 6 fois dans les Actes; 17 fois dans les épîtres de Paul ; 1 fois dans l'épître aux Hébreux. Paul lui a envoyé ses épitres. Il a été le compagnon de captivité de Paul, Philip. 1.1; Col. 1v, 10.
Timothée était-il de Lystre ou de Derbé? ëxei se rapporte plus naturellement à
Aotpay la dernière ville nommée; de plus, il est dit au ÿ 2 que les frères de Lystre et
d’Iconium rendirent à Timothée un bon témoignage et il n’est pas parlé de ceux de Derbé. Timothée serait donc de Lystre. Mais ch. xx, 4 il semble que Timothée est Derbéen : Σώπατρος... καὶ Γάϊος δερθαῖος καὶ Τιμόθεος, Voir l'explication de ce passage, in loco, où il est prouvé que δερδαῖος qualifie Γάϊος et non Τιμόθεος. Ce qui a fait supposer
que δερθαῖος ne qualifie pas Γάϊος c’est que, xix, 29, Gaius est dit Macédonien, Mais
ce Gaius n’est peut-être pas le même que celui de xx, 4. On a concilié les deux opinions en supposant que Timothée était natif de Derbé, mais qu’il habitait Lystre lorsqu'il fut converti par Paul.
υἱὸς yuvauxds ᾿Ιουδαίας πιστῆς, πατρὸς δὲ “Ἕλληνος : La mère de Timothée était juive, mais son père était grec; gentilis, dit la Vulgate. N'ayant pas été circoncis, Timothée était gentil. Mais Paul, 11 Tém. πὶ, 15 nous apprend que dès son enfance, ἀπὸ βρέφους, Timothée connut les saintes Lettres. Elles lui furent enseignées par sa mère, juive fidèle. Il est donc possible que lors de sa conversion il était déjà, sinon prosélyte, puisqu'il n’était pas circoncis, du moins un de ces φοδούμενοι τὸν Θεόν, dont il est parlé dans les Actes. De son père nous savons seulement qu'il était grec, et il est probable que la discrétion de Luc à son sujet indique qu’il était païen et non gagné aux enseignements du judaïsme. Cependant le fait que son fils avait été dès l'enfance instruit des saintes Lettres prouve au moins une tendance à accepter les doctrines juives. Peut-être que la mère de Timothée était veuve, ce que suppose la leçon γυναιχὸς χήρας, du minuscule 25, Gig. Prov. Wern. — ainsi s'expliquerait que, dès son enfance, Timothée avait été instruit dans les saintes Lettres. Remarquons cependant que chez les Juifs la première éducation était confiée aux femmes, ÉDbERSHEIM.
La mère de Timothée portait un nom grec, Eunice, ainsi que sa grand’ mère Loïs ce qui ne prouve pas qu’elles étaient grecques, car dans ces pays où se mélangeaient les
‘Grecs et les Juifs, ceux-ci portaient souvent des noms grecs. Le texte dit formelle-
ment que la mère de Timothée était, γυναιχὸς Ιουδαίας, ce qui indique une juive de naïs-. sance, tandis que le père était grec. πιστῆς, juive fidèle, c’est-à-dire devenue croyante par conséquent chrétienne.
La loi juive, Esdras, x, 2, défendait formellement le mariage entre un Juif et une femme païenne, mais n’interdisait pas le mariage entre une juive et un païen, témoin le mariage d'Esther avec Assuérus et celui de Drusille avec Aziz, roi d'Emèse.
un disciple, nommé Timothée, fils d’une femme juive fidèle, mais d’un père grec, 2. auquel les frères [qui étaient) à Lystres et à Iconium rendaient un bon témoignage. 3. Paul voulut que celui-ci s’en allât avec lui, et l’ayant pris, il le circoncit à cause des Juifs qui étaient dans ces
Cependant Josèphe assure que Drusiile épousa Félix en violation de la loi juive, An. Jud., xx, 7, 2.
Ÿ 2) ὃς ἐμαρτυρεῖτο; le passif personnel au lieu du passif impersonnel, tournure classique. Timothée avait reçu un bon témoignage des frères de Lystres et d’Iconium. Luc, au mo ment de mentionner qu’un office va être confié à quelqu'un, a soin de rappeler la bonne réputation dont celui-ci jouit dans son entourage, vi, 3; x, 22; xx, 12. Lystres et Iconium étant assez rapprochées l’une de l’autre, Timothée pouvait y être: connu sans qu'il soit nécessaire de supposer que lui ou sa mère habitât Iconium. On
. remarque que dans ce passage il n’est pas parlé d’Antioche. Il est possible que Paul soit allé directe ment d’Iconium en Phrygie par la grande route romaine, d'Éphèse à l’Euphrate, qu'il aurait rejointe à Laodicaea de Galatie; cependant, il semble qu’il a dû passer à Antioche, puisque le but de son voyage était de visiter les communautés qu’il avait fondées précédemment. — ὑπὸ τῶν ἐν Λύστροις : Λύστρα est employé tantôt au singulier, χιν, 6, 21; xvi, 1, tantôt au pluriel, χιν, 8; xvi, 2; II T'èm, mt, 11.
Ÿ 3) τοῦτον, ἠθέλησεν ὁ Παῦλος σὺν αὐτῷ ἐξελθεῖν : τοῦτον, placé en tête de la phrase pour appeler l'attention sur Timothée — ἠθέλησεν, marque l’inclination, le désir de Paul, tandis que ἐδούλετο, xv, 37, marquait le plan ou le dessein de Barnabé. Paul n'a pas cédé ici à une demande de qui que ce soit comme on lui en avait adressé une au sujet de Tite, Gal, τι, 3; il décide par lui-même et de sa propre volonté. — σὺν αὐτῷ ἐξελθεῖν : sortir, s'en aller, se mettre en campagne. Paul voulut que Timothée s’en allât avec lui : Simul apparet ἐξελθεῖν non jam inspiciendis veteribus cœtibus cogitari, sed de novis condendis, BLass.
À cette époque, Timothée devait être encore jeune, âgé tout au plus de vingt ans, puisque au moins quinze ans après, vers 65, Paul lui écrivit : μηδείς σου τῆς νεότητος χκαταφρονείτω, 1 Züm. 1v, 12; néanmoins, malgré sa jeunesse, c'était un aide précieux pour Paul, car il était en bons rapports avec les Juifs etles Grecs. Paul avait grande confiance en lui, puisqu'il le chargea des missions les plus difficiles, 1 Cor. 1v, 17; xvr, 10; I Thess. im, 2, etc.; il en fait les plus grands éloges aux Philippiens, 11, 20 à 22.
Timothée était incirconcis, probablement par la volonté de son père, car d’après la loi romaine : ut enim jure civili cui est mater libera liber est, CiceroN, de natura deorum, 111, 18, 65, et l’adage : partus sequitur ventrem, et d’après la loi juive, Timothée, né d’une mère juive, était juif et aurait dû être circoncis; ne l’étant pas, il était considéré par les Juifs comme un Juif apostat.
καὶ λαθὼν [Παῦλος] περιέτεμεν αὐτῷ : λαδών est pléonastique pour rendre le style plus descriptif : Paul circoncit lui-même Timothée. La circoncision pouvait être pratiquée par tout Israëélite. Gen. xvir, 28 : ἔλαδεν A6padu ᾿Ισραὴλ τὸν υἱὸν. χαὶ περιέτεμεν, mais à l’âge de Timothée elle était très douloureuse, Gen. xxx1v, 25. — διὰ τοὺς Ἰουδαίους τοὺς ὄντας ἐν τοῖς τόποις ἐχείνοις ; oppidis locisque, ut xxvir, Brass. Ze. 1v, 87; x, 1,8, Paul accomplit cet acte non parce qu’il croyait la circoncision nécessaire au salut, mais parce qu’il pensait qu’elle faciliterait l’action de Timothée dans sa mission auprès des Juifs. La circoncision de Timothée fut l’œuvre propre de Paul en ce sens qu'il décida lui-même : l’a-t-il pratiquée lui-même est un fait accessoire, PREUSCHEN.
Dans ses voyages de mission, Paul allait rencontrer des Juifs non convertis : sur toutes les routes qu'il suivait, dans toutes les villes où il arrivait, il trou-
LA \ ! 7S ᾽ » ! \ 1 7. A7 διεπορεύοντο τὰς Lt παρεδίδοσαν αὐτοῖς φυλάσσειν τὰ δόγματα τὰ LEXDUMEVY ὑπὸ
τῶν ἀποστόλων χαὶ Tpecburéouy τῶν ἐν “Ἱεροσολύμοις. 5. αἵ μὲν οὖν ἐχχλησίαι ἐστεπ
vait des Juifs; il entrait dans leurs synagogues et y enseignait. Timothée n'aurait jamais pu nouer des relations étroites avec les Juifs et enseigner dans leurs synagogues s’il avait été incirconcis. Non seulement il n'aurait pu aider Paul dans l’'évangélisation des Juifs car jamais ceux-ci n'auraient voulu écouter la prédication d’un incirconcis (CHrysosTome); il aurait même été pour Paul un obstacle fermant à celuici tout accès auprès des Juifs. — ἤδεισαν γὰρ ἅπαντες τὸν πατέρα αὐτοῦ ὅτι “Ἄλλην ὑπῆρχεν : ὅτι dictum ex consuetudine graeca, Κάηνεμ, Cyr. 11, 2, ἤδεισαν, plus-que-parfait de οἶδα,. qui a le sens de l’imparfait. Les Juifs de Lystres et d’'Iconium savaient tous que Timothée était né d’un père grec, qu'il était incirconcis, donc païen, gentilis. Ils tenaient Timothée pour un païen et ne voulaient avoir aucune relation avec lui. Dans cette circonstance Paul suivit la règle de conduite qu’il avait fixée lui-même, I Cor. IX, 20 5. : χαὶ ἐγενόμην Ιουδαίοις ὡς Ἰουδαῖος, ἵνα ᾿Ιουδαίους χερδήσω.
Baur ἃ soutenu que la conduite de Paul en cette circonstance était incompréhensible. « Que le même Paul, dit-il, qui s'était opposé de toutes ses forces à la circoncision de Tite à cause des Juifs, Gal. τι, 3, ait peu de temps après circoncis Timothée, toujours à cause des Juifs, cela est une de ces choses qui sont incompréhensibles dans les Actes. Cette conduite de Paul serait un reniement de ses principes (1). » Mais la situation dans ces deux cas n'était pas la même : Tite était païen de père et de mère, tandis que Timothée était juif par sa mère. C'était des Juifs chrétiens qui demandaient la circoncision de Tite, tandis que c’est à cause des Juifs non convertis que Paul circoncit Timothée. Il ne l'aurait pas circoncis à cause des Juifs chrétiens, qui auraient considéré la circoncision comme nécessaire au salut. Enfin, Paul a refusé de circoncire Tite parce qu'un principe de doctrine était en jeu dans ce cas-là, tandis qu’il a circoncis Timothée simplement par mesure de prudence ou de convenance. - — ὑπῆρχεν, fuerat, cf. 111, 10; Mc., χι, 32; Jin. 1x, 8; si vivus pater fuisset, ὑπάρχει exstaret, Cf. xx11, 2. BLass.
D'après NABC, de nombreux minuscules, le texte serait : te 1: ἅπαντες, ὅτι Ἕλλην ὁ πατὴρ αὐτοῦ ὑπῆρχεν, tandis que, d’après DE, il serait : ἤδεισαν γὰρ ἅπαντες τὸν πατέρα αὐτοῦ, ὅτι Ἕλλην ὑπῆρχεν, changement de construction par attraction.
Ajoutons ici quatre circonstances relatives à la vocation de Timothée, omises dans notre livre, mais signalées dans les épîtres de Paul. D'abord l'imposition des mains, conférée par les presbytres et par l’Apôtre, I Tim. 1v, 14; I Tim. τ, 6. Ensuite les prophéties, c'est-à-dire surtout les appels et les exhortations, adressés à ce disciple précisément à l’occasion de cette cérémonie, I Tim. 1, 18; 1v, 14. L’Apôtre rappelle, d'autre part, une profession de foi faite par Timothée devant plusieurs témoins, I Tüm. vi, 12, et des instructions particulières données, devant témoins aussi, par le père spirituel à son enfant, II Tim. 11, 2. Autant de témoignages solennels et d'engagements sérieux dont la consécration de ce pasteur d'Éphèse paraît avoir été entourée.
Dès ce moment, Timothée est devenu l’alter ego de Paul. Il a représenté et remplacé celui-ci à Thessalonique, 1 Thes. n1, 2; auprès des chrétiens de Macédoine, Act. χιχ, 22; à Corinthe, I Cor. xvr, 10; à Éphèse, I Tim. 1, 3. IL s'associe à lui dans la composition ou tout au moins dans l'envoi de six épîtres : I et II T'hessaloniciens, Corinthiens, Colossiens, Philémon, Philippiens, BARDE.
(1) Apostel Paulus, I, p. 147.
lieux-là, car tous savaient que son père était grec, 4. Et comme ils passaient par les villes, ils transmettaient pour qu'on les gardât (ils donnaient à observer) les décrets fixés par les apôtres et les anciens de Jérusalem. 5. Les églises s’affermissaient donc dans [la] foi et grandissaient en nombre de jour en jour.
Ÿ 4) Le commencement de ce ÿ est présenté de la façon suivante dans le texte occidental : διερχόμενοι δὲ τὰς πόλεις, D Gig., ἐκήρυσσον αὐτοῖς μετὰ πάσης παρρησίας τὸν Κύριον Ἰησοῦν Χρι στόν, D Harkl. (mg) — praedicabant ac docebant eos, Pesch. — ἅμα παραδιδόντες τὰς ἐντολὰς τῶν ἀποστόλων χαὶ τῶν πρεσδυτέρων τῶν ἐν ἹἹεροσολύμοις, D — après πόλεις : praedicante cum omni libertate dominum Iesum Christum, Harkl. (mg). D'après Loïisy, c'est pour ne pas faire de Paul un simple colporteur du décret apostolique que le codex de Bèze ἃ paraphrasé le texte en faisant prêcher Paul à travers ces villes. B. Weiss, p. 85, pense que cette addition a pour but d'expliquer l'accroissement de l'Église chrétienne, mentionné au ÿ suivant. Les Juifs étaient nombreux dans ces régions et très influents, ainsi qu’il ressort des récits des chapitres ΧΠῚ et x1v. ὡς δὲ διεπορεύοντο τὰς πόλεις : c'est en passant à Derbé, Lystres et Iconium que Paul transmettait, παρεδίδο οσαν, pour παρεδίδοων, de παραδίδωμι, livrer, transmettre, enseigner par la tradition, δόγματα, les décrets des apôtres de Jérusalem. Les églises de Lycaonie et de Galatie n'avaient pas été visées par la lettre apostolique, mais il est possible que Paul ait vu percer chez elles des tendances judaïsantes et qu’il ait voulu y obvier en promulguant le décret apostolique. Cette promulgation expliquerait pourquoi Paul n’a pas parlé de ce décret dans son épître aux Galates, puisqu'il le leur avait déjà transmis, si toutefois l'on admet que cette épître était adressée aux Galates du Sud. Luc ne parle pas d’ailleurs ici de la lettre apostolique, adressée seulement aux églises d’Antioche, de Syrie et de Cilicie, mais du décret porté par les apôtres, à la suite des discussions du concile de Jérusalem, décret qui fut relaté par la lettre apostolique, xv, 23 ss. — τὰ δόγματα : δόγμα ἃ des sens divers : axiome, pensée, sentence, décision, résolution, décret. Dans le N.T. il est employé par Luc et Paul seuls au sens de décret des princes, rescript impérial, précepte de la loi mosaïque, de décret apostolique pour la conduite de la vie : cf. Icnace, Magn., xur, 1. D ἃ τὰς ἐντολάς au lieu de τὰ δόγματα. — τὰ χεχριμένα : participe parfait passif, pour indiquer la fixation perpétuelle de ces décrets de xplvw, trier, choisir, comparer, juger, déterminer, résoudre. Luc tient donc le collège apostolique comme un conseil décidant sans
appel.
ÿ 5) Luc résume encore ici la situation avant d'aborder un nouveau développement de l’Église chrétienne, αἱ μὲν οὖν, formule familière à Luc, qui l’emploie 18 fois dans les Actes, mais non dans le même sens que les écrivains attiques. Dans les Actes, c'est surtout une expression copulative, formée de deux éléments : μέν qui marque ce qui va se passer et οὖν, ce qui s’est passé. La formule réunit donc les événements passés à ceux qui sont à venir; elle résume les faits passés et introduit ceux qui vont être racontés. C’est bien aïnsi qu’elle se présente ici. — ἐστεροῦντο, imparfait moyen ou passif de στερόω, rendre solide, consolider, au sens propre, ΠΙ, 7, 16; au sens moral, être affermi dans la foi. D a omis τῇ πίστει, réclamé cependant par le contexte : τῇ πίστει explique sur quel point les chrétiens étaient fortifiés — χαὶ ἐπερίσσευον, hellénistique : περισσεύειν, ut alibi N. T., abundare, abunde suppetere, ex usu vulgaris linguae, quae etiam περισσός adjective frequenter utitus. ἐπερίεσσευον, E, ut forma ab Atticistis merito proscripta, Brass. Les églises grandissaient par l'accroissement du nombre des fidèles, de même qu’elles avaient été fortifiées intérieurement par l'adhésion à la foi. Rerum
6. Διῆλθον δὲ τὴν Φρυγίαν nat Γαλατικὴν χώραν, κωλυθέντες ὑπὸ τοῦ ἁγίου {Πνεὐ 4 à | p0Y (a A se ς
incrementum numero simul ac gradu, Bencec. Tel fut le double résultat de la visite
des apôtres.
xvI, 6-11 : De LA ῬΗΒΥΘΙΕ À LA Macépoines.
Le plan de Paul était, après avoir visité les églises de Lycaonie et de Pisidie qu'il avait déjà constituées, de marcher vers l'ouest en évangélisant l'Asie, Gette dernière
expression, l'Asie, ἃ deux sens; elle peut signifier la région côtière occidentale de
l'Asie ou la province proconsulaire d'Asie. C’est celle-ci probablement que voulait
traverser Paul pour aller évangéliser les villes côtières très florissantes de l’Asie,
Smyrne, Éphèse, Milet, Cette province était limitée à l’est par la province de Galatie. Elle touchait à la Pisidie par La Phrygie de sorte que, quittant Antioche de Pisidie, Paul arrivait en Phrygie, et se tournant à l'est-nord il abordaït le pays galate,
Cela nous explique l'expression des Actes, τὴν Φρυγίαν καὶ Γαλατιχὴν χώραν. Si nous acceptons la leçon : τὴν Φρυγίαν χαὶ τὴν Γαλατιχὴν χώραν, Εἰ H P L 614, Φρυγίαν serait un nom propre et nous traduirions : ils traversèrent la Phrygie et le pays galate. —
Si au contraire nous acceptons la leçon mieux appuyée : Φρυγίαν καὶ l'aharuwxhy χώραν
{omission de l’article devant Γαλατικήν) de δ A BC D 13 61, Φρυγία devient un adjectif et nous traduisons : 115 traversèrent la région phrygio-galatique, c’est-à-dire la région phrygienne ethnologiquement, galate politiquement, ou bien encore le pays autrefois appelé Phrygie et maintenant Galatie. Cependant, malgré l'absence de l’article devant Γαλατικήν on peut traduire : ils traversèrent la Phrygie et le pays galate. La grammaire ni l’usage ne peuvent trancher la question, car l'on trouve des Et dans
Et Luc en faveur de l’une et de l’autre traduction.
Le passage xvinr, 23 favorise cette traduction : διερχόμενος καθεξῆς τὴν Γαλατιχῆν χώραν καὶ Φρυγίαν, parcourant successivement le pays galate et la Phrygie; ici il n’y a pas d’hésitation, il est question séparément de la Galatie et de la Phrygie. L'expression étant la même dans les deux passages, il s'ensuit donc que Paul, quittant Antioche de Pisidie, entra dans la Phrygie, puis dans le pays galate, c’est-à-dire dans le pays
colonisé par les Galates. D'ailleurs, les apôtres étaient déjà dans la Galatie, province
romaine; si donc Paul, empêché par l'Esprit de passer en Asie, passe en pays galate, c'est que cette expression ne désigne pas la province romaine de Galatie, mais la Galatie proprement dite, le pays des Galates.
Beelen, Brassac, Lagrange, Wickenhauser et d’autres encore adoptent cette hypothèse que la Phrygie et la Galatie sont deux régions distinctes et que la Galatie ici nommée est la Galatie proprement dite, le pays conquis par les Galates. Voici les preuves que Camerlynck donnent de cette hypothèse : « Etenim a) Φρυγία ordinarie ut substantivum sumitur, et hoc certe in duplici alio loco Act. nimirum nu, 40 et χυπι, 23
ἘΠῚ in simili formula qualis hic habetur Φρυγία ponitur post Γαλατιχὴ χώρα : — ὁ) prae-
terea notetur successio factorum : xv, 86 consilium habet Paulus visitandi « fratres per universas civitates, in quibus praedicavimus » ; revera, ÿ. 40, comite Sila, perambulant Syriam et Ciliciam ibique decreta concilii hierosolymitani promulgant; xvi, 4, perveniunt Derben et Lystram, civitates Lycaoniae : quod visitaverit Iconium et Antiochiam Pisidiae, ecclesias etiam ipsas sicut praecedentes fundatas in primo itinere, explicite non dicitur sed merito desumitur ex eo quod ÿ. 5 apparet Paulum exsecutioni mandasse consilium, xv, 36 indicatum, Post hoc cum ὃ. 6 incipit nova narratio : vult Paulus ire in Asiam, i, 6. in regionem Ephesinam; ast vetatur a Spiritu sancto, et ideo mutato consilio alio se dirigunt et pertranseunt Phrygiam et regionem Galaticam, et veniunt sic usque ad confines Mysiae, indeque volunt ire in Bithyniam, sed intrant et pertran- |
ACTES DES APOTIuS, XVI, Ὅν. 5 479
8. Ils traversèrent la Pen et le pays de Galatie, ayant été empêchés
seunt Mysiam et veniunt Troadem et transmeant in Europam. Quam obvie integra illa peregrinatio intelligitur si regio Galatica est praecise illa Galatia proprie dicta septentrionalis. Inspiciatur charta. — c) Sicut alibi — ita in 1° itinere (οἵ, xur, 13, 14; x1v, 6) — loquitur de regionibus, puta Pamphyliae, Pisidiae, Lycaoniae, non autem de provincia romana, puta Galatiae, ita etiam hic de Galatia proprie dicta locutus fuerit; — et imo nonne ex industria, ad distinguendum a provincia romana, adhibuit expressionem restricam : regio galatica? — d) Praeterea epistola ad Gal. in pluribus non videtur bene intelligi nisi ponatur scripta ad Galatas septentrionales; unde Paulus apud eos PIN imo duplici jam vice (cf. 1v, 13); quod bene cum Act. concordabit si duplicem visitationem regionis galaticae, ἢ. 1. xvi, 6 et xvinr, 8 relatam de Galatis illis septentrionalibus intelligitur; secus autem Lucas de illo ministerio nihil dixisset. — 8) Tandem locus jam laudatus, 461. xvur, 23 omnino supponit Paulum in Galatia proprie dicta jam praedicasse ; v. ἢ. 1. » Camerzyncx. Il s'ensuit que c’est dans ce second voyage missionnaire que Paul évangélisa la Galatie septentrionale.
Ramsay soutient que Φρυγίαν et Γαλατιχήν sont deux adjectifs et désignent la partie de la province romaine de Galatie comprenant des parties de la Phrygie et de la Galatie. On l’appelait donc regio phrygio- galatica pour la distinguer de la Lycaonia Galatica et de la Phrygia Asiana. C’est ainsi que l'entend le Parisinus : Phrygiam et Galatiae regiones. Cette-interprétation de ce passage est nécessaire si l’on admet que l’épitre aux Galates a été adressée aux habitants de la province romaine de Galatie et non aux Galates proprement dit.
διῆλθον... κωλυθέντες λαλῆσαι τὸν λόγον ἐν τῇ ᾿Ασίᾳ : ils traversèrent la Phrygie et le pays galate après avoir été empêchés, parce qu'ils avaient été empêchés par l'Esprit de prêcher en Asie. Ici, l'Asie, c’est la province romaine qu'ils rencontrèrent sur leur route en sortant d'Antioche.
On pourrait faire une pause après χώραν : « Ils traversèrent la Phrygie et la Galatie. Ayant été empêchés de prêcher en Asie, mais ayant abordé la Mysie, ils essayaient.. » Cette interprétation, toutefois, exigerait plutôt ἐχωλύθησαν, ou au moins : κωλυθέντες δὲ,
Paul, si l’on adopte ce sens, aurait eu, dès son départ de Lystres, le projet de se rendre dans l'Asie proconsulaire, mais en aurait été empêché par une intervention - du Saint-Esprit, après avoir déjà parcouru la Phrygie et la Galatie. Il semble que ce sens est favorisé par la Vulgate : transeuntes autem Phrygiam et Galatiae regionem, vetati sunt a Spiritu Sancto loqui verbum Dei in Asia, ainsi que par les mm. HLP : διελθόντες au lieu de διῆλθον, ce qui donne le sens : ayant traversé la Phrygie et le pays de Galatie, ayant été empêchés par l'Esprit... étant venus près de la Mysie, mais l'aoriste χωλυθέντες indique que la défense a été faite avant qu'ils parcourussent la Phrygie et le pays galate. Cependant le participe aoriste ne signifie pas toujours que l'événement marqué s’est passé avant celui qu’exprime le verbe principal; il peut ‘indiquer au contraire que l'action marquée par le participe a suivi celle du verbe principal; cf. xn, 25. Il faudrait donc accepter La leçon de HLP, de la Vulgate et du Parisinus.
Lévesque (1) fait observer que si l’on identifie le pays galate avec la Galatie du nord et si lon suppose que Paul tourna vers le nord-est en évangélisant Pessinonte, Ancyre et même Tavium, l'expression διῆλθον n’a plus sa signification naturelle, Si l'Apôtre traverse la Galatie du Nord, il s'éloigne de son but qui est la Bithynie. Pour l’atteindre il devait revenir ensuite sur ses pas, ce que n’indiquent pas les Actes. Il propose donc
(1) Les destinataires de l'épitre aux Galates ; Revue pralique d'apologétique, 15 janvier
1920, p. 441 ss.
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une autre explication de cette phrase, Φρυγίαν καὶ Γαλατικὴν χώραν. « La région galatique est la Galatie du Sud et la Phrygie est la Phrygie asiatique qui sépare Antioche de Pisidie de la Bithynie. Voici l'itinéraire de Paul. D’Antioche, la dernière des églises de la Galatie romaine qu'il ait revues à ce voyage, se détachent deux routes, l’une vers l’ouest, qui va à Éphèse, l’autre vers le nord-ouest qui mène en Bithynie. Empêché de prendre la première, il choisit la seconde et se met à exécuter son nouveau projet de mission. À Antioche, il est sans doute en Galatie romaine, dans la région galatique, mais jusqu’à la frontière de la Phrygie asiatique il a encore une certaine distance à franchir. Pour aller en Bithynie, il n'aura donc pas seulement à traverser la PES asiatique, mais un bout de la région galatique.
Mais dans les Actes il est dit que les missionnaires traversèrent la Phrygie et la région galatique; donc, en premier lieu la Phrygie, puis la région galatique. Mais qu'on veuille bien le remarquer : au chapitre, xvinr, 23, où le même trajet est décrit, Luc nous dit que Paul « traverse la région galatique et la Phrygie », en ayant soin de préciser l'itinéraire par ce mot, καθεξῆς. Si les deux régions sont ici dans l’ordre de leur traversée, c’est sans doute qu'elles étaient placées dans un autre ordre au chapitre xvi, 6, puisque dans les deux cas l’Apôtre suit le même trajet. Si la seconde fois on les place dans l’ordre du voyage, c'est donc que la première fois elles ne l’étaient pas, mais étaient rangées différemment pour une autre raison. La seconde fois, c'est la région galatique entière, toute la Galatie du sud, qui est dite traversée depuis la Cilicie jusqu’en Phrygie asiatique. La première fois il n’est question que d’une partie minime de la Galatie romaine, quantité presque négligeable à côté de la Phrygie asiatique qu'il s’agit de traverser.
Il faut remarquer d’ailleurs qu’à Antioche, d’où il part, Paul se trouvait déjà en Phrygie, Phrygie galatique sans doute. Pour marquer que l’on doit entendre par le mot Phrygie, qu’il emploie ici, la Phrygie asiatique, saint Luc ajoute, par manière de précision, la région galatique, dont il ne reste à franchir qu'un assez court espace, Lévesque (1). Ÿ
En définitive, il ressort du texte simplement ceci; les missionnaires venus de Cilicie, marchaïent de l’est à l’ouest, se dirigeant vers les villes importantes de la côte d'Asie, mais ils durent changer leur itinéraire et monter vers le nord, l’Esprit-Saint les empêchant de prêcher la parole de Dieu en Asie. Ils purent cependant prêcher en Phrygie et en Galatie et de là marcher vers la Mysie.
χωλυθέντες nd τοῦ ἁγίου Πνεύματος : ayant été empêchés par le Saint-Esprit, Luc ne nous dit pas comment le Saint-Esprit a fait connaître sa volonté aux missionnaires. Fut-ce par un avertissement transmis par un prophète, ou par un événement naturel s’opposant à la marche des apôtres, ou par la maladie de Paul dont celui-ci parle dans son épître aux Gralates? Comme on va nous dire, fait remarquer Loisy, que Dieu par le moyen d’un songe, les envoya porter l'Évangile en Macédoine, il est naturel de supposer que les ordres positifs et les défenses de l'Esprit étaient des révélations du même genre, des songes, visions interprétées en manifestation de la volonté divine. Cf. Curysosrome, Hom. ΧΧΧΙΥ, 7.
Après Πνεύματος D ἃ ajoute μηδενί et Gigas ne omnino verbum Dei in asia loquerentur. Après λόγον, D ajoute Θεοῦ; Gigas et Vulgate clémentine; dei, donné par des manuscrits de la Vulgate et omis par d’autres plus importants. δ (1) Op. cit., Ὁ. 461 ss.
ACTES DES APOTRES, XVI, 6-8. ες 481
par le Saint-Esprit de prècher la parole dans l'Asie. 7. Étant arrivés près de la Mysie, ils se disposaient à entrer en Bithynie, mais l'Esprit de Jésus ne le leur permit pas. 8. Ayant passé la Mysie, ils descendirent à Troas.
Ÿ 7) ἐλθόντες dé, N À BC E, étant venus, κατὰ τὴν Μυσίαν, vers la Mysie — du côté de la Mysie, aux confins de la Mysie, le long de la Mysie, en suivant la frontière de la Mysie : κατά admet ces divers sens. γενομένην du codex de Bèze, au lieu de ἐλθόντες, est évidemment une faute de copiste que Blass ἃ remplacée par γενόμενοι; ce terme est moins précis et indique mieux que kes missionnaires sont aux environs de la Mysie; cf. 16. x, 32. Ceux-ci venant du pays galate, peut-être de Pessinonte ou de Dorylée ou de Kotiaion, si l’on suppose qu’ils viennent de la Galatie méridionale, marchaïent vers la Mysie, district de l'Asie proconsulaire, située sur les bords de l’Hellespont et touchant à l’est à la Bithynie; mais l’Esprit-Saint leur ayant interdit de prêcher en Asie, ils s’efforçaient d’aller hors de l’Asie vers La Bithynie. Il est difficile de préciser les routes qu'ont suivies les missionnaires ; les données sont trop générales. Tout au plus peut-on indiquer les points de départ et Les points d'arrivée.
ἐπείραζον, ils essayaient; ἤθελον, D Pesch., moins expressif que ἐπείραζον; εἰς τὴν Βιθυνίαν πορευθῆναι, d'aller en Bithynie; au lieu de εἰς, H L P ont κατά, et D a πορεύεσθαι au lieu de πορευθῆναι.
La Bithynie était une province romaine, située sur les côtes méridionales du Pont- Euxin, entre l'Asie proconsulaire et le Pont, avec lequel elle ne formait qu’une province au temps d'Auguste; mais sous Néron, elle fut constituée en province séparée.
C'était un pays riche, où les missionnaires devaient trouver des villes importantes à
évangéliser, Nicée, Hélénopolis, Nicomédie, Chalcédoine. La population juive y était nombreuse. καὶ οὐχ εἴασεν αὐτοῦς τὸ Πνεῦμα ᾿[ησοῦ, mais l'Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Β, Weiss suppose que la prédication en Asie fut interdite aux missionnaires parce qu’il y avait déjà là des communautés judéo-chrétiennes et que Paul ne voulait
pas marcher sur les traces d’autres missionnaires, Rom., xv, 20; 11 Cor. x-13, mais
fonder de nouvelles églises. Cela ne peut être la raison de cette interdiction, puisque plus tard, à deux reprises, Paul ἃ exercé son ministère à Ephèse, xvur, 19 et surtout XIX, 1 8585.
τὸ Πνεῦμα Ἰησοῦ : ici seulement dans les Actes, et dans le N. T., sauf dans une expression analogue : καὶ ἐπιχορηγίας τοῦ Πνεύματος Ἰησοῦ Χριστοῦ, Phlp, 1, 19. Celui qui détourne Paul de son projet c’est l'Esprit de Jésus. Faut-il distinguer celui-ci du Saint-Esprit qui, Ÿ 6, a empêché Paul d'aller prêcher en Asie? Il ne semble pas. L'Esprit de Jésus c’est l’Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils et Paul, Rom. vint, 9, dira de même : εἰ δέ τις Πνεῦμα Χριστοῦ οὐχ ἔχει, ainsi que Pierre écrivant . ποῖον χαιρὸν ἐδήλου τὸ ἐν αὐτοῖς Πνεῦμα Χριστοῦ προμαρτυρόμενον, 1 Pr. 1, 11. Blunt (1) trouve une phrase analogue à celle-ci dans IT Cor. 111, 17 : ὃ δὲ Ἰζύριος τὸ Πνεῦμα ἐστιν, et pense qu'elle indique une vision de Jésus en personne, comme ΧΧΙΙ, 18.
Ÿ 8) παρελθόντες δὲ τὴν Μυσίαν : sensui adversatur : non praetereunda, sed transeunda erat Mysia ut ad Aegaeum mare venirent, Brass, Au lieu de παρελθόντες, D Arm. Gig. Vig. ont διελθόντες, passer à travers, ce qui exprime bien ce qui s’est passé. παρελθόντες de παρέρχομαι, — passer à côté de, devant, passer le long de, côtoyer. Maïs pour aller à Troas, Paul était obligé de passer à travers la Mysie; il faut donc supposer que le sens est : passer le long de la Mysie, en la côtoyant vers le sud. Ramsay suppose que παρελθόντες signifie négligeant la Mysie, c'est-à-dire passant à travers le pays sans l'évangéliser. La Mysie faisait partie de la province d’Asie, mais il n'avait pas été
(1) The Acts of.the Apostles, p. 210.
τὴν - Μυσίαν κατέδησαν εἰς Τρῳάδα. 9. nai ὁραμα διὰ νυχτὸς τῷ Παύλῳ ὥφθη᾽ ἀνὴρ
Μαχεδών τις ἦν ἑστὼς χαὶ παραχαλῶν αὐτὸν at λέγων᾽ Διαόὰς εἰς Μαχεδονίαν βοήθησον’
défendu de traverser cette provinçe, mais d'y prêcher la parole de Dieu. La leçon de la Peschitto : lorsque nous étions sortis de la Mysie, n’est pas acceptable.
χατέδησαν : les missionnaires descendirent des hautes terres intérieures vers le bord de la mer, à Troas; cf. vi, 26; χχιν, 1, 22; xxv, 6. Peut-être avaient-ils l'intention, puisque l'Esprit de Jésus leur interdisait de prêcher dans ces régions de s’embarquer à Troas pour Antioche — D Pesch. ont χατήντησαν, 9 fois dans les Actes et Irénée, 11, 14, 1, a, nos venimus. Cette leçon de saint Irénée suppose le journal de voyage, dont nous trouvons le commencement seulement au ÿ 10, dans 16 texte oriental. εἰς Τρῳάδα : dans le pays de Troas, Pesch. Troas était un port de mer sur la côte N. O. de l'Asie, en face de l’île de Ténédos, à moitié chemin entre le cap de Sigée et le cap Leuctum, à peu près à 18 km. au sud de l’ancienne Troie (Ilion). Troas est une abréviation de Ἀλεξάνδρεια ἡ Τρῳάς. Elle a été fondée après la mort d'Alexandre par Antigone qui l’appela de son nom Antigonia Troas, mais vers l’an 300 av. J.-C. elle fut agrandie et embellie par Lysimaque, qui lui donna le nom d’Alexandria Troas en souvenir d'Alexandre le Grand.
D'abord sous la domination des Séleucides, puis indépendante, elle passa sous la domination de Rome en l’an 133 av. J.-C. Auguste en fit une colonie romaine, sous le nom de Colonia Augusta Alexandria Troas; elle jouit du Jus italicum avec les privilèges qui y étaient attachés, immunitas et libertas, affranchissement de divers impôts et indépendance du gouverneur de la province, de sorte qu’elle fut gouvernée par ses propres magistrats, deux duoviri et un sénat de decuriones.
Au temps de Paul, le port de Troas était le centre des communications entre l'Asie mineure et la Macédoine. Paul passa dans cette ville au moins trois fois : xvi, 7-10; IT Cor. τι, 12 5.; Act. xx, 6-12. Délivré de sa captivité, Paul a dû visiter Troas puisqu'il y avait laissé son manteau, IT 7üm. 1v, 13. ἡ
ÿ 9) Le texte de ce Ÿ est assez différent dans les détails. Voici celui que donne le. codex D : καὶ ἐν ὁράματι διὰ νυχτὸς ὥφθη τῷ Παύλῳ ὡσεὶ ἀνὴρ Νιακχεδών τις ἐστῶς κατὰ πρόσωπον αὐτοῦ. Il semble que nous avons là un essai d’explication de la vision de Paul. — καὶ ὅραμα, vision, spectacle, tout ce que l’on voit; ὥφθη, devint visible, apparent. διὰ νυχτός : διά signifie pendant l’espace; ici il spécifie que c’est à un moment de la nuit : usage non classique. L'objet qui est vu est réel et il ne s’agit pas d'un songe, bien que l’apparition ait eu lieu pendant la nuit; elle a pu avoir lieu pendant que Paul était en prière. B. Weiss croit que nous avons là un rêve, une vision en rêve, Traumgesicht. Saint Chrysostome semble avoir cru que la vision de Paul eut lieu pendant son sommeil, om. χχιν, 8. ᾿
ἀγὴρ Νιαχεδών τις : un certain homme Macédonien, connu comme Macédonien. On ἃ supposé que pour savoir que cet homme était Macédonien, Paul devait le connaître et on a pensé que c'était peut-être Luc, mais ainsi que le dit Blass : poterat vidisse dieproximo Troade Macedones quosdam, chlamyde causiaque insignes; unde facile agnoscebat. Paul ἃ pu aussi rencontrer souvent pendant sa jeunesse des Macédoniens sur le port de Tarse. Mais les paroles mêmes de cet homme : διαδὰς εἰς Μακεδονίαν, Bon θησον Auiv, faisaient connaître à Paul sa nationalité,
Maïs ce n’est pas aux paroles de cet homme qu'il reconnut qu'il était Macédonien, mais à sa vue. D, ἑστὼς χατὰ πρόσωπον αὐτοῦ, semble l'insinuer plus clairement que le. texte, ὡς δὲ τὸ ὅραμα εἶδεν, seulement les Macédoniens ne différaient en rien des autres. Grecs ; au contraire, ils faisaient leurs efforts pour leur ressembler en tout.
9. Pendant la nuit une vision apparut à Paul; un certain homme macédonien se tenait debout et le priait en disant : Passe en Macédoine, viens à notre secours. 10. Dès qu’il eut vu cette vision, nous cherchâmes aussitôt à passer en Macédoine, concluant que le Seigneur nous appelait à leur
Ramsay identifie cet homme avec Luc; celui-ci était à Troas dans l'entourage de Paul, puisque, ÿ 10, commence le journal de voyage qu'il a écrit, εὐθέως ἐζητήσαμεν. Et maintenant, Luc devait avoir des relations avec Philippes en Macédoine — il y resta plus tard — et l'on s'explique qu'il ait invité Paul à passer dans cette province. Tout cela ne prouve pas que ce Macédonien était Luc. Celui-ci était probablement d’Antioche.
L'expression χατὰ πρόσωπον αὐτοῦ, du codex de Bèze, est spéciale à Luc, 11, 31; Act.
ΠΙ, 23; xxv, 16, ce qui ferait supposer que cette leçon est originale, Bezser. Au lieu de ἡμῖν, la Peschitto ἃ μοι.
Υ 10) Nous citerons plus loin la leçon du codex de Bèze et de la Sahidique : s'étant donc éveillé, il nous raconta La vision et nous comprîmes que le Seigneur nous avait appelés à évangéliser ceux de la Macédoine : τοὺς ἐν τῇ Maxedovlz, au lieu de αὐτούς. C'est bien pendant son sommeil que Paul a eu la vision. Cette leçon est un développement et une explication des événements.
Dès que Paul eut vu cette vision et qu’il eut reçu l'ordre de passer en Macédoine, ἐζητήσαμεν, nous cherchâmes le moyen d'aller dans cette province; ils prennent des informations, se procurent les ressources nécessaires pour le voyage et se mettent en quête d’un vaisseau qui les conduirait à travers la mer Egée, de Troas en Macédoine. — συμόιδαζόντες de συμόιδάζω, rapprocher, conjoindre, démontrer, convaincre, conclure par un raisonnement; hic, ut Atticos, colligere, BLass. Les missionnaires écoutèrent le récit de Paul, l’examinèrent et conclurent que le Seigneur les appelait à prêcher l'Évangile aux Macédoniens. Saint Chrysostome traduit συμδιδαζόντες par
, στοχαζόμενοι, conjecturant, devinant. Certi facti de la Vulgate ne rend pas le sens. — ὅτι προσχέχληται ἡμᾶς ὃ Θεός, que Dieu nous a appelés pour soi; προσχέχληται est au parfait moyen qui a le sens de l'actif.
C’est ici qu'apparaît d’une manière certaine le journal de voyage pour se poursuivre jusqu’au ÿ 17. Nous avons cependant relevé déjà quelques indices de la présence dé Luc. Il ne faudrait pas en effet conclure que l'emploi de la troisième personne implique nécessairement l'absence de Luc. Blass remarque que : potuit Lucas, ut Pauli comes, in enarrandis ejus rebus gestis interdum personna prima uti, de eis scilicet, quae communiter acta erant neque Paulum actorem primarium habebant.
La façon dont Luc s’introduit ici dans le récit indique que ce n’est pas au moment où il emploie pour la première fois la première personne, qu’il se joint aux missionnaires; il paraît être déjà de leur société, puisqu'il prend part à leurs délibérations et se mêle intimement à eux. On a supposé que Paul s'était adjoint Luc à Troas comme médecin ou parce que celui-ci connaissait La ville de Philippes où les missionnaires se rendaient. Luc très discret ne parle jamais de lui; il ne s’est pas même nommé dans les Actes. Loisy suppose que c’est au départ d’Antioche que Luc s’est joint aux missionnaires et que c’est à ce moment que Luc s’introduit dans le récit; païen converti, attaché à Paul, séduit par ses grands projets, il avait résolu de le suivre.
Zahn ne croit pas non plus que Luc s’est joint pour la première fois à Paul à Troas. Il faisait partie de la communauté d’Antioche, mais nous ne savons pas depuis quel temps. Le texte de saint Irénée, 11, 14, 1, peut expliquer les choses à un certain degré : Separatis enim, inquit, a Paulo et Barnaba et Johanne qui vocabatur Marcus, et cum navigassent Cyprum, nos venimus in Troadem; et cum vidisset Paulus per
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ὀάζοντες ὅτι προσχέχληται ἡμὰς ὁ Θεὸς εὐαγγελίσασθαι αὐτούς 11. ἀναχθέντες δὲ ἀπὸ ’ ΒΡ x ! e 4 ᾽ NU
somnium virum Macedonem dicentem : Veniens in Macedoniam opitulare nobis, Paule; statim, ait, quaesivimus proficisci in Macedoniam, intellegentes quoniam provocavit nos Dominus evangelizare eis. Navigantes igitur a Troade, direximus navigium in Samothracen. Ce serait donc à Antioche que Luc se serait joint aux missionnaires.
Ce fait ressort clairement du texte occidental que Zahn établit de la façon suivante : xvI, 8, διελθόντες δὲ τὴν Μυσίαν, ἡμεῖς ἤλθομεν εἰς Τρῳάδα, 9, χαὶ ἐν ὁράματι διὰ νυχτὸς ὥφθη τῷ Παύλῳ ὡσεὶ ἀνὴρ Ἡίαχεδών τις ἑστὼς χατὰ πρόσωπον αὐτοῦ, παρακαλῶν καὶ λέγων" διαδὰς εἰς Μαχεδονίαν βοήθησον ἡμῖν, Παυλε. 10 διεργεθεὶς οὖν διηγήσατο τὸ ὅραμα ἡμῖν [nai] εὐθέως ἐζητήσαμεν ἐξελθεῖν εἰς Μακεδονίαν, συμόιδαζόντες, ὅτι προσχέχληται ἡμᾶς ὁ Ἰζύριος εὐαγγελίσασθαι τοὺς ἐν τῇ Μακεδονίᾳ. Ce texte paraît ἃ Zahn plus vivant et plus lucanien que celui du texte oriental.
Υ 11) ἀναχθέντες δέ : cf. x, 18. δέ introduit un nouveau récit. Avant ἀναχθέντες, D 614, ajoutent τῇ δὲ ἐπαύριον, le lendemain. εὐθυδρομήσαμεν de εὐθυδρομέω, terme de navigation, courir droit vers, ce qui indique une traversée favorable; les missionnaires naviguèrent donc poussés par le vent. Le voyage ἃ été rapide puisque, en deux jours, ils passèrent de Troas à Néapolis — 231 km. environ — tandis que, voyageant plus tard dans la direction contraire, ils mirent cinq jours à faire le voyage, xx, 6. εἰς Σαμοθράκην : Samothrace ou la Samos thrace, pour la distinguer de Samos sur la côte de Lydie, est une petite île de la mer Égée, 180 km? de superficie, à peu près à mi-chemin entre Troas et Néapolis; elle est mentionnée, parce que les mission-
naires se sont arrêtés là à un mouillage, sans peut-être descendre à terre, car l’île n'a pas de port. Luc ne parle pas de Tenedos et d'Imbros, situées sur la même route, -mais où les missionnaires ne se sont pas arrêtés. Depuis l’an 46 ap. J.-C. elle fit partie
de la province romaine de Thrace, mais elle n’eut jamais qu’un petit nombre d’habitants, à cause de son sol ingrat. Dans l'antiquité l’île devait presque toute sa réputation au culte des Cabires ou grands dieux, en l'honneur desquels elle célébrait sous ses chênes gigantesques des mystères qui étaient à peine moins en vogue que ceux d’Éleusis, et qui ne prirent fin qu'après le second siècle de notre ère. L'initiation à ce culte passait pour préserver de tout danger. Cf. Fizzion, Diction. de la Bible de Vigouroux, t. V, col. 1432.
τὴ τε ἐπιούσῃ, sous-entendu ἡμέρα, chez les classiques, Polybe. Josèphe, εἰς τὴν Νέαν πόλιν est en deux mots chez les anciens comme Μεγάλη πόλις. — Néapolis était un port du golfe de Strymon, en face de l’île de Thasos, à peu près à 12 km. de Philippes, dont elle était le port. Au temps de Paul elle faisait partie de la Thrace; sous Vespasien elle fut englobée dans la province de Macédoine. Actuellement elle porte le nom de Kavalla. Celui-ci est exactement au point où Appien, Bell. civil., 1v, 106, place Néapolis, entre Philippes et Thasos, à environ 12 km. de la ville et à 16 de 116. Cf. Dion Cassius, xzvir, 35. Cousinéry, Voyage dans la Macédoine, 1831, t. IT, p. 119, place Néapolis à 12 kil. au sud-est de Kavalla, à Eski-Kavalla, où se trouve un vaste port, mais cette hypothèse a contre elle tous les textes anciens et l’existence des ruines trouvées à Kavalla,
xvI, 12. Pauz ET SiLas A Pniripres.
Υ 12) Κακεῖθεν εἰς Φιλίππους, et de là, de Néapolis, où les missionnaires ne paraissent pas s'être arrêtés, ils se rendirent à pied, à Philippes, en trois heures de marche
annoncer l'Évangile. 11. Or, étant partis de Troas, nous vinmes droit à Samothrace et le lendemain, à Néapolis. 12. De là, nous allâmes à Philippes
sur la belle voie romaine, Via Egnatia, qui va, à travers la Macédoine, de Néapolis à Dyrracchium, sur la mer Adriatique. Saint Chrysostome fait remarquer que Paul avait l'habitude de laisser de côté les petites villes, sans s’y arrêter. Philippes, en grec Φίλιπποι, Vilg. Philippi, était une ville très ancienne de la Macédoine, appelée tout d’abord Krenides (Fontaines) à cause des sources abondantes qui l’arrosaient. Elle était située entre les monts Hémus et Pangée, à l’est du fleuve Strymon, près de la frontière de Thrace et de la rivière Gangès ou Gangitès, sur une colline élevée. ᾿ Elle dominaït une vaste plaine, d'une grande fertilité, mais dont quelques parties étaient marécageuses. D'abord partie du royaume de Macédoine, elle tomba sous la domination romaine en 168 avant J.-C. En l’an 42 de notre ère, Philippes fut fondée à nouveau par Auguste qui y établit des vétérans de ses armées et donna à la ville le nom de Colonia Julia Augusta Victrix Philippensium. Il lui conféra le Jus italicum qui lui donnait l’exemption des impôts provinciaux et les mêmes privilèges qu’à la ville de Rome. Après la bataille d’Actium, les vétérans de l’armée de Marc-Antoine y furent établis. Un fond de population macédonienne était resté dans la colonie, si nous en jugeons par le culte local, mélange de divinités grecques et romaines et par l’histoire qui va nous être racontée. Le latin était la langue officielle de Philippes dont les magistrats choisis par une assemblée de citoyens recevaient le nom de ἄρχοντες, xvi, 19 ou de στρατηγοί, xvi, 20, 22 et étaient précédés par des licteurs portant les faisceaux. Actuellement, Philippes est appelée Filibedjik.
ἥτις," le pronom s'accorde non avec le substantif antécédent, maïs avec le suivant : tournure classique : ἥτις ἐστὶν πρώτη [τῆς] μερίδος [τῆς] Maxedovlus πόλις : les MM. présentent dés leçons diverses. πρώτη μερίδος τῆς M., Β 6 — πρώτη, 614 Ph, πρώτη μερίς, Εἰ — πρώτη
. τῆς μερίδος M., ΝΑ C min. Gig. — κεφαλὴ τῆς M, Dd Pesch. — πρώτης μερίδος τῆς M. Blass
ἡ (Prov.) p. xx de sa petite édition des Actes. — ἥτις, au féminin singulier par attraction avec πόλις, introduit une explication.
Diverses hypothèses ont été proposées pour expliquer ce passage, véritable crux interpretum. On a pensé que μερίς visait la division en quatre districts, établis par Paul-Émile, et l’on traduit : Philippes, première ville du district de Macédoine; mais cette division existait-elle encore au temps de Paul? De plus le district dont Philippes faisait partie avait pour ville principale, Amphipolis. D'autres exégètes supposent que Philippes était la première ville rencontrée par Paul, entrant en Macédoine; car Néapolis, la ville où il a débarqué, n’est pas en Macédoine mais en Thrace : πρώτη μερίς serait une désignation topographique et l’on devrait traduire : Philippes, la première ville du district de Macédoine, ou d’un district de la Macédoine, si l'on supprime l’article devant μεῤίς. Mais dans ce cas Luc n'aurait pas dû écrire ἥτις ἐστὶν πρώτη τῆς μερίδος Ναιεδονίας πόλις, qui marque une qualité permanente mais plutôt ἦν πρώτη. D’autres rattachent πόλις à κολωνία πρώτη. Dans le district macédonien dont elle faisait partie, Philippes était la première ville coloniale, sinon en date du moins en importance. Mais alors μερίς aurait le sens de province et l’on traduiraït : première ville coloniale de la province de Macédoine. Ce titre de πρώτη a été donné à d’autres villes grecques, Pergame, Smyrne, Éphèse, à cause de leur importance; mais on ne trouve ce titre sur aucune des monnaies de Philippes et il n’a donc été donné qu'aux villes de l’Asie proconsulaire.
Blass croit que le texte est corrompu par dittologie et propose de lire πρώτης au lieu de πρώτη τῆς et de traduire : Philippes qui est une ville du premier district de Macédoine. Cette construction, non soutenue par un manuscrit grec, a pour elle la
Le
εἰς Φιλίππους, ἥτις ἐστὶν πρώτη τῆς μερίδος Maxedoviac πόλις, χολωνία. μεν δὲ ἐν ταύτῃ τὴ πόλει διατρίῤοντες ἡμέρας τινάς.
18. Τῇ τε ἡμέρᾳ τῶν σαόθάτων ἐξήλθομεν ἔξω τῆς πύλης παρὰ ποταμὸν οὗ évouf-
leçon : primae partis macedoniae civitas, Θ c Par. lat. 115052, ou in prima parte macedoniae civitas, Par. lat. 542.
Hort (1) pense que μερίδος serait une corruption de Πιερίδος; la Piérie était l’ancien nom de cette partie de la Macédoine; conjecture possible et non prouvée.
Le codex de Bèze, Pesch. suppriment la difficulté par la leçon : Φιλίππους, ἥτις ἐστὶν χεφαλὴ τῆς M., caput macedoniae civitas, ἃ : Philippes qui est la capitale de la Macédoine, ville colonie, mais ceci n’est pas exact car la capitale du district était Amphipolis, ou bien la capitale de la Macédoine était Thessalonique, siège du gouvernement de la province romaine de Macédoine au temps de Paul. Zahn, ἐπ loco, pense que ce passage doit être traduit : eine Stadt und zwar eine Kolonie des ersten Bezirkes von Macedonien.
τῆς Μακεδονίας : la Macédoine, située au nord de la Grèce, l’ancien royaume de Philippe II et d'Alexandre le Grand, tomba au pouvoir des Romains en l’an 168 avant J.-C. et fut organisé en province romaine en l’an 146. Comprenant une partie de l'Illyrie et la Thessalie, elle s’étendait de la mer Egée à l’Adriatique. La capitale était Thessalonique. Province sénatoriale sous Auguste, 27 avant J.-C., elle devint province impériale sous Tibère en l'an 15 après J.-C., puis de nouveau province sénatoriale sous Claude, en 44. Au temps de Paul, elle était gouvernée par un proconsul de rang prétorien. C'était un beau pays, riche et fertile; cf. RENAN, Saint Paul, page 138.
χολωνία : chez les Romains la colonie était un organisme tout particulier. Les Romains appelaient « colonie » un groupe de citoyens régulièrement organisé et envoyé, en
vertu d’une loi ou d’un décret impérial, pour occuper tout ou partie d’une cité con-
quise ou pour fonder une ville nouvelle sur un territoire appartenant à l'Etat, et par extension cette ville elle-même. En grec, colonie se dit ἐποιχία; Luc, Act. xvi, 12, comme le font parfois, dans les inscriptions, les habitants des colonies situées en pays grec, Bulletin de correspondance hellénique, t. VII (1883), p. 260, a grécisé le mot latin en désignant la colonie de Philippes.
Les colonies romaines étaient généralement établies dans des villes déjà existantes. 11 y avait donc dans la colonie deux sortes d'habitants : 1° les colons romains, qui formaient une commune à l’image de Rome, avec des magistrats, un sénat municipal et des comices, et qui continuaient à jouir de leurs droits de citoyens romains, Act. xvi, 21; 2° les indigènes qui n'avaient pas le droit de prendre part au gouvernement de la colonie. Les colonies étaient établies par une loi, qui nommait une commission de trois membres (triumviri coloniae deducendae) ou d’un plus grand nombre de membres, et qui fixait le nombre des colons et le territoire qui leur était assigné.
Le latin était le langage officiel des colonies, même dans les pays grecs. Cela est manifeste par les légendes des monnaies et par les inscriptions; c’est le cas à Philippes. Les divers événements qui marquèrent le séjour de Paul à Philippes, Act. xvi, sont pleins de traits qui font allusion aux privilèges de la ville de Philippes en tant que colonie et aux privilèges de l’Apôtre en tant que citoyen romain, cf. Beur- LIER, Diction. de la Bible de Vigouroux. 11, col. 851.
ἦμεν διατρίδοντες : cf. 1, 10; construction périphrastique, familière à Luc, διατρίδυω, séjourner; Vig. conferentes, id est morantes. Les missionnaires ont dû arriver à
(1) The New Teslament in the original Greek, ΤΙ, Ὁ. 96 5.
qui est la première ville de cette partie de Macédoine, colonie et nous Ho sâmes quelques jours dans cette ville.
13. Et le jour du sabbat, nous sortimes hors de la porte vers un cours d’eau,
Philippes, au commencement de la semaine; ils avaient donc à attendre quelques jours avant le sabbat. Ils passèrent ce temps à examiner le terrain, à se renseigner sur l’état religieux de Philippes; ils devaient savoir d'abord s'il y avait une synagogue afin d’évangéliser premièrement les Juifs, comme ils avaient l'habitude de le faire. Le codex Gigas suppose que ce passage s'applique à tout le séjour des missionnaires à Philippes : demorati autem sumus multis diebus.
Plusieurs critiques, Ramsay entre autres, font remarquer que Luc donne une attention particulière à la ville de Philippes; il la décrit plus en détail que les autres villes dont il a parlé. Il insiste sur ce fait qu’elle était cité romaine; il nous apprend qu'elle était une colonie, ce qu’il n'a pas fait pour Antioche de Pisidie, Lystres, Troas, Corinthe, qui étaient aussi des colonies, Ramsay en conclut que Luc était natif de Philippes. Mais ne peut-on pas expliquer tous les détails relevés par le fait que Luc est resté six ans à Philippes, depuis le départ de Paul de cette ville, xvi, 40 jusqu’à son second passage, xx, 4?
XVI, 13-15 : CONVERSION DE LypiA.
Ÿ 13) Τῇ τε ἡμέρᾳ τῶν σαδδάτων; le pluriel pour le singulier, ἔξω τῆς πύλης : les missionnaires sortirent de la porte, πύλης, NX A BC D 13 40 61 Vig. (de la ville) ou de la ville, πόλεως, d’après E H ΠΡ 614 Phil., et ils arrivèrent παρὰ ποταμόν. Luc ne dit pas le nom de ce cours d’eau. Ce ne peut être le Strymon, qui était à une journée de marche de la ville; c'était peut-être la petite rivière Anghista, appelée aussi Gangas ou Gangites ou Angites, aujourd’hui Bunarbaschi, petit ruisseau qui coule dans la plaine © à 1.800 mètres de la ville et se jette dans le Strymon. C'était plus probablement une de ces nombreuses sources, fontaines, qui avaient donné autrefois leur nom, Krénidès, à la ville, et c’est pour cette raison que Luc dit simplement sans l’article, ποταμόν, qui peut se dire de tout cours d’eau.
οὗ ἐνομίζομεν προσευχὴν εἶναι : cette phrase se présente sous diverses formes dans les mm. — οὗ ἐνομίζετο προσευχὴ εἶναι, Εἰ H LP, la plupart des minuscules, quelques Pères — οὗ ἐδόκει προσευχὴ εἶναι, Dd Pesch. Harkl., ubi videbatur oratio esse, Vig. Gig. — οὗ ἐνομίζομεν προσευχὴ εἶναι, B, προσευχὴν εἶναι, N. προσευχή au nominatif paraît être la bonne leçon, ainsi que ἐνομίζετο; la Leçon originale serait donc celle de EHL P. Wendt pense que νομίζομαι signifie ici comme chez les écrivains classiques, Hérodote, Thucydide, être en usage, être la coutume; il faudrait donc traduire : où il était la coutume d’être un lieu de prière. Blass explique la leçon de B en supposant que le M de ἐνομίζομεν doit être un N et que 16 texte continu doit être lu : οὗ ἐνόμιζον ἐν προσευχῇ εἶναι : où ils pensaient être dans un lieu de prière. — ἐνομίζομεν, imparfait moyen de νομίζομαι, qui signifie aussi tenir pour, penser : donc, où nous pensions qu'était un lieu de prière,
προσευχή signifie prière; chez les Juifs, il désigne souvent le lieu où l’on priait : οἵ. III Mac. vu, 20; Pxicon, in Flacc. 6; Josèrne, Vita, 54; JuvénaL, Sat. 1, 295; ΤῈπ- TULLIEN, Ad. nat. 1, 13. DeissmMANN, Neue Bieblstudien, 49 s. l’a trouvé dans une inscription, peut-être du πιὸ siècle avant J.-C. Partout où les Juifs n'étaient pas en assez grand nombre pour avoir une synagogue, ils établissaient une προσευχή. Ils ne devaient pas être bien nombreux à Philippes puisque, pour ouvrir une synagogue, il suffisait qu'il y eut dans la ville quelques hommes hébreux « studieux de la Loi (1) ».
(1) LicHrroor, Horae hebr.in Matth. x, 29.
SR A PR RE 0 τσ νυ OPERA EU PI
ζομιεν προσευχὴν εἶναι, not χαθίσαντες ἐλαλοῦμεν ταῖς συνελθούσαις γυναιξίν. 1. χαί τις γυνὴ ὀνόματι Λυδία, πορφυρόπωλις πόλεως Θυατείρων, σεόομένη τὸν Θεόν,
Il ne faudrait pas cependant être trop affirmatif sur ce point car συναγωγή et προσευχή sont quelquefois employés dans le même sens : dans le texte cité plus haut Josèphe nous dit : συνάγονται πάντες εἰς τὴν προσευχὴν μέγιστον οἴχημα καὶ πολὺν ὄχλον ἐπιδέξασθαι δυνά-μενον; ScHüRER, II, p. 517, n. 59. Philon applique aussi le terme πυροσευχή aux synagogues. Schürer, IT, p. 517, fait remarquer que d’après l’usage ancien de la Diaspora συναγωγή n’est pas encore employé dans ce sens. Es heisst hier, sofern es überhaupt vorkommt, « die Gemeinde », während προσευχή der stehende Ausdruck für das Versammlungshaus ist », p. 518.
La προσευχή était quelquefois un bâtiment, des murailles sans toit; d’autres fois des
jardins dans la ville, mais le plus souvent hors des portes. Elle était d'ordinaire le long d’un cours d’eau pour permettre Les ablutions rituelles, ou même le long de la mer. Josèphe, Ant. jud. XIV, 10, 23, rapporte un décret de la cité d'Halicarnasse à ce sujet : ψήφισμα Ἁλιχαρνασσέων τὰς προσευχὰς ποιεῖσθαι πρὸς τῇ θαλάσσῃ χατὰ τὸ πάτριον ἔθος. Tertullien parle des orationes littorales des Juifs qui, à défaut de temples, les envoyaient au ciel sur un rivage quelconque, de jejuntis, 16. Cf, Ζλην, p. 572 ἢ. 84, sur un passage de saint Épiphane, Haer. 80, 2. Il n’y avait donc pas de synagogue à Philippes, qui était plutôt une ville de soldats, de colons qu'une ville de commerce où les Juifs avaient coutume d’habiter. Les colons romains d’ailleurs ne les auraient peut-être pas supportés.
Cependant saint Chrysostome n’est pas de cet avis. De son texte : où γὰρ δὴ ἔνθα συναγωγὴ ἦν μόνον ἀλλὰ χαὶ ἔξω ἠύχοντο,᾿ ὥσπερ τόπον τινὰ ἀφορίζοντες, il semble ressortir qu'il y avait une synagogue ἃ Philippes, ce que dit nettement la Catena arm. p. 291 : οὐ μόνον - γὰρ ἐν μέσῳ τῶν πόλεων συναγωγὴ ἦν τῶν Ἰουδαίων ἀλλὰ χαὶ ἔξω προσευχαῖς ἡύχοντο ὥσπερ τόπον τινὰ ἀφορίζοντες. Oecumenius cite le texte de saïnt Chrysostome et il ajoute : ou plutôt, à cause du petit nombre des Juifs, il n’y avait pas de synagogue à Philippes. Ammonius, Catena in Actus apost. éd. CrAMER, p. 266, est de cet avis. IL semblerait d’après le texte de saint Chrysostome que, les Juifs étant trop charnels, les missionnaires cherchaient pour prier un autre lieu que la synagogue.
Wordsworth, White (1) font observer : Verbum oratio hic simpliciter et non de aedificio videtur usurpari. Quamvis enim προσευχή interdum pro synagoga vel loco orationis inveniatur, oratio non ita.
nai χαθίσαντες ἐλαλοῦμεν ταῖς συνελθούσαϊς γυναιξίν, Il est difficile de savoir pourquoi les missionnaires ne trouvèrent à cette προσευχή que des femmes. C'était probablement des femmes juives mariées à des païens, mais surtout des femmes prosélytes comme Lydia, des ἰουδαιζούσαι. Les femmes pouvaient s’affilier au judaïsme plus facilement que les hommes qu’éloignait la circoncision.
Nous avons déjà vu qu’à Antioche, et nous le verrons encore plus loin à Thessalonique, xvir, 4, les femmes jouaient un rôle considérable dans la société, contrairement à ce qui se passait à Athènes et dans les villes proprement grecques. L'exemple de Lydia prouve que les femmes pouvaient tenir à Philippes une grande place par leur état. Des inscriptions de Macédoine assignent aux femmes une haute position sociale. Of. Licatroor, Philip. P- 55 s.; Ramsay, Paulthe Traveller, p.224, 227, 252. ο΄ καθίσαντες : Les missionnaires s’étaient assis sur des bancs de ne ou de pierre et parlaient aux femmes. λαλοῦμεν, à la première personne du pluriel, marque que tous les missionnaires présents parlaient, y compris Lue, l’auteur du journal de voyage.
(1) Nouum Testamentum Domini nostri J.-C. latine, in loco.
(une rivière)où nous pensions qu'était un lieu de prière, et nous étant assis nous parlâmes aux femmes qui [y] étaient réunies. 14. Et une femme, nommée Lydia, marchande en pourpre de la ville de Thyatires,craignant (adorant) Dieu,
Ce n’était pas une prédication, mais plutôt une conversation familière avec les femmes.
présentes. χαθίσαντες ἐλάλουν est synonyme de διαλαλεῖν, avec ou sans πρὸς ἀλλήλους, Le. 1, 65; vi, 11, et de διαλέγεσθαί τισιν ou πρός τινας, Act. xvI1, 17 et indique des conversations entre plusieurs personnes.
Ÿ 14) ὀνόματι, placé devant le nom comme dans l’évangile, v, 27; cf. v, 34. Λυδία : cette femme était de la ville de Thyatires, en Lydie. On en a conclu qu'elle avait reçu son nom de son pays d'origine comme ce fut le cas pour d’autres femmes, ΔΛυχίη, Μιλησία, Ῥοδία, Φρυγία. Ces noms tirés du nom de leur pays étaient portés surtout par des hétaïres, des esclaves ou des affranchies. Il faudrait donc conclure que Lydia était une esclave affranchie, peut-être juive de naissance. Maïs ce nom de Lydia se rencontre fréquemment chez les Romains comme nom de courtisanes, Horace, Odes, I vit, 1; x, 1; xxv, 8; III, 1x, 6; Marviaz, Æpigr. χι, 21. — Zahn (1) conjecture que Paul ne nomme pas Lydia dans son épître aux Philippiens, à côté de Evodie et de Syntiche, 1v, 2, parce que Λυδία n’était pas son nom, mais un surnom : la Lydienne. — πορφυρόπωλις πόλέως Θυατείρων : Lydia était marchande en pourpre, c’est-à-dire d’étoffes, devêtéements teints en pourpre dans la ville de Thyatires. IL est possible qu’elle ait vendu aussi la couleur, appelée pourpre.
πόλεως Θυατείρων, civitatis Thyatirenorum, de la Vulgate; cité des Thyatiréniens, est une traduction inexacte. Θυατείρων, gén. pluriel de τὰ Θυάτειρα, signifie Thyatires et non Thyatiréniens : Thyatires était une ville du district de Lydie dans l'Asie proconsulaire, appelée autrefois Pelopia et Euhippia, Puine, v, 31. Elle était connue pour ses . étoffes teintes en pourpre. Une inscription grecque de Thyatires mentionne une cor-
poration de βαφεῖς, teinturiers, CIG, 3496-3498. Non sit decus ardet eburnum Lydia
Sidonia quod foemina tinxerit ostro, CLAUDIEN, Rapt. Proserp. 1, 270. Cf. Homère,
Iliade, 1v, 141 5. Thyatires était une colonie macédonienne, située entre Sardes et Pergame, SrraBon ΧΠῚ, 4, 4, ce qui peut expliquer que Lydia de Thyatires soit marchande de pourpre à Philippes. Une inscription latine de Philippes prouve par ces lettres RPURARI qu'il y avait dans cette ville des marchands de pourpre, purpurarius
ou purpuraria, CIL, ΠῚ, ἢ. 644.
Lydia devait posséder un capital considérable pour faire le commerce de ces mar-
. chandises de prix élevé; elle dirigeait une oïxos, ÿ 15, dont elle était la maîtresse : elle avait donc une domesticité, peut-être des enfants. Il est probable qu’elle était veuve
puisqu'il n’est pas parlé de son mari et qu’elle paraît être le chef de la famille, Elle
était un exeniple de la liberté accordée aux femmes en Asie mineure et en Macédoine.
— σεδομένη τὸν Θεόν, ἤκουεν. σεδομένη de σέδομαι : Vénérer, honorer d’un culte religieux,
adorer; primitivement craindre. Lydia était une de ces femmes païennes dont l'esprit et
le cœur ne pouvaient être satisfaits des doctrines froides et insensées du paganisme et qui s'étaient tournées vers le vrai Dieu que leur enseignaient les Écritures juives. Il est probable que c’est à Thyatires, sa ville natale, où les Juifs étaient nombreux, que Lydia avait été instruite des vérités religieuses et avait appris à connaîtrele vrai Dieu. Elle écoutait attentivement Paul qui expliquait les Écritures et lui en faisait comprendre le vrai sens : l’imparfait ἤκουεν indique une audition soutenue et continuée; la continuation du récit avec un pronom relatif est une forme familière à Luc, 11, 24; πὶ, 8. — ἧς ὃ
(1) Einleitung in das N. T.T, p. 530, n. 1.
ἤχουεν᾽ ἧς ὁ Κύριος διήνοιξεν τὴν 7 προσέχειν τοῖς λαλουμένοις ὑπὸ τοῦ Παύλου. 15. ὡς δὲ ἐθαπτίσθη nat ὁ οἶχος αὐτῆς, παρεχάλεσεν λέγουσα᾽ Εἰ χεχρίχατέ με πιστὴν τῷ Κυρίῳ εἶναι, εἰσελθόντες εἰς τὸν οἶχόν μοῦ mévre, χαὶ παρεῤιάσατο ἡμᾶς.
Κύριος διήνοιξεν τὴν καρδίαν προσέεχιν τοῖς λαλουμένοις : l'aoriste διήνοιξεν marque le résultat du verbe ἤχουεν ἃ l’imparfait et indique le but marqué par l’infinitif προσέχειν τοῖς λαλουμένοις ὑπὸ τοῦ Παύλου. Dieu ouvrit le cœur de Lydia, cf. xvir, 3; Eph. 1, 18, afin qu’elle fût attentive aux choses que disait Paul. Dieu ouvrit le cœur de Lydia comme Jésus avait -ouvert l'esprit, τὸν νοῦν, de ses apôtres pour qu'ils comprissent les Écritures : τότε διήγοιξεν αὐτῶν τὸν νοῦν τοῦ συνιέναι τὰς γραφάς, Le. χχιν, 45; cf. II Macc. 1, 4; PLUTARQUE, Moralia, 36. — χαρδία, comme l’hébreu 20 est le siège de l'intelligence. —
Paul parlait et la grâce de Dieu agissait sur l'esprit et le cœur de Lydia pour lui faire comprendre les paroles de l’Apôtre et en être émue : τὸ μὲν ἀνοῖξαι τοῦ Θεοῦ ἦν, τὸ δὲ προσέχειν αὐτῆς" ὥστε xai θεῖον χαὶ ἀνθρώπινον ἦν, CHRYSOSTOME. — λαλουμένοις ὑπὸ Παύλου : ici comme ailleurs, Paul dut exposer les enseignements des Écritures et montrer comment Jésus de Nazareth avait réalisé en sa personne les prophéties lanciennes. Son discours à Antioche de Pisidie est le type de ses prédications à des Juifs et à des craignant Dieu. Ce ne fut peut-être pas dans cette première séance que Lydia fut con- “vertie, mais à la suite de plusieurs conversations avec l'Apôtre.
ÿ 15) L’adhésion aux enseignements de Paul, la croyance en Jésus Messie entraînaient nécessairement le baptême. Lydia et toute sa maison furent baptisées. Lydia le fut probablement bientôt, ainsi que l'indique la suite du récit. Mais pour sa maison, sa famille et sa domesticité qui n'étaient pas présentes à 18 προσευχή, elles durent recevoir plus tard les enseignements des missionnaires et n’être baptisées qu'après avoir été instruites. Lydia fut baptisée ainsi que toute sa maison. La religion du chef de famille était celle de toute sa maison, comme nous en voyons d’autres exemples dans le cas du centurion Corneille, x, 48; du geôlier de Philippes, xvi, 39, de Crispus à Corinthe, xvirt, 8. Cette patria potestas était une réalité vivante non seulement à Rome mais dans tout le monde ancien. Il est probable que parmi les personnes baptisées il y eut aussi Evodie et Syntiche dont Paul parle aux Philippiens, 1v, 3. Il ἃ été beaucoup discuté sur ce passage : Lydia a été baptisée ainsi que toute sa famille. Est-ce que Lydia avait des enfants et en bas âge qui auraient été baptisés? Si elle en avait, on concluait au baptême des enfants dans la primitive Église. Il aurait fallu prouver tout d’abord que dans ]᾽ οἶχος de Lydia étaient compris les enfants. Le terme est général : il comprend les enfants, les parents, la domesticité et même ceux qui étaient affiliés à la maison par leurs affaires. D d ajoute πᾶς à οἶχος. Est-ce à Lydia que fait allusion Paul dans la même épître aux Philippiens 1v, 3, καὶ σέ, γνήσιε σύνζυγε Bien que des exégètes l’aient pensé, nous ne pouvons l’affirmer. Lydia adresse une prière aux missionnaires, παρεχάλεσεν λέγουσα : εἰ xexpixate ; quand la condition exprimée est réelle, εἰ se traduit par puisque : par un vrai sentiment de modestie délicate, Lydia dira et et non ἐπεί, terme plus brutal, mais le sens reste identique; puisque, en me donnant le baptême, vous avez jugé que je croyais au Seigneur, venez dans ma maison. Traduire εἰ par si : si vous avez jugé queje crois au Seigneur, serait faire exprimer à Lydia un doute quine pouvait être dans sa pensée. Das Perfekt xexplxate ist insofern am Platze, als es sich am das Urtheil handelt, welches in dem Taufen schon zum praktischen Ausdruck gekommen war, Wenpr. D’après Zahn, p. 246; εἰ κεχρίκατε ne prouve pas comme εἶ χρίνατε un fait qui aurait pu se passer dans l'avenir, mais un fait existant actuellement; cf. 1v, 9: