F. RAT
22, Alors, Paul se tenant debout au milieu de l’Aréopage dit : Hommes Athéniens, je vous vois en toutes choses extrêmement religieux. 23. Car en parcourant [votre ville] et en regardant les objets de votre culte, j'ai
que Paul ἃ commencé son discours en adressant une injure aux Athéniens. On peut tout au plus penser qu’il a eu en vue le double sens du terme ou qu'il y a une certaine ironie dans cette expression : plus religieux que quiconque. Mais il est plus admissible qu'il a voulu constater un fait, qui nous est déjà attesté par les écrivains de l’antiquité : Sophocle, Œdipe à Col., 1060, affirme que les Athéniens dépassent toutes les nations dans les honneurs qu’ils rendent aux dieux; Xénophon, Rép. ath., qu’ils ont autant de fêtes religieuses que tous les peuples ensemble; Josèphe, Contra Ap., 11, 12, appelle les Athéniens : τοὺς εὐσεδεστάτους τῶν ᾿Βλλήνων. Cf. Taucynipe, 11, 60; Horace, Sac. 1, 9, 70 : religiosores caeteris Graecis. WersTein, Kypke. Saint Chrysostome traduit ce terme par εὐλαδεστέρους, plus religieux et l'explique : ὥσπερ ἐγχομιάζων αὐτοὺς Doxeï οὐδὲν λέγειν βαρύ.
Ce terme a été traduit d'ordinaire par religieux, dévot, superstitieux, ou par craignant Dieu, ou par Ramsay « plus que tout autre respectueux de ce qui est divin ». Paulus effert quam studiosi sunt colendi et reverendi numina, KNABENBAUER. δεισιδαιμονεστέρους : in comparativo inest « quam vulgo esse solent », aut pro superlativo est ut alias, BLass. θεωρῶ ὡς est une expression rare, mais bien choisie.
Ÿ 23) διερχόμενος γὰρ : car passant par, dans vos rues, ou si on rattache τὰ σεδάσματα à διερχόμενος, passant au milieu des objets de votre dévotion, xat ἀναθεωρῶν, considérant attentivement, examinant; ici seulement et Héb., x, 7, Le codex de Bèze a διιστορῶν, de διιστορέω, raconter de point en point; nulle part ailleurs dans le N. T., non employé dans les Septante ni chez les classiques. Clément d'Alexandrie a ἱστορῶν. — τὰ σεδάσματα, les objets de votre culte, c’est-à-dire tout ce qui servait au culte, qui est chose de religion, les temples, les autels, les statues; simulacra, Vlg., statues est trop restreint. Cf. σέδασμα, II Thess. 11, 4, ce qui est adoré. — εὗρον καὶ βωμόν : καί. place βωμόν parmi les σεθάσματα : j'ai trouvé aussi un autel. βωμός, autel et par extension temple : ici seulement dans le N. T., mais fréquent dans les Septante pour désigner les autels des idoles, £x. χχχιν, 13; Nomb. xxix, 1; Deut., vu, 5. Outre ceux qui étaient dédiés à des dieux qui étaient nommés, j'en ai trouvé un dédié à un dieu inconnu. En effet, les Athéniens pour écarter la colère ou attirer la faveur des divinités anonymes avaient érigé un autel à un dieu inconnu ou à des dieux inconnus. Cet autel, pensent quelques exégètes, devait son existence aux cultes des mystères; le dieu inconnu serait un dieu ignoré du vulgaire et connu des seuls initiés.
ἐπεγέγραπτο, plus-que-parfait, avait été inscrit; ce plus-que-parfait n'exclut pas l’idée que l'inscription était toujours existante; BLass. D et Gigas ont ἐν ᾧ ἣν γεγραμμένον, ce qui implique plus nettement la permanence de l'inscription. ἀγνώστῳ Θεῷ : sur l’authenticité et la signification de cette inscription, cf. INrropucrion, p. cezxxr. Il existait à Athènes un autel à des dieux inconnus, au témoignage de Pausanias, Philostrate, Tertullien, saint Jérôme. Oecumenius, et aussi un autel, probablement du πὸ siècle après J.-C., trouvée par W. Dôrpfeld à Pergame; cf. INTRODUCTION, p. ccLxxIV. On a supposé que c'était à Origène que saint Jérôme avait emprunté le texte de l'inscription qu’il cite. Dans ce cas, elle est certaine, puisque Origène ἃ dû la connaître, ayant vécu de longues années à Athènes. Cf. Dinyme D'AzexanDrie. Mai, Nova Patrol. bibl. 1v, 2, 139, cité par Zahn, p. 611, n. 64. — Le récit de Diogène de Laerce Epim., 3, explique la présence à Athènes d'un autel à un dieu inconnu. D’après une tradition locale, une peste ayant éclaté à Athènes, le Crétois Epiménide aurait été mandé pour en conjurer les ravages. Il y serait parvenu en ordonnant de chasser sur la colline de Mars
un certain nombre de brebis blanches et de brebis noires, puis de les égorger, chacune à l'emplacement où elle se serait arrêtée. Ges sacrifices auraient été voués en l’honneur du dieu plus ou moins inconnu auquel il paraîtrait possible d’attribuer l'envoi du fléau. Des autels auraient été dressés en nombre pour exécuter ces immolations ; de là, dans Athènes, beaucoup d'autels sans dédicace, βωμοί ἀνωνύμοι,
Wendt s’est demandé si Paul n'aurait pas pu tirer un meilleur parti du « Dieu très haut », θεὸς ὕψιστος, dont le culte était répandu en Asie Mineure, non sans influence juive, et se trouve même attesté pour Athènes par une inscription (Anc. Gr. Inscr.in the Brit, Mus., 1, n. Lxx). Le rédacteur des Actes n’ignore pas le « Dieu très haut » : la pythonisse de Philippes a crié derrière Paul et Silas qu'ils étaient les serviteurs de ce dieu, χυι, 17. Mais la référence au Dieu très haut aurait manqué d'intérêt, son culte n'étant point proprement athénien. Cf. Ζλην, Excursus, vi : Die ausserbiblischen ᾿ς Zeugnisse für die Altarinschrift, ᾿Αγνώστῳ θεῷ in Athen und die Rede des PI. auf dem
Areopag. IT, Ὁ. 370.
᾿ ὃ οὖν ἀγνοοῦντες edoe6eite, τοῦτο : leçon de αὶ A*BD Vig. Orig., Jér.; Paul envisage ici la divinité à un point de vue général : cette inscription prouve que les Athéniens rendaient hommage à l'existence divine. L’Apôtre n’a pas voulu identifier le vrai Dieu avec le dieu inconnu auquel l'autel était dédié, mais tirer de l'inscription cette idée que les Athéniens reconnaissaient qu'il existait quelque chose de divin en dehors de ce qu'ils adoraient. Je vous annonce, disait-il, cette nature divine que vous adorez, ne
connaïssant pas ce qu’elle est réellement, Ce vague pronom neutre exprime bien ce
qu'il y avait d’indéterminé et d’obscur dans le pressentiment que Paul suppose chez ses auditeurs, en sorte que sa parole reste dans les limites de la stricte vérité.
La lecon de X A’EHLP Arm. Clém. d'Al. Athénodore, Chrys. Cosm. Aug. : ὃν οὖν ἀγνοοῦντες εὐσεθεῖτε, τοῦτον, particularise l’idée en l’appliquant à l'inscription susmen-
tionnée : celui (ce Dieu) que sans le connaître vous adorez, je vous l’annonce. Cette leçon paraît être une correction de la précédente, qui a paru inexplicable.
Paul n’a pas voulu reprocher aux Athéniens leur ignorance, mais constater un fait : ils avouent qu’ils adorent un Dieu qu'ils ne connaissent pas. — εὐσεδεῖτε de εὐσεδέω, être pieux, témoigner à quelqu'un de la vénération; rarement employé transitivement comme ici : quelquefois chez les poètes tragiques. — ἐγὼ χαταγγέλλω ὃμῖν : ἐγώ est emphatique. Paul répond à l'accusation d’être un discoureur et un prêcheur de divinités étrangères : Moi que vous tenez pour un diseur de choses vaines, je vous fais con-
naître ce que vous ignorez, tout en en pressentant l’existence; le Dieu que je prêche
ne vous est donc pas étranger. C’est l’idée, que fera valoir plus tard Tertullien, de l'âme naturellement chrétienne.Ces paroles ne s'adressent pas à un groupe restreint de philosophes mais à toute une assemblée populaire.
ÿ 24) Cf. χιν, 15. Cette affirmation de Dieu, créateur du monde et de tout ce qu'il contient, était en opposition directe avec les conceptions du peuple d'Athènes et même des philosophes. Ceux-ci ne reconnaissaient pas Dieu comme un créateur absolu. Pour Platon, il est essentiellement un ordonnateur de la matière, laquelle coexistait avec la divinité, peut-être préexistait. Aristote ne distinguait pas Dieu et le monde. Les Épicuriens ou supposaient le monde éternel, ou le croyaient formé par le hasard; les. Stoïciens pensaient que Dieu était l'âme, l'organisateur du monde, mais non le créa-
trouvé même un autel, sur lequel il était inscrit : Au dieu inconnu. Ce que, sans le connaître, vous honorez, c’est ce que je vous annonce. 24. Le Dieu qui ἃ fait le monde et toutes les choses qui y sont, lui qui est [6 Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans les temples faits de mains d'homme; 25, ni il n’est point servi par des mains humaines,
teur. « Ce seul mot de Paul fait crouler toutes les fables des philosophes. D’après les Épicuriens, le hasard avait tout fait, et les atomes étaient le principe de la création. D’après les Stoïciens, elle s ‘expliquait par l'existence éternelle de la matière et un embrasement. Mais, ἘΠῊΝ l’'Apôtre, l'univers, comme tout ce qu’il renferme, est l’œuvre de Dieu. Doctrine comprise en peu de mots, mais d’une clarté remarquable dans sa brièveté. Il est étrange que les Grecs aient trouvé nouvelle la doctrine qui faisait de Dieu le créateur de l'univers. » Cavsosrome, Hom. xxxvn1.
Paul répète iciles enseignements de l'A. T., cf. Gen. 1,1; Ex. xx, 11; 15. xLv, 7, etc. — τὸν κόσμον, le monde, non entendu au sens moral comme dans le IVe évangile et quelquefois dans les synoptiques, mais au sens physique indiqué par les mots suivants : et toutes les choses qui y sont. C'était en ce dernier sens que les auditeurs de Paul entendaient le terme κόσμος, — οὗτος οὐρανοῦ χαὶ γῆς ὑπάρχων Κύριος : Il est le Seigneur du ciel et de la terre qu'il a créés et comme tel il est nécessairement distinct des dieux qu'adoraient les Athéniens.
oùx ἐν χειροποιήτοις ναοῖς χατοιχεῖ; étant le créateur de tout ce qui existe, le Seigneur du ciel et de la terre, il ne peut résider dans des temples construits par la main des hommes : sa demeure est tout l’espace, en opposition avec les dieux qui habitent dans un espace restreint, dans un temple, fait de mains d'hommes. La masse populaire ne distinguait pas entre le dieu et la statue qui le représentait, cf. x1x, 24. Déjà PAT. Jeare,.zxvi: 1,25 PS.ixvin, Τὼ,» 8, 12, Étienne avait exprimé cette idée, vir, 48 et on la retrouve de les anciens; cf. NS A Paul présente ensuite deux caractères de Dieu : il n’a besoin de personne et il donne toutes choses à chacun.
Ÿ 28) οὐδὲ... θεραπεύεται : de θεραπεύω, servir, entourer de soins empressés : mot employé dans les Septante et les classiques au sens de rendre un culte ἃ Dieu, adorer; d'aprés le contexte il faut étendre ce sens. Les païens tenaient pour méritoire d'éléver aux dieux des temples somptueux, de leur dresser de belles statues, de leur offrir des dons magnifiques, même de la nourriture, et les dieux en retour devaient en revariche combler leurs adorateurs de bienfaits. Paul déclare que Dieu n’a besoïn dé rien ni de personne. Disant que Dieu n’est pas servi, dit saint Chrysostome, par la main dés hommes, Paul fait entendre qu’il est servi par l'intelligence et par l'esprit, διανοίᾳ χαὶ νῷ, Hom. xxxvin. Clément Romaïn, parlant de Dieu aux Corinthiens, τ, 4, ἃ enseigné aussi l'indépendance de Dieu : ἀπροσδεής... 8 δεσπότης ὅπάρχει τῶν ἁπάντων, Cf. ἃ Diogn. ΜΕ, 5.
προσδεόμενος τινος : ayant besoïn; ici seulement dans le N. T. Cette proposition détérmine de plus près θεραπεύεται; la seconde proposition, αὐτὸς διδούς, fortifie la proposition négative précédente. τινος peut être au masculin ou au neutre, de quelqu'un où de quelque chose. Le masculin correspondrait mieux à πᾶσιν, qui suit, mais lé neutre désigne bien le culte de Dieu, dont if est question ici. Paul aurait eu ici l'agrément dés Épicuriens, qui eux aussi enseïgnaïent que la nature divine se suffit à soi-même ét n'a besoin de rien de notre part. Divom natura... nihil indiga nostri, Lucrèce, De rerum natura, τι, 27. — Cette idée se retrouve dans l'A. T., Ps. cr, 18; Jér., vi, 22 et cliez plusieurs. écrivains classiques, Eurreme, Hercule furieux; Ÿ 1346 : δεῖται γὰρ ὁ Oeus, εἴπερ ἔστ᾽ ὀρθῶς, θεός οὐδενός. Cf. Awvrrmnon, Ἀλήθεια, 98; ῬΊΑΤΟΝ, Timée, 33 D'; 84, B: Curvsiwpe
Re:
LENS fe Δ᾽ ῥα.
Ἐν ΡΤ ΤΣ M Et ns ΠΓῊ
τὸ ῃ δ A NES 3 ͵ διδοὺς πᾶσιν ζωὴν χαὶ πνοὴν χαὶ τὰ πάντα᾽ 26. ἐποίησέν τε ἐξ ἑνὸς πᾶν ἔθνος ἀνθρώπων
dans PLurTarquE, de Stoic. rep. 39. N* ἃ 6 Gigas, Irénée ajoutent ὡς devant προσδεόμενος, presque nécessaire, dit Blass, à cause de l'opposition des deux partis. — αὐτὸς διδούς : αὐτός est emphatique et fait ressortir cette idée que les créatures sont incapables de donner à Dieu quoi que ce soit. Au contraire, il donne à tous la vie et le souffle et toutes choses. Cette idée a été exprimée en termes magnifiques par le roi David, adressant à Dieu sa prière : C’est de toi que viennent la richesse et 18 gloire... car qui suisje? Chron. xxix, 14;à Diogn., πὶ, 4.
ζωὴν καὶ πνοήν : Gen. τι, 7. Les deux termes, formant paronomase, ne sont pas un . pléonasme : ζωή, c’est la vie en soi, l'existence; πνοή, c’est le souffle, l’esprit de vie par lequel se continue la vie. — τὰ πάντα, omnia quaecumque, toutes les choses sans restriction, dont les hommes ont la jouissance ou le besoïn. L'article restreint le terme πάντα à toutes les choses dont il est parlé et qu’indique le contexte. Paul répondait ainsi aux Épicuriens et aux Stoïciens, enseignant que Dieu est impassible et sans activité, vivant dans une apathie perpétuelle.
Ÿ 26) ἐποίησεν... κατοιχεῖν : On peut traduire : Dieu a fait habiter sur toute la surface de la terre la race des hommes ou bien, en tenant κατοικεῖν pour un infinitif de but, ainsi que ζητεῖν, du ÿ suivant, Dieu a créé toute la race des hommes pour habiter sur la sur-. face de la terre, La première traduction est plus coulante, mais la seconde répond mieux au contexte, Paul veut faire ressortir que toute l'humanité a été créée d’un seul homme pour habiter sur la terre : ainsi se montre l'unité de la pensée divine dans la création.
ἐξ᾽ ἑνός, d'un seul. Faut-il compléter le sens par : d’un seul homme, d’un seul sang ou d’une seule nature ? La première conjecture s’appuierait sur πᾶν ἔθνος ἀνθρώπων, qui suit ou sur Rom. v, 12. La leçon : ἐξ᾽ ἑνὸς αἵματος de DEHLP Pesch. Harkl. Irén. Théod. Chrys. Cosmas favorisent la seconde conjecture; cf. Jn. 1, 13. Le terme αἵματος paraitrait en place dans la bouche de Paul, familier avec l’Ancien Testament, où 16 sang est tenu pour le contenant de l’âme, pour le véhicule de la vie. Maïs cette idée, très courante chez les Juifs, restait étrangère aux Grecs. Quel a été le but de Paul en affirmant la fraternité universelle de tous les peuples? Ce serait trop restreindre sa pensée en supposant qu’il a voulu simplement protester contre le mépris des Athéniens pour les Juifs. Elle serait peut-être mieux comprise, si l’on pensait qu'il attaquait surtout l’orgueil des Athéniens qui prétendaient être une race autochtone, née de la terre attique et regardaient les autres peuples comme différents d'eux-mêmes, des étrangers, des Barbares. Mais ce serait entrer plus intimement dans le raisonnement de Paul de croire qu'il tend à démontrer l’unité de Dieu par l'unité de la race humaine. Dans l’an- . tiquité, en Grèce tout comme en Orient, chaque peuple et même chaque ville prétendait avoir son dieu particulier, national, d’où le peuple tirait son origine. Or, si tous les hommes ont été créés par Dieu, c’est donc qu'il n'y a qu’un seul Dieu; ainsi tombent tous les dieux du paganisme.
Cette idée de la fraternité humaine avait été entrevue par les Stoïciens : ἕν ἀνδρῶν, ἕν Θεῶν γένος, Pin. N. 5, 1; ἕν φῦλον ἀνθρώπων, SopnocLe, fragm. 518; mais c'est dans l'A, T. que Paul l’a trouvée. Elle dérive nettement de l'affirmation que Dieu a créé l’homme, Gen. 1, 27, Les prophètes d'Israël l'ont enseignée, tout en maintenant aux Juifs une place supérieure dans l'humanité, — ἐπὶ παντὸς τοῦ προσώπου τῆς γῆς, lecon de N ABD, contre ἐπὶ πᾶν τὸ πρόσωπον τῆς γῆς leçon de HLP 6144; expression hébraïque, Gen, τι, 6; ΧΙ, 8. ras suivi de l’article déterminant un substantif indique la généralité. Comme analogie
[comme] s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses. 26. Il ἃ créé d’un seul [sang] toute la race des hommes pour habiter sur toute la surface de la terre, ayant déterminé les temps prescrits et les frontières de leur habitat; 27, afin qu'ils cherchent
nous avons le latin, maris facies, Vinaire, Eu., ν, 768. — δρίσας προστεταγμένους χαιpois, en opposition avec tous les autres manuscrits grecs, D 13 ont προτεταγμένους, les temps fixés d'avance.
Il ne faudrait pas restreindre la pensée de Paul à l'affirmation que Dieu a déterminé les saisons comme il l’a dit au peuple barbare de Lystres, x1v, 17. Paul expose ici sa philosophie de l’histoire de l'humanité. En assignant à chaque peuple sa demeure respective Dieu a fixé les temps, les saisons, xatpois, de leur prospérité et les limites, ὁροθεσίας, de leurs territoires. C’est l’enseignement de Job. x, 23 : Il (Dieu) donne de l'accroissement aux nations et il les anéantit. C’est l'affirmation nette de Dieu conduisant toutes les affaires humaines ; c'est la Providence en action. Ce n’est pas aux Stoiciens que Paul avait emprunté son idée de la θεῖα πρόνοια ; il répète ici l’enseignement de tout l'A. T., Deut. xxxn, 8; Ps. cxv, 16; Dan., πὶ 21; Sag. χιν, q. D’après Renan, Paul ἃ voulu dire que Dieu a réglé les limites des peuples dans l’histoire et dans l'espace, marquant à chacun « la durée de son existence et les limites de ses domaines », saint Paul, p. 196. « Il n’est pas question ici, dit Loisy, p. 673, de la succession des peuples dans l’histoire selon la conception de Daniel, ni des étapes de leur développement intérieur; encore moins est-il question des « temps des Gentils » dont parle le troisième évangile, Le. χχι, 24. La délimitation des temps est dans 16 plus étroit rapport avec celle des pays, quoique la proposition ne soit pas construite de façon à signifier la durée limitée du séjour d'un peuple en un lieu déterminé, (dans ὁρίσας προστεταγμένους χαιροὺς καὶ τὰς ὁροθεσίας τῆς κατοικίας αὐτῶν, 16 complément τῆς κατοικίας ne se rapporte qu'à τὰς ὁροθεσίας) ; car il est dit que Dieu a réglé l'habitat des peuples en mesurant des temps prescrits et les frontières de chaque peuple. L'auteur envisage la distribution générale de la terre entre les peuples, comme Deut. xxxn, 8, et paraît vouloir dire que leur vie s'écoule en temps mesurés, réglée par le cours des saisons, dans les limites naturelles de leur séjour, l’idée étant ici la même que dans le passage parallèle, déjà cité, χιν, 17, où il est dit que les pluies et les saisons qui apportent les fruits, καιροὺς χαρποφόρους rendaient témoignage à Dieu devant les païens dans le temps où il les laissait suivre leurs voies. On va nous dire pareïllement que Dieu avait ainsi réglé la vie des peuples pour qu’ils fussent en mesure de le chercher, de le toucher et de le trouver. C’est donc que les temps et la terre rendaient témoignage à Dieu par leur fécondité. Ainsi l’auteur ne considère ni l’histoire ni les frontières variables des peuples, mais leurs existences propres se déroulant suivant le cours des saisons sur leurs territoires respectifs ». WEnpT, 258.
τὰς δροθεσίας, dérivé de ὁροθετής : ὅρος et τίθημι : fixation des limites, inconnu au grec classique et ici seulement et chez Galien, ne siècle après J.-C. Blass. l’a remplacé par τὰ ὁροθέσια, les limites, D* Irénée ont χατὰ τὴν ὁροθεσίαν, qui font tautologie avec ὁρίσας. Zahn fait observer qu'il n'est pas prouvé que « secundum determinationem inhabitationis eorum », σαν. Haereses, 1, 12, soit le vrai texte de saint Irénée. — κατοικίας, ici seulement dans le sens de demeure, habitation.
Ÿ 27) ζητεῖν infinitif de but, τὸν Θεόν, afin qu’ils cherchent Dieu. Paul enseigne le but
que Dieu s’est proposé en plaçant les hommes sur la terre, et de plus en agissant au
milieu d'eux. — Θεόν, leçon de δ ABHL 61 Vlg. Pesch. Harkl. Boh. Sah. Arm. Chrys. et non Κύριον, leçon de EP, terme que n'auraient pas compris les Athéniens.
εὕροιεν, al γε οὐ μαχρὰν ἀπὸ ἑνὸς ἑχάστου ἡμῶν ὑπάρχοντα. 28. ἐν αὐτῷ γὰρ ζῶμεν χαὶ χινούμεθα χαὶ ἐσμέν, ὡς nat τινες τῶν χαθ᾽ ὑμᾶς ποιητῶν εἰρήχασιν᾽ τοῦ γὰρ καὶ γένος
Avant ζητεῖν D ajoute μάλιστα. — D ἃ Gig, Ir. CI. ΑἹ. ont ζητεῖν τὸ θεῖον : Pesch (mg) ajoute quis esset, leçon dont le but est d’éclaircir l'obscurité de l’ensemble de la phrase, ÿ 26-39) D'après Blass le texte occidental serait : μάλιστα ζητεῖν τὸ θεῖον, τί ἐστιν el... αὐτὸ za)... οὐ μαχρὰν ὅν... ἡμῶν,
εἰ ἄραγε ψηλαφήσειαν : Paul s'exprime ici avec tout le raffinement de la langue grecque. En employant la forme d’une proposition hypothétique qui indique une sorte d’espérance douteuse, il évite l'affirmation déplaisante que les hommes, par conséquent les Athéniens, n'ont pas réussi à connaître Dieu. Au lieu d’avoir une conscience précise de Sa présence, comme 5115 le touchaient avec la main, ils marchent à tâtons comme des hommes dans les ténèbres, et cependant ils auraient pu connaître Dieu, puisque celui-ci n’est pas loin de chacun de nous. — εἰ ἄραγε : γε ajouté à ἄρα indique que dans la pensée de l’orateur la contingence, l'espérance dont il est parlé ne se réalisera pas. Paul accorde que la lumière qui guidait les païens dans la recherche de Dieu était relativement obscure. RenpaLz, p. 66, 110, croit que la particule doit être rendue par «en effet », « à vrai dire » : si en effet l’homme pouvait tâter ou pressentir Dieu. La particule exprimerait une véritable intention de la providence de Dieu, mais l'optatif indique que cette intention n’a pas produit cet effet chez l'homme, cf. Sag. ΧΠῚ, 7. On peut traduire encore εἰ ἄραγε, par si peut-être, par hasard, forte, Vig.
ψηλαφήσειαν : aoriste éolien de ψηλαφάω, tâter un objet, toucher du bout des doigts, effleurer; à l’intransitif tâtonner dans l'obscurité, porter ses mains au hasard. ψηαφᾶν verbo egregie declaratur, et proximum esse Deum et oculis occultum, BLass. L'homme cherchait Dieu en tâtonnant et, en effet, la connaissance qu'il pouvait avoir de Dieu par la vue de la création ne pouvait être qu’une vue imparfaite, partielle et non la pleine connaissance de Dieu. Cf. Pauz, I Cor. χπι, 12: dt ἐσόπτρου ἐν αἰνίγματι; Rom. 1, 18, 19.
xaiye, et quidem, atque revera, et cependant, et toutefois, lecon de B D2H L P* 614 ou χαίτοιγε, leçon de D, quoique en vérité Dieu ne soit pas loin de chacun de nous; cf, Jér. xx, 23. Paul ne veut pas excuser les païens de n'avoir pas connu Dieu; il n’était pas tellement loin de nous pour que même en tâtonnant nous ne puissions l'atteindre si nous l’avions voulu. Cette idée de la proximité de Dieu pour nous était aussi à un certain degré l’enseignement des Stoïciens panthéistes : Citons Dion Chrysostome, rhéteur stoïcien, milieu du τοῦ siècle après J.-C., On. 42 : ἅτε οὐ μαχρὰν οὐδ’ ἔξω τοῦ θείου διῳχισμένοι 4407 αὑτούς," ἀλλ᾽ ἐν αὐτῷ μέσῳ πεφυχύτες, μᾶλλον δὲ συμπεφυχύότες ἔχκέινῳ χαὶ προσεχόμενοι πάντα τρόπον. Dieu est près de toi, dit Sénèque, Dieu est avec toi, Dieu est en toi. Cf. Lucas, Pharsale, 1x, 180, Jupiter est quodcumque vides, quodeumque moveris. Mais Dieu, pour Paul, vit par lui-même, il est indépendant de l’univers et de l’homme.
ÿ 28) Et nous ne sommes pas loin de Dieu puisque, en lui, nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes : Ti λέγω μαχράν, dit saint Chrysostome, Æom. xxxvinr : οὕτως ἐγγύς ἐστιν, ὡς χωρὶς αὐτοῦ μὴ ζῆν. — ἐν αὐτῷ γὰρ ζῶμεν, nous vivons, za κινοὔμεθα, ind. présent passif; nous sommes mus, movemur, Vlg. ou moyen, nous nous mouvons, καὶ ἐσμέν, et nous sommes. Ces trois termes forment une échelle ascendante : {iv désigne la vie du corps, σῶμα: χίνεσθαι, l’activité de l'âme, ψυχή; εἶναι, la vraie vie de l'esprit, “πνεῦμα. L'échelle pourrait être descendante : la vie est le plus haut terme, comprenant l'ensemble de l’homme; le mouvement est un des aspects de la vie; l'être est la simple existence. Les exégètes ne s'entendent pas. Il est plus simple de penser que Paul a