‹ Les Actes des ApôtresChapitre 28 sur 358 · LAS SE · texte numérisé non relu

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LXXIV | INTRODUCTION. 4 à

Malgré toutes les observations que l’on a pu faire, nous maintenons doncque Luc, l’auteur des Actes, était le compagnon de Paul. Reste à examiner diverses questions que soulève cette attribution des Actes à Luc, auteur du 1110 évangile et compagnon de mission de Paul. 1] faudra aussi exposer et discuter les objections qui ont été présentées contre cette attribution.

Nous avons vu que toute la’tradition ancienne attribue le IIT° évangile et les Actes à Luc, le médecin, le compagnon de Paul. Deux points sont à discuter : 1° Les passages en « nous » peuvent être extraits d’une source autobiographique et insérés dans le texte des Actes ou être des réminiscences personnelles de

* l’auteur. Le premier cas exclurait Luc comme auteur, le second l’admettrait. Cette première question a déjà été traitée et le sera encore ultérieurement; 2° Les relations de Paul avec l’auteur se présentent sous un double aspect : d’un côté, elles révèlent un écrivain bien au courant des meuvements de Paul, qu'il les ait connus par lui-même ou par ses sources, et en accord avec lui sur les questions de doctrine; d’un autre côté, toutes les fois qu'il raconte les mêmes

événements que les épîtres pauliniennes, il diffère dans les détails qu’il a en commun avec les épiîtres, et dans l’attitude générale de l'exposé. Si l’on considère la connaissance que l’auteur a eue de la vie et de la pensée de Paul,-on doit conclure qu’il ἃ été un compagnon de Paul; si, au contraire, on se réfère à son ignorance des détails de la vie de l'Apôtre, ressortant de le confrontation des Actes avec les épîtres pauliniennes, on doit conclure qu'il n’a pas été un

___ compagnon de Paul. Cette seconde partie de l'alternative est à examiner.

Le point à établir est que les Actes et les épîtres pauliniennes ne sont pas en désaccord ou, tout au moins que, s’ils paraissent en désaccord, c'est parce que ces deux documents se placent dans leur récit à des points de vue différents. Nous avons déjà abordé cette question à diverses reprises, Histoire des livres du

CN. T., x, p. 213; πι, p. 140; il faut maintenant l’examiner de plus près en com-

. parant les récits des Actes à ceux des épiîtres pauliniennes, lorsque les uns et

les autres racontent les mêmes événements. Il est bien entendu que pour nous sont pauliniennes toutes les épîtres qui sont attribuées à Paul dans le décret du concile de Trente.

1. Plaçons-nous d’abord à un point de vue général et examinons comment sont présentés Paul et quelques faits de sa vie dans les Actes et dans les épiîtres.

Si l’auteur des Actes ἃ mal présenté la physionomie de Paul, il:ne peut être Luc, le fidèle compagnon de celui-ci. Voyons s’il en est ainsi.

1. Dans ses épîtres Paul paraît, affirme-t-on, complètement émancipé de la pensée et de la pratique cultuelle juives, tandis que dans les Actes, il est encore fidèle observateur de la Loi pour lui-même et pour les Juifs. La circoncision de Timothée, xvr, 3, est en opposition avec l’enseignement de Paul sur la circoncision. Son acceptation des pratiques juives du nazirat, χχι, 21, est en contraste avec ses épîtres aux Romains et aux Galates. L'absence des doctrines de Paul dans ses discours des Actes est inexplicable ; enfin, l'acceptation par Paul d’un compromis au concile de Jérusalem est en opposition avec le silence des épitres sur cet accord. — En fait, Paul ἃ fait circoncire Timothée, mais parce quil était juif par sa mère. Nulle part, dans ses épîtres Paul n’a interdit la circoncision à un Juif, c’est pour les gentils seuls qu'il la déclarait inutile, Paul a en effet accepté des pratiques juives, mais il ne ressort pas de ses épîtres qu'il

ἢ était homme à refuser αὟ participer. N’a-t-il pas déclaré, [ Cor. 1x, 20, qu'il s'était fait juif pour gagner les Juifs? — On ne retrouve pas, il est vrai, dans les Actes toutes les doctrines caractéritiques des épitres, mais on y relève quelques-unes des principales, par exemple, le salut par la foi indépendamment des œuvres, et cela suffit, étant donné que nous n'avons dans les Actes qu'un résumé des discours de Paul et d'autre part que les doctrines enseignées par Paul dans ses épîtres étaient des enseignements visant des circonstances particulières et ne représentant pas l’ensemble de l'enseignement de

Paul. — Enfin, il n’est pas établi que 16 décret apostolique a été un compromis ς

entre Paul et les apôtres; il a pu être simplement un règlement destiné à faciliter les rapports entre Juifs et gentils.

2. Le phénomène de la ἘΣ 8. ΣΕ tel qu’il est raconté dans les Actes, 11, n 'est pas en accord avec celui dont parle Paul dans la 19 épître aux Corinthiens, xrv. Dans celle-ci, on ne comprend pas les paroles de celui qui parle en langues, puisqu'elles ont besoin d’être interprétées, 1 Cor. χιν, 27, tandis que dans les Actes on comprend ce que disent les glossolales : Chacun les comprenait dans sa propre langue, τι, 6. — Et cependant, il semble bien que les glossolales n'étaient pas dans leur état normal, puisque plusieurs des assistants ont cru qu'ils étaient ivres. Leurs paroles ont eu aussi besoin d’être interprétées, ce qu'a fait Pierre dans son discours, 11, en expliquant quelle était la cause de l’état de ces hommes. Il est possible que le récit des Actes provienne de deux sources ; l’une où le glossolale est représenté comme prononçant des paroles intelligi-

bles ; l’autre où il paraît ivre et prononce par conséquent, des paroles qu'on ne.

comprend pas. Deux traditions, dit-on, s'étaient formées sur cette scène de glossolalie : la plus ancienne représentait ce phénomène tel qu'il est décrit par Paul, dans l’épître aux Corinthiens et qu’il se trouve encore dans les Actes, x AO: UXIX, 6. Une seconde tradition se forma pour expliquer ce phénomène et en donner la raison d'être. La propagation de l'Évangile nécessitait la connaissance de toutes les langues alors existantes. Au jour de la Pentecôte, l’Esprit-Saint descendit sur les apôtres ct leur communiqua le don de la connaissance des langues qui leur facilitait leur prédication aux gentils, C’est ce qui ἃ été exprimé par ces paroles : Chacun les entendait parler dans sa propre langue, τι, 6. — Pour la réponse à cette difficulté, cf. Excursus, la Glossolalie

IT. Arrêtons-nous maintenant à quelques points de la vie de Paul avant sa conversion sur lesquels les Actes ne seraient pas en accord avec les épitres. Ils le sont cependant sur le strict pharisaïsme de Paul et sur son enthousiasme pour la Loi dans ses jeunes années, Act. χχιι, 3; xx, 6; xxvr, 5 — Gal. 1, 14; II Cor.

22; Phlp. m, 5, et sur son attitude envers l'Église chrétienne, Act. vir, 58; 1x 28s. — Gal. 1.13; l'Cor.xv, ὃ; Php. tu, ΟἹ T Tém.x, 13.11 n'en est pluside même, dit-on, sur l’activité de Paul à Jérusalem comme persécuteur. Nous n'avons sur ce point que le témoignage des Actes. Dans l épitre aux Galates, τ, 13, Paul rappelle qu'il a persécuté à l'excès l'Église de Dieu, mais il ne dit pas si ce fut à Jérusalem ou à Damas. Ce ne put être dans cette première ville, puisqu'il nous dit qu'après sa conversion il alla en Arabie, puis revint à Damas, et ce n’est que trois ans après qu'il monta à Jérusalem, ÿ 17, 18, où 11 n'était pas connu personnellement des églises de Judée, ? 22; c'est donc à Damas qu'il aurait persécuté les chrétiens. IL était établi dans cette ville et c’est là qu’eut lieu sa

EXXVI INTRODUCTION.

conversion. Les lettres données à Paul par le grand prêtre pour les synagogues de Damas, 1x, 1, 2, sont un chaïînon artificiel pour expliquer la présence de Paul à Damas après sa conversion. Paul d'ailleurs n’a pu être instruit à l’école de Gamaliel, xx11, 3, car le judaïsme de Paul n'était pas celui des rabbins du 15) siècle; ef. Monreriore, Judaism and Paul, p. 90.

Qu’on lise attentivement l’épitre aux Galates, 1, 13-23, et l’on reconnaîtra qu’il est plus naturel de regarder comme historique le développement des faits, tels qu’ils sont racontés dans les Actes, que de supposer que Paul, habitant de Damas, a persécuté les chrétiens de cette ville. Les Galates devaient être plus impressionnés d'une persécution des chrétiens de Jérusalem que d’une persécution des chrétiens de Damas. D'ailleurs le ÿ 29 : « Ils avaient entendu dire» w désigne naturellement les chrétiens dont il vient d’être parlé, ÿ, 22, c’est-à-dire les chrétiens de Judée; c’est donc eux qui avaient été persécutés et non les … chrétiens de Damas. De plus, si l'on n'admet pas les relations de Paul avec : Étienne, l'historicité des lettres du grand prêtre, on ne comprend plus la suite des événements. Enfin, rien ne s'oppose à ce que Paul ait été instruit à Jérusalem aux pieds de Gamaliel; un disciple ne reflète pas toujours les opinions de son maître. Nous connaissons d’ailleurs trop imparfaitement les doctrines des rabbins au 1°" siècle pour affirmer nettement qu'elles différaient du tout au tout de celles de Paul. FH semble au contraire que sur certains points elles étaient en accord; cf. Jacqurer, Histoire des Livres du N. T., 1, Ὁ. 43 ss.

III. Nous étudierons plus tard les récits de la conversion de Paul, passons aux faits qui ont suivi sa conversion : 1° Suivant les Actes, après l’illumination que Paul ἃ éprouvée sur le chemin de Damas, 1x, 3, il est instruit et baptisé par | Ananias, 1x, 15-19. Or, dans l’épître aux Galates, 1, 15-17, Paul affirme avec : netteté qu Ἢ n’y eut dans sa conversion et pour son instruction de l'Évangile aucun intermédiaire humain. La divergence paraît flagrante, mais elle peut s'expliquer par la différence des points de vue où se sont placés Paul et l’auteur des Actes. Ce dernier raconte les événements tels qu'ils se sont passés, sans vouloir prouver quoi que ce soit. Il est bien difficile de croire que Paul n’ait pas été baptisé, comme l’affirment les Actes, 1x, 18. Qu'il l'ait été, toutes ses épitres le prouvent. De plus, Ananias, avant de le baptiser, ἃ dû lui parler de Jésus et lui enseigner les doctrines principales du christianisme, celles qui distinguaient celui-ci du judaïsme. D'ailleurs, Paul reconnaît qu'il ἃ appris par tradition, παρέλαδον, 1 Cor. xv, 3, certains faits de la vie de Jésus. Dans l'épitre aux Galates, il veut démontrer son indépendance apostolique; il insiste donc sur ce point qu'il a été appelé à la foi directement par Dieu, sans l'intervention de personne. Mais, en fait, c’est ce qui ressort nettement du récit des Actes, 1x, 3-6 : Saul, sur le chemin de Damas, ἃ entendu la voix du Seigneur, qui lui a ordonné ce qu’il devait faire, 1x, 4 ss. C’est donc du Seigneur que vient sa conversion à la foi. Ce que Paul s'attache à prouver, c’est que son Evangile lui est personnel; les Actes ne disent pas le contraire. Nous reviendrons, dans un Excursus sur les trois récits de la conversion de Paul.

2° C'est surtout avec l'épitre aux Galates que les Actes ne sont pas toujours en accord parfait. Observons de nouveau que les divergences entre ces deux écrits s'expliquent par la différence du point de vue où se sont placés Les auteurs. Luc écrit en historien et Paul en apologiste de sa conduite; l’un, placé déjà à

. ἮΣ ἐς : $ AUTEUR DES ACTES DES APOTRES. ν LXXVIT

une certaine distance des événements, expose l'ensemble des faits et leur aspect extérieur, ce que tous ont pu voir; l'autre choisit les circonstances qui démontrent sa thèse et, témoin oculaire, révèle des faits qui n'ont pas été connus de tous. Ceci posé, examinons seulement les points où la divergence est le plus sensible. ἶ

On a beaucoup insisté sur les divergences qui existeraient entre οἱ. 1x, 10-30 et Gal. x, 15-24; Act. xv, 1-35 et Gal. τι, 10. Voyons si elles sont réelles À. — Actions de Paul immédiatement après sa conversion et sa première visite à Jérusalem, Act, 1x, 10-30 et Ga. τ, 15-24, Voici un schéma des événements :

ÂcTEs. : GALATES.

1. Visite à Damas immédiatement | 1. Visite en Arabie immédiatement après sa conversion. | après sa conversion.

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