ΧΙΧ, 13-20 : LES EXORCISTES JUIFS A ÉPHÈSE
ὃ 13) ᾿Επεχείρησαν, tentèrent, essayèrent; τινες χαὶ τῶν περιερχομένων ᾿Ιουδαίων ἐξορκιστῶν, xat met en opposition les exorcistes juifs qui tentaient, mais en vain, d'obtenir les mêmes effets miraculeux que Paul. Ἰουδαίων ἐξορκιστῶν : un exorciste est celui qui chasse les démons, les mauvais esprits par des adjurations, en invoquant un ou plusieurs noms; cf. Papyrus. Paris. n° 573 du supplément grec; Wessezy, p. 28. Certains Juifs prétendaient posséder ce pouvoir. On lit dans Josèphe, Ant. Jud., γπι, 2, 5, que Salomon avait reçu de Dieu le pouvoir de chasser les démons, et qu Ἢ avait composé
des formules d’adjuration très efficaces. « Cette manière de guérir, ajoute-t-il, est encore en grand usage parmi nous. » L’historien juif raconte qu'un certain Éléazar obtint la délivrance de possédés, en présence de Vespasien et de ses officiers, au moyen d’une racine très rare, indiquée dans les formules salomoniennes, On faisait respirer aux possédés cette racine enfermée dans un anneau, et le démon leur sortait par 16 nez. La précieuse racine, couleur de flamme, se rençontfait dans un lieu appelé
| AGTES DES APOTRES, ΧΙΧ, 10-13. 573
ἐπὶ τοὺς ἔχοντας τὰ πνεύματα τὰ πονηρὰ τὸ ὄνομα τοῦ Kuplou Ἰησοῦ, λέγοντες" eee x = € το Tu ΄
Boaras et portait elle-même ce nom. Pour la cueillir, il fallait accomplir des formalités
de toutes sortes. Josèrne, Bell. jud., vu, 6,3. Les Juifs employaient certaines incanta-
tions pour chasser les démons, Schabbath, xix, 3; Abodah Zarah, fol. 12,3; quelquefois en versant de l'huile sur la tête du malade soumis à l’incantation. Sanhédrin, x, 1.
Notre-Seigneur a pu dire aux Pharisiens qui l’accusent de chasser les démons au nom de Béelzébub : « Et vos fils, par qui les chassent-ils donc? » Me., xu, 27; Le. ΧΙ, 19. Si les exorcismes juifs n'avaient pas été parfois efficaces, le äivin Maître n'aurait point parlé de la sorte. — Notre-Seigneur a communiqué à ses Apôtres le pouvoir de chasser les démons. Mt, x, 1; Me. νι, 7; Le., 1x, 1; il le donna ensuite aux soixante-douze disciples, Zce., x, 17, et le promet à ceux qui croiront en lui. Mc. xvi, 47. Læesèrre, Dict. de la Bible de Vigouroux, Τ1, col. 1378. 5.
Il est souvent question des démoniaques, δαιμονιζόμενοι, δαιμονγεσθέντες, δαιμόνια ἔχοντες, dans l'A. et le N. T., surtout dans les évangiles; leur état physiologique et psychologique ἃ été bien décrit par Lesêtre, Dict. de la Bible de Vigouroux, IV, col. 1377:
«Le démon cherche à exercer sa tyrannie sur la créature humaine par l’obsession et
par la possession. Par l’obsession, il assiège le corps du dehors, afin d’effrayer, de dominer et de pervertir l'âme. Par la possession, il s'empare du corps lui-même, le ᾽ Ρ Ρ ;
- soustrait au pouvoir de l’âme, et s’en sert comme d’un instrument dont il fait ce qu'il
veut, Il lui est donc possible de communiquer à ce corps une énergie et des propriétés
qui lui manqueraient naturellement, lui faisant briser des chaînes, Marc, v, 4; Le.,
vin, 29, lui infligeant d'étonnantes violences sans qu'il en souffre, le soustrayant à l'empire des lois naturelles de l’espace, de la pesanteur, etc., mettant sur ses lèvres
des propos que le sujet ne saurait proférer de lui-même, Act., xvi, 16-18, etc. En un
mot, c’est le démon qui anime le corps à la place de l'âme et fait accomplir par ce
corps des actes en rapport avec sa propre action satanique, »
᾿ περιερχομένων : participe présent de περιέρχομαι, errer tout autour; Vlg. circumeuntibus; circumvagantes, vagabonds, serait péjoratif : ambulants, c’est-à-dire allant d’un
lieu à un autre pour exercer leur art est plus exact. — Ces exorcistes tenaient Paul - pour un des leurs et pensaient qu’il possédait un nom plus puissant que les leurs et
par lequel, en l’employant, ils croyaient obtenir les mêmes effets que lui.
δὁρχίζω, NA BED; δρχίζομεν, HL P 614 : δρχίζω, proprie jurare facere, et aussi obsecrare, invocato numine instanter rogare, Brass; cf. Mc., v, 7; I Thess., v, 27. Il se construit avec deux accusatifs, celui de la personne qui est adjurée et celui de la
personne par laquelle on adjure. Cf. Mc., v, 7. D’après Deissmann, Bibelstudien,
p. 25, épxitw est le terme constamment employé dans les inscriptions pour les formules d’adjuration. — τὸν Ἰησοῦν ὃν Παῦλος͵ χηρύσσει : le nom de Jésus étant très répandu chez les Juifs, les exorcistes spécifient qu'ils s'adressent au Jésus que prêche Paul. La formule d’adjuration est complétée par Gigas : ut exeatis; ἐξ αὐτῶν" ἐξέρχεσθαι, EPHREM, Chaine Arm., p. 310. — Dans le papyrus de Paris n° 578, que reproduit Deissmann, Licht vom Osten, 1909, p. 190, on trouve cette formule de l’exorcisme : δρχίζω σε κατὰ τοῦ Θεοῦ τῶν ‘Eépaiov Ἰησοῦ caba.. Deissmänn fait observer que ce nom de Jésus a dû être ajouté dans la formule par un païen; jamais un Juif ou un chrétien n'aurait
appelé Jésus le dieu des Hébreux. L'emploi du nom de Jésus par des, exorcistes
juifs, est attesté dans les documents rabbiniques; cf. Cawozson, Das letzte Passahmahl
Christi, p. 100, 102, 407.
ÿ 14, Le texte grec est ici assez confus; Zahn le trouve excessivement dur, Le texte
d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits mauvais en disant : Je vous adjure par le Jésus que Paul prêche. 14. Ceux qui faisaient cela étaient les sept fils de Skévas, grand prêtre juif. 15. Répon-
occidental est peut-être original, quoique Zahn dise que le style en est embarrassé. Le voici tel qu'il le donne, p. 682, n: 7. ἐν οἷς (καὶ + D) υἱοὶ (+ ἑπτὰ Harkl.) Zxevè τινος ἱερέως. ἠθέλησαν (+ θέλοντες Harkl.) τὸ αὐτὸ ποιῆσαι (οἵτινες τὸ + Harkl.) ἔθος εἶχον (εἶχαν D) τοὺς τοιούτους ἐξορχίζειν, καὶ εἰσελθόντες πρὸς τὸν δαιμονιζόμενον ἤρξαντο ἐπικαλεῖσθαι ὄνομα λέγοντες: παραγγέλλαμέν [σοι ἐν Ἰησοῦ ὃν Παῦλος χηρύσσει (D ἐξτελθ, χηρ.). τότε ἀπεχριθὲν (ἀπεχρίθη D + δέ Harkl.) τὸ πνεῦμα τὸ πονηρὸν εἶπον σὐτοῖς... in quo et fili Sceuae cujusdam sacerdotis voluerunt similiter facere consuetudinem habebant apud eos exorcizare et introierunt adimplentes ceperunt invocare nomen dicentes praecipimus tibi Jesu quem Paulus praedicat exire tunc respondens spiritus malignus dixit ad eos : Jesum adgnosco et Paulum scio, vos autem qui estis. Traduction latine de D.
ἤσαν δέ τινες : 06 pronom indéfini est trop éloigné de ἑπτά pour le qualifier et pour le rendre indéterminé. On pourrait traduire : il y en avait quelques-uns, et parmi eux les sept fils de Skevas, ou bien il y avait quelques-uns des sept fils de Skevas, interprétation qui explique χαταχυριεύσας, ὃ 16 : s'étant rendu maître des deux qui avaient fait l’exorcisme. Gigas parle de deux et non de sept fils de Skevas. Winer croit que τινες Se rapport à ἑπτά et le rend indéterminé : il y avait environ sept fils de Skévas. — Σχευᾶ, génitif de Σχευᾶς. Ce nom propre se trouve dans Dion Cassius, Plutarque, Cassien; dans :CIG 2889 : c’est un nom latin adapté au grec, comme s'il avait été formé de σχεῦος, BLass. Winer, Schmiedel, Ewald l’identifient avec l’hébreu shebabrah, — ἀρχιερέως : il ne peut être question ici du grand prêtre de Jérusalem; Josèphe n’en cite aucun de ce nom. Schürer ne catalogue aucun Skevas dans la liste qu’il a dressée des grands prêtres depuis Hérode jusqu’à la guerre juive; Gesch. des jud. Volks, Il, p. 269-273. Etait-ce un des chefs des vingt-quatre classes sacerdotales? Il est bien improbable qu’il soit établi à Éphèse et non à. Jérusalem. Il est vrai qu’il est parlé de ses fils, des vagabonds qui étaient à Éphèse. Le plus probable est donc que c’est un titre honorifique indiquant que Skevas appartenait à une des familles archisacerdotales chez lesquelles on choisissait les grands prêtres. On ne voit pas qu'il ait eu à exercer à Éphèse aucune fonction sacerdotale, puisque, en dehors de Jérusalem,” le culte religieux ne pouvait et ne devait pas être pratiqué. Peut-être était-ce le chef de la synagogue, mais alors pourquoi Luc ne l’appelle-t-il pas ἀρχισυνάγωγος ἡ Enfin, ce Skevas était-il un imposteur juif qui se prétendait grand prêtre, ou bien était-ee un Juif apostat attaché comme grand prêtre au temple d’Artémis ? Toutes les suppositions sont possibles, puisque nous ne savons rien de Skevas. D, Gigas résolvent la difficulté en appelant Skevas, ἱερεύς. — ἦσαι ποιοῦντες : erant in eo ut id fecerunt, BLass; le participe présent avec l’imparfait indique la répétition et la continuation de l’acte. Le ÿ suivant raconte une des pratiques de ces exorcistes. 2
ἡ 15) τὸ πνεῦμα τὸ πονηρόν : un des mauvais esprits que les fils de Skévas essayaient d’exorciser. τὸν Ἰησοῦν γινώσχω καὶ τὸν Παῦλον ἐπίσταμαι : ce verbe est peut-être le moyen dorien de ἐφίστημι. Les articles sont placés devant les noms pour spécifier les personnages plus que d'ordinaire. Les deux verbes signifient connaître, mais Luc n’a pas dû les employer uniquement pour éviter une répétition. Voici les différences proposées : γινώσχῳ signifie une connaissance plus personnelle et ἐπίσταμαι, une connaissance comme d’un fait, Knwowziwc. Je connais Jésus et je sais quelque chose sur Paul, Renpazz. Je reconnais, je confesse Jésus; je connais Paul, Licnrroor. Le Jésus que vous nommer, je le connais, c’est-à-dire, je connais son autorité et son pouvoir, et le Paul que vous
LT et
αὐτοῖς᾽ Τὸν ᾿Ιησοῦν γινώσχω, χαὶ τὸν τ ῤυλοῦ on ὑμεῖς δὲ τίνες ἐστέ; 16. nai ἐφαλλόμενος ὁ ἄνθρωπος ἐπ᾿ αὐτοὺς, ἐν ᾧ ἦν τὸ πνεῦμα τὸ πονηρόν, χατακυριεύσας ἀμφοτέρων ἴσχυσεν χατ᾽ αὐτῶν, ὥστε γυμνοὺς χαὶ τετραυματισμένους ἐχφυγεῖν ἐχ τοῦ οἴχου ἐχείνου. 17. τοῦτο δὲ ἐγένετο Ὑνωστὸν πᾶσιν ᾿Ιουδαίοις τε χαὶ “λλησιν τοῖς χατοιχοῦσιν τὴν Ἔφεσον, nat ἐπέπεσεν φόδος ἐπὶ πάντας αὐτούς, nai ἐμεγαλύνετο τὸ ὄνομα τοῦ Κυρίου Ἰησοῦ. 18. πολλοί τε τῶν πεπιστευχότων ἤρχοντο ἐξομολογούμενοι χαὶ ἀναγέλλοντες τὰς πράξεις αὐτῶν. 19. ἱχανοὶ δὲ τῶν τὰ περίεργα πραξάντων συνενέγχαντες :
nommez je le connais bien comme un serviteur et un envoyé de Dieu, Hacxerr. Wordsworth croit que ἐπίσταμαι indique une connaissance d'un degré moindre que γινώσχω, Page croit impossible d'établir une distinction nette entre les deux verbes. ὑμεῖς δέ τίνες ἐστέ; est emphatique et méprisant : le démon n'’ignorait pas qui ils étaient, quel pouvoir ils avaient, mais il leur demandait qui ils étaient pour oser s'opposer à lui plus puissant qu'eux.
Ÿ 16) καὶ ἐφαλλόμεινος, ici seulement dans le N. T, : μετὰ ῥύμης ἐπιπηδήσας, CHRYSOSTOME.
D a ἐναλλόμενος. ἐν ὦ ἦν τὸ πνεῦμα τὸ πονηρόν; l’homme était poussé par l'esprit mauvais
qui habitait en lui. καταχυριεύσας, ici seulement dans Luc; ἀμφοτέρων, leçon de Ν᾿ ABD
13 36 40 614 Vlg. Boh. Arm, αὐτῶν, leçon de HE P 58 Pesch.; πάντων, Harkl, L'homme se rendit maître de l’un et de l’autre, successivement. Il n’y eut donc que deux des fils de Skevas qui avaient lancé l’exorcisme. Il est inutile de supposer que les sept fils de Skevas étaient présents, qu’ils furent saisis par le démoniaque deux à deux, ou que deux d’entre eux seulement furent maltraités, ou qu’il les attaqua des deux côtés, comme s'il y avait ἀπ᾿ ἀμφοτέρων ou ἀμφοτέρωθεν, au lieu de ἀμφοτέρων. H LP min.
— Pesch, Sah. ont αὐτῶν, ce qui implique les sept fils de Skevas. Kuïnoel croit que
ἀμφότερων est une glose parce qu'on tenait pour inconcevable que le démoniaque eût maltraité ces hommes. Nestle, à la suite de Bury, remarque qu'au πὸ siècle après J.-C., ἀμφότερων était employé au sens de tous; cf. Greek Papyri, τι, 221, n. 336. Genfer, Pap. 67, 5; cf HEerwERDEN, Suppl. Lex. 1, 98. Mouton, Proly. 88; RADERMACHER, 64. Zahn observe que si ce terme n'avait pas déjà ce sens au 1 siècle, Luc n'aurait pu l'employer dans ce sens.
ἴσχυσεν de ἰσχύω, être fort, vim eis intulit, eos mulctavit, BLass, noue Vlg., domina ceux-ci; γυμνούς, nus, c'est-à-dire leurs vêtements déchirés. ἐκ τοῦ οἴχου ἐκείνου : Ce pro< nom indique que Luc avait en vue une maison particulière ou que les exorcistes s’enfuirent nus de la maïson où s’était passée la scène. Luc veut faire entendre que le nom de Jésus est tout puissant, mais seulement dans La bouche de ceux qui croient en lui, et que les démons eux-mêmes ne se laissent pas prendre à l’artifice des magiciens qui voudraient utiliser ce nom contre eux sans avoir la foi en Jésus-Christ.
Ÿ 17) τοῦτο δὲ ἐγένετο γνωστόν; cf. 1, 19; πᾶσιν Ἰουδαίοις τε χαὶ “Ἕλλησιν : τε, soit qu'ils soient Juifs, soit qu'ils soient Grecs, par conséquent tous les habitants d'Éphèse, rai ἐπέπεσεν φόδος, expression familière à Luc, τ, 12. xat ἐμεγαλύνετο, cf, v, 18; vit, 16 : l’imparfait indique que le nom de Jésus fut glorifié et continuait à l'être.
La première impression fut celle de la peur, puis celle de l'admiration et de la persyasion que le nom de Jésus était le plus puissant de tous les noms. Jam cuncta illa nomina inania, irritaque prae Jesu nomine putabantur, Bass. Les mauvais esprits euxmêmes reconnaissent la puissance de ce nom, et ceux qui l’invoquaient sans en avoir le droit étaient punis d’une façon terrible. Telle fut l'impression sur tous, païens et croyants, Luc décrit ensuite l'effet produit sur les fidèles.
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ACTES DES . χιχ, 15-19. 577
dant, l'esprit malin leur dit : Je connais Jésus et je sais [qui est] Paul, mais vous, qui êtes-vous? 16. Et l’homme, dans lequel était l'esprit mauvais se jetant sur eux et s'étant rendu maître de l’un et de l’autre, il fut plus fort qu'eux de telle sorte qu’ils s’enfuirent de cette maison nus et blessés. 17. Cela fut connu de tous les Juifs et les Grecs qui demeuraient à Éphèse, et la crainte tomba sur eux touset le nom du Seigneur était glorifié. 18. Et beaucoup de ceux qui avaient cru venaient confesser et déclarer leurs pratiques. 19. Plusieurs de ceux qui avaient exercé des arts magiques,
Υ 18) πολλοί τε τῶν πεπιστευχότων ; cela ne signifie pas que parmi ceux qui avaient cru, il y en eut beaucoup qui confessèrent leurs pratiques, mais que tous ne les imitèrent pas : πολλοὶ τῶν πεπιστευχότων est pour πολλοὶ πεπιστευχότες, nombreux furent les croyants : τε indique un autre résultat de cet événement. Ceux qui avaient cru, bien que disciples avoués, n'avaient pas complètement abandonné leurs anciennes superstitions et continuaient à pratiquer secrètement les arts magiques. On a cru que c'était de nouveaux convertis à la suite des récents événements, parce qu'ils n'auraient pu se livrer à ces actes, 5115 avaient été chrétiens. Maïs le participe parfait πεπιστευκότων indique qu'ils étaient croyants depuis quelque temps, et qu’ils continuaient à l'être. La pratique des arts magiques était tellement répandue à Éphèse, que l’on comprend que les fidèles ne se soient pas dégagés plus tôt de ces superstitions. D'ailleurs, la profession du christianisme n’entraîne pas nécessairement l’immunité de tout mauvais acte.
ἤρχοντο, Lo. ut, 12; Mt. 11, 7 : imparfait qui marque une action prolongée : les croyants venaient les uns après les autres. ἐξομολογούμενοι, au moyen, signifie dans la Bible, rendre gloire, hommage ἃ Diéu, Rom. χιν, 11; xv, 9; Mt. x1, 25, mais sa signification première est avouer, confesser les fautes; Mi. 11, 6; Clém. vin, 3; Barn. ΧΙΧ, 12; Did. 1v, 14. ἐξομολογούμενοι gouverne πράξεις, ils avouèrent leurs actes magiques. ἀναγγέλλοντες, annunciantes, annoncer, faire connaître à haute voix. — Est-ce la confession sacramentelle? Oecumenius, Bellarmin, Salmeron, Cornelius a Lapide, Hake, etc., le pensent; la plupart des exégêètes catholiques sont indécis : « Indicatur confessio actuum particularium, uti patet, non accusatio quaedam generalis. Sed utrum haec facta sit secreto, an publice, non indicatur; pariter fueritne confessio sacramentalis, dissidium est sententiarum, cui tollendo textus ambiguus nihil confert Cazwer. Felten pense qu’il ne s’agit pas ici de la confession sacramentelle.
τὰς πράξεις αὐτῶν : πρᾶξις est un terme qui peut être entendu dans un bon sens, Le. xxut, 51, ou dans un mauvais sens, Rom. vin, 13; Col. 1, 9. Le contexte indique qu'il s'agit de pratiques mauvaises : les actes, dont il est question ici, ce sont des pratiques magiques; πρᾶξις serait un terme technique; cf. Deissman, Bibelst., p. 5. « Non erit abs re notare, praecepta magica ad morbos curandos (si hoc vel illo malo laboras, fac, etc.) quae in Aegypto inventa sunt inscribi πρᾶξις, unde πρᾶξις induere videtur notionem praecepti magici vel remedii arcani. Quae notio ad narrationem satis con: gruere videtur. » KNABENBAUER,
ÿ 19. ἱκανοί indique un nombre plus restreint que πολλοί; le sens est donc :
plusieurs parmi ceux qui ont exercé des arts magiques, mais non tous. S'agit-il ici ἢ
de tous ceux qui avaient pratiqué les arts magiques, Juifs, Grecs ou fidèles? C’est
possible, car les habitants d'Éphèse étaient connus dans l’antiquité comme très
adonnés aux arts magiques. Mais, si nous rattachons ce membre de phrase au
précédent, il semble qu’il s'agit des croyants, τὰ περίεργα, adjectif neutre de περίεργος;
c'est un terme technique pour désires les arts magiques. τὰ περίεργα, littéralement : ACTES DES APOTRES. 37
ss
ra
21. Ὡς δὲ πληρώθη ταῦτά, ἔθετο ὁ [Ladhos ἐν τῷ πνεῦματι, διελθὼν τὴν Μαχεδονίαν nat ᾿Αχαΐαν πορεύεσθαι εἰς ᾿Ἱεροσόλυμα, εἰπών᾽ ὅτι μετὰ τὸ γενέσθαι με ἐχεῖ
des œuvres en dehors de l’œuvre, du superflu, des curiosités, des futilités ou des
inepties; cf. II Thess, 11, 11 τὰ περίεργα sunt artes magicae, quibus quis ultra quam
homini concessum est efficere conatur (proprie supervacanea, quae quis facere non debet, cf. ἐργάζεσθαι opp. περιεργάζεσθαι IT Thess, 111, 11) BLass. τὰ περίεργα πραξάντων, qui artes magicas exercebant; artium curiosarum nomine censentur magia, astrologia divinatrix, fascinationes, praestigia, ars parandi amuleta et magicas illas imagines quibus mala quaeque averruncantur vel propitia sors in ludo coeptisque omnibus
asseritur, CALMET.
Ce terme τὰ περίεργα signifiant s'appliquer aux choses superflues, au-dessus de
l'atteinte de l’homme, désigne donc les arts magiques par lesquels l’homme cherche à savoir ce qui ne lui à pas été dû de connaître. La magie est l’art prétendu de produire par certaines pratiques des effets contraires ou supérieurs aux lois naturelles. — τὰ περίεργα πραξάγτων, s'occuper de chosés curieuses : euphémisme pour « évoquer les
esprits, conjurer les démons »; cf, IREN. 1, 23, 4; Drissmann, PBibelst., p. 5 58. — συγενέγ-
‘xavrés, participe aoriste de συμφέρω, apporter ensemble, méttre en tas, entasser. τὰς
βίδλους : les βίδλοι à cette époque étaient des rouleaux decparchemin ou de papyrus
- δὲ aussi des feuilles détachées. Vu leur grand prix, ce devait être surtout des rouleaux de parchemin; ils contenaient des formules d’incantation, des paroles magiques, et
autre chose de ce genre, telles que nous en avons encore un exemple dans le Grand Albert. Ephèse était si bien considérée comme la patrie des arts occultes,-qu’on don-
naït le nom de « lettres éphésiennes », τὰ ᾿Ἐφέσια γράμματα, aux livres de magie répan-
dus de là sur presque tout le monde romain. La plupart cependant de ces livres
étaient fabriqués en Égypte. Il ést souvent question de ces Ἐφέσια γράμματα dans la
littérature ancienne. Cf. Hesycntus, Lex. sub voce. Nous trouvons dans Plutarque,
Symposium, vu, 5, 4 un texte qui les caractérise : οἱ μάγοι τοὺς δαιμονιζομένους χελεύουσι
τὰ Ἐφέσια γράμματα πρὸς αὐτοὺς καταλέγειν χαὶ ὀνομάζειν, Knabenbauer, p. 331, n. 1, cite un exorcisme, tiré de celles-ci, et donné par Clément d'Alexandrie, 5, 8. Cf. WertsSTEIN, ἐπ loco; ZAHN, p. 684, n. 11; WEesseLy, Ephesia grammata., Wien, 1866, RENAN, Saint Paul, p. 344, n. 2. — κατέκαιον, l’imparfait indique que les livres étaient jetés dans le feu les uns après les autres. Une même scène eut lieu à Florence, sur la place Saint-Marc, à l'instigation de Savonarole. ἐνώπιον πάντων, le sacrifice ἃ été public; c'était donc comme une rétractation publique. La coutume de brûler des livres sacrilèges n'était pas inconnue à cette époque. Field, Notes on the transl. Ν, T,, p. 129,
“cite des passages de Diogène de Laerte, 1x, 52, de Lucien, Alex. 47, de Tite Live, xe,
29, où il est parlé d'ouvrages brûlés pour cause d’impiété ou de magie. — συνεψήφισαν, aoriste de συμψηφίζω, compter ensemble, additionner; ici seulement dans le N.T. καὶ εὗρον, et comme total, ils trouvèrent qu'il montait à 50,000 pièces d'argent. On avait coutume de mettre la valeur de la pièce de monnaie; Bern. Synt., p. 189. IL ne peut
être quéstion ici de la monnaie juive, qui n'était pas connue à Éphèse, mais de la
monnaie grecque en cours à cétte époque. La pièce d'argent, ordinairement employée dans les transactions, était la drachme dont la valeur, analogue à celle du denier romain, était d'environ 0,93 c. Il faut donc estimer le prix de ces βίόλοι à 46.500 fr.
ayant rassemblé les livres, les brûlaient en présence de tous. Ils en esti- mèrent la valeur et ils trouvèrent [qu’elle montait à] cinquante mille pièces
d'argent. 20. Ainsi la parole du Seigneur croissait et prévalait avec puissance.
21. Après que ces choses furent accomplies, Paul forma le projet d'aller
à Jérusalem en passant par la Macédoine et par l’Achaïe, disant : Après que
environ. Nous ne connaissons pas exactement la valeur des monnaies d'Asie Mineure; οἵ, Mommsen, Gesch. des rôm. Münzwesens, 40 ss.; 702 ss.
Ces chiffres sont évidemment approximatifs. La somme paraît énorme et donc exagérée, mais il ne faut pas oublier qu’à cette époque les manuscrits étaient rares et
d'un prix très élevé. Ces manuscrits qui contenaient des formules secrètes, et qui
devaient être peu nombreux, atteignaient des prix de fantaisie : nous ne pouvons savoir quel était le prix des livres magiques contenant des secrets que l’on jugeait efficaces.
Υ 20) οὕτως κατὰ χράτος : formule adverbiale; ici seulement dans le N. T.; classiquement, de toutes ses forces. Après xpétos D ἃ ἐνίσχυεν ἢ πίστις τοῦ Θεοῦ καὶ ηὔξανεν καὶ ἐπληθύνετο; sic potens convalescebat et fides Dei crescebat et convalescebat, traduction latine de D. Et crescebat fides Dei, Pesch, — ηὔξανεν, la parole du Seigneur, c’est-à-
dire l'Évangile, prenait de l’extension; καὶ ἴσχυεν, et prévalait, exerçait son influence.
sur la conduite des fidèles, Ces deux imparfaits marquent la progression et la continuité de l’action. Nous avons ici unede ces résumés par lesquels Luc clôt une période d'événements. Mais, comme le dit Paul, dans la première épître aux Corinthiens, xvi, 9, il y avait encore beaucoup de travail à Éphèse : θύρα γάρ μοι ἀνόῳγεν μεγάλη καὶ ΠΣ nai ἀντικείμενοι πολλοί; la suite des événements prouve cette parole de l’Apôtre.
ΧΙΧ, 21, 22 : PROJETS DE VOYAGE DE Pau.
ÿ 21) Ὡς δὲ ἐπληρώθη ταῦτα : la période précédente est close, une nouvelle commence. ταῦτα : ces choses se rapportent non seulement aux derniers faits qui viennent d’être racontés, mais aussi à tout ce qui s’est passé à Éphèse depuis deux ans et trois mois que. Paul y est demeuré : parlant des projets de mission de l'Apôtre, Luc met en parallèle ce qui s’est passé à Éphèse et les travaux que Paul va entreprendre. ἔθετο, aoriste 2 moyen de τίθημι, cf. v, 6; ἐν τῷ πνεύματι; cf. xvir, 16; Paul plaça pour soi dans son esprit, proposuit in spiritu, Vlg. se résolut, τῷ πνεύματι ne désigne pas le Saint-Esprit, mais cette partie de l'âme humaine qui est sous l'influence divine. διελθών, passant par, traversant, cf. xu7, 6, c’est-à-dire évangélisant la Macédoine et l’Achaïe, il veut aller à Jérusalem ; cf. I Cor. xvi, 5. Les provinces sont rangées dans l’ordre où devait se faire le voyage; de Corinthe, Paul irait à Jérusalem par mer, mais ce projet fut contrarié, xx, 3. Son but dans ce voyage était de recueillir la collecte faite pour les pauvres de Jérusalem, dans les églises de Macédoine et d’Achaïe, xxiv, 17; I Cor. xvi, 4-3; II Cor. vi; Rom. xv, 25-28, et de mettre un terme aux désordres qui déso-
laient l’église de Corinthe, Le récit de Luc ne fait pas cependant mention de cet état.
de choses, dei με χαὶ Ῥώμην δεῖν, Après que Paul eut établi les églises dans les principales villes de l'empire, il voulut conclure son œuvre et aller dans la capitale du monde romain; xxmt, 11; Rom. τ, 13, Il expose clairement son intention : il faut que je vois aussi Rome. Aucun appel d’en haut, cependant, ne nous est connu, aucun ordre de
5 € , 3 = 2 r \ ENS δεῖ pe ai Ῥώμην ἰδεῖν. 22. ἀποστείλας δὲ εἰς Μαχεδονίαν δύο τῶν διαχονούντων αὐτῷ, Τιμόθεον nat "Epaoroy, αὐτὸς ἐπέσχεν χρόνον εἰς τὴν ᾿Ασίαν. 28. ᾿᾿γένετο δὲ κατὰ τὸν χαιρὸν ἐχεῖνον τάραχος οὐχ ὀλίγος περὶ τῆς ὁδοῦ. Τὰ , CR = τ e 2 2h. Δημήτριος γάρ τις ὀνόματι, ἀργυροχόπος, ποιῶν vards ἀργυροῦς ᾿Δρτέμιδος
Dieu qui justifie cette obligation; mais il peut y en avoir eu un dont nous n'avons pas été informés. Car, si l’Apôtre déploie dans sa mission une indépendance croissante, il n’en reste pas moins placé sous l’action continuelle de l’Esprit-Saint; il lui attribue
sans doute son désir d’arriver un jour jusqu’à Rome.
ÿ 22) Toutefois, avant de partir pour la Macédoine, Paul envoya en avant Timothée et Eraste. La première épître aux Corinthiens, 1v, 17, nous apprend que Timothée a été envoyé à Corinthe par Paul, et comme il est nommé dans l'adresse de la deuxième épître aux Corinthiens, il a donc dû rejoindre Paul en Macédoine. ’Epasroy : Eraste est peut-être le disciple resté à Corinthe, d’après IT 7im., 1v, 20; il ne faut pas le confondre avec Eraste, trésorier de la ville de Corinthe, Rom. xvi, 23. ἀυτὸς ἐπέσχεν χρόνον; ἐπέσχεν, aor. 2 de ἐπέχω, contenir, avec χρόνον, retenir, conserver un certain temps. Quant à Paul il resta encore quelque temps en Asie. ᾿
εἰς τὴν Ἀσίαν : εἰς est mis pour ἐν; il indique quelquefois le lieu sans qu'il y ait mouvement. Olshausen suppose que εἰς τὴν Ἀσίων signifie pour l'Asie, pour le bien de l'Asie, mais εἰς marque la direction et non le but. Du fait que l'Asie est nommée ici et non Éphèse, il semble que Paul évangélisa quelques villes de l'Asie, y fonda des communautés, visita celles qui existaient déjà, puis revint à Éphèse. Il avait l’intention de rester dans cette ville jusqu’à la Pentecôte, I Cor. xvi, 8, mais les événements qui vont être racontés l’obligèrent à partir plus tôt. Cependant, d’après Blass, il ne partit pas avant l’automne.
xIX, 23-40. EmEUTE ν᾽ ΕΡΗ 58.
Luc raconte ici un des épisodes de la lutte que Paul eut à soutenir à Éphèse; ses adversaires y étaient nombreux, I Cor. xvi, 9, et les combats ont été périlleux, IT Cor. ‘x1, 23-26; c’est contre des bêtes qu’il eut à combattre à Éphèse, I Cor. xv, 32. La scène qui nous est décrite, ÿ 24-40, est la peinture la plus instructive de la société, dans une ville d'Asie Mineure en ce temps-là, qui soit venue jusqu'à nous, Ramsay. Incipit narratio clarissima, vividis coloribus non sine ironia quadam et sale depicta. Mirum est dictu, quod eius fidem quidam in dubium vocaverunt, alia prorsus Paulo Ephesi accidisse dicentes : ad bestias damnatum in theatro cum iis depugnavisse, I Cor. xv, 32: sed cf. II Cor. x1; cuius rei apud Lucam nihil nisi umbram comparere tenuissimam (θέατρον, 29); Nihil opus est serio talia φαντάσματα oppugnare, sive huius saeculi aliquis «criticus» ea profert sive obscuri aevi, (s. xrv) homo Nicephorus Callistus, (h. 6. n, 25) qui actis quibusdam Pauli apocryphis utitur. Lucas autem etiam lapidum testimoniis munitus obstrectatores facile contemnere potest. Ceterum ex illo loco 1 Cor, xv, 31 sq., patet iam ante hunc magnum tumultum Paulum in periculis non parvis versatum esse, Cf. xx, 19. » BLass.
Ÿ 23) ἐγένετο δέ : tournure familière à Luc : κατὰ τὸν καιρὸν ἐκεῖνον, vers le temps où Paul pensait partir, après avoir envoyé ses collaborateurs, il s’éleva une grave émeute, τάραχος οὖχ ὀλίγος, litote; cf. χα, 18. περὶ τῆς ὁδοῦ : la vie chrétienne; cf. 1x, 2. L'émeute d'Éphèse a été bien caractérisée par Reuss, p. 194 : « La scène décrite est la plus
ποτ Na et στὴν
j'aurai été là, il faut aussi que je voie Rome. 22. Et ayant envoyé en Macédoine deux de ceux qui le servaient, Timothée et Eraste, il resta luimême quelque temps en Asie.
23. Or, il arriva en ce temps-là un grand trouble au sujet de la voie [du Seigneur]. 24. Car un nommé Démétrius, orfèvre, qui faisait en argent des
pittoresque de tout le livre. Elle porte à un si haut point le cachet de la vérité psychologique, qu’elle trahit à chaque ligne le témoin oculaire. »
Ÿ 24. Δημήτριος γάρ τις ὀνόματι : γάρ explique pourquoi s’est élevé un tumulte. Démétrius était un nom assez commun en Asie Mineure. C'était un orfèvre sur matières d'argent, habile peut-être dans son métier, très expert, en tous cas, dans l’art de remuer les foules. — ἀργυροχόπος, monnayeur, changeur, entrepreneur d’orfévrerie, ouvrier travaillant l'argent, Juges, xvu, 4; Jér. vi, 19. Il y avait en Asie Mineure des corporations d'ouvriers travaillant sur l'argent; Preuschen en cite une à Smyrne : ἣ συνεργασία τῶν ἀργυροχόπων καὶ χρυσοχόων, DiTTENBERGER, Syll.2 878,1. Démétrius était probablement le chef de la corporation ἃ Éphèse, pour cette année-là. Zückler identifie Démétrius avec le Démétrius, νεοποιὸς “Ἀρτέμιδος, d'une inscription d'Éphèse qui date, il est vrai, seulement de la fin du 1°* siècle. Ramsay ne partage pas cette opinion. — ποιῶν ναοὺς ἀργυροῦς ᾿Αρτέμιδος : des temples et non des monnaies : ces temples d’Artémis en argent reproduisaient en miniature le temple d’Éphèse et contenaient à l’intérieur la statue de la déesse, tenant une coupe d’une main et un tambourin de l’autre. Saint Chrysostome et Théophraste n'avaient pas une, vue claire de ces simulacres lorsqu'ils les décrivaient ἴσως ὡς χιδώρια μιχρά, petites coupes. La Chaîne arménienne ἃ lu χιδώτια, petites caisses, terme qui paraît original, et ajoute : comme on parle aussi de temples d'ivoire, Preuscuen. Ramsay parle de petites niches dans lesquelles était placée la statue d’Artémis avec ses lions à côté d'elle. Ces temples étaient l'objet d’un trafic fructueux, car ils étaient très recherchés; on les vendait aux habitants d'Éphèse, ainsi qu’aux nombreux étrangers qui, surtout à l’époque de la fête de la déesse, venaient honorer celle-ci dans son temple. Ces simulacres étaient. vendus aussi dans les contrées les plus éloignées. On les plaçait dans les maisons comme ornements ou comme objets de culte. Il en était d'assez petits pour être portés comme amulettes ou phylactères, surtout en voyage, car on supposait qu'ils avaient le pouvoir de préserver de tout danger et des maladies. Ammien Marcellin, xx, 13, dit en parlant du philosophe Asclépiades : Dea caelestis argenteum breve figmentum quocumque ibat secum solitus efferre; Dion Cassius, xxxix, 20 ; νεὼς Ἥρας βραχῦς ἐπὶ τραπέζης τινὸς ἱδρύμενος. Ces miniatures de temple étaient appelées ἀφιδρύματα, statues, temples, et il en est souvent parlé dans les auteurs anciens, Dionore De Siaize, xx, 14. Denys d'Halicarnasse, 11, 22 mentionne expressément ces temples d’Artémis : τὰ τῆς Ἐφεσίας ᾿Αρτέυιδος ἀφιδρύματα. On ἃ retrouvé dans les ruines d’Éphèse de nombreux exemplaires en terre cuite ou en marbre de ces temples avec des dédicaces, mais aucun en argent; on a dû fondre ces derniers à cause de leur valeur intrinsèque ou ils ont été dérobés par les voleurs. On a supposé qu’il s'agissait de monnaies ou de médailles sur lesquelles étaient gravé le temple d’Artémis, mais le terme ναοῦς ἀργυροῦς ne peut signifier monnaies.
᾿Αρτέμιδος : Artémis, que la Vulgate appelle Diana, χιχ, 24, 27, 28, 34, 35, était la grande déesse d'Éphèse. C'est à tort qu'elle ἃ été identifiée par les Grecs avec leur Artémis chasseresse, et plus tard par les Romains avec Diane; c'était une divinité du type très répandu en Asie Mineure. Elle représentait la puissance reproductrice de la race humaine. E. Meyer a supposé que son nom dérivait de ἀρτεμεύς, ἀρτεμός, et signifiait
παρείχετο τοῖς τεχνίταις οὐχ ὀλίγην ἐργασίαν᾽ 25. οὺς συναθροίσας χαὶ τοὺς περὶ τὰ τοιαῦτα ἐργάτας εἴπεν᾽ Ἄνδρες, ἐπίσταθε ὅτι ἐκ ταύτης τῆς ἐργασίας ἡ εὐπορία ἡμῖν ἐστίν, 26. χαὶ θεωρεῖτε χαὶ ἀκούετε ὅτι οὐ μόνον Εἰφέσου ἀλλὰ σχεδὸν πάσης τῆς ᾿Ασίας ὁ Παῦλος οὗτος πείσας μετέστησεν ixavèv ὄχλον λέγων" ὅτι οὐχ “εἰσὶν θεοὶ οἱ διὰ χειρῶν γινόμενοι. 27. où μόνον δὲ τοῦτο χινδυνεύει ἡμῖν τὸ μέρος εἰς ἀπελεγμὸν
bouchère. Nous ne voyons pas quel aspect d'Artémis est rappelé par cette étymologie. Son nom primitif était Oupis; elle n’était autre que l’Astarté phénicienne. Sa statue, qui était peut-être un aérolithe, de forme humaine, cf. Act. x1x, 35, ne reproduisait en rien le type élégant de beauté que les artistes grecs ont donné à la fille de Latone.
C'était une statue informe, noircie par le temps, et dont la partie inférieure était cou-
verte d’une sorte de maillot ou de bandelettes qui lui donnaient l'aspect d’une momie égyptienne. D’après Pline l'Ancien, Æist, Nat. xvi, 79, elle était en bois de vigne et percée de trous dans lesquels on versait un parfum. Le sein de la déesse était couvert de nombreuses mamelles. De là l’épithète de πολύμαστος, ou multimammia que lui donnaïient les anciens: cf. JÉRÔME, Praef. in Epist. ad Ephesios. La tête de la statue était couverte d’une couronne de tours ou d’un boisseau. Derrière la tête est un disque qui
représente la lune. Sur ses bras rampent des lions. Les bandelettes sont ornées de
têtes de taureaux, de griffons ou de bêliers, de fleurs et de fruits, symboles de la fécondité. Les pieds apparaissent au bas des bandelettes. Près de la statue se trouvaient
souvent des biches,
Le culte d'Artémis n’était pas d’origine grecque, mais rappelait plutôt les cultes de la grande déesse mère d'Asie Mineure, Étant comme celle-ci la déesse de la fécondité, elle n’a jamais été une déesse vierge comme l’Artémis grecque, la chasseresse. Son temple à Éphèse contenait des prêtres sans nombre, des prêtresses et des serviteurs du temple. Les prêtres étaient eunuques et étaient appelés μεγάδυζοι; il y avait des grands prêtres du nom de ‘Ecofvu. La déesse était servie par des prêtresses de trois degrés appelées 'μελλιέραι, ἱεραί, παριέραι; à leur tête était une grande prêtresse. D’après Strabon, anciennement, elles étaient vierges. D’autres corps de ministres étaient de service dans le
temple, les Kovpñres et les ᾿Αχροδάται, semblables probablement aux derviches modernes
et les ‘Tepot, aux hiérodules grecs. Le rituel du culte était de type orgiaque et comprenait des prostitutions cérémonielles et autres abominations. Sur le culte d’Artémis, cf. Wernicke, Pauly-Wissowa, R. Enc. τι, 1372 ss.; Jessex, Pauly-Wissowa, νι, 2753 ss.
παρείχετο, imparfait moyen de παρέχω; cf. xvi, 16, on ἃ παρεῖχεν, à la voix active parce que la jeune fille esclave travaille pour ses maîtres, tandis qu'ici nous avons la voix. moyenne, parce que Démétrius procurait du gain pour lui-même, aussi bien que pour ses ouvriers. — ἐργασίαν signifie d’abord travail, métier, exercice d’un art, puis trafic, commerce, gain, profit : il peut avoir ici les deux significations, travail et profit. — τοῖς τεχνίταις signifie artiste, celui qui est habile dans un art, mais aussi artisan ouvrier. Luc a voulu parler ici des artistes ciseleurs, qui probablement exécutaient les temples en argent destinés aux acheteurs riches, par opposition aux ἐργάτας du ÿ suivant, ouvriers artisans, qui exécutaient les travaux de moindre valeur, les temples en terre cuite par exemple. « Alii erant τεχνῖται, artifices nobiliores, alii ἐργάται, operarii, Bencez.
Ἢ est probable que Démétrius avait un atelier où il faisait travailler des ouvriers : le Ÿ suivant indique cette distinction; il pouvait cependant être ouvrier, tout en donnant du travail à des ouvriers. Blass n’est pas de cet avis : on ne peut dire que Démétrius procurait du gain aux ouvriers étant lui-même un ouvrier. 1] insère donc ὃ avant παρείχετο, et traduit : Démétrius faisait des temples d'Artémis, travail qui procurait du
temples d’Artémis et qui procurait aux artistes un grand profit, 24, les ayant réunis, ainsi que les ouvriers [employés] à ces choses, dit : Ὁ hommes, vous savez, que de ce [gain] vient notre bien-être; 26, or vous voyez et vous apprenez que non seulement à Éphèse, mais dans presque toute l'Asie ce Paul ἃ persuadé et détourné une grande foule en disant qu'ils ne sont pas des dieux ceux qui sont faits de main [d'homme]. 27, Et il n’y a pas seulement pour nous le danger que notre industrie soit décriée, mais qu'aussi
gain aux ouvriers, puis il remplace οὕς par oëroç qui se rapporterait à Δημήτριος. La phrase devient bien embrouillée.
Ÿ 25) οὺς συναθροίσας χαὶ τοὺς περὶ τὰ τοιαῦτα ἐργάτας. Au lieu de οὖς, D a οὗτος et supprime καὶ après συναθροίσας. Démétrius ἃ rassemblé les ouvriers d’art du Υ précédent et les ouvriers qui faisaient sur ces choses le gros travail, les manœuvres et tous ceux qui
obtenaient un gain par ce travail, probablement aussi tous ceux qui vivaient de cet
état de choses ou du culte du temple. — περὶ τὰ τοιαῦτα; pour un usage de περί avec l’'accusatif, cf. Le. x, 40, 41; τοιαῦτα, précédé de τά, limite l’allusion à ναούς ἀργυροῦς — S'appuyant sur la Peschitto, Blass reconstruit ainsi le texte : οὕτος συναθροίσας πάντας τοὺς τεχνίτας καὶ τοὺς συνεργάτας αὐτῶν ἔφη πρὸς αὐτούς.
Après ἄνδρες, D Sah. Harkl. (mg) ajoutent συντεχνῖται, mais pourquoi aurait-on omis ce mot, si l’épithète était originale? Démétrius fait remarquer aux ouvriers que leur commerce est menacé par le succès de la prédication de Paul, et secondairement que le culte d’Artémis est en danger. Son discours répond bien à l’état des choses; il est net et précis. — ἐκ ταύτης τῆς ἐργασίας peut ici encore signifier travail ou gain : ταύτης se rapporterait à ποιῶν ναοὺς ἀργυροῦς dans le premier cas, ou ἃ ἐργασίας, dans le sccond, si l'on traduit ἐργασία par gain, — à εὐπορία, ici seulement dans le N. T,, signifie d'abord route aisée; au figuré, moyen, ressource, opulence, prospérité.
Υ 26) Le ministère de Paul devait avoir diminué d'année en année le concours des étrangers, par conséquent aussi le débit des petits temples; le mécontentement provenant des intérêts atteints allait grandissant. Démétrius n’aura pas grand’ peus à V exploiter contre l’Apôtre, en se couvrant d’un voile religieux.
καί est expégétique : et, cependant, θεορεῖτε, vous voyez par vos propres yeux ef, ἀχούετε, vous apprenez par la rumeur publique le résultat de la prédication de Paul à Éphèse et dans presque toute l'Asie. — Ἐφέσου, ἀλλὰ σχεδὸν πάσης τὴς Ἀσίας : ce génitif n’est pas un locatif, mais un génitif de possession dépendant de ὄχλον. La tournure est assez embarrassée; il serait plus simple de tenir ce génitif pour un locatif, Avant
᾿Εφέσου, D place ἕως. — σχεδόν, de près, à peu près, presque, πάσης τῆς Ἀσίας : toute la .
province romaine d'Asie, où Paul avait prêché sa doctrine; ces paroles de Démétrius sont un témoignage du succès de Paul non seulement à Ephèse, mais aussi dans toute
la province d'Asie, cf. ἢ 10, auprès d’une foule nombreuse, ἱκανὸν ὄχλον. — οὗτος est
méprisant. Après οὗτος, D ajoute τίς ποτε, et Gigas, nescio quem. μετέστησεν, aoriste de μεθίστημι, déplacer, transporter, détourner une grande foule de notre façon de rendre un
culte aux dieux. — ὅτι οὐχ εἰσὶν θεοὶ οἱ διὰ χειρῶν γινόμενοι, cf. I Cor, vur, 45. Ces paroles de
Démétrius prouvent que pour le peuple le dieu était identifié avec la statue qui le représentait ou avec le temple où il était adoré. Dans cette proposition, of γινόμενοι (c.-à-d. θεοῦ) est le sujet et θεοί, l’attribut. La vente des temples votifs d'Artémis avaient dû beaucoup diminuer et l'industrie des ouvriers d'Éphèse était en danger,
ÿ 27) Démétrius ne s’en tient pas à ce point de vue utilitaire, bien qu'il le fasse