‹ Les Actes des ApôtresChapitre 31 sur 358 · AUTEUR DES ACTES DES APOTRES, LXXXTHYII · texte numérisé non relu

AUTEUR DES ACTES DES APOTRES, LXXXTHYII

à quelques-uns des apôtres l'Évangile qu'il prêchait partout aux gentils et ceux-ci approuvèrent son Evangile. Luc n’a pas rapporté cette approbation de la conduite de Paul et de Barnabé, parce que, en sa qualité d’historien, il n'avait pas à raconter les événements privés. Cette hypothèse de Ramsay paraît résoudre toutes les difficultés, sauf celle qui provient du silence de Luc sur cette entente entre Paul et Barnabé d’une part et les apôtres de Jérusalem d'autre part. Mais sur quelle preuve s'appuie cette hypothèse? À peu près uniquement sur le fait qu’elle résout les difficultés.

Bien que cette hypothèse de l'identification de σι, 30; x11, 25 et de Galates, 11, 1-10 soit appuyée sur de bons arguments et qu'elle ait été adoptée par des critiques de valeur, la majorité des critiques continue à identifier le récit de Gal. τι, 1-10 avec celui du chapitre xv, 3-29 des Actes; ce n'est pas que cette identification ne présente, elle aussi, des difficultés, mais on y répond d'une manière assez satisfaisante. Elles peuvent se résoudre si l’on n'oublie pas que Paul parlait en avocat qui défend sa propre cause, celle de son indépendance apostolique et choisit les faits qui la démontrent, tandis que Luc, historien, raconte les faits, tout en choisissant, il est vrai, ceux qui entrent dans son plan qui était de montrer le développement de l'Église chrétienne. Nous étudions au ὃ 2° cette hypothèse de l'identification de xr, 30 et de Gal. τι, 1-10.

H. Holtzmann (1) a étudié la question qui se posait alors dans l'Église chrétienne et signalé les diverses identifications qui ont été suggérées à propos de la visite à Jérusalem, rapportée par Paul, Gal. 11, 1-10 et celles que mentionnent les Actes, xr et xv et affirme que tous les essais d'harmonisation ont échoué. Il donne la bibliographie de la question qu’on peut compléter ainsi : J. Weiss, Das Urchristentum, p. 192 ss. Emmer et Winpisca dans F. Jackson, K. LaxE, The Acts of the Apostles, 11, Ὁ. 277.

Voici un résumé des observations de Holizmann : Au fond, il n'y a pas de doute que l'événement raconté par les Actes, xv est identique à celui mentionné par Galates, τι, 1-10. Dans les deux cas, nous avons un voyage à Jérusalem de Paul et de Barnabé qui défendent la même chose, de façon différente, pour s’entretenir avec ceux de Jérusalem de la position des pagano-chrétiens et de leur rapport avec le judaïsme; dans les deux nous avons une longue discussion où Pierre et Jacques jouent un rôle décisif; dans les deux un accord final; dans les deux une introduction au récit telle qu'on voit bien qu'il n’y a pas eu aucune discussion antérieure sur le même objet entre les deux délibérants. Le parallèle avec les deux voyages antérieurs est exclu, 1x, 26-30 et x1, 25, parce que la mission de Paul auprès des païens n'était pas encore commencée; celui avec les voyages suivants, ΧΥΠΙ, 22; xx1, 15, parce que le travail en commun avec Barnabé avait déjà cessé.

Les essais d'harmonisation laissent toutefois à désirer. Il y a des différences certaines entre les deux récits. En particulier au sujet de la position de la communauté-mère apostolique comme autorité ecclésiastique principale. On discute cependant pour savoir si ces différences sont de véritables contradictions ou si elles s'expliquent par la diversité du point de vue : d’un côté, épitres de Paul : de l’autre, intérêt pour des scènes publiques et une conclusion officielle. Voici en outre quelques points douteux : 1. L'histoire qui précède la réunion, Gal. τι,

(1) Hand-Kommentar : Die Apostelgeschichte, I. B., 2 Abth., p. 100-1083.

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ÆXXXIV INTRODUCTION.

2 «et Actes, xv, 2. — 2. Les discussions, Gal. πὶ, 2 et Actes, xv, 6, 11, 12, 23, 25. — 3. La position des principaux apôtres, Gal. τι, 3-5 et Actes, xy,

6-12. — 4. Le résultat à Jérusalem, Gal, τι, 6-9 et Actes, xv, 20-29.,

Les deux partis d’ailleurs poursuivirent leur œuvre d'après les principes posés jusqu'ici. Pour les apôtres fondateurs, la mission auprès des Juifs restait le fait capital, tandis que, Paul devait croire qu’il n'était pas défendu de manger avec ceux dont on acceptait l'argent. L'accord pris en lui-même ne stipulait pas cela, mais il était entendu que les uns vivraient avec la Loi, les autres sans la Loi : on faisait la distinction de deux facons de vivre, tout en reconnaissant une unité idéale. Cependant la conduite hésitante de Pierre montre qu’en ce qui concerne da nourriture on n’en arriva à aucune stipulation positive. Le décret dont le but était de régler la conduite des pagano-chrétiens et qui permettait aux judéochrétiens de frayer avec eux était fragile sur ce point. D'autre part, la réalité montre qu'après l’accord de Jérusalem, on continua les discussions et les dis-

. cordes. Les judéo-chrétiens pouvaient très bien reprocher à Paul d’avoir envenimé

le débat, en délivrant les judéo-chrétiens de la Loi et en leur permettant la liberté des pagano-chrétiens. Cette part de crédibilité que nous reconnaissons au récit

des Actes forme la mesure la plus certaine que nous ayons pour juger le mérite

historique de notre livre, au moins des parties que nous avons vues, abstraction faite du fragment « nous ».

8 2° Admettant que le point de vue de Paul et celui de Luc sont différents, nous pouvons établir qu’il n’y a entre le récit de Luc, xv, 1-29 et celui de Paul, Gal. τι, 2-10, aucüne divergence réelle. On peut dire seulement qu’ils se complètent l’un l’autre et que Luc entre dans plus de détails.

Et d’abord, si l’on embrasse les deux récits d’un coup d'œil d'ensemble, on reconnaît qu'il y a accord. Des deux côtés (1] la géographie est la même;

l'ambassade eut lieu d'Antioche à Jérusalem, et le retour se fit de Jérusalem …

à Antioche. L'époque est la même aussi, ainsi que les personnages : Paul et Barnabé représentent l’église des gentils, et Céphas et Jacques celle de la circoncision. Les opposants sont dans les Actes des pharisiens convertis, qui veulent introduire les observances légales dans l'Église chrétienne; dans l'épitre aux Galates, ce sont de faux frères, qui veulent imposer le joug de la Loi mosaïque aux païens convertis. L'objet de la discussion est encore le même : la circoncision des païens convertis. Dans les deux récits, la conférence paraît avoir été orageuse; le résultat a été des deux côtés l’exemption de la Loi pour les paganochrétiens et la reconnaissance de la mission apostolique de Paul et de Barnabé. Dans l’ensemble il y a donc concordance.

K. Lake (2) observe qu’il n’y a réellement accord entre les deux textes que sur 16 premier point, la géographie, mais cet accord pourrait se faire aussi bien si on identifiait Gal. τι, 1-10 avec Act. χι, 30. D'après lui, les personnes ne sont pas tout à fait les mêmes : Titus et Jean, mentionnés dans l’épître aux Galates ne le sont pas dans les Actes. Les sujets traités ne sont pas identiques : dans les Actes il s'agit de savoir si les gentils doivent être astreints aux observances légales; dans Galates, il s'agit d'approuver ou non l'évangélisation des gentils,

(1) 1. B. Licarro0T, Epistle lo the Galatians, p. 12 55. (2) Diclionary of the apost. Church : Actes of Apostles, I, p. 17.

sans qu'il soit déterminé à quelles conditions. 1.6 résultat n’est pas le même : dans les Actes, il est déclaré que les gentils convertis ne seront pas astreints aux observances légales, liberté qui est restreinte par le décret apostolique; dans Galates, il y a approbation de l’action de Paul et de Barnabé dans l’évangélisation des gentils et demande de secours Ῥθαν les pauvres de Jérusalem. Entrons maintenant dans le détail des faits.

Le récit de Galates coïncide avec 18 situation de Paul lors du voyage raconté. par les Actes, xv. Il suppose que Paul a déjà exercé un ministère étendu auprès des gentils de concert avec Barnabé et que celui-ci est encore avec lui. Cet état répond à celui de Paul qui vient d’évangéliser Chypre et la Galatie méridionale avec Barnabé. Si d’ailleurs le voyage de l’épitre avait eu lieu avant le concile de Jérusalem, il n'eût pas été nécessaire de porter la question devant le concile, puisqu'elle était déjà résolue; il n’a pu avoir lieu après puisque, au concile, les deux apôtres étaient encore réunis. Cf. Taomas, Mélanges d’histoire et de litt. rel., p. 26 ss. Passons aux difficultés que présente cette identification, Gal. et Act. xv.

Dès le commencement, il y ἃ divergence, dit-on. D’après les Actes, xv, 2, Paul est envoyé à Jérusalem en compagnie de Barnabé par les chrétiens d'Antioche pour résoudre la question des observances légales; d’après l'épitre aux Galates, τὶ, 2, il y va envoyé par une révélation. Ces deux causes du voyage peuvent s’accorder. Paul donne le motif intérieur, Luc le motif extérieur du voyage; l’un n'empêche pas l’autre. Il est possible aussi, ainsi que le conjecture. Hort, que Paul ait hésité d’abord à remplir la mission qui lui était confiée, et que ce fut l’ordre de Dieu qui le décida.

D’après les Actes, xv, 4-30, la question des observances légales est traitée et résolue dans les conférences publiques, en présence de toute l’église assemblée, tandis que dans l’épître aux Galates, 11, 2, Paul parle seulement de conférences particulières avec les plus considérés, ceux qui paraissent être quelque chose. — On comprend très bien que sur des questions aussi importantes et aussi cotes que celles qui étaient posées on n'ait pas laissé la décision à prendre par la

masse de la communauté, mais qu'on ait tout d’abord tenu des conférences :

particulières où les décisions seraient prises et soumises à la communauté. Paul insiste, en effet, à plusieurs reprises, sur les entretiens qu'il a eus avec les apôtres, ses bons rapports avec eux, l'accord qui existait entre eux et lui,

puisqu'ils lui ont donné ce qu'il appelle la main d'association, δεξίας... κοινωνίας, 11,

9; c'était cette constatation qui importait à son but. Il n’avait pas à faire l’histoire de la conférence de Jérusalem, que les Galates devaient très bien connaître, mais.

il leur dit ce qu'ils ignoraient, parce que tout cela s'était passé en particulier.

Cependant, si nous lisons attentivement la lettre de Paul, nous y trouverons.

la mention de cette exposition publique de son Évangile et des ἜΤ ἢ qu’il a opérées, telle que la mentionnent les Actes, xv, 12. En effet, Gal. , 2, nous lisons : ’Avéénv δὲ κατὰ ἀποκάλυψιν χαὶ ἀνεθέιμην αὐτοῖς τὸ εὐαγγέλιον ὃ χηρύσσω ἐν ad ἔθνεσι,

χατ᾽ ἰδίαν δὲ τοῖς δοχοῦσιν. Paul mentionne ainsi explicitement deux expositions de

son Évangile : une d’abord à toute l’église de Jérusalem, — ἀνεθέμην αὐτοῖς ne peut se rapporter aux apôtres, puisqu'il n ’en a pas encore été question, mais désigne

tous ceux qui sont à 5 — et une seconde exposition aux plus considérés :

mais celle-là secrète, κατ᾽ ἰδίαν δέ, mais en particulier; δέ indique bien qu'il ne

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