‹ Les Actes des ApôtresChapitre 33 sur 358 · LXXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXVIII INTRODUCTION

les divergences entre les Actes et les épîtres de Paul suggère l'idée que l’auteur

était quelquefois inexact et d’autres fois mal informé, mais il est difficile de voir

qu’il a fait des erreurs qui eussent été impossibles à un compagnon de Paul, qui aurait accompagné celui-ci pendant une bonne partie de sa carrière et qui aurait pu rassembler des informations auprès de l’Apôtre ou auprès des témoins des événements. D'autre part l'argument tiré des affinités littéraires entre les passages en « nous » et.le reste des Actes reste pour le moment inébranlé et, à moins qu'une nouvelle analyse ne réussisse à montrer que les passages en « nous » sont extraits d’une source non écrite par le rédacteur lui-même, la conclusion traditionnelle que Luc, le compagnon de Paul, a été l'éditeur de

tout le livre reste la plus raisonnable. < Examinons maintenant la position qu’a prise Harnack sur la question que nous

| étudions : ila discuté dans trois fascicules de ses Beïträge zur Eïinleitung in das

IN. T. (1), les objections qui ont été faites récemment contre l'attribution des

Actes à un compagnon de Paul. Il répond aux trois objections suivantes :

1° Les nombreuses divergences et les bévues dans les détails historiques sont telles qu’elles ne peuvent être attribuées à un compagnon de Paul, même s’il n'avait été que temporairement dans la compagnie de Paul ; 2° La description du concile de Jérusalem, surtout en ce qui concerne le décret apostolique, est en opposition avec Galates, 1; 3° Le portrait de Paul, altéré dans l’ensemble et défectueux dans le détail, assigne à l’Apôtre une attitude envers le judéo-christianisme qui

est en contraste marqué avec celle de ses épitres.

1° Si nous examinons, écrit-il, les divergences et les erreurs qu'on a relevées dans les Actes, nous constatons que Luc, quoique excellent historien, prend peu de soins des détails du récit, les néglige même, ce qui explique de nombreuses divergences de menue ou de grande importance. Les erreurs réelles, cependant, ne sont jamais telles qu'elles ne permettent pas de maintenir que l’auteur a été le compagnon de Paul. Un disciple de l'Apôtre ἃ pu commettre la bévue sur la date de la révolte de Theudas. Il est possible d’ailleurs que cette date soit une erreur de Josèphe. La description de l'église de Jérusalem dans les cinq premiers chapitres et les récits sur Pierre lui-même laissent beaucoup à désirer au point de vue de la clarté du récit et de la crédibilité des faits principaux, mais le caractère purement juif de l'Église chrétienne qui ne fut pas d’abord une communauté distincte, mais une communauté juive, alliée à ces Juifs qui croyaient à la résurrection, ses relations avec le peuple juif jusqu’à la prédication d'Étienne et le motif assigné à la persécution des fidèles, tous ces faits témoignent de la valeur Lo ue des Actes.

Si Luc paraît avoir accordé à Paul moins d’honneurs que celui-ci ne semble en avoir mérité d’après ses épiîtres et si l’Apôtre paraît dans les Actes plus Juif que nous ne le jugeons d’après ses épitres, nous reviendrons plus en détail sur cette question. Mais pourquoi un disciple de Paul, qui honorait Pierre, n’aurait-il pas accepté la tradition de Jérusalem attribuant à celui-ci la conversion du premier paien? Comment aussi un historien chrétien, païen de naissance, aurait-il distingué exactement la conduite de Paul chrétien et,de Paul juif et

(1) Lukas der Arzt, p. 86; Die Apostelgeschichte, p. 159; Neue Untersuchungen zur Apostel geschichte, Ὁ. 21.

n'aurait-il pas présenté Paul tantôt plus juif que ne l’indiquaient ses épîtres et tantôt plus indépendant du Judaïsme qu'il ne l'était en réalité?

En fait, Luc a été témoin seulement des événements que racontent les passages en « nous »; pour les autres, il dépendait de la tradition orale ou de sources écrites. L'emploi de ces divers moyens d’information a produit des divergences, même dans la seconde partie des Actes. Cependant, ces erreurs, pour la plupart inoffensives, quoiqu’elles soient souvent de grosses bévues, ne peuvent altérer notre jugement sur la valeur historique du récit et la personnalité de lécrivain. Nous déplorons, conclut Harnack, que Luc n’ait pas eu à sa disposition de meilleures sources et que son plan ait exclu des choses que nous désirerions connaître. Ù

2 Pour Harnack le texte occidental du décret apostolique est le seul qui répond” bien à l'état des choses. Nous examinons ce point de vue dans un Excursus.

3° La discussion de l’authenticité des Actes porte surtout sur la question de savoir si un disciple et un compagnon de Paul a pu écfire les Actes. Ne le pensent pas : Künigsmann, de Wette, Baur, Zeller, Hilgenfeld, Holtzmann, Overbeck, Hausrath, Weizsäcker, Wendt, Schürer, Pfleiderer, von Soden, Spitta, Jülicher, J. Weiss, Knopf, Clemen, etc.; le croient au contraire Credner, B. Weiss, Klostermann, Zahn, Renan, Hobart, Ramsay, Hawkins, Plummer, Vogel, Blass, tous les exégètes catholiques. Pour résoudre la question Harnack étudie : 1° l'attitude de Paul, envers le judéo-christianisme et le Judaïsme d’après ses épitres et 2° l'attitude de Paul envers le judaïsme et le judéo-christianisme d’après les derniers chapitres des Actes.

Harnack relève d'abord les diverses opinions des critiques. D’après Schürer, un compagnon de l’Apôtre n'aurait pu mettre dans la bouche de celui-ci qu'il était accusé à cause de son espérance en la résurrection, xxirr, 6, ou à cause de la promesse faite par Dieu à ses pères, xxvr, 6; l'écrivain des passages en « nous », lecompagnon de Paul, savait bien que la cause de l’'emprisonnement de celui-ci était toute différente; nous l’apprenons par le récit, xxr, 27, tout à fait exact.

D'après Jülicher, ceux pour qui le Paul des quatre grandes épitres demeure la chose la plus certaine, la plus irréprochable dans tout le N. T. doivent regarder le portrait de Paul dans les Actes comme complètement insuflisant et mesquin, car il ne présente aucun des traits caractéristiques de l’homme, et, parmi la multitude des événements auxquels Luc a assisté, il n’a pas su choisir ceux qui faisaient ressortir le mieux la physionomie de l’Apôtre. Comment un de ses amis 165 plus intimes a-t-il pu lui attribuer cet acte prémédité et préparé d'hypocrisie qui est raconté xxr, 20-26?

Voici, maintenant la thèse de Harnack. Toute la discussion porte sur le point de savoir quelle a été la véritable attitude de Paul envers le judéo-christianisme et le judaïsme, telle qu'elle ressort de ses épîtres et si les Actes l’ont mal représentée. Nous ne pouvons suivre Harnack dans tout le détail de son exposé (34 pp.); arfêtons-nous seulement aux idées principales et aux conclusions qu’il en déduit.

1° Il ressort nettement de l'épître aux Galates et aussi des épiîtres aux Romains et aux Corinthiens que tout chrétien, qu'il soit juif ou gentil, n’est plus, au point de vue religieux, soumis à la Loi; comme enfant de Dieu, le chrétien

XC | INTRODUCTION

est conduit par l'Esprit, et la Loi, en ce qui concerne la justification, est accomplie (genüge geschehen) par le Christ « la fin de la Loi »; d’où il suit que la Loi est abolie. Au regard de Dieu et dans leurs rapports mutuels, il n’y a plus de distinction entre le juif et le gentil, Gal. 11, 28; v, 6; Rom. x, 12; 1 Cor. vu, 19; x, 18. De cette position si claire devait ressortir l'attitude de Paul à l'égard de la Loi. Or, des accusations de ses adversaires et de ses raisonnements explicites ainsi que de ses directions, 11. semble que son attitude a été tout autre que ce que l’on devait attendre.

Ses adversaires l’accusaient de prêcher encore la circoncision, Gal. v, 11; Paul a dû donner occasion à cette accusation; cf. Act. xvr, 3. 1 Cor. var, 18, Paul donne aux circoncis cette direction : περιτετμημένος τις ἐχλήθη, μὴ ἐπισπάσθω ; ce dernier terme n’est pas seulement une prescription physique, mais une indication que le Juif converti devait rester fidèle aux coutumes et observances de ses pères. Le motif de cctte direction, quoique implicite, est suffisamment

clair: « La circoncision n’est rien et le prépuce n’est rien. Mais l'observation

des commandements de Dieu {est quelque chose) », 1 Cor. vir, 19. De là à accuser Paul d’avoir prêché la circoncision il n'y a qu'un pas. — De plus, Paul affirme, Gal. v, 3, que tout homme qui se fait circoncire est obligé d’accomplir toute la Loi. Il suit de là que la Loi tout entière continue à exister dans ses coutumes et ordonnances; Israël, en tant que nation, avait reçu des promesses et elles devaient être réalisées. On comprend que Paul ait ordonné au circoncis d'observer les coutumes juives, car si la nation n’observe plus la Loi, il n’y ἃ plus de nation juive. La vie suivant la Loi doit donc continuer. L'esprit de l’Apôtre était ballotté par des pensées contradictoires, de Ià les incertitudes de sa conduite. Quand il était avec des gentils convertis, il mangeait avec eux; quand il se trouvait avec des Juifs et espérait les convertir, il observait les ordonnances de la Loi. Il nous a appris lui-même que telle était sa conduite : καὶ ἐγενόμην τοῖς ᾿Ιουδαίοις ὡς ᾿Ιουδαῖος, ἵνα ᾿Ιουδαίους χερδήσω" τοῖς πὸ νόμον

Ὁ ΣΝ , } À DENT EN | 1 ν \ Eux ! Se À CS ER ἘΠῚ à . 6 UTO νομον, μη ὧν ŒUTOS ὑπὸ νομον, ινὰα TOUS ὑπο νομῶν X£p AGW TOI ἄνομοις ως ἄνουος...

᾿ ἵνα χερδάνω τοὺς ἀνόμους, 1 Cor. 1x, 20 5. De cette manière de faire vint l’opposition des judéo-chrétiens, fidèles à la Loi qui pouvaient croire que Paul enseignait aux Juifs croyants d'abandonner la Loi, de ne pas circoncire leurs enfants et de ne pas vivre selon les coutumes, Acé. Χχι, 21.

Mais pour Paul cette conduite n’était pas en opposition avec le Judaïsme; elle ne constitue même pas un compromis. Dans sa vie intérieure Paul s’est usé luimême dans son effort. pour établir un accord entre l’idée de la liberté et de l’universalisme d’une part, et les anciens droits des Juifs d'autre part; dans sa vie extérieure il ne réussit Jamais à se montrer un homme conséquent avec lui-

. même ou à se délivrer du reproche qu'il vivait dans une contradiction. Non seulement Paul s'usa à résoudre le problème de l’universalisme et du Judaïsme; il en a même été le martyr; les Actes seuls nous donnent sur ce point un exposé clair et détaillé, mais le fait lui-même peut être déduit des épîtres pauliniennes elles-mêmes : cf. Herzoc, Die Gefangennahme des Apostels Paulus; Intern. Theol. Zeit., 1905, 5 Heft.

Luc, par sa position envers les Juifs et les gentils, était propre à exposer l'attitude de Paul qu’il partageait; comme lui, il avait un cœur largement ouvert à tous les hommes, universellement appelés au salut, et en même temps il res-

pectait et vénérait les observances religieuses du Juif pieux. Cependant, sur la Loi, moyen de salut, il n’était pas en parfait accord avec l’Apôtre. Pour celuici la Loi n'avait aucune valeur comme moyen de salut, tandis que pour Luce elle était seulement un moyen complémentaire du salut, ainsi que cela ressort des paroles où il s'efforce de reproduire les paroles de Paul, x, 38 5. « Et que, de tout ce dont vous n'avez pu être justifiés par la Loi de Moïse, par lui tout croyant cst justifié. » Luc n'avait pas non plus la même vénération que Paul pour le Temple : cf. II Thess. τι et Act. xvir, 24.

2° Harnack démontre ensuite que sur divers points les Actes ont la même

attitude que l’Apôtre et même complètent les paroles de celui-ci en les montrant

réalisées par des actes : ex. le dernier voyage de Paul à Jérusalem, ses divers incidents, sa signification et ses résultats. Plusieurs critiques ont accusé d’ hypocrisie la conduite de Paul à Jérusalem; d’autres le justifient de cette accusation en soutenant que jamais Paul ne s’est acquitté du vœu de nazirat, que racontent les Actes ; il n'aurait pu faire cela, donc il ne l’a pas fait. — Il est difficile de supposer que l'invention d’un semblable incident ait pu être attribuée à Luc,

présent alors à Jérusalem. En réalité, si nous en jugeons par ses épiîtres, Paul :

a pu agir de cette façon. Il était certainement convaincu qu’il n’était plus sous la Loi, mais en même temps il devenait un Juif, ou plutôt il restait un Juif, quand cela était nécessaire. En fait, il n’a jamais cessé d’être Juif; il n'a jamais été excommunié par son peuple et ne s'est pas séparé de sa communion; en suite de quoi il partageait les privilèges de celui-ci et prenait sa à part des devoirs relipieux de son peuple.

Harnack examine enfin certains passages des Actes où l'attitude de Paul ne paraît pas répondre à la réalité des faits. Devant le Sanhédrin, Paul s’écrie : Je suis pharisien, fils de pharisiens; c’est pour l’espérance et la résurrection des morts (l'espérance de la résurrection : hendyadis) que je suis mis en jugement, xx, 6; cf. xxiv, 21. Or, ce n'est pas pour cette raison que Paul a été arrêté, xxiv, 11. L'Apôtre dit qu'il est monté à Jérusalem pour adorer, puis xx1v, 14, qu'il sert le Dieu de ses pères, croyant à tout ce qui est selon la Loi et à ce qui est écrit dans les Prophètes. De même, dans son discours au roi Agrippa, xxvi, 5-9, l’Apôtre aflirme que depuis sa jeunesse, il a toujours vécu conformément

à la secte la plus stricte de sa religion, en pharisien, et maintenant c'est pour l'espérance dans la promesse [la résurrection des morts] qu'il est accusé par 168 :

Juifs. Tout cela ne paraît pas conforme à la réalité. Observons que Luc n'a pas reproduit les discours dé Paul dans tous leurs détails ; il s’en est tenu à ceux qui lui paraissaient expliquer le mieux la conduite de celui-ci. Il donne comme but du voyage de Paul à Jérusalem l’adoration, xx1v, 41, mais il complète ce but en ajoutant immédiatement, ÿ 17, qu’il est venu pour faire des aumônes à son peuple et des sacrifices. De même, lorsqu'il dit qu'il a été arrêté à cause de son espérance en la résurrection des morts, il exprime en termes que pouvaient comprendre des Juifs la raison réelle de l'hostilité des Juifs, des accusations portées contre lui. Paul, durant toute sa carrière de missionnaire, a prêché Jésus ressuscité; donc la résurrection des morts. Ses épîtres, tout aussi bien que les Actes, en témoignent. En résumé, l’Apôtre croyait à la résurrection des morts, il était encore pharisien; en réalité, lui et ses compatriotes chrétiens étaient seuls les vrais pharisiens parce qu'ils confes-

essu τὰ Harnack conclut que l' auteur des nn dans sa ou des relaions de Paul avec le Judaïsme est en accord essentiel avec les épîtres de Paul

ou cette thèse de Men est exacte dans ses TA générales: uelques-uns cependant des textes apportés pour la démonstration particulière la ur pas, car ils ne s'appliquent, pas exactement à ce qu'il fallait

e On A que ne l’a fait Harnack. Nous acceptons dote l’ensemble 4 sa thèse, mais toutes les preuves qu'il en a données, même certains points particuliers de Ε

ai thèse.

PET σον MDN UE EU en TE ER NE δον È ἘΠ ΟΞ ΟΝ #4 ἘΠῚ RTE Ὁ 5

Page 1