LA SYNAGOGUE
Il est souvent parlé des synagogues dans 165 évangiles, ME. 1v, 23; Mc. 1, 21; Le. 1v, 20 ; Jn. xvrrr, 20, etc. Il en est de même dans les Actes, où nous en voyons établies à Yérusale, vi, 9; en dehors de la Palestine, à Dmass IX, 2; à Salamine, ΧΠῚ, toc de Pisidie, xr1r, 144; à Iconium, xiv, 1; à Éphèse, XVIII, 19; à προ xvVIT, 1; ἃ Bérée, xvir, 10; à Corinthe, xvurr, 4. Les synagogues ont donc joué un rôle important dans la vie religieuse et intellectuelle du peuple juif.
Le terme ouvaywyf, en hébreu, nD12, en araméen, NNUNID, comme le grec
ἐχχλησία, désigne primitivement l'assemblée religieuse du peuple d'Israël, Ecclé-
siastique, Χχτν, 23; Le. xx, 11; Act. 1x, 21; xxvi, 11; mais il prit bientôt le sens de maison de l’assemblée : en hébreu, bêt hak-Kenêsét, en araméen, bêt Knista’ ;
AU A : ᾿ ε δ À AE ς à Knését et Knista’ pouvaient être employés seuls pour désigner le lieu de l’assem-
blée. Συναγωγή, abréviation pour οἶκος συναγωγής, Se trouve encore dans Josèphe, Ant. Jud. x1x, 6, 3, etc.; dans Philon, Quod omnis probus liber, 12, dans les écrits talmudiques et dans les inscriptions. On trouve aussi pour désigner le lieu du culte, προσευχή, lieu de la prière, Act., xvi, 13, /saïe, Lvi,, 7 ou προσευχτήριον, Philon, Vita Mos. ur, 27; συναγώγιον, Leg. ad Caïj. 40, σαδθατεῖον, maison du sabbat, Josèphe, Ant. Jud. xvr, 6, 2. d
La synagogue, comme institution juive, est enveloppée d’obscurité. Les anciens en attribuaient l’origine à Moïse, PæiLon, éd. Mancey, τι, 168; Josèpue, contra Ap. τι, 17; Targum sur l'Exode, xvur, 20; sur I Chr. xvr, 20, etc. Jacques, dans son discours à l'assemblée de Jérusalem, Act., xv, 21, fait peut-être allusion à
cette origine mosaïque : Moëoñs γὰρ ἐκ γενεῶν ἀρχαίων χατὰ πόλιν τοῦς χηρύσαοντας.
αὐτὸν ἔχει ἐν ταῖς συναγωγαῖς χατὰ πᾶν σαδόατον ἀναγινωσχόμενος. La synagogue paraît être une fondation du temps de la captivité de Babylone. Sur la terre étrangère, les Juifs n'avaient plus de lieu où adorer l'Éternel; les sacrifices ne pouvaient plus être offerts à Yahveh. Il fallut donc établir des liéux où les Juifs pourraient se rassembler pour entendre lire la Loi, écouter les exhortations des hommes saints, les prophètes ou les hassidim. Ces assemblées religieuses se tenaient sur le bord des rivières, Ps. cxxxvit, 1.
En Palestine, il dut y avoir des synagogues au temps de la domination des. Perses et des Grecs. Nous n’en avons de mention expresse qu'au I‘ siècle de
(1) ScHürER, Gesch. des jüd. Volkes, μὴ Auflage, Bd. IT, p. 497, a catalogué les travaux sur la synagogue et exposé la question. Cf. W. OESTERLEY, G. H. Box, The religion and Worship of the Synagogue, 1907; L. Low, Der synagogale Ritus, 1900. F. Vicouroux, Le Nouveau Testament et les découvertes archéologiques modernes; Les Synagogues, p. 143 ss., 189,6; E. STAPFER, op. cil. Ὁ. 322 ss; J. FELTEN, Op. cit. τ, p. 355; ORFALI, DDR EUTE el sa synagogue, Paris ; et les Dictionnaires de la Bible.
AVE 5 | EXGURSUS IV.
notre ère, mais à cette époque nous les voyons se multiplier. Nous en trouvons à Nazareth, Le. 1v, 15, à Capharnaüm, Mc. τ, 21, à Jérusalem, Act. vi, 9, où,
d’après une tradition, il y aurait eu 394 synagogues et d'après une autre
480 synagogues. Ces chiffres sont exagérés, mais ils indiquent qu'il y avait à Jérusalem de nombreuses synagogues. Nous savons par les Actes, νι, 9, que les Juifs étrangers, Cyrénéens, Alexandrins, Ciliciens y avaient des synagogues. Antérieurement au christianisme, nous trouvons des synagogues en Babylonie, en Syrie, à Alexandrie, à Rome. Au Ie siècle de notre ère, toute communauté
juive de Palestine ou de la Diaspora avait sa synagogue. Cf. plus haut pour les
références.
D'après la tradition tannaïte la synagogue devait être bâtie sur les hauteurs de la ville; c'était le cas ordinaire en Palestine et en Babylonie. Ailleurs, il semble qu'on a choisi ordinairement la rive d'un fleuve ou le bord de la mer. Les synagogues étaient fréquemment bâties en dehors de la ville. Elles avaient d'ordinaire la forme d’une basilique avec une double rangée de colonnes; elles étaient orientées du sud au nord, la porte étant au levant, comme celle du tabernacle, Nomb. ur, 38. Des particuliers faisaient souvent bâtir des synagogues à leurs frais.
L’ameublement des synagogues était assez restreint. Le meuble principal
était la iébäh ou armoire, où étaient renfermés les rouleaux de la Loi et des
autres livres de la Bible. Ces rouleaux étaient enveloppés de toiles de lin et placés dans un étui. Devant l'armoire il y avait un voile ou canopée qui
᾿ était déployé au commencement du sabbat. Au centre de la synagogue était
dressée une estrade ou tribune, sur laquelle il y avait un pupitre pour les rouleaux de la Loi et un escabeau pour le lecteur ou l’orateur. Les synagogues possédaient des lampes, dont l’une, suspendue au plafond, brüûlait nuit et jour, des trompettes
pour annoncer le jour du nouvel an et d’autres instruments pour le jour du
Kippour.
Les principaux personnages de l'assemblée étaient placés entre l'armoire et la
à tribune, faisant face au peuple, qüi était assis entre la tribune et la porte d’entrée dela synagogue, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre.
À la tête de la synagogue était le rôs hak-Kenêsét, chef de l'assemblée, ἀρχισυνάγωγος, Me. v, 85; Act. xvin, 8; ἄρχων, Le. x, 41. Le chef de la synagogue pouvait être aussi le chef de Ἢ communauté juive, mais d'ordinaire, l’un ‘était distinct de l’autre. Le chef de la synagogue, choisi parmi les anciens de la communauté, était chargé de maintenir l’ordre dans l'assemblée et de désigner ᾿ς dans l’assistance ceux qui devaient faire les fonctions du culte, prononcer les prières, lire la Loi et les prophètes et les expliquer, Acé., xur, 15. Il veillait à l'entretien de la synagogue. Quelques synagogues avaient plusieurs chefs, ἴδ. xx, 15. À chaque synagogue était attaché un serviteur, hazzân hak-Kenêsét,
ὑπηρέτης, Le. 1v, 20, qui prenait soin des Livres saints, les présentait au lecteur, les recevait de sa main après la lecture, s’occupait de la propreté de l'édifice,
punissait ceux qui avaient troublé l'assemblée et apprenait à lire aux enfants. Le héraut de l'assemblée, sèliah sibbûr, récitait certaines prières au nom de
l'assemblée. Il y avait aussi des collecteurs et des distributeurs d’aumônes et
enfin les dix oisifs, 'aÿäräh batlänim, qui étaient payés pour assister aux réunions
de la synagogue, parce que toute réunion devait se composer au moins de dix personnes.
AUS réunions de la synagogue avaient het les exercices ha δὰ récitait:
d'abord le Schema et le Schmoné-Esré ; puis, on récitait les prières, pendant lesquelles on $e tenait debout, le visage tourné vers Jérusalem. On lisait ensuite
un passage de la Loi, Dao il y avait sept lecteurs, chacun lisant trois versets ou plus. Puis on lisait un passage des prophètes, Haphtara, au choix du lecteur, :
Le. 1v, 15. En Palestine et en Babylonie, le metürgemân, traducteur, traduisait le ' texte hébreu en araméen; dans les pays de la Diaspora, il traduisait dans la
langue du pays. Le chef de la synagogue invitait alors quelqu'un de l'assistance à prendre la parole pour expliquer et développer au point de vue pratique le
passage qui venait d’être lu, A6. rv, 23; Mc. 1,21 ; Le. vi, 6; Jn. vi, 59; Act. x,
15 ss. Suivait la bénédiction donnée par un prêtre et à son défaut par le hérau
de l’assemblée ; 165 assistants répondaient âmên. Les réunions avaient lieu le jour du sabbat, une le matin, qui comprenait le service que nous venons de décrire et une autre dans l'après-midi, où on ne
lisait que la Loi. Les autres réunions avaient lieu le jeudi et le samedi et le jour de la nouvelle lune. On se réunissait aussi les jours de fête; les lectures étaient désignées d'avance. Les réunions de la semaine ne PARA pas avoir été obli-.
gatoires.
À la synagogue était une école où l’on donnait Ἰὸ premier enseignement 465
saintes Écritures, qui formait le principal ou même le seul objet de l'instruction
des enfants.
On y donnait aussi des décisions légales ; on punissait les réfractaires ou les dissidents. Les membres insoumis étaient exclus de l'assemblée par l'anathème,
hêrém, par l'exclusion temporaire, niddüy; il y avait aussila réprimande publique,
nezèphâh ; la livraison à la désolation, shammatà, παραδοῦναι τῷ Σατανᾷ, Î Cor. v, 55. enfin, l'exécration, lût. La synagogue infligeait des punitions corporelles, tels
que les 39 coups de fouet pour transgression des ordonnances mosaïques ou rébellion contre les autorités rabbiniques.
À la synagogue se tenaient les deuils publics; il y avait même des réunions vi
politiques. Il était interdit de manger, de boire et de dormir dans la synagogue.