LA GLOSSOLALIE OÙ LE PARLER EN LANGUES
11 est question du « parler en langues » dans trois passages des Actes des apôtres, 11, 4ss.; x, 46; x1x, 6. Dans ces deux derniers passages, il est dit simplement que l’on entendit parler en langues ceux qui avaient reçu le Saint-Esprit x, 46; que Paul ayant imposé les mains sur les baptisés de Jean, après qu'ils avaient été baptisés, le Saint-Esprit vint sur eux et ils parlaient en langues, x1x, 6. 11 semble bien que dans ces deux passages nous avons la même manifestation du Saint-Esprit que celle qui est décrite par Paul dans sa première épiître aux Corinthiens, xiv, 2 ss. Cependant, x, 46, Pierre paraît identifier l’effusion du Saint-Esprit et ses effets, telle qu'elle eut lieu à Césarée et celle du jour de la Pentecôte : οἵτινες τὸ Πνεῦμα τὸ ἅγιον ἔλαθον, ὡς καὶ ἡμεῖς. En fait, il affirme seulement que Cornélius et les siens ont reçu le Saint-Esprit comme ils l'avaient reçu eux-mêmes ; ils ont parlé en langues eux aussi; mais Pierre ne dit pas que ce fut de la même façon que les apôtres et les disciples. ᾿
Mais le phénomène décrit par Luc, 11, 4 55., est différent, sur divers points dé celui qui se produisait dans la communauté de Corinthe. Là, le pneumatique parlait une langue que personne ne comprenait, xiv, 2; sous l'influence M l'Esprit il dit des choses inintelligibles, 16. Il n’en est plus de même lors de l'effusion du Saint-Esprit sur les disciples assemblés le jour de la Pentecôte. Le Saint-Esprit descendit sur eux en forme de langues semblables à du feu, etils se mirent à parler en d’autres langues, selon que le Saint-Esprit leur donnait de Ὁ s'exprimer. Ce n'était donc pas des sons inintelligibles qu'ils proféraient. La
multitude accourue les entendait parler chacun dans sa langue particulière, la langue du pays dans lequel chacun était né; donc on les comprenait. Et il y avait là des gens de nations diverses qui les entendaient parler les grandeurs de Dieu en leurs langues particulières. Les deux caractères du phénomène, c’est que les disciples parlaient des langues différentes, celles des peuples assemblés autour d'eux; et que les langues qu’ils parlaient étaient comprises par les assistants.
Ce récit présente quelques difficultés qu'a fait ressortir Reuss, Histoire apostolique, p. 49 : « Les hommes qui accourent au bruit des phénomènes, mentionnés au commencement du récit, s’écrient en arrivant : Tous ces hommes ne sont-ils donc pas des Galiléens ? Comment des étrangers venus de si loin savent-ils cela? Qui le leur a dit? Les Galiléens portaient-ils un costume particulier? La maison était-elle connue en ville, cinquante jours après la mort de Jésus, comme celle des Galiléens? Puis ils disent : Vous entendons. et ils font l’'énumération de quinze pays ou peuples, pour constater que ces Galiléens parlent en quinze langues différentes. Mais cela supposerait que chacun des étrangers a parlé au nom de tous; que chacun, dans ce tumulte, ἃ eu con
; | temps et aout les quatorze autres langues : mais toutes ces es sont inadmissibles ; autrement, de deux choses l’une, ou bien les assistants, cn avoir écouté quelque temps, auraient dû se concerter (texte reçu du αὶ 7), 5 communiquer leurs observations et les formuler ensuite, comme il est dit ici. 2. pour de pareils incidents, il n’y a pas de place dans le récit), ou bien la possibilité de distinguer les quinze idiomes existait aussi pour les assistants et alors le miracle disparaît. En tout cas, /a forme de la narration est donc inexacte; aucun idividu n'ayant pu dire : nous les entendons parler dans nos langues. Un autre élément d'obscurité se trouve dans la même phrase, quoiqu'il soit un peu moins apparent. Nous 165 entendons... Comment les disciples parlaient-ils? Tous à la fois ou chacun à son tour? Dans le premier cas; comment distinguait-on ce qui se disait, soit quant au fond, soit quant à l’idiome? Dans le second cas, comment s'expliquer que quelques assistants parlent d’un état d'ivresse? Il y a plus : chacun les aurait entendus parler en quinze langues ? donc chaque disciple aurait parlé dans toutes ces langues? Cela est si bien le sens prochain des phrases du narrateur, que les Pères ont pu en tirer la conséquence que le miracle s'était roduit non dans la bouche des orateurs, mais dans les oreilles des auditeurs, ces derniers entendant ce qu’ils comprenaient, tandis que les disciples parlaient leur langage ordinaire. Luc ne veut pas dire cela. «Tout ce que nous venons de dire, continue Reuss, n’a pas été écrit dans l'intention de contester le fait en lui-même, mais bien la justesse de la manière dont il est généralement compris... Maïs poursuivons et examinons maintenant aussi le fond, pour voir si l’événement de la Pentecôte s’est signalé réellement par ce qu'on appelle le don des langues. ᾿ «Le don des langues, au dire de la théorie traditionnelle, a été accordé aux apôtres pour oo les hommes de toutes les nations. À ce point de vue, le m 8016, tel qu'on le conçoit, aurait eu sa raison d’être. Mais c’est précisément cette raison d’être qui fait défaut ici. Car : 1° les disciples parlent en langues, avant l'arrivée d'un seul étranger (ÿ 4). Il résulte de cette première Gbabcrafion] que le vhénomène de la Pentecôte est en réalité indépendant de la présence d'hommes étrangers. 2° Trois mille hommes se font baptiser après un discours de Pierre. Pierre aurait-il parlé successivement en quinze langues? Le texte n’en dit rien. es trois mille auraient-ils entendu miraculeusement quinze langues (chacun sienne), tandis que Pierre ne parlait que la sienne seule ? Mais dore les phrases ἃ étonnement auraient été bien mieux à leur place après le discours d’un orateur unique qu'en présence d’une foule de personnes qui parlaient et chez lesquelles une pluralité d’idiomes n’était pas absolument merveilleuse. Pierre a parlé dans 88 langue habituelle et il a été compris de toute l’assistance. Il résulte de cette seconde observation que le don des lan gues était parfaitement superflu ce jour-là, car dans les trois mille il peut bien y avoir eu des représentants des quinze nationalités. 3° Cela nous conduit à dire que les prétendues quinze langues n'existent que dans l'imagination des lecteurs, ou dans une tradition mal renseignée. Car les hommes présents sont tous des Juifs, soit indigènes, soit pèlerins; donc, ils savent et parlent tous l’un des deux idiomes usités alors dans le monde judaïque. Or, ces idiomes, c'est d’un côté le grec, et un dialecte sémitique de l’autre; en un
τηοῦ, des UN que on ntenaait à à ἢ éfuselém tout le Ἰδὲ de l'anné 1 dans son discours, d’un bout à l’autre les traité comme Juifs; l'idée vient pas même qu'il puisse y avoir d’autres auditeurs. 4 Enfin, en admett même que les disciples aient parlé en langues étrangères, de manière que chaq auditeur trouvât à comprendre, par l'organe de l’un d’entre eux, de quoi il s’a sait, comment pouvait-on s'expliquer cela par un état supposé d'ivresse? Comment un discours intelligible pouvait-il produire un pareil effet sur des ge qui disent : nous les entendons parler nos langues ?
« De tout cela il résulte que la glossolalie du jour de la Pentecôte a été tout autre chose que ce que la tradition en a fait, et que le récit que nous avons devant
que l'on démélera sans peine en s’aidant de la description du phénomène telle … qu'elle est donnée, d’une manière absolument suffisante, par l'apôtre Paul dans an première épitre aux Corinthiens {chap. xiv), et il y a les méprises de la traditio 3 par suite desquelles la conception que représente notre texte renferme non seulement un bon nombre de points obscurs, mais même des contradictions. » , Nous ae plus loin ce point de vue.
pas à nous arrêter Ace sur 1" je rationaliste. Zeller supprime tou ᾿ simplement l'événement. Ce récit serait probablement le fait d'un écrivain du . r1° siècle, qui aurait condensé en un récit la croyance que le Saint-Esprit étai descendu sur les apôtres le jour de la Pentecôte et que, comme au Sinaï la Lo juive avait été proclamée en soixante-dix langues, ainsi à Jérusalem, la foi chré: tienne avait été prêchée dans toutes les langues de la terre. Mentionnons seule-= ment l'hypothèse de Weber et de Seydel qui retrouvent dans la tradition bouddhique le phénomène du parler en langues. Les disciples de Bouddha son rassemblés autour de lui et « chacun des innombrables auditeurs pensait que le sage regardait vers lui et lui parlait dans sa propre langue, bien que la langue dont il se servait était le dialecte de Magadha ». Il n’est pas prouvé que cett tradition est antérieure au christianisme; en tout cas elle décrit un phénomè d’audition et non d’élocution.
Passons maintenant en revue les explications qu'on a données dans l'Église 8 ce phénomène (du parler en langues. La plupart des Pères de l'Église, Origène, Cyrille, Irénée, Chrysostome, Augustin, Thomas d'Aquin ont pensé que ce dor des langues avait conféré aux apôtres la faculté de parler toutes les langues « terre pour remplir leur office de prédicateurs de l’ Évangile à toutes les nations. Saint Chrysostome croit que chacun d’eux parlait la langue du pays qu’il devait plus tard évangéliser. Saint Irénée dit même qu'il y avait encore de son temps des frères qui parlaient toutes les langues : πολλῶν ἀκούομεν ἀδελφῶν ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ, προφητιχὰ χαρίσματα ἐχόντων, καὶ παντοδαπαῖς λαλούντων διὰ τοῦ Πνεύματος γλώσσαις,
Adp. Haer, v, 6, 1.
DD ni PU 1 mens ve |
Cette explication des Pères n’était pas une tradition dans l'Église, puisque Papias nous rapporte que Pierre était accompagné dans ses voyages par Marc, qui lui servait d’interprète, Eusèse, Aést eccl. x, 39. La tradition nomme aussi Glaucias, comme interprète de Pierre, CLÉMENT me Strom. vir, 17 5. Les Actes, xiv, 11-14, insinuent que Paul et Barnabé ne comprenaient pas le lycaonien. D'ailleurs, il n’était pas nécessaire que les apôtres connussent toutes les langues
des pays énumérés; il leur aurait suffi de connaître l’araméen et le grec pour évangéliser les peuples de l'empire romain. Enfin, le don des langues avait pour . objet de proclamer les grandeurs de Dieu et non de prêcher l'Évangile. Quelques Pères de l'Église, Cyprien, Grégoire de Nysse, Bède et des exégètes
modernes ont pensé que les apôtres et les disciples parlaient leur propre langue,
l’araméen, mais que les auditeurs les entendaïent parler dans leur langue à eux.
Pierre parlait en araméen, mais l'auditoire l'entendait en zend, en grec, en ἐν De en latin; c'était un in εἷς auditif. Grégoire de Nazianze, Orat. x11, 15 cite et rejette l'opinion de ceux qui pensaient que les apôtres parlaient leur langue maternelle, mais étaient miraculeusement compris par des hommes qui n’enten- daient pas cette langue.
Venons en maintenant aux explications qui ont été données par les exégètes modernes. On en a donné une explication naturelle. On a supposé que tous les 4 disciples n'étaient pas des Juifs Galiléens — le texte dit nettement le contraire
— et qu'il y avait parmi eux des Juifs étrangers parlant la langue des pays ᾿ . mentionnés; s'adressant à leurs compatriotes, ils en avaient été compris. Il est
difficile de croire qu’il y avait parmi les disciples des représentants des quinze peuples énumérés, ÿ 9, 10 et 11. Nulle part il n’est indiqué que parmi les disciples de Jésus se trouvaient des Juifs de la Dispersion. D'ailleurs, les assistants ne se seraient pas étonnés d’un fait si naturel, et ce ne pouvait être un don du ᾿ Saint-Esprit.
On ἃ pensé que le parler en langues consistait en sons, en émissions de voix, en paroles inarticulées. Cette explication ne répond pas au contexte; les audi-
teurs comprenaient les paroles que proféraient les disciples.
Les disciples, au fond, auraient continué sous l’action du Saint-Esprit à se servir de leur langue maternelle, l'araméen. Seulement, ils l’auraient parlé avec un tel feu, un élan si extraordinaire que les auditeurs se seraient figuré entendre chacun son propre dialecte et non plus de l’araméen. Il est difficile de croire qu'un discours même enthousiaste, prononcé dans une langue très caractérisée et bien connue, fait l'effet de l'être en quinze dialectes différents? |
* Les disciples, sous l'influence d’une énergie inconnue, auraient soudain mélangé leurs paroles d’une foule d’archaïsmes, d'idiotismes, d'expressions poétiques; et
les auditeurs y auraient reconnu, non sans stupéfaction, des termes empruntés à leurs diverses langues. Aïnsi, ces disciples, des gens du peuple, sans lettres, auraient connu des termes archaïques, des expressions poétiques. C’est difficile à croire.
| D'après Meyer, dans son commentaire sur les Actes, ἐπ loco, le phénomène du jour de la Pentecôte est le même que celui qui est décrit par Paul dans l’épître aux Corinthiens, xiv. La tradition aura plus tard orné cette première apparition de la glossolalie de traïts un peu plus extraordinaires. Elle y aura vu le don subitement accordé aux chrétiens de s'exprimer en dialectes étrangers. C’est
plus distincte, que auditeur Did ἐδὴ ον comprit à l'instant ce ρων par un procédé analogue à celui qui créait les interprètes à Corinthe, et put le traduire | immédiatement, tellement il croyait entendre sa propre langue. » Le D' Alford professe aussi cette opinion : Le parler en langues de Luc est identique à celui
de Paul. Dans les deux cas une inspiration soudaine et puissante de l'Esprit-Saint poussait les disciples à proférer non d'eux-mêmes,” mais comme truchement de l'Esprit les louanges de Dieu en différentes langues qui, jusqu'alors et probables
ment même à ce moment, leur étaient inconnues. Wright explique ce fait en
rappelant que l’on a des exemples de personnes prononçant de longs discours dans …
une langue qui n'était pas la leur et leur était inconnue ; elles répétaient ce qu'elles avaient entendu dire. Ce serait donc un phénomène de mémoire. Les faits cités peuvent être tenus pour vrais, mais ils ne peuvent expliquer ce qui s’est passé En jour de la Pentecôte, car il est difficile de croire que, parmi les disciples galiléens, qui n'étaient jamais sortis de leur petite province, il y en avait qui avaient entendu . chacun des assistants célébrer les grandeurs de Dieu dans leur langue. Lombard, De la glossolalie chez les premiers chrétiens et 1e phénomènes
similaires, NS 1910, p. 71 ss., explique aussi le phénomène de la Pentecôte
comme un cas de xénoglossie collective, dont il cite des faits bien avérés. Cette
explication cependant ne lui paraît pas suffisante, car certains traits du récit font penser plutôt à la glossolalie des textes pauliniens, notoirement inintelligible, qu'à
des discours en des langues étrangères, compris de ceux auxquels ils s’adressaient.
que les paroles de tous les disciples sont comprises de tous les assistants. Le don des langues étant conçu comme un parler en langues étrangères, on en a tiré la conséquence que des témoins de divers pays avaient dû comprendre et s'étonner d’avoir compris. La nomenclature ethnique des ÿ 9-11 soulève des difficultés et
présente des contradictions qui ne s'expliquent que si l’on y voit une amplifi= cation étrangère à la réalité historique. Quoique la croyance à des miracles de xénoglossie chez les anciens soit attestée par certains textes, il n’y a aucune ἢ
£ ν᾽ Les principales incohérences de la narration proviennent vraisemblablement de) ἢ ce que l’idée de xénoglossie y a été introduite à tort. Un développement artificiel du récit dans le sens de cette idée se discerne aux Ÿ 6, 8 et 11, lesquels supposent
raison de croire qu’elle ait exercé ici une influence déterminante. Mais la scène
s'explique suffisamment si des expressions ou des intonations étrangères se sont
mélées aux verbo-automatismes des disciples ou si, en dehors même de toute réminiscence linguistique, leurs élocutions ont fait penser à un langage inconnu.
Parce qu'on ne comprenait pas on fut amené à ΠΌΣΟΥ l'expression λαλεῖν ἑτέραις γλώσσαις, qui plus tard parut impliquer au contraire qu’un auditoire cosmO= À polite avait unaniment compris. Sans trancher la question de savoir si Luc aeu
à sa disposition une source écrite ou s'est référé à des renseignements oraux, on est en droit de reconstituer à peu près comme suit les éléments primordiaux de son récit : « Quand arriva (ou comme arrivait) le jour de la Pentecôte, les disciples étaient tous réunis. Tout à coup ils entendirent un bruit pareil à celui du vent, et
des sortes de flammes leur apparurent. L'Esprit-Saint les remplit, et ils com-. mencèrent à prononcer des paroles inconnues. Un grand rassemblement se
forma ; on se demanda ce qui était arrivé à ces Galiléens. Les uns disaient :
| Qu'est-ce que cela signifie? Lors re se moquaient, en at τ ils avaient μι Alors Pierre, s'adressant à la foule dans son langage ordinaire, s'exprima ainsi : «Non, ces hommes ne sont point ivres. C’est l'accomplissement de cette po de Joël : Dans les derniers temps, je répandrai de mon esprit sur toute chair. »
sur les origines des églises de l’âge apostolique, Paris, 1909, p. 27 ss. ; celui-ci cependant ne fait pas appel à des faits de verbo-automatismes. En voici un résumé : Le récit de la Pentecôte, 11, 1-14, présente deux conceptions différentes de cet événement. D’après l’une, la Pentecôte fut une manifestation de glossolalie, laquelle était caractérisée par l’état extatique du glossolale, proférant des paroles incohérentes, qui avaient besoin d’être expliquées; tel était l’état des apôtres qui paraissaient ivres, pleins de vin doux, 11, 13-15. Et même 16 ÿ 4, si l’on retranche l'adjectif, ἑτέραις, placé entre parenthèse, qui doit être une glose destinée à unifier l’idée avec ce qui suit, décrit bien le phénomène de la glossolalie, exprimé ailleurs par cette expression : parler en langues, λαλεῖν γλώσσαις, x, 4, 6; χιχ, 6 : « Et ils furent tous remplis de l'Esprit-Saint et ils commencèrent à parler en [d’autres] langues, λαλεῖν [ἑτέραις] γλώσσαις, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. »
D’ après l’autre conception, la Pentecôte fut simplement un phénomène linguisique. Inspirés par l'Esprit, les Due s'expriment en des langues que chacun
sommes nés ? ÿ ὃ.
Luc aurait donc fondu dans son récit de la Pentecôte deux documents, où les
laits étaient présentés différemment. Dans l’un, plus ancien, il s'agissait du phénomène de glossolalie, fréquent aux temps apostoliques. Dans l’autre, plus récent, sous l'influence de la légende juive d’après laquelle la voix de Dieu au naï se divisa en soixante-dix voix et soixante-dix langues, de sorte que toutes nations de la terre la comprirent, l'Évangile, comme la Loi, retentit miracu-
“Le problème se pose de la façon suivante : Est-il question ici d’un phénomène de glossolalie, telle que nous la trouvons décrite dans la première épître aux Corinthiens, XIV, 1-25, ou bien faut-il croire que les apôtres see dans la
τ Beaucoup pensent qu ‘il est fait allusion dans ce passage des Actes au don des langues, par lequel le glossolale parlait une autre langue que sa langue maternelle. Le texte dit en effet que les apôtres parlaient dans d’autres langues, τέραις γλώσσαις, et non dans des langues étrangères. Si les auditeurs s’exclament n remarquant qu'ils les comprennent chacun dans leur propre langue, c’est une açcon de parler ou une interprétation du narrateur, car les auditeurs présents l'avaient pas besoin qu’on leur parlât dans des langues étrangères, puisque tous, fs de la Diaspora ou prosélytes, comprenaient la langue des apôtres, l’araméen. E d’ailleurs, les pays qui sont mentionnés ÿ 9, 10, ne possédaient pas chacun une langue particulière. La plupart étaient de langue grecque. Le texte cependant est plutôt favorable à la seconde interprétation, mais il ne
Cette hypothèse revient au fond à celle qu'avait déjà exposée de Faye, Étude |
Jeusement dans toutes les langues de la terre. Les apôtres parlent les langues de
te
αὐτὸς σαν CES Gus En
par con ; se une seconde source du récit. un ce passage, tout est ss nn. les apôtres parlaient dans la langue de chacun de leurs auditeurs ; ÿ 7 : « C gens.qui parlent, disent ceux qui étaient présents, ne sont-ils pas tous Galiléens Comment se fait-il que chacun de nous les bit la propre langue dan: laquelle nous sommes nés? » Cf. ÿ 11. Si Pierre fait allusion à ce que pensaient les auditeurs, qu’ils étaient ivres, qu’ils avaient bu du vin doux, cela ne prouv pas du tout que les apôtres étaient à l’état d’extatiques, donc de glossolales. Le problème ne nous paraît pas résolu.
Voici l’explication que Wendt, The historical Trustworthiness ofthe Book of Acts.; Hibbert-Journal, xu, p. 144 ss., a donnée récemment de ce passage : « On doit trouver dans la conception fondamentale de la Pentecôte le résultat d'une tradition digne de confiance. Chez les premiers disciples l’heureuse conscience d’être la communauté du Messie céleste naquit dans la forme d'un langage exta: tique, et même le miracle de cette extase leur apparut comme uhe preuve claire qu'ils étaient remplis d'un pouvoir venu d’en haut, τι, 1-21. La première épître aux Corinthiens nous apprend que le don des langues était un TAROT Ians caractère distinctif de la vie spirituelle des églises grecques de Paul. Si nous n'avions pas les Actes, nous serions portés à croire que ce phénomène, étranger à la religion juive et aussi à Jésus, fut transmis au christianisme par les cultes helléniques. Mais les Actes nous apprennent que le don des langues était un élément d’un christianisme primitif, en terre juive, et vint de Palestine aux chrétiens \ grecs. | « Le phénomène est, sous un rapport, décrit différemment dans les Actes etpar Paul, I Cor. xiv, 2, 9, lequel insiste sur le fait que les auditeurs ne comprennent pas ceux qui parlent en langues. Les Actes marquent au contraire très nettement | que les auditeurs, venus de toutes les parties du monde, comprirent immédiatement ce qui était dit, τι, 6-11. L'interprétation ordinaire n’est pas soutenable, à savoir que, dans les Actes, l'événement est incorrectement représenté comme un discours miraculeux en plusieurs langues, comme si les disciples en état d’extase s'étaient tout à coup exprimés dans diverses langues réellement exis-
Si telle était la signification du texte des Actes, nous serions incapables d’expli quer ce récit, impliquant que les auditeurs non seulement reconnaissaient sép: rément, l’un dans les paroles d’un disciple, l’autre dans celles d’un autre disciple chacun son langage natal, mais que tous ensemble entendaient tous ceux qui. parlaient comme 5115 leur parlaient dans leur langue maternelle, ÿ 6, 8, 11. Nous ne pourrions pas non plus expliquer pourquoi les Juifs qui étaient présents furent surpris, tout autant que les gentils, de comprendre immédiatement les
paroles prononcées. Enfin, nous ne pourrions pas non plus expliquer pourais
Ÿ 13. re on nous dit que les disciples assemblés se mirent à parler en 4 autres langues, £ ἑτέραις γλώσσαις, selon que ᾿ Esprit leur donnait de s'exprimer, ce terme
avec de nouveaux organes miraculeux de la parole, qui leur avaient été donnés : « Des langues séparées, comme de feu, se posèrent sur chacun d'eux », ὺἡ 8.1} δ eut plusieurs langues, parce que chacun reçut la sienne. Avec ces nouvelles ἡ
langues merveilleuses ils ne parlaient pas en des langages humains différents, maistous dans un langage totalement nouveau et merveilleux. Ce langage mer- veilleux possédait cette particularité qu'il pouvait être compris également de tous les auditeurs aussi aisément que leur langue maternelle. Ce fut naturelle-
. ment une surprise aussi grande pour les Juifs que pour les Gentils. Et des critiques mal disposés purent interpréter ces discours comme le signe de l'ivresse,
comme à Corinthe les étrangers pouvaient y voir la marque de la folie, 1 Cor. χιν, 23. En dépit donc de la différence des descriptions des Actes et de Paul, en ce qui concerne l’intelligibilité des langues, nous ne pouvons nier l’accord essentiel qui existe entre le phénomène mentionné des deux côtés : c'était un langage merveilleux d’une nature absolument différente d’un langage naturel et existant à cette époque. »
Par cette explication tombent presque toutes les difficultés qu’on avait soulevées contre l’idée d’un miracle linguistique. On comprend que, d’après les κ 6, 8, 11, tous les auditeurs percevaient en leur propre langue tout ce qui était dit. Chacun comprenait le discours miraculeux de tous ces inspirés. L'auteur voulait dire sans aucun doute que chacun des étrangers d’un pays quelconque non nommé aurait eu la même impression. On comprend aussi la mention de la Judée, ÿ 9 ; ce engage merveilleux était tout aussi nouveau pour les Juifs que pour les ren :
ΟἽ] était tout aussi étonnant qu'ils le comprissent. On comprend encore le jugement malveillant, ÿ 13, de quelques-uns des auditeurs. Quoiqu'ils reconnaissent leur langue maternelle, ils ont conscience cependant que ce n’est pas vraiment celle-ci, mais un nouveau langage, produit par l’extase, et qu'ils comprenaient tout aussi bien que leur langue maternelle. Par cette explication la glossolalie ___dujour de la Pentecôte s ‘apparente à celle dont il est question ch. x, 46 et xrx, 6, du livre des Actes. — Remarquons cependant que cette hypothèse ne répond à l’ensemble des textes que si on les prend dans un sens large. Elle ne paraît pas s'adapter à ce passage, ὁ 8 : Καὶ πῶς ἡμεῖς ἀκούομεν ἕχαστος τῇ ἰδία διαλέχτῳ ἡμῶν ἐν ἣ ἐγεννήθημεν, pris dans son sens strict, à moins de supposer une illusion des auditeurs. δ D'après P. Bovet, Le parler en langue des premiers chrétiens et ses conditiohs psychologiques; Revue de l'Histoire des religions, t. LXIIT, p. 296 ss., les faits historiques altérés par le récit d'Actes, 11, auraient été non une explosion de glossolalie au sens plein du mot, mais une manifestation collective de prophetisme. Il donne en note de L. Cart, appuyant cette hypothèse : Il n’est pas hors de propos de mettre la glossolalie en rapport avec la prophétie d'autant, moins que lerécit de Luc, Act. τι, 14, cite, à l'occasion de la Pentecôte, un texte de Joël, zx, 1ss. La conjugaison hithpaël du verbe nâba paraît désigner le phénomène de l'extase religieuse, dans les vieux récits du Iahviste, I Sam. x1x, et de l’Elohiste, 1 Sam. x. Si l’on admet, comme c’est probable, que le sens primitif de la racine nâba est celui de crier, appeler, émettre un son de la voix, on est en droit de conclure que l’extase dont il s’agit se manifestait extérieurement par la parole et spécialement par des sons inarticulés et plus ou moins désordonnés. Dans Jérémie, xxix, 26; Osée, 1x, 7, ces termes sont mis en relation avec celui de ὃς schâgà qui signifie : être fou. Sous l'empire des sentiments religieux excessifs qui animaient les premiers « prophètes » ils s'exprimaient dans un langage étrange, extatique, mystérieux, qui les faisait prendre pour des aliénés. Il n’est
pas hi de croire que le christianisme x naissant produi it d Ἶ analogues. | à
Actes. Il faut accepter le net tel que l’a raconté Luc. due des du que nous avons expliqués dans la mesure du possible au cours du commentaire, il se présente de la façon suivante : 1° Les disciples, célébrant les grandeurs de Dieu, parlaient des langues qui leur étaient étrangères. 2° Les langues étaient celles des assistants de nationalité diverse et chacun d’eux comprenait les paroles proférées par les disciples dans leur propre langue. 3° Ce miracle s’opérait dans ceux qui parlaient et non dans ceux qui écoutaient. Ce don des langues a été temporaire. ὶ Cependant, nous devons reconnaître que ἘΠΕ ΡΣ du phénomène de la | glossolalie, donnée par des Pères de l'Église et quelques exégètes modernes, à savoir que les apôtres et les disciples parlaient leur propre langue, l’araméen, mais que les auditeurs les entendaient parler dans leur langue à eux résout bien et simplement toutes les difficultés. C'était un phénomène d’audition et non d’élocution. Mais rien dans le texte des Actes ne suggère cette explication. οἷ Dans son ouvrage récemment publié, δαΐχιξ Paul and the Church ofJerusalem, | Oxford 1925, le R. W. L. Knox, prêtre de l'Oratoire du Bon-Pasteur, étudie, ΟΡ. 32, les dons spirituels dans le N. T. Il examine d’abord le don des langues, tel qu'il s’est présenté au jour de la Pentecôte, et fait ressortir les difficultés que présente le récit de ce phénomène dans les Actes, τι, 1 ss. Du fait que divers auditeurs, entendant les glossolales prononcer des sons inarticulés, ont conclu que ceux-ci étaient ivres, τι, 13, 15, Knox identifie le phénomène de la Pentecôte à ceux que décrit Paul dans sa première épître aux Corinthiens, xiv, 23. Les glossolales de la Pentecôte et ceux de Corinthe prononçaient tous des mots narticulés et donc le phénomène était le même des deux côtés.
EXCURSUS VIII
Re À LA CONVERSION DE SAINT PAUL.
L'opération divine qui a transformé Saul, pharisien ardent et persécuteur | acharné des chrétiens, en un disciple convaincu du Christ et en défenseur de . la foi en Jésus Messie et Fils de Dieu a été l’objet de nombreux travaux (1). Nous devons : I. examiner les récits de cette conversion de Saul et 11. en recher- … cher, les causes déterminantes. -
' I. Récits DE LA GONVERSION.
L’historien des Actes nous a donné trois récits de cette conversion, 1x, 3-27; xxur, 6-16: xxvi, 13-18 : Le premier est narratif; il est l'œuvre de l’auteur des. Actes. Les deux autres sont des récits oratoires; ils font partie des discours apologétiques que l’Apôtre prononça devant le peuple d’abord, puis devant le . roi Agrippa et le procurateur Festus, successeur de Félix. τς divergences 4 sont assez caractérisées; elles n'ont pu échapper à Luc, qu’elles n’ont ni. inquiété, ni troublé. Simplement, il détache ces deux feuillets du document écrit . dont il dispose, et il nous invite à les lire avec la même simplicité. Ce sont les . deux pièces importantes auxquelles l'historien doit s'attacher et qui méritent avant tout de fixer son attention. Vraisemblablement elles ont inspiré à l’auteur. ᾿ des Actes sa narration proprement dite. [l est légitime en effet de supposer 46, voulant raconter en son temps la conversion de Paul, et l’insérer au Do de son livre, 1x, 1, il a consulté ces témoignages directs et très anciens, les deux. 1 discours τς xxn, 1 et xxvr, 2. Mais il a préféré suivre la marche des événements indiquée par le discours au peuple. Les cadres sont identiques, w la manière de noter et de distribuer les événements est la même. Quelques détails réalistes sur la cécité de l’Apôtre (Luc les aimait; ses récits des δρρᾶritions du Christ ressuscité en témoignent) animent et colorent sa composition littéraire.
À (1) Nous citons seulement les ἐς livres et articles de revue, qui traitent spécialement de la conversion de Paul : BANDELIN, Uber Sauls Bekehrungsgeschichte, Lübeck, 1821; Die. Bekehrung des Paulus; Th. Studien und Kritiken, 1864; HOLSTEN, Die Christusvision des Paulus (1861) dans Z. Ev. d. Paul. u.-Petr., p. 2-114; ZIMMER, Die drei Berichte der A postelee ἢ à
chichle über die Bekehrung des Paulus, in Zeitschrift für wiss. Theologie, 1882, GRAVE, Die \ Behehrung Pauli : Gütersloh, 1847; Haver, La conversion de saint Paul, Bibl. de LEc. des htes Et. I, Paris, 1889; ΜΑΒΒΙΕ, Conversion of St. Paul, Expositor, X, 1889; SABATIER, l’Apôtre Paul, Paris, 1896, p. 39; KLumkEer, Die Bekehrung des Paulus, Z. f. wiss. th., 1898, p. 335; Rose, Etudes sur la théologie de St. Paul, Revue biblique, p. 323, 1902; Wagnirz, La conver- « sion de Saul de Tarse, Rev. théol., 1905, p. 385; FISGHER, Die Bekehrung des Weltapostels \ Paulus, Friedens-Blätter ΧΙ, 1907; Moske, Die Bekehrung des Rl. Paulus, Münster, 1907; ᾿ BEM, Die Bekehrung des Paulus, Berlin, 1914; ΤοΙϑΥ, La Conversion de St Paul et la naissance du Christianisme, Rev. hist. lité. rel. 1918, p. 309; HeirMüLLer, Die Bekehrung des … Paulus, Zeit. f. th. u. Kirche, 1917, p. 136; GoGUEL, Les Epitres pauliniennes : la Conversion,
p. 195, Paris, 1925. ï
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168 δεν ον one qu'il fit Ἐν, aux chrétiens de 7 érusalen,-s0nt ls mêm les trois récits; la substance ne varie pas, quoiqu ils RICE quelquefois plus développés dans l’un que dans l’autre. Les voici : | x, 1, ΟΝ 580], respirant encore menace et meurtre contre les disciples d L
les synagogues, afin que s’il trouvait quelques-uns [partisans] de cette voie. ‘hommes et femmes, il les amenût liés à Jérusalem. A xxu, 4-6. J'ai poursuivi à mort cette voie, enchaînant et mettant en prison hommes et femmes, comme le grand prêtre et tout le collège des anciens m'en sont témoins. J’ai même reçu d’eux des lettres pour les frères de Damas où je me rendis afin d'amener enchaïînés à Jérusalem ceux qui se trouvaient là et de les faire châtier. k xxvVI, 9-13. Pour moi, j'avais cru devoir agir vigoureusement contre le nom, de Jésus de Nazareth, c’est ce que j'ai fait à Jérusalem. J'ai jeté en prison pluieurs des saints, ayant reçu ce pouvoir des chefs des prêtres, et, quand on les mettait à mort, je joignais mon suffrage à celui des autres. Je les ai souvent châtiés dans toutes les synagogues, et je les contraignais à blasphémer. Dans mes excès de fureur contre eux, je les persécutais même jusque dans les villes étrangères. C'est pour cela que je me rends à Damas avec 1" autorisation et la permission des chefs des prêtres.
ΟΠ Paul.a d’ailleurs confirmé ces faits dans son épître aux Galates 1, 13 : Yous. avez bien entendu dire ce que fut ma conduite autrefois dans le judaïsme : Que je persécutais à outrance la communauté de Dieu et la ravageais. ss ᾿ς Voici maintenant le tableau synoptique des récits des Actes sur la conversion de Saul; les parties divergentes ont été relevées dans le Commentaire.