II. CAUSES DÉTERMINANTES DE LA CONVERSION DE PAUL
Il faut écarter comme insuffisantes toutes les explications qui font intervenir.
exclusivement un facteur physique, mirage, accès de fièvre chaude, hallucination produite par la fatigue, par la chaleur ou par la faim, Les facteurs physiques auxquels on a pensé ont tous, plus ou moins, un caractère hypothétique et sur-
tout, il y a entre la cause supposée et l'effet constaté une disproportion trop
grande pour que l'explication proposée soit plausible,
On ne peut expliquer davantage cette conversion par des raisons psycholo-
giques ainsi qu'on a essayé de le faire. « L’Apôtre, a-t=on dit, a passé par une crise à laquelle on pourrait reconnaître deux causes : il aurait été, sans vouloir se l’avouer à lui-même, impressionné par l'attitude des chrétiens persécutés et
aurait subi l'attrait de l'Évangile qu'ils prêchaient. Là serait « l’aiguillon » contre |
lequel Paul aurait tenté de regimber en persécutant les disciples. D'autre part, dans son besoin d’absolu, il aurait souffert de l'insuffisance de la ustice légale, ACTES DES APOTRES. 51
2 τ ExcoNeUS VIT. Fe. Fee
telle que la concevait le judaïsme et aspiré de toutes μ᾿ forces de son + une justice plus haute. »
4 Toutes les explications naturelles sont ne insuffisantes ainsi que l'ont reconnu Reuss, Epitres pauliniennes, p. 11, pour qui « la conversion de Paul reste, sinon un miracle absolu au sens traditionnel du mot..., du moins un problème psychologique aujourd’hui insoluble; Chr. Baur, Das Christenthum und die christl. Kirche, p. 45 : « On ne parvient par aucune analyse, ni psychologique, ni dialectique, à sonder le mystère de l'acte par lequel Dieu révéla son Fils en Paul; Weizsäcker, Das apostol. Zeitalier, p.72; « l’histoire peut seulement démontrer le changement subit du sentiment; elle ne dépasse pas le domaine de l'expérience. »
En fait, on doit conclure que la conversion a été pour Paul une révélation du
Fils de Dieu : Il a vu le Christ vivant, telle est son expérience essentielle. Le Christ lui est apparu dans des conditions qui établissaient à la fois qu'il était vivant et qu’il était glorifié. La conversion de Paul est un miracle, dont la cause déterminante a été la grâce de Dieu; c’est à elle seule qu'on peut l’attribuer et, soule, elle en explique le fait et les résultats.
Nous conclurons avec le P. Prat, La Théologie de δ. Paul, Ἐ, p. 32, 9° éd., Paris, 1920. « On nie le miracle de l'apparition, sans se maitre en peine d'expliquer cet autre miracle d'ordre moral, plus inexplicable encore si l’on supprime le premier, la conversion de Paul. La vie entière de l'Apôtre, le sérieux de son pharisaïsme, la fermeté inébranlable de sa foi chrétienne, proο΄ testent contre tout système qui fait de lui un halluciné, un détraqué. Ses écrits ne protestent pas avec moins de force. Pas d'étape dans sa conversion; pas
__ d'acheminement graduel vers la foi. Jésus-Christ l’a saisi à l'improviste au
__ milieu de sa course. Le coup qui le renversa fut foudroyant, irrésistible. Rien ne
le présageait, rien ne le préparait : c’est un pur effet de la grâce toute-puissante.
Vous lui supposez des rapports antérieurs avec les chrétiens. Il ne les connais-
- sait que comme le bourreau connaît ses victimes. («ἢ ne savait rien de leur doctrine si ce n’est qu’elle était incompatible avec la” Loi de Moïse, inconciliable avec le judaïsme, partant haïssable et digne d’exter- . mination : cela lui suffisait et il ne désirait pas en savoir davantage. Vous lui prêtez des hésitations, des anxiétés, des remords. Il vous répond qu’il n'éprouvait aucun trouble, aucune inquiétude, qu’il croyait sincèrement servir Dieu,
qu'il était de bonne foi et qu'il doit à son ignorance d’avoir obtenu miséricorde.
: En présence de ces affirmations précises, les hypothèses laborieusement écha-
faudées par les critiques rationalistes ne sauraient tenir. Pour supprimer un
miracle on forge un miracle psychologique encore plus merveilleux. Mieux vaut renoncer à expliquer l’inexplicable.
: « Certes, la grâce rencontrait dans la riche nature de Paul un terrain propice
et même des germes précieux. Les convictions fortes au service de la passion
sont plus faciles à tourner au bien qu'un scepticisme armé d'indifférence. Dieu
entre plus aisément dans les cœurs et dans les esprits qui n’ont pas péché contre
la lumière. Le besoin inné de justice et le sentiment profond de son impuissance
à inclinaient spontanément cette âme vers la doctrine chrétienne, où €es deux
tendances devaient trouver satisfaction et repos. »
EXCURSUS IX